Denis Müller

Page blanche

Ce matin de décembre et d’avant, je suis devant mon blog, une page blanche, et je tourne en rond pour trouver un thème nouveau, original, différent de la routine des jours.

A la télévision, comme remède sans doute à la répétition mortifère de la pandémie, défilent les films de Noël, tous américains, chacun basé sur un scénario similaire se terminant toujours par un baiser d’amour.

Quant aux matches de football, ils se déroulent dans des stades vides, décorés de poupées en carton colmatant l’absence des spectateurs. On y entend les cris amplifiés des joueurs et des coaches. Sur le petit écran, la compétition est quand même bien réelle, mais le silence du public est pesant et décourageant. On ose à peine imaginer la solitude des équipes sur l’herbe ou le synthétique.

La feuille de mon blog se remplit petit à petit des souvenirs du passé et des esquisses du futur. La vie normale reprend lentement ses droits, piquée au vif par la perspective probable des vaccins. Demain, c’est sûr, ne se sera pas tout à fait comme avant, mais pas non plus absolument différent. La catastrophe qui nous est tombée dessus nous a ouvert les yeux, c’est certain, sur du jamais vu et du jamais pensé. Nous voici obligés de reprendre le fil de la vie, envers et contre la mort qui rôde.

«Alors, peut-être, la fête de Noël ne sera pas pour nous un nœud de guirlandes saturées et illisibles ou une corvée familiale mal coordonnée»

Je tourne une page. Sans savoir d’avance de quelle écriture elle sera le support. Telle est mon expérience depuis de nombreuses années: c’est souvent dans l’acte même de l’écriture que la pensée s’invente et se développe. La vie est semblable: loin de recopier un plan préétabli, elle imagine le lendemain, elle innove au jour le jour, sans savoir exactement de quoi l’avenir sera fait.

Comme l’écriture, comme la lecture, notre vie jette des ponts entre les êtres, quand elle n’est pas elle-même construite sur les passages qui s’offrent à nous. Certains matins, nous sommes muets et notre page demeure vierge. D’autres fois, nous débordons de créativité, mus par l’inspiration d’un livre éblouissant. Nous devenons les poètes et les artisans de notre vie.

Je ne sais pas, ami lecteur, bel inconnu, où tu en es toi-même dans ton écriture et dans ta vie, comment tu éprouves le sens de ta vie et de ton destin. J’essaie seulement, par ma propre écriture sur ce blog, de susciter en toi la flamme de l’espérance et la force du courage.

C’est à toi, sans nul doute, de reprendre le fil de ton œuvre et de déployer la densité de ton existence. Comme toi, je me demande de quoi demain portera le message, comment nous pourrons, ensemble, retrouver le goût des choses. Alors, peut-être, la fête de Noël ne sera pas pour nous un nœud de guirlandes saturées et illisibles ou une corvée familiale mal coordonnée, mais l’expérience d’une vraie naissance, d’une nouvelle naissance, pleine de saveurs et de promesses. Un Noël pour toute l’année, une fête de la vraie vie.

Denis Müller

9 décembre 2020

«C’est souvent dans l’acte même de l’écriture que la pensée s’invente et se développe» (D. Müller)
9 décembre 2020 | 17:35
par Denis Müller
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