"Fêter les saints et les saintes ensemble nous met enfin devant le mystère de la diversité des dons de Dieu." (© Pixabay)
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"Fêter les saints et les saintes ensemble nous met enfin devant le mystère de la diversité des dons de Dieu." (© Pixabay)

Toussaint: les premiers de cordée


Il n’y a pas si longtemps j’étais un étudiant qui passais des examens. Et, à la fin d’une année universitaire, ont lieu les sessions de rattrapage. Si vous avez échoué à la première session d’examens, vous pouvez espérer avoir une chance à la session de rattrapage. Or une manière de voir la fête de la Toussaint consiste précisément à la lire comme une grande session de rattrapage: une fête, en fin d’année liturgique, pour ceux et celles qui n’auraient pas de place dans notre calendrier. Pourtant, je crois que le sens de la fête de la Toussaint est tout l’inverse de celui d’une session de rattrapage. Ce n’est pas une fête «en plus» pour ceux que l’on n’aurait pas honoré à un autre moment. C’est, au contraire, LA fête qui éclaire le sens de la sainteté.

Fêter les saints et les saintes ensemble, c’est en effet se rappeler d’abord qu’un seul est saint. Si nous vénérons les saints et les saintes, nous vénérons avant tout le don que Dieu leur a fait. A une époque qui valorise spécialement les stars, Sainte Mère Teresa, très sollicitée par les médias, avait l’habitude de dire: «je les laisse me regarder, puis je les dirige vite vers Jésus, seulement vers Jésus».

Fêter les saints et les saintes ensemble nous met devant le mystère de la diversité des dons de Dieu.

Fêter les saints et les saintes ensemble, c’est ensuite se souvenir que la sainteté n’est jamais strictement individuelle. La sainteté de ses enfants appartient à toute l’Eglise et enrichit l’humanité. Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibirine assassiné en Algérie en 1996, avait déclaré avant sa mort qu’il ne pouvait désirer le martyre si cela consistait à vouloir qu’un autre pèche en le mettant à mort: je ne peux souhaiter ma sainteté au détriment du salut d’un autre. La sainteté est pour toute l’Eglise. Elle est pour le salut du monde. Non pour la gloire d’un individu.

Fêter les saints et les saintes ensemble nous met enfin devant le mystère de la diversité des dons de Dieu. Quand Dieu donne, Il crée pour nous de la diversité. Saint Jean-Paul II, fervent pourfendeur du relativisme moral, a aussi été le pape qui a célébré le plus grand nombre de canonisations. Ce faisant, il manifestait que s’il y a dans la sainteté une radicalité qui ne souffre aucune compromission, la loi de vie que le Christ nous donne n’est pas gravée dans la pierre. Au contraire, elle est inscrite dans les cœurs de chair de ceux et celles qui ont risqué d’inventer un chemin à sa suite, dans la diversité des situations auxquelles ils ont été confrontés.

Célébrer «en une même fête la sainteté de tous les élus» c’est donc se rappeler que les saints et les saintes ne sont pas des premiers de classe à admirer parce qu’ils ont bien suivi un programme. Mais c’est les voir comme des premiers de cordée qui entraînent toute l’Eglise en se mettant à l’école du Christ. A cette école-là, il n’y a pas d’examen, mais un trophée à partager: la joie de vivre, ensemble, en sa présence.

Fr. Jacques-Benoît Rauscher | 01.11.2017

Jacques-Benoît Rauscher

Fr. Jacques-Benoît Rauscher est dominicain. D'origine française, il vit au couvent Saint-Hyacinthe de Fribourg.

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