Maurice Tornay, chanoine du Grand-Saint-Bernard, avant son départ en Chine (Photo: DR)
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Maurice Tornay, chanoine du Grand-Saint-Bernard, avant son départ en Chine (Photo: DR)

Retour de balancier: les bouddhistes en Valais


Au milieu du siècle dernier, Maurice Tornay, jeune valaisan né à La  Rosière dans le Val d’Entremont, s’était donné mission de convertir à Jésus-Christ les bouddhistes du Tibet. Vivant alors aux franges de ce pays interdit, il ne rêvait que de retrouver à Yercalo la communauté de néophytes tibétains dont il était le curé. Déguisé en marchand, il décida de rejoindre Lhassa pour obtenir du dalai lama les autorisations nécessaires. D’autres lamas lui coupèrent la route et l’assassinèrent froidement. C’était le 11 août 1949.

Relater cet événement aujourd’hui n’est pas politiquement correct. On reprocherait au missionnaire son imprudence et surtout on lui en voudrait de ne pas être demeuré sur ses montagnes familières plutôt que d’inciter les populations himalayennes à troquer leur religion ancestrale contre celle des « diables étrangers » venus agiter l’Empire du Milieu.

“Le sacrifice de Maurice Tornay a-t-il été inutile?”

J’avais lu en son temps un choix de lettres que Maurice adressait à son frère. J’avais été à la fois ému et édifié par la force de caractère, la limpidité et la générosité de ce jeune valaisan qui aimait les Tibétains jusqu’à prendre le risque de mourir pour eux. Un sacrifice inutile ? Déplacé ? Et même insultant pour les bouddhistes ?  Je me demande comment aurait réagi Maurice Tornay s’il lui avait été donné de lire l’article d’un hebdomadaire chrétien de Romandie[1], paru ces jours derniers, et intitulé : « Le  bouddhisme se multiplie en Valais ». Bouddhisme tibétain de préférence, et encore à Martigny, là où se trouve le Prévôt de la Congrégation de Chanoines qui envoya jadis au Tibet le jeune Maurice.

Je me réjouirais de ce changement de paradigme – comme on dit aujourd’hui –  qui  permet à chaque citoyen de notre pays d’adhérer à la religion de son choix, Je me réjouirais davantage si ce droit humain fondamental n’était pas actuellement violé sur les deux versants de l’Himalaya, en Inde et en Chine. Par ailleurs, je souhaiterais que l’opinion et les médias soient tout aussi exigeants par dénoncer les dérives du bouddhisme qu’ils ne le sont – à juste titre – à l’endroit des crimes commis par des chrétiens. Les Rohingyas de Birmanie savent de quoi je parle. Espérons que nos compatriotes fraîchement convertis au bouddhisme sauront relever le gant et s’associeront à la protestation universelle contre ces ignobles injustices. Ils aideront leurs coreligionnaires asiatiques à les réparer.

Guy Musy | 10.01.18

PS : Oserais-je recommander la lecture de la remarquable BD de Jean-Sébastien Bérubé : Comment je ne suis pas devenu moine, Editions Futuropolis, 2017.

[1] L’Echo Magazine, No1, 4 janvier 2018.

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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