La gentillesse est une caractéristique des Ouzbeks | © Fulvio Spada/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>
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La gentillesse est une caractéristique des Ouzbeks | © Fulvio Spada/Flickr/CC BY-SA 2.0

Lointain Ouzbékistan, notre prochain


Denis Müller | Me voici de retour de douze jours en Ouzbékistan. Dans un premier temps, nous avons gagné Istanbul (3 heures), puis Tachkent (5 heures) en deux vols sur Turkish Airlines. Après une première nuit à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, nous avons traversé le pays de Tachkent à Ourguentch, sur un avion de la compagnie nationale Uzbekistan Airlines.

Un guide et un chauffeur nous avaient fait visiter la capitale, puis à Ourguentch, un autre guide et un autre chauffeur nous avaient pris en charge pour nous faire visiter successivement Khiva, Boukhara (Bokaro, nom original) et Samarcande, villes sublimes et fascinantes de cet Etat laïc à la population à 94% musulmane. Notre premier guide, 47 ans, le deuxième 35 ans, sont tous les deux parfaitement francophones. Rouslan, le deuxième guide, devait passer avec nous une dizaine de jours et nous sommes devenus très proches. A la fin de notre séjour, lors d’un repas commun, je les ai félicités pour leur compétence culturelle, leur gentillesse et leur excellente connaissance de la langue française. C’est qu’un tel voyage n’est pas seulement la découverte d’un pays, de sa culture et de ses habitants; c’est aussi un cheminement humain et interpersonnel et un échange communicationnel.

J’étais parti avec beaucoup d’appréhension et un brin d’anxiété. Le pays m’apparaissait comme étrange, menaçant, incertain (une ancienne république soviétique, une dictature d’apparence démocratique, un pays habité par 94% de musulmans).

“La gentillesse est une caractéristique des Ouzbeks”

Au retour, je peux dresser un bilan bien plus positif.

La culture, ce furent les magnifiques monuments historiques, politiques et religieux du pays de Tamerlan (ou de Timour), avec cette dominante de turquoise parfois en pleine milieu du désert ou en contrastes avec les ocres de la ville. Et la découverte d’un Etat laïc plutôt paisible, avec un islam serein, fraternel, apparemment ouvert.

La gentillesse, ensuite, est une caractéristique des Ouzbeks, de nos guides et chauffeurs d’abord, des gens rencontrés partout, ensuite. Bien sûr, nous ne sommes pas allés très longtemps en Ouzbékistan et nous n’avons pas eu le temps de rencontrer ses habitants de manière longue et nombreuse. Je ne livre ici qu’une impression consciemment superficielle, mais ce type d’impression permet souvent de surmonter les préjugés. La suite de mes informations et de mes découvertes m’aidera à préciser le portait et à le corriger au besoin. Le voyageur ne doit donner prise ni à ses préjugés, ni à sa candeur.

“L’expérience du voyage est multifactorielle”

La compétence linguistique est apprise et cultivée. On sent chez les guides un grand désir de connaître et de comprendre, et leur savoir-faire francophile est le résultat de leur compétence globale et de leur gentillesse.

Dans les derniers jours de notre voyage, nous avons dû recourir aux soins de médecins dans un hôpital. Nous avons souffert l’un de nous d’une pneumonie et l’autre d’une indigestion sévères. Une fois passé le choc de la barrière linguistique et culturelle et de la différence des pratiques médicales, nous sommes entrés dans un processus de soin et de guérison à la hauteur de nos besoins. La médecin-chef a fini par tenir compte de nos attentes et de nos limites. Nous sommes repartis en meilleur état et capables de rentrer en Suisse.

“Nous n’avons pas construit une image idéalisée ou idéaliste du pays”

Le séjour en hôpital est devenu partie intégrante de notre voyage, synthèse de notre culture, de notre désir humain et de notre aspiration à la communication.

L’expérience du voyage est multifactorielle. L’anxiété est contrebalancée par la curiosité, les obstacles culturels ou médicaux par la joie. Nous revenons enrichis par la beauté, élargis par l’autre. Nous n’avons pas construit une image idéalisée ou idéaliste du pays hôte et de ses habitants. En fait, c’est à nous de reconstruire la réalité et notre rapport à elle. C’est à nous de changer, de progresser, de nous réajuster. Comme toujours, le départ appelle un retour, le voyage une continuation. Nous ne serons plus les mêmes. Nous serons appelés à redevenir nous-mêmes. Autres. Neufs. Créatifs.

Denis Müller

22 octobre 2018

Denis Müller

Denis Müller est professeur honoraire d’éthique de l’Université de Genève, où il a pris sa retraite en 2013. Il a enseigné également à l ‘Université de Lausanne depuis 1988. Né à Neuchâtel en 1947, il est pasteur de l’Eglise réformée depuis 1971. Il a exercé le ministère pastoral à Neuchâtel, à l’Eglise suisse de Londres et à Serrières. Marié, il est père de trois grands enfants et grand-père cinq fois. Son œuvre scientifique se compose d’une vingtaine de livres et d’une vingtaine de collectifs et d’un total de près de 400 publications.

Son ouvrage le plus récent s’intitule Dieu. Le désir de toute une vie, Genève, Labor et Fides, 2016. Il est l’auteur de nombreux articles et interventions dans les médias et sur son site personnel. 

Il dirige la collection Le champ éthique chez Labor et Fides ainsi que la collection Etudes de théologie et d’éthique chez Lit Verlag à Münster (Allemagne). Il a notamment enseigné au Cameroun, au Canada, en Chine, en France et au Mexique

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