L'écrivain Michel Houellebecq a une vision sombre de l'humanité | © Flickr/Silvina Frydlewsky/CC BY-SA 2.0
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L'écrivain Michel Houellebecq a une vision sombre de l'humanité | © Flickr/Silvina Frydlewsky/CC BY-SA 2.0

Sérotonine


Je me suis donc résolu à lire “Sérotonine”, le dernier roman (?) de Michel Houellebecq, auteur “incontournable” quoique sulfureux à bien des égards. Le sexe est secondaire comparé à la critique acerbe et impitoyable de notre société malade à mourir.

Non pas que l’auteur en fasse une analyse approfondie ou soit sentencieux à son égard. Il se contente d’un étalage froid et sans pitié de faits et situations où se mêlent tendresse et cruauté, amour et égoïsme, respectabilité et perversité. Le tout dominé par les antidépresseurs et les réflexes morbides. Solution finale: le suicide comme délivrance ou évasion de cet enfer. J’en conviens, ce livre n’est pas réconfortant; je ne le recommande pas aux dépressifs.

“Comme aux noces de Cana, Houellebecq sert le bon vin tout à la fin”

Et Dieu dans tout ça? Faut-il vraiment en chercher la trace? Assurément, Houellebecq n’est pas Onfray. Quelques touches de religiosité ci et là, et pas forcément négatives. Il arrive à Florent-Claude Labrouste, l’antihéros de ce roman, de rêver de messe de minuit, de séjour silencieux à l’ombre d’un cloître. On le sent appartenir à un terreau où ce genre de pratiques semble aller de soi. Du moins pour la génération de ses parents. Mais que penser des toutes dernières lignes de l’ouvrage?:

“Dieu s’occupe de nous en réalité, il pense à nous à chaque instant, et il nous donne des directives parfois très précises. Ces élans d’amour qui affluent dans nos poitrines jusqu’à nous couper le souffle, ces illuminations, ces extases, inexplicables si l’on considère notre nature biologique, notre statut de simples primates, sont des signes extrêmement clairs.

Et je comprends, aujourd’hui, le point de vue du Christ, son agacement répété devant l’endurcissement des cœurs: ils ont tous les signes, et ils n’en tiennent pas compte. Est-ce qu’il faut vraiment en supplément, que je donne ma vie pour ces minables? Est-ce qu’il faut être, à ce point, explicite?

Il semble que oui.”

Comme aux noces de Cana, Houellebecq sert le bon vin tout à la fin. Inattendue et surprenante cette confession de foi de la toute dernière minute. Malgré ses ténèbres, la vie humaine recèle des signes lumineux. Encore faut-il savoir les déceler et les interpréter. Autant de directives qui devraient nous faire sortir de la désespérance. La croix du Christ à elle seule est chemin d’espoir. Ce signe sublime devrait suffire à nous ouvrir les yeux.

Guy Musy

7 mars 2019

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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