Claude Ducarroz

Noël sans Noël?

Pauvre Noël! Attaquée de toutes parts, que va-t-il rester de cette fête exsangue? L’assaut a déjà commencé juste après la Toussaint. Le rouleau compresseur du consumérisme a passé par là, à grand déploiement de publicités toujours plus sophistiquées, toujours plus agressives.

Le «Black Friday» a pris le relais, puisqu’il faut surtout acheter à prix réduit le maximum d’objets dont on n’a pas besoin. Le Père Noël, bedonnant sous ses faux airs de grand-père sympa et surtout gavé, occupe maintenant le terrain, en faisant une concurrence peu loyale au saint Nicolas plus maigre et plus religieux.

Même les militants de la nouvelle vague verte sont partis en guerre. Il faudrait supprimer Noël pour éviter la surconsommation éhontée, ouvrir l’ère bénie de la décroissance et sauver la planète par une sainte austérité. Bien sûr, dans les écoles, certains continueront vaillamment à évoquer Noël, ne serait-ce que pour remplir un devoir d’information culturelle auprès des bambins. Mais ils sont avertis: pas question de parler de Jésus ni de placer l’Enfant de Bethléem dans la crèche. Ce serait contrevenir à la sacro-sainte «neutralité religieuse» qui impose désormais de respecter les autres religions et les sans-religion… en ignorant le christianisme, évidemment.

«Noël, le vrai, personne ne pourra jamais l’effacer complètement»

Nous en sommes là. Mais pas de panique. Il faut aussi reconnaître qu’à l’occasion de ces Noëls sans vrai Noël, des valeurs «chrétiennes» semblent se réveiller et inspirer d’innombrables personnes, dont beaucoup n’ont plus rien à voir avec la religion, et encore moins avec les Eglises. Ne serait-ce pas du «christianisme anonyme», à savoir l’imprégnation, par osmose discrète, de sentiments et d’actions qui fleurent bon l’évangile? Tiens! Sans vouloir tout récupérer au bénéfice de notre religion, il n’est pas indifférent que, justement à l’occasion des fêtes de Noël, des gens se mettent à penser davantage aux pauvres et aux oubliés, à vouloir visiter des malades et personnes âgées, à offrir des cadeaux pour faire plaisir gratuitement, à revisiter des églises, etc… Il doit bien y avoir quelque part du Noël là-dedans, même si l’on n’y pense plus guère.

Et puis Noël, le vrai, selon l’évangile: personne ne pourra jamais l’effacer complètement. Car celui-là est toujours bien présent. Un couple de pauvres en déplacement forcé? On en voit tous les jours. Des voyageurs démunis constatant qu’il n’y avait plus de place pour eux dans l’hébergement public? N’en avez-vous jamais rencontrés? Des bergers –gens modestes et souvent méprisés- plus disponibles que beaucoup d’autres quand ils ont l’occasion d’entendre une «bonne nouvelle de salut» et de chanter les louanges de Dieu: j’en connais beaucoup autour de moi. Et même des anges, sans ailes, mais tellement prompts à rendre service de bon cœur et à secourir en priorité les plus souffrants de notre monde. Gloire à Dieu, paix sur la terre!

Et n’oublions pas le plus Noël des Noëls. Là, au cœur de l’eucharistie – à minuit ou plus tard -, n’est-ce pas Noël quand le Seigneur Jésus se fait tellement petit –un morceau de pain- pour venir habiter réellement l’humble crèche de notre cœur, de notre foi et même de notre corps? Pour notre joie!

Ce Noël là, jamais personne ne pourra nous l’enlever. Et c’est lui qui illumine et transfigure tous les autres.

Claude Ducarroz

4 décembre 2019

© Helena/Flickr/CC BY 2.0
4 décembre 2019 | 06:52
par Claude Ducarroz
Noël (157)
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