Amédée Grab savait par expérience que rien ne sert d’élever la voix pour se faire entendre | © Oliver Sittel
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Amédée Grab savait par expérience que rien ne sert d’élever la voix pour se faire entendre | © Oliver Sittel

Mgr Amédée Grab: L’art de parler pour ne rien dire


J’apprends le décès de Mgr Amédée Grab qui fut évêque auxiliaire résidant à Genève, puis, après quelques années passées à l’évêché de Fribourg, appelé à Coire pour prendre la succession d’un évêque dont le mandat fut particulièrement calamiteux.

On a heureusement oublié qu’avant même que Mgr Grab mit les pieds à Genève, sa ville natale, une opposition farouche traversa les rangs d’un quarteron de calvinistes effrayés à la pensée de voir un jour pas trop lointain une mitre et une crosse folâtrer dans leur cathédrale récupérée par les papistes. Il n’en fut rien, car Amédée sut ramener au calme la tempête qui avait agité un verre d’eau. A Coire, l’affaire fut plus sérieuse. Il fallait un pompier pour éteindre l’incendie qui embrasait tout un diocèse. Tout naturellement, les yeux se tournèrent vers Amédée pour servir d’extincteur.

Quel était donc le secret de ce génie pacificateur?

Quel était donc le secret de ce génie pacificateur? On a parlé de diplomatie. Cela peut paraître vrai, si le diplomate a pour mission de franchir les montagnes en creusant des tunnels. Je penserai plutôt que notre prélat maniait les mots avec une maîtrise consommée. Très loquace, il désarmait ses contradicteurs sous une avalanche de propos que d’aucuns jugeaient filandreux, inappropriés et même insignifiants. Bref, la langue de bois “bénie” manipulée avec une dextérité hors pair. Et ce flot de paroles était débité sur un ton monocorde, lénifiant, et ennuyeux.

Je ne crois pas que Mgr Grab était dupe de ce procédé. Il savait par expérience que rien ne sert d’élever la voix pour se faire entendre. Il suffit d’être patient. Mûri par l’enseignement de jeunes collégiens, il avait appris qu’il valait mieux attendre le retour au calme de l’élève rebelle, dut-il utiliser à cet effet l’arme de l’anesthésie oratoire. Tout se terminerait par un dialogue constructif et apaisé. L’art du pêcheur finalement, qui taquine le goujon avant de prendre le poisson à son hameçon.

Un sage, cet Amédée! Evêque à Genève, il avait de qui tenir. François de Sales que l’on appelait “Monsieur de Genève” n’était-il pas d’avis que l’on prend plus de mouches avec une pincée de miel qu’avec un verre de vinaigre?

Guy Musy | 24.05.2019

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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