Jean-Blaise Fellay

Rien de nouveau sous le soleil

Jean-Blaise Fellay | Vous êtes surpris que de tendres protecteurs des animaux se mettent à briser des vitrines de boucher et agresser des employés d’abattoirs? Ne savez-vous pas que la haine est souvent l’autre face de la foi?

Faites attention en Inde, si vous bousculez une vache, vous risquez votre vie. Si, pendant le ramadan, dans un quartier nord de Paris, un bambin dévore un sandwich au jambon lors de la récréation, il risque d’être tabassé par un groupe de camarades. A Jérusalem, passer en voiture le sabbat dans un quartier ultra-orthodoxe peut voir un pavé provoquer l’explosion de votre pare-brise.

Ne criez pas à l’obscurantisme et aux mentalités rétrogrades. Les végans d’aujourd’hui n’ont rien à faire avec les vieux fanatiques d’autrefois, ce sont de purs produits de la modernité. Ils sont conscients du réchauffement climatique, ils calculent chaque calorie de leur petit déjeuner. Ils surveillent attentivement leur ligne, évitent les corps gras, les alcools, les sucres tout ce qui pourrait nuire à leur santé et à la planète.

«Les végans vouent une sorte de culte à une Nature bonne, pure, autorégulatrice»

Vous me direz que l’on trouve déjà ça dans la Bible et chez les philosophes grecs. Il y avait l’interdiction de la viande pendant les quarante jours du carême, usage tombé en désuétude aujourd’hui. La prohibition de l’alcool était une condition pour les nazirs hébreux, qui ne devaient pas non plus se couper les cheveux. Dans la Suisse d’avant-guerre, les groupements de la Croix-bleue pourchassaient les ivrognes dans nos cités. Toute l’Amérique du Nord s’y était mise entre deux guerres, pour le plus grand profit des mafias de Chicago.

Nos censeurs contemporains ne s’inscrivent pas dans cette filiation judéo-chrétienne. Ils appartiennent plutôt à un courant néo-païen, qui révère la Terre-mère, les sociétés de cueilleurs-pêcheurs, le chamanisme. Ils vouent une sorte de culte à une Nature bonne, pure, autorégulatrice, dans la mesure où elle échappe à l’industrie humaine, à la chimie et à la mécanique. Le fond de cette inspiration est religieux, il vise la conversion, la pénitence, le retour à l’innocence originelle. Même s’il faut accepter pour l’atteindre un peu de violence afin de mettre les choses en mouvement. Mais la paix entre la nature et l’humanité est à ce prix.

«Ils se considèrent au sommet de l’évolution scientifique, intellectuelle et morale»

Les Californiens, très informatisés, se sont tournés en masse vers le véganisme. Ils rejettent les vieilles sociétés paternalistes, autoritaires et moralisatrices. Ils ne s’inscrivent même pas dans l’austérité des stoïques de l’Antiquité, même s’ils en font partie. Ils se croient neufs, enfants d’une société telle qu’il n’en a jamais existé. Ils se considèrent au sommet de l’évolution scientifique, intellectuelle et morale. C’est magnifique. Même si je m’étonne que cela passe par des méthodes plus archaïques que celles de la pierre taillée, car ces habitués de la haute technologie en reviennent au caillou et au bâton. Y aurait-il une résurgence de primitivité chez eux?

Alors, retour en arrière pour retour en arrière, j’aimerais leur proposer un saint tutélaire: Jean Baptiste, figure éminemment populaire au Moyen Age. Il se vêtait de peau de chameau, car il dédaignait les fibres issues de l’agriculture et la toile tissée sur des métiers manuels. Il ne mangeait pas non plus de produits issus des champs mais récoltait du miel sauvage et des insectes. Et, bien sûr, on ne l’imagine pas dévorant un cochon à la broche. Il devait être aussi mince que Nicolas de Flue. Son impact écologique était fabuleusement bas, un véritable exemple.

C’était il y a deux mille ans. Sans vouloir être excessivement critique, je crois que la plupart des végans que je connais ont encore du chemin à faire.

Jean-Blaise Fellay

17 septembre 2018

Le véganisme possède certains traits religieux (Pixabay.com)
17 septembre 2018 | 10:09
par Jean-Blaise Fellay
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