La résilience permet de surmonter les difficultés du passé (Pixabay)
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La résilience permet de surmonter les difficultés du passé (Pixabay)

Résilience


Résilience! Un mot bien étrange utilisé pour mesurer la résistance des matériaux face aux aléas de la température ambiante. Cette expression a fini par symboliser les énergies enfouies dans nos profondeurs psychiques en lutte contre une déprime qui menace de nous envahir.

Dans la crise qui frappe et traverse actuellement notre pauvre Eglise, je vois la résilience à l’oeuvre. Non pas dans les rangs du clergé discrédité, mais parmi ceux et celles que les clercs avaient coutume d’appeler “simples laïcs”, avec une nuance de mépris. La plupart de ces “simples fidèles” ne claironnent pas leurs bonnes oeuvres aux carrefours des routes comme affectaient de le faire les pharisiens de jadis. On les découvre un peu par hasard, même après les avoir côtoyés longtemps, sans les avoir connus pour autant.

C’est ainsi qu’un média vient de me révéler Vicky, une paroissienne repérée depuis des années, mais sans soupçonner ce qui comble sa vie depuis des années. Elle s’emploie aujourd’hui encore, du haut de ses 85 ans, à porter secours aux déshérités de la terre natale qu’elle a dû fuir à l’âge de 14 ans. Sa résilience m’émeut et m’émerveille.

“Vicky n’est qu’une étoile – anonyme – qui scintille dans une constellation de résilients et résilientes”

Née à Bucarest, Vicky passa ses premières années dans l’opulence, à Berlin où son père diplomate représentait son pays. En 1947, le régime communiste imposant sa loi en Roumanie, le père fut déchu de son poste et de sa nationalité. Sa famille, dont une mère tuberculeuse, devenue apatride et sans revenus, trouva refuge en Suisse. Encore heureuse de se savoir en vie et de ne pas croupir ou disparaître dans quelque geôle sinistre des Carpates. Détail touchant, Vicky parle de sa scolarité dans une école suisse qui imposait l’uniforme à ses élèves. Une mesure qui l’enchantait, car elle gommait sa pauvre singularité et facilitait son intégration. Il fallut tout de même qu’elle obtienne à 22 ans un diplôme d’infirmière pour que lui fut octroyé un passeport rouge à croix blanche. Trois ans plus tard, c’était la consécration: Vicky devenait hôtesse de l’air dans la compagnie Swissair, un honneur qui, dit-elle, “flattait son ego”, rétablissait sa dignité, tout en lui faisant oublier ses frustrations et humiliations. Suivit sa retraite professionnelle qu’elle mit à profit en décrochant une licence en lettres. Depuis 1990, nouvelle activité fébrile qui la mobilise, elle et ses connaissances. Chaque mois, Vicky confectionne et envoie aux enfants de Moldavie roumaine une trentaine de colis contenant matelas, lunettes et autres chaussures, collectés par ses soins et entreposés dans le garage d’un de ses vieux amis. Consciente d’appartenir à la dernière génération roumaine rescapée du communisme, elle veut encore brûler de tous ses feux pour les enfants pauvres de son pays.

Vicky n’est qu’une étoile – anonyme – qui scintille dans une constellation de résilients et résilientes. Ce firmament est en fait le soc sur lequel est construite notre Eglise. A nos jugements désabusés, il fait rêver d’espérance.

Guy Musy

21 novembre 2018

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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