De plus en plus de religieuses et religieux locaux prennent en charge la mission de l'Eglise | © SIM USA/Flickr/CC BY-SA 2.0
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De plus en plus de religieuses et religieux locaux prennent en charge la mission de l'Eglise | © SIM USA/Flickr/CC BY-SA 2.0

Retour de manivelle?


Octobre, mois de la “mission universelle”. Les mots sonnent rétro et obsolète. Loin de nos chaires, les barbes chenues et les moustaches juvéniles qui plaident pour les Biafrais affamés, les enfants perdus de Manille ou les lépreux malgaches. Sans parler de ces prédicateurs de saison quêtant de quoi couvrir le toit d’une chapelle ou de relever les murs d’une école de brousse.

Des caravanes de “bons Pères” et de “bonnes Sœurs” de “chez nous” se sont relayées au cours des siècles, répondant le plus souvent à un appel profond qui les amenait, jeunes encore, à mourir de fièvres sur les rivages de l’Orénoque ou de l’Oubangui-Chari. Puis, l’ouragan de la sécularisation a emporté cette épopée et vidé les séminaires où se formaient ces évangélisateurs au long cours. Désormais, plus de Pères blancs “blancs”, mais des Pères Blancs “noirs”, des spiritains de même teint et des salésiennes aux yeux bridés qui investissent ce qui reste de chrétienté dans nos régions.

“Ils voulaient planter l’Eglise là où elle n’avait pas poussé”

Juste retour de manivelles, dites-vous? Continuité de la mission dans la discontinuité des missionnaires? Je n’en suis pas si sûr. Autrefois, les missionnaires partaient d’Europe ou d’Amérique du Nord dans le but d’ensemencer une terre encore vierge d’Evangile. Ils voulaient planter l’Eglise là où elle n’avait pas poussé. Du moins le croyaient-ils. Tout était à faire et à construire, pensaient-ils. Aujourd’hui, le prêtre congolais ou vietnamien est appelé à remplir des cases devenues vides sur l’échiquier de nos diocèses. Il remplace mais ne crée pas. Tout au plus, il met ses forces à faire revivre une chrétienté disparue, qui ne reviendra plus. Perspective peu réjouissante et qui n’a rien d’exaltant pour un homme (ou une femme) encore jeune, avide de se donner jusqu’au bout de ses forces.

“Vive le mariage en Eglise de la cigale et de la fourmi”

Non que la présence de ces nouveaux missionnaires soit inutile. Loin de moi cette pensée. Elle est même nécessaire pour nous faire souvenir de la “catholicité” de notre Eglise. Mais je la voudrais aussi dynamique, ne se contentant pas d’offrir des soins palliatifs à des communautés âgées ou moribondes. Je ne sais à quoi ressemblera demain notre Eglise d’Occident. Son renouveau dépendra en grande partie du dynamisme et de la créativité infusés dans nos veines sclérosées par ces frères et ces sœurs d’outremer. A condition bien sûr qu’ils soient d’authentiques missionnaires et non des touristes de passage. Ou pire, sans goût ni intérêt pour notre culture et notre histoire, butinant au hasard ce qui pourrait faire leur miel.

La mission universelle est donc à un tournant. Des forces nouvelles peuvent aider nos vieilles chrétientés à revivre. Mais à revivre autrement. Au prix d’un métissage spirituel et d’une acculturation réussie qui fera le lien entre froideur et exubérance, peur de mourir et joie de vivre, inquiétude et insouciance. Vive le mariage en Eglise de la cigale et de la fourmi.

Guy Musy

17 octobre 2018

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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