Claude Ducarroz

Le tango libre des Neinsager

Le tango libre – me dit-on – est une danse qui autorise un pas en avant et deux pas en arrière. C’est dire combien cette chorégraphie est actuellement à la mode dans notre société et même dans notre Eglise.

Scientifiques ou non, nous devons tous reconnaître que les graves catastrophes subies en Europe sont dues en grande partie au réchauffement climatique, avec l’impératif de travailler à diminuer ses effets humains délétères pour notre santé, dès aujourd’hui et à l’avenir.

Un pas en avant. Mais certains résistants s’entêtent à nier ces vérités. Ils continuent de polluer notre écosystème avec l’insouciance de leur bonne conscience. Deux pas en arrière. Heureusement, les responsables de l’Union Européenne – contrairement à la majorité des votants Suisses – s’engagent résolument pour changer le cours de cette vilaine histoire. Merci à eux. Deux pas en avant!

Autre évidence. Dans les circonstances actuelles, seule la vaccination de masse peut conjurer la catastrophe sanitaire que constitue la propagation anarchique du coronavirus. De louables efforts, par nos autorités et par la population, tentent de placer la pandémie sous contrôle, en encourageant cette vaccination. Un pas en avant.

Mais des récalcitrants, aussi têtus que le virus, refusent ce qu’ils appellent une dictature hygiéniste. Ce faisant, ils mettent en danger d’autres personnes, surtout les plus fragiles, en particulier dans les structures de soins et dans les lieux de rencontres. Deux pas en arrière. Heureusement, des magistrats courageux – par exemple le président Macron – tiennent bon face aux porteurs de pancartes arc-boutés sur leur liberté individualiste, voire égoïste. Deux pas en avant.

«La mise en pratique de la lettre – et surtout de l’esprit – du concile Vatican II n’est pas de tout repos»

Même dans l’Eglise catholique, le tango libre sévit. Pour mieux servir le peuple de Dieu par la Parole et par l’Eucharistie, le concile Vatican II a promu partout la langue du peuple et favorisé la participation active de tous les baptisés. Deux pas en avant.

Mais des contestataires traditionalistes, tolérés par le pape Jean Paul et encouragés par le pape Benoît, se cramponnent à des usages qui ont handicapé trop longtemps l’accès du peuple chrétien aux sources vives de la liturgie. Sans compter celles et ceux qui ont profité de ces tolérances pour remettre en question d’autres acquis du concile comme l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la synodalité dans l’exercice de l’autorité et la présence prophétique de l’Eglise dans notre monde. Deux pas en arrière. Heureusement, le pape François, par un motu proprio du 16 juillet, vient de recadrer ces coutumes en montrant clairement où se trouve la préférence durable de notre Eglise: l’Evangile offert à un peuple libre, conscient et participatif. Deux pas en avant!

Notre pape argentin a bien besoin de nos prières, celles qu’il sollicite à chacun de ses rendez-vous avec les gens. La mise en pratique de la lettre – et surtout de l’esprit – du concile Vatican II n’est pas de tout repos. Comment peut-on nier, dans les crises que traverse notre Eglise, qu’il faut continuer à promouvoir courageusement ses réformes, ce que le pape nomme plus prosaïquement «un temps pour changer»?

Danser l’Evangile, avec davantage de pas en avant que…en arrière. Un tango chrétien!

Claude Ducarroz

21 juillet 2021

L'Eglise et la société sont-elles touchées par le «syndrome du tango»? | © tangopasion/Pixabay
21 juillet 2021 | 07:05
par Claude Ducarroz
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