Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités. | © Flickr/Cafe credit/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY 2.0</a>
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Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités. | © Flickr/Cafe credit/CC BY 2.0

Légal? Moral?


Tout est légal. Circulez ! Il n’y a rien à voir. Et surtout rien à juger, rien à changer. L’affaire des “paradise papers” vient de révéler une face très sombre de la politique et de l’économie mondialisées. Sous prétexte que “tout est légal”, des riches échappent impunément au fisc alors qu’ils doivent –comme tout un chacun- payer leurs impôts, d’autant plus qu’ils peuvent s’en acquitter sans courir le risque de tomber dans la dèche. Sans vergogne, des avocats brandissent le cache-sexe de la légalité pour défendre ces privilèges inacceptables et maintenir ces graves injustices.

Car l’impôt, dans un système démocratique, ne sert pas seulement à fournir à l’Etat de quoi accomplir ses tâches. Il établit une certaine solidarité sociale sans laquelle la convivance devient impossible. Si tous contribuent à la caisse commune, chacun doit le faire selon ses moyens. Ce n’est que justice: les plus fortunés paient davantage.

Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités.

Que penser alors d’un Etat qui autorise l’évasion fiscale et même couvre pudiquement des pratiques qui sont de véritables spoliations? Que font nos politiques pour remédier à ce scandale? Leur passivité n’est-elle pas une complicité? Et pendant ce temps-là, la proportion des pauvres augmente parmi nous, y compris en Suisse. Que dire alors des populations vivotant dans les pays de la misère alors que leurs dirigeants, avec la collaboration “légale” de nos élites économiques, s’en mettent plein les poches?

Je suis indigné.

Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités. Car il ne suffit pas qu’une loi existe, même par la grâce de la démocratie, pour qu’elle légitime des comportements contraires à la justice et à la solidarité. Toute conscience simplement humaine peut et doit le comprendre. A fortiori quand une telle conscience est éclairée par les lumières de l’évangile. Toute la Bible redit la colère de notre Dieu contre ceux qui oppriment les pauvres, commettent l’injustice, faussent les balances, s’enrichissent sur le dos des plus faibles. Et Jésus. N’a-t-il pas mis en garde contre l’idolâtrie de l’argent, le culte rendu à Mamon?

J’ose espérer que nos femmes et hommes politiques, à commencer par celles et ceux qui se réfèrent plus ou moins ouvertement au christianisme, s’engageront courageusement pour changer les règles de ce mauvais jeu, y compris chez nous.

Il y va de leur crédibilité, de leur honneur, de leur foi.

Claude Ducarroz | 10 novembre 2017

Claude Ducarroz

Claude Ducarroz est né en 1939 dans une famille de paysans fribourgeois. Ordonné prêtre en 1965, il a accompli ses études théologiques à Fribourg, Rome, Munich et Paris. Son parcours de ministère l'a conduit dans plusieurs paroisses, mais aussi dans la formation des séminaristes, dans l'aumônerie de la jeunesse et à la direction de l'Ecole de la foi. Il est connu pour ses engagements œcuméniques (Groupe des Dombes), sa sensibilité aux problèmes de société et ses interventions dans les médias. Il a publié plusieurs livres mêlant la spiritualité à la pastorale, dont Pour que plus rien ne nous sépareEn toute sincérité, Ces espérances qui me font vivre, Fleurs de vie ainsi que des entretiens avec Jean-Marc Richard, Rencontres au cœur de l’humain (Editions de la Sarine). Retrouvez ses homélies, articles et livres sur sa page internet.

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