Claude Ducarroz

Ne crains pas, petit troupeau!

Je l’ai constaté moi-même, et beaucoup m’ont fait la même remarque: le public qui fréquente nos églises est en constante et forte diminution. Certes, quelques évènements exceptionnels rassemblent encore «beaucoup de monde». Mais les dimanches et fêtes ordinaires, il y a plutôt des bancs vides, en attente désespérée de fidèles surtout absents. Inévitablement, cette impressionnante raréfaction suscite bien des questions. Et même de sourdes accusations.

Les fidèles dits «pratiquants», à la faveur du Covid, ont peut-être pris l’habitude de suivre les liturgies à la télévision. Ils sont devenus des télé-chrétiens, et ça leur suffit, d’autant plus que les messes télévisées leur ont semblé parfois de meilleure qualité que les célébrations péniblement animées dans leur paroisse.

Pour les uns, c’est la faute à l’abandon des bonnes traditions liturgiques de jadis; pour d’autres, c’est à cause de l’ambiance ennuyeuse et des prédications-rasoir qui plombent trop souvent les liturgies. Chacun y va de ses soupçons péremptoires.

Et si c’était finalement, dans une société de plus en plus sécularisée par toutes les influences de notre culture matérialiste, tout simplement un recul de la foi en Dieu, quel qu’il soit? «Je crois en la vie, en la nature, en l’amour», me dit un jour un jeune très sincère, «mais Dieu et la religion, c’est trop compliqué pour moi». Que dire alors de l’Eglise, avec ses dogmes abscons, ses rites d’un autre âge, sa morale rigoriste? Et les abus, évidemment!

«Quand sévit une forte bourrasque, il faut d’abord s’accrocher aux grosses branches»

Les pratiquants résiduels sont donc violemment interpelés. Mais nous avons mieux à faire que de tomber dans le syndrome de toutes les culpabilités. Bien sûr, nous devons nous interroger, chacun de nous et l’Eglise comme telle, depuis ses autorités de toutes sortes jusqu’aux simples péquins de notre religion.

Encore doit-on commencer par le bon bout de la remise en question. «Quand sévit une forte bourrasque, il faut d’abord s’accrocher aux grosses branches», me dit un jour un homme très sage. Il n’y a qu’un seul mat qui tienne sur la barque de l’Eglise quand elle affronte une telle tempête sur la mer de notre monde: le Christ mort et ressuscité pour tous, chrétiens ou non.

Se cramponner à son Evangile, prier son Esprit Saint: ce sera toujours le premier devoir et la seule source de confiance des chrétiens, surtout quand ils sont éprouvés par l’assaut des vents contraires, que les vagues surgissent du dehors ou submergent du dedans notre frêle embarcation ecclésiale.

Les réformes si nécessaires, les liturgies ré-animées, les témoignages de vie plus cohérents avec l’Evangile et plus lisibles par nos contemporains: tout cela ne nous dispensera jamais de la communion profonde avec le Christ-Source. C’est d’ailleurs de là que tout surgit: et la fidélité à ce qui est de toujours, et la liberté pour créer du nouveau, et le courage nécessaire pour persévérer, quoi qu’il en coûte.

«’Ne crains pas, petit troupeau’, dit Jésus à ses disciples inquiets, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume» (Lc 12,32). Pas seulement à nous -heureusement!-, mais à beaucoup d’autres aussi. Par les moyens que son amour saura inventer pour rejoindre sur leur route humaine tous nos frères et sœurs de bonne volonté.

Claude Ducarroz

10 novembre 2021

Comment remplir à nouveau les bancs des Eglises? | © Bhavishya Goel/Flickr/CC BY 2.0
10 novembre 2021 | 07:33
par Claude Ducarroz
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