Le RBI pour un travail sensé, qui ne soit pas une "définition tyrannique de notre identité" (Illustration: flickr/stefan1981/CC BY-NC-ND 2.0)
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Le RBI pour un travail sensé, qui ne soit pas une "définition tyrannique de notre identité" (Illustration: flickr/stefan1981/CC BY-NC-ND 2.0)

Le Revenu de base, les chrétiens et le travail


Les chrétiens ont toujours souligné l’importance du travail pour l’homme. Il est d’ailleurs au cœur de l’eucharistie où le pain et le vin «fruits du travail des hommes» deviennent corps et sang du Christ. Mais les chrétiens ont aussi toujours défendu la dignité du travailleur. On pense aux prêtres ouvriers, solidaires de ceux dont le travail était le plus pénible. On pense aussi aux nombreuses déclarations du pape François en ce sens. Notamment pour le travail des jeunes en Europe.

Mais aujourd’hui, quelle est la parole particulière des chrétiens sur le travail? Des laïcs, surtout, qui évoluent dans ce monde du travail?

Le Revenu de Base Inconditionnel (RBI) n’est pas une initiative qui vise à supprimer le travail ou à minimiser son importance. L’affiche caricaturale des opposants au projet montrant un homme bedonnant avec couronne sur la tête, avachi sur son canapé, fait preuve d’une grande mauvaise foi.

Il ne s’agit pas de glander ad vitam aeternam mais plutôt de penser d’une manière nouvelle notre rapport au travail. Octroyer à tous une somme permettant de vivre vient questionner notre activité: qu’est-ce qui a de l’importance dans ma vie? Ce temps qui m’est rendu possible par un salaire que je reçois automatiquement, à quoi est-ce que je veux l’utiliser? Prendre un peu plus soin de ma vie de famille ou tenter cette idée qui me taraude depuis longtemps, ne serait-ce pas compatible avec mon travail d’informaticien à temps réduit?

“Peut-être est-il temps d’écouter ceux qui témoignent d’un système à bout de souffle et de réinventer notre rapport au travail”

Le RBI vient questionner notre rapport à l’argent. A quoi donnons-nous véritablement de la valeur? Le marché du travail tel que nous le connaissons donne à chacun sa valeur monétaire de façon réglée comme du papier à musique dans le grand livre du capitalisme. Et pourtant, entre la mère de famille et le trader, peut-on sérieusement penser que le travail de la première est moins important que celui du second? Il est pourtant bien mal reconnu! Pourquoi un tennisman gagne-t-il des centaines de fois mieux sa vie qu’un chercheur pour un vaccin qui sauverait bien des vies dans les pays les plus pauvres?

Certes, ce n’est pas le RBI qui, du jour au lendemain, changera ces situations. Pourtant, il peut être un véritable pas révolutionnaire vers une nouvelle manière d’aborder la richesse. A la triste lassitude que beaucoup ressentent devant  l’affaire des «Panama Papers», le RBI veut dire: ton activité est tout aussi importante et reconnue même si tu ne fais pas fortune.

Le RBI vient ensuite questionner notre rapport à l’activité que nous réalisons lorsque nous travaillons. Les importantes mutations que connaît la société d’aujourd’hui avec une technologie de plus en plus poussée, viennent profondément modifier la nature de ces activités avec la mécanisation accrue des tâches. Oui, l’automatisation des tâches les plus rudes est un progrès. Faudrait-il pour les remplacer trouver d’autres tâches tout aussi ingrates, pour occuper des travailleurs en les vissant derrière un écran?

Le journal «L’Obs» rassemblait récemment une série de témoignages de ces nouveaux emplois. Entre un consultant qui assume de vendre (cher) du vent à une entreprise qui fonctionnerait aussi bien sans lui, une femme qui à qui il peut arriver de travailler zéro heure effectve en une semaine, ou une autre qui retouche à l’infini le reflet d’un diamant, ces «bullshits jobs», comme les appelle l’économiste David Graeber, sont-ils les nouveaux métiers de rêve? En même temps, quelle pression insupportable que d’exiger de ceux qui seront bientôt remplacés par des machines de se façonner un métier épanouissant, cool, créatif, indispensable et en phase avec les nouvelles technologies!

Il me semble que le chrétien est justement attendu ici: à la croisée d’un travail qui fasse sens pour celui qui le fait, que ce soit pour le travail en lui-même ou pour ce qu’il lui permet d’accomplir (nourrir toute une famille, partir en voyage, mobiliser sa créativité pour ses loisirs, etc.) et d’un travail qui ne devienne pas définition tyrannique de notre identité.

Et je suis persuadée que le RBI peut être un moyen particulièrement intéressant de répondre à ces nouvelles responsabilités. Alors que le mouvement «Nuit Debout» s’exporte en Suisse, que la planète souffre de surchauffe, que les êtres humains sont exploités dans des systèmes de production absolument démesurés, à l’image des ces employés privés de pauses obligés de porter des couches, peut-être est-il temps d’écouter ceux qui témoignent d’un système à bout de souffle et de réinventer notre rapport au monde, au travail et aux autres.

Marie Larivé | 19 mai 2016

Marie Leduc Larivé

Marie Leduc Larivé est une jeune femme active dans le monde de l’édition. Après un master de géographie et un détour au Bénin, elle entreprend des études de théologie à Fribourg puis à Strasbourg. Sa foi se nourrit de rencontres et se laisse bousculer par le monde tel qu’il est. Retrouvez les billets de la plus jeune chroniqueuse de cath.ch dans son blog «verso l’alto», une référence au bhx Pier Giorgio Frassati et à sa voie ascendante, celle qui monte vers le Ciel.

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