La lune rouge du 27 juillet 2018 a fasciné les foules (Photo:Gabriel Legaré/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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La lune rouge du 27 juillet 2018 a fasciné les foules (Photo:Gabriel Legaré/Flickr/CC BY-SA 2.0)

Evangile de dimanche: Ne pas être des chrétiens dans la lune


La semaine dernière, vous avez peut-être assisté, comme de nombreuses personnes à travers la Suisse et le monde, au très beau spectacle de l’éclipse de lune. Me promenant dans les rues ce soir-là, j’ai été frappé par ces regards tournés vers le ciel, scrutant l’apparition de l’astre rouge. La citation bien connue de Lao-Tseu: “Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt” m’est alors revenue à l’esprit. Ce soir-là, dans les rues de Fribourg au moins, les personnes regardaient bien la lune; elles regardaient bien ce qu’il y avait à regarder

On ne peut pas en dire autant des foules qui suivent Jésus. Dans l’Évangile de ce dimanche, il leur reproche de s’être arrêtées au caractère très matériel du signe qu’il leur a donné. Elles ont reçu du pain, elles en ont mangé, elles ont été satisfaites. Point. Elles n’ont donc pas regardé ce que le signe désigne et, de ce fait, elles se sont privées de l’essentiel.

“Dieu prend le risque d’accompagner sa parole de gestes et de signes très matériels”

Face à ce reproche de Jésus, nous pourrions adopter une première attitude un peu choquée. Si Jésus a des choses si importantes à nous dire, pourquoi prend-il le risque de passer par un signe matériel? N’aurait-il pas pu élaborer un discours bien construit et le prononcer devant la foule? Au moins les choses auraient été claires: il n’aurait pas eu à reprocher à ses auditeurs de s’être arrêtés au signe matériel du pain partagé. Pourtant, Dieu procède très fréquemment de cette manière quand il nous rejoint. Dieu prend en effet le risque d’accompagner sa parole de gestes et de signes très matériels, tellement concrets qu’on peut peiner à comprendre que c’est Lui qui y est présent.

On peut ne voir dans l’eucharistie que du pain et du vin, ou dans l’Église qu’un groupe plus ou moins performant de personnes réunies… Mais Dieu prend le risque de passer par là car il veut nous parler à travers nos sens, il veut que nous prenions le temps de découvrir ce qu’Il a à nous dire, il veut que nous aimions ce qui fait notre vie humaine. Méfions-nous des recherches trop “éthérées” ou “purement spirituelles” de la présence de Dieu.

“Pour quelle nourriture travaillez-vous?”

Cependant, on ne peut en rester là. Ces signes concrets de Dieu nous invitent aussi à nous placer devant la question que Jésus nous adresse: pour quelle nourriture travaillez-vous? Ce n’est pas là une question évidente, même pour un baptisé fidèle, même pour un religieux ou un prêtre. En effet, nous pouvons apprécier la profondeur intellectuelle de l’enseignement du Christ; nous pouvons goûter la splendeur d’une liturgie ou nous sentir heureux de donner du temps et de l’énergie aux autres au nom de notre appartenance au Christ et à son Église. Tout cela est beau. Mais tout cela est bien vain si nous ne sommes pas renvoyés, par ces activités, au vrai Pain de vie qu’est le Christ. Bien souvent, nous pouvons travailler aux “œuvres de Dieu”, mais ce travail nous conduit-il à croire “en celui que Dieu a envoyé”? Le temps de l’été peut être un moment favorable pour nous interroger sur la manière dont nous vivons notre relation avec le Christ, spécialement dans nos “activités” religieuses. Est-ce vers Lui et Lui seul que tend toute notre vie chrétienne?

Dieu nous demande donc d’être des chrétiens qui prennent en compte les réalités matérielles à travers lesquelles il se révèle à nous. Mais il nous demande aussi de les dépasser pour nous attacher à Lui qui vient à notre rencontre. Bref il nous demande d’avoir le regard tendu vers le Ciel, sans pour autant être… dans la lune!

Jacques-Benoît Rauscher | 05.08.2018


Jn 6, 24-35:

En ce temps-là,

quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples,

les gens montèrent dans les barques

et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive,

ils lui dirent: “Rabbi, quand es-tu arrivé ici?”

Jésus leur répondit: “Amen, amen, je vous le dis: vous me cherchez,

non parce que vous avez vu des signes,

mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés.

Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd,

mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle,

celle que vous donnera le Fils de l’homme,

lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau.”

Ils lui dirent alors: “Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu?”

Jésus leur répondit: “L’œuvre de Dieu,

c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.”

Ils lui dirent alors: “Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire? Quelle œuvre vas-tu faire?

Au désert, nos pères ont mangé la manne; comme dit l’Écriture:

Il leur a donné à manger le pain venu du ciel.”

Jésus leur répondit: “Amen, amen, je vous le dis:

ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel;

c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel.

Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.”

Ils lui dirent alors: “Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là.”

Jésus leur répondit: “Moi, je suis le pain de la vie.

Celui qui vient à moi n’aura jamais faim;

celui qui croit en moi n’aura jamais soif.”

Jacques-Benoît Rauscher

Fr. Jacques-Benoît Rauscher est dominicain. D'origine française, il vit au couvent Saint-Hyacinthe de Fribourg.

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