Claude Ducarroz

Retour à l’essentiel

Faut-il en rajouter une couche? Qui n’a pas encore exprimé quelque pensée profonde à l’occasion des 50 ans de mai 68? Chacun y est allé de son analyse, de son bilan, de sa critique. Je ne vais donc pas prolonger le concerto discordant des grandes déclarations définitives. Qu’il me suffise de transcrire un état de la situation actuelle, que je trouve particulièrement pertinent de la part d’un professeur de médecine et de psychologie. «Nous vivons dans une société addictive, obsédée par le quantitatif, poussant à la distraction, c’est-à-dire à éviter l’essentiel. Il semble bien que nous sommes dans une crise de civilisation dont les symptômes sont l’addiction, l’agression et la dépression», Dr Jacques Besson.

Rude diagnostic!

Il ne sert à rien de pousser des gémissements désolés, de pleurer dans son coin ou de se retirer sous sa tente passéiste. Ne faut-il pas revenir plutôt à cet essentiel qui constitue l’être humain, quel que soit le contexte de son aventure en ce monde? On ne sera pas étonné d’y redécouvrir une valse à trois temps en guise de danse pour le bal de l’existence ici-bas.

  • Exister, et apprécier de vivre, en sachant qu’il y a une croissance continue dans le voyage de la vie, à condition de donner du temps au temps, patiemment.
  •  Etre libre, user de cette liberté, mais aussi se savoir pleinement responsable, afin de produire des fruits positifs pour tous.

 »Que serait une vie humaine sans croissance, sans compter avec le temps?»

  •   Se respecter soi-même en toutes ses dimensions, et respecter les autres dans ces mêmes dimensions, pour jouir d’un certain bonheur, largement partagé.
  •  Apprécier la nature si généreuse, mais aussi créer de la culture en ses magiques expressions, jusqu’au culte d’une continuelle célébration de la beauté.
  •  S’éprouver soi-même comme un profond mystère, et le discerner chez les autres, en promouvant ensemble la spiritualité de la personne.
  •  Se savoir aimé, aimer à notre tour en toutes circonstances et répandre autour de nous le goût d’aimer.

Je crains que ces quelques réflexions de bon sens –sans prétendre être exhaustives- apparaissent comme des conseils issus d’une morale aujourd’hui dépassée. Peut-être. A moins que ce soit tout simplement un humanisme de base.

Car que serait une vie humaine sans croissance, sans compter avec le temps? Que devient une liberté sans le sens de la responsabilité? Serait-ce encore un vrai bonheur, celui qui s’édifierait sur le malheur des autres? Pouvons-nous investir dans la culture sans commencer par respecter la nature? Le mystère qu’est l’être humain n’est-il pas habité par un certain esprit, avec ou sans religion subséquente? Et finalement, pour le dernier mot, donnons la parole à Jacques Brel, qui n’avait rien d’un bigot: «Quand on n’a que l’amour pour vivre nos promesses sans nulle autre richesse que d’y croire toujours…»

Vive mai 2018!

Claude Ducarroz

 9 mai 2018

Qui n’a pas encore exprimé quelque pensée profonde sur mai 68? | © MAXPPP Philippe Gras/Le Pictorium/Keystone
9 mai 2018 | 08:00
par Claude Ducarroz
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