Genève se veut une "République laïque" | © Pierre Pistoletti
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Genève se veut une "République laïque" | © Pierre Pistoletti

Sourire laïc


Guy Musy | Il fait bon de sourire quand une République dont la laïcité est la marque de fabrique vient au secours du sacré mis à mal ou plutôt mis à plat par les Eglises établies sur son territoire. Et ce n’est pas une “Genferei” supplémentaire, “une genevoiserie” à laquelle je fais allusion, mais à un article sérieusement informé et rédigé, paru dans un quotidien du bout du Lac (Tribune de Genève, mardi 3 avril 2018). Le Département genevois de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE) et l’architecte cantonal s’inquiètent de la destruction programmée de deux églises catholiques, pour ne parler que de ces deux-là. Même si la superficie récupérée pourrait servir à construire de nouveaux logements et, du même coup, assainir les finances calamiteuses des paroisses concernées.

Ce ne sont pas les raisons mises en avant par l’ECR (Eglise catholique romaine) pour justifier ces opérations qui sont les plus intéressantes, mais les réserves et réticences des fonctionnaires de notre Etat prétendu laïc. Laissons aux spécialistes le soin de disserter sur la valeur architecturale des édifices en question, dignes d’être recensés, semble-t-il, au répertoire des richesses patrimoniales locales. Ne relevons que le fait que “ces bâtiments singuliers sont des repères visuels qui cassent la monotonie de la ville. Imaginez, si le paysage ne se composait que d’alignements de barres d’immeubles! Il faut des lieux qui disent le collectif plutôt que l’individuel, qui évoquent d’autres choses que métro-boulot-dodo”.

 “Tout se paye en ce bas monde. Même l’émotion”

Bon! Voilà un discours qui relèvera les bretelles de ceux qui applaudissent à grands cris l’encyclique Laudato Si’ du pape François, tout en se moquant de ses consignes écologiques. Mais le plus fort est la péroraison de la plaidoirie de nos fonctionnaires: “Enfin, ce genre de bâtiments crée une émotion, qu’on soit croyant ou non”.

Une “émotion” comparable à celle qu’on éprouverait face au tours de Notre Dame de Paris, à la Mosquée bleue d’Istanbul, ou au Taj Mahal d’Agra. En l’occurrence, c’est faire beaucoup d’honneur à l’hémicycle bétonné de Ste-Jeanne de Chantal aux Charmilles et au campanile de St-Pie X du Bouchet. Mais foin de plaisanteries! Nos villes ont besoin de lieux qui invitent à respirer autre chose que l’essence du macadam et qui ferment nos oreilles au vacarme du trafic. Et si nos églises assuraient ce service social minimum?

Mais voilà! Tout se paye dans ce bas monde. Même “l’émotion”. Il n’y a pas que la guerre dont l’argent soit le nerf. Alors, je me tourne vers notre République laïque, si attentive aux besoins “spirituels” de ses citoyens. En raclant ses fonds de tiroirs, ne pourrait-elle pas trouver de quoi sauver nos “émotions”?

Guy Musy

 6 avril 2018

 

 

 

 

 

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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