Les Suisses doivent voter sur une initiative populaire proposant de mettre sur pied d’égalité mariés et concubins face à l’impôt et à la retraite. (Photo: flickr/amaniellen/CC BY-NC 2.0)
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Les Suisses doivent voter sur une initiative populaire proposant de mettre sur pied d’égalité mariés et concubins face à l’impôt et à la retraite. (Photo: flickr/amaniellen/CC BY-NC 2.0)

Mariage: justice pour tous


Les Suisses doivent voter ce mois sur une initiative populaire proposant de mettre sur pied d’égalité mariés et concubins face à l’impôt et à la retraite. Vu de l’étranger, on peut penser qu’il s’agit d’offrir aux non-mariés des conditions égales à celles des couples officialisés.

Non, c’est le contraire. L’initiative demande que soient accordées les facilités financières et l’égalité des retraites dont bénéficient déjà les concubins, homo ou hétérosexuels. Il semblerait que cela aille de soi. D’ailleurs le Tribunal fédéral a considéré la situation qui pénalise les familles régulières comme contraire au droit. Le Parlement est chargé depuis des décennies de mettre fin à cette injustice, il n’y est pas parvenu. C’est la raison pour laquelle le parti démocrate-chrétien a lancé cette initiative populaire qui a réuni le nombre de signatures nécessaire pour obtenir un vote de tous les Confédérés.

Jusqu’à preuve du contraire, les enfants naissent d’une femme et d’un homme.

Les sondages montrent un accueil favorable même s’il n’est pas massif. Ce qui est le plus étrange, c’est l’argumentation des adversaires. Ils récusent la définition du mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. C’est celle du code civil suisse. Concept dépassé pour les opposants: le mariage n’a plus de rapport avec le genre sexuel pour les propagandistes du LGBT (lesbiennes, gays, bi ou transsexuels). Il n’en reste pas moins que, jusqu’à preuve du contraire, les enfants naissent d’une femme et d’un homme, et que leur lien est traditionnellement scellé par ce contrat que l’on nomme mariage. Si l’on veut contourner cette donnée biologique, il faut prendre les moyens artificiels de l’adoption, de l’insémination, de la fécondation in vitro ou de la mère porteuse, qui ne sont pas sans lourdes conséquences psychologiques, sociales et financières. Et qui transforment des femmes pauvres de pays comme l’Inde en ventres de substitution, faisant fi des ruptures de filiation entre la mère et l’enfant.

C’est au nom de revendications aussi problématiques que minoritaires que l’on veut prolonger une situation tout à fait injuste financièrement envers les couples qui portent une part majoritaire dans l’effort d’éducation et de formation de la jeunesse. C’est un déni de justice d’autant plus étonnant que les mêmes adversaires réclament à grand cri le mariage pour tous. Le mariage pour tous en conservant la discrimination financière des mariés?

Je comprends mieux la réticence de responsables financiers des cantons. Oui, l’égalité des citoyens mariés avec les non mariés face à l’impôt signifiera moins de rentrées mais c’est surprenant que des gouvernements qui ont mis les principes d’égalité et de justice au sommet de leur hiérarchie des valeurs y dérogent tout à coup pour des raisons budgétaires. Oui, la justice et l’égalité ont leur prix mais c’est cela aussi la dignité d’une démocratie. Et à regarder avec plus de distance, saboter la famille, l’éducation, la justice et l’égalité au profit d’intérêts trop particuliers sera chose infiniment plus coûteuse.

Jean-Blaise Fellay | 08.02.2016

Jean-Blaise Fellay

Né en 1941, entrée chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Eglise, est engagé comme directeur spirituel aux Séminaires diocésains des Diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.

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