"Il faudra bien que les jeunes chrétiens aillent au charbon et ne craignent pas de se salir les mains" (Photo d'illustration: Pierre Pistoletti, JMJ, Cracovie)
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"Il faudra bien que les jeunes chrétiens aillent au charbon et ne craignent pas de se salir les mains" (Photo d'illustration: Pierre Pistoletti, JMJ, Cracovie)

Retour de balancier


Parmi les communautés nouvelles, celle du Chemin Neuf est sans doute l’une des plus fécondes et des plus innovantes. Au moment où son fondateur se dispose à passer la main, la communauté du Chemin Neuf vient de créer une «Fraternité politique»[1] ouverte à des jeunes «invités à donner leur vie pour la justice et la paix, à travers un chemin d’engagement politique».

Voilà enfin un refrain nouveau qui va faire sortir notre Eglise et ce qui lui reste de jeunesse des oratoires et des sacristies où elle se tient calfeutrée depuis des décennies. L’heure serait-elle venue de sortir du Cénacle et rejoindre dans la rue ou sur les places ceux qui combattent pour la paix et la justice? Quelle va être la forme de cet engagement politique? Pas forcément la création d’un nouveau parti confessionnel, mais la vie exposée de jeunes militants, au service d’un monde plus juste et plus humain.

C’est sur le terrain politique, économique et désormais médiatique que se dessine le monde de demain.

L’initiative n’est pas originale. L’Action Catholique au cours de ses belles années a tenté avec plus ou moins de succès de remplir ce programme. De nombreux chrétiens et chrétiennes ont par le passé marqué de leurs convictions personnelles le cours de la vie publique. Ils pouvaient s’appeler Schumann, Delors ou Rocard, sans pour autant donner une coloration religieuse à leur engagement. Mais où sont les neiges d’antan?

Je suis certain que ce renouveau est dans la ligne du pape François qui ne cesse de plaider pour une Eglise ouverte au monde, hors de ses retranchements. Pour y répondre, il faudra bien que les jeunes chrétiens aillent au charbon et ne craignent pas de se salir les mains. Car, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, c’est sur le terrain politique, économique et désormais médiatique que se dessine le monde de demain. C’est sur cette même scène que se résolvent ou ne se résolvent pas les problèmes d’aujourd’hui. Y compris les horreurs barbares commises au nom de Dieu.

Retour de balancier? Il était temps.

Guy Musy | 12.08.2016

[1] La Croix, 8 août 2016

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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