Homélie du 22 septembre 2024 (Mc 9, 30-37)

Mgr Rémy Berchier – Eglise Saint-Joseph, Rossens, FR

Chers amis appelés par le Père et pèlerins d’espérance,

Une vieille dame qui s’élève au milieu du village et de nos vies. Une vieille dame pour qui des croyants ont cédé une terre, une part de leurs biens afin qu’elle s’élance fièrement depuis 150 ans. Une vieille dame, cette église de pierres, les pieds ancrés dans notre pâte humaine et coiffée d’un coq, rappel de notre humanité merveilleuse mais douloureuse aussi, à l’exemple de Pierre qui renie. Flanquée d’une croix qui nous rappelle à chaque instant que le « Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera » comme nous dit l’Evangile.

Ils ont commencé par creuser des fondations. Et nos fondations à chacune et chacun de nous, qu’elles sont-elles ? La foi reçue au jour de notre baptême, notre relation au Christ, l’accueillir, le connaitre toujours davantage, de l’intérieur, par le cœur, se tenir en sa compagnie, à la place qu’il s’est choisie pour lui, la dernière, celle du serviteur : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » et encore : « Celui qui m’accueille… accueille Celui qui m’a envoyé. » Nous dit saint Marc. Voilà nos fondations, ce à quoi le Père et Jésus nous appellent, la barque qui est accostée sur le rivage, à l’entrée du chemin et qui répercute le « Viens et suis-moi » de Jésus, nous le suggère. C’est la condition pour être pèlerin d’espérance !

Sur les fondations sont érigés de hauts murs porteurs, faits de pierres solides. Ils nous rappellent les pierres vivantes que nous sommes. Chacun, avec ses charismes, apporte sa contribution indispensable à tout l’édifice qu’est l’Eglise, Corps du Christ et à l’humanité. Elles s’imbriquent les unes sur les autres, soudées par le ciment de l’Esprit-Saint. Elles s’ajustent parfaitement, comme nous sommes appelés à nous ajuster au Christ et à sa dernière place. Le livre de la Sagesse nous dit : « Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera. »

Notre vie entière est pèlerinage d’espérance, comme ce chemin, qui trace notre route quotidienne, en passant par l’ambon, table de la Parole et arrivant à l’autel, table de l’Eucharistie, repas des noces de l’Agneau, mystère d’Eternité, comme l’immense toit de cet ouvrage, pointé vers le haut, prémices de la voûte céleste,

Au cœur de cette vieille dame, le Christ est réellement présent ; sa Parole est proclamée depuis un siècle et demi ; la vie des croyants est célébrée, chantée, priée, avec ses joies, ses peines et son quotidien. Tout a été aménagé pour qu’elle soit belle, chaleureuse, lumineuse et accueillante. Y venir, nous ressource, nous nourrît, nous ajuste, nous relie, nous inonde de sagesse. Saint Jacques nous le dit : « La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. »

Ce matin notre vieille dame est plus jeune que jamais, scintillante de lumière, débordante de joie parce qu’elle rassemble les croyants de la communauté de Rossens, célébrants les 150 ans de la consécration de leur église dédiée à saint Joseph. Elle réunit les baptisés de toute l’Unité Pastorale St-Protais, en lancement d’année et elle rejoint tous les chercheurs de Dieu, par la voie des ondes. Alors, réjouissons-nous car le Père et Jésus nous appellent : « Viens et suis-moi ». Descendons de nos barques, mettons-nous en chemin, avec notre bâton, en pèlerin d’espérance jusque dans l’Eternité !

Bonne route à chacune et chacun. Amen.

25e dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques : Sagesse 2, 12-20; Psaume 53; Jacques 3, 16 – 4, 3; Marc 9, 30-37

Homélie du 15 septembre 2024 (Mc 8, 27-35)

TEMPLE DE BELLEVAUX ST-LUC, LAUSANNE : DIMANCHE DU JEÛNE FÉDÉRAL
CÉLÉBRATION ŒCUMÉNIQUE ET INTERCULTURELLE

Marc 8, 27-35 (version TOB)

27 Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée-de-Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? »

28 Ils lui dirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des prophètes. »

29 Et lui leur demandait : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Pierre lui répond : « Tu es le Christ. »

30 Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne.

31 Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.

32 Il tenait ouvertement ce langage. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.

33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

34 Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive.

35 En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera. »

Prédication réfléchie, écrite et dite en duo, par Anne Rochat et Virgile Rochat

Anne Rochat (AR) : Waouh, quel texte difficile nous venons d’entendre ! Difficile à comprendre d’abord et difficile à vivre peut-être aussi !

Virgile Rochat (VR) : Oui, tu as raison. C’est un texte un peu ardu, mais c’est tant mieux, car plus c’est difficile, plus il y a de choses à recevoir et à expérimenter !

AR : On se lance ?

VR : On se lance !

AR : Le texte nous dit que Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée-de-Philippe. Pourquoi ces précisions ?

VR : D’abord Jésus bouge, c’est un intranquille ! Il est tout le temps en route, en chemin. Et il ne va pas seul, il s’entoure de celles et ceux qui veulent le suivre. Il ne se rend pas seulement dans les villes importantes ou célèbres, il va aussi dans les villages sans importance.

AR : Et 2000 ans après, il vient donc chez nous, dans nos quartiers, nos rues, nos maisons… Mais… Césarée-de-Philippe, c’était où ? c’était quoi ?

VR : C’était un bourg situé tout au nord de la Palestine, un village créé par le roi Hérode Philippe en l’honneur de César. Donc en pays occupé, où d’ailleurs vivaient beaucoup de non-juifs. Or Jésus va partout, même là où la situation politique est problématique, même là où il y a passablement d’étrangers, qui étaient considérés comme infréquentables par les juifs pieux d’alors.

AR : Aujourd’hui encore, il ne fait pas de différence, il continue à venir dans nos situations difficiles, nos blocages, notre quotidien !

VR : Sur un plan plus symbolique, ces villages se situent au pied du Mont Hermon, aux sources du Jourdain. Les sources, c’est le début, le commencement. Et le Jourdain, c’est l’eau. L’eau qui désaltère humains et animaux, qui irrigue les champs. L’eau c’est la vie. Vie que Jésus nous apporte en plénitude : « Je suis venu pour apporter la vie, la vie en abondance », comme le précise Saint Jean (Jn 10, 10).

AR : Décidément, ce verset dit plus de choses qu’il n’y paraît ! L’eau, l’eau de tous les jours pour évoquer ce que Jésus nous apporte et la mention de la source, comme une invitation à entamer un itinéraire spirituel, ça me parle… Mais continuons ! Le maître et ses disciples sont donc en chemin…

VR : Avec Jésus, on est en chemin, oui ! Il faut juste se laisser mettre en route… et, de fait, le suivre. Tout le passage de ce jour – le passage bien nommé – va nous inviter à suivre Jésus. Avec quelques surprises…

AR : En chemin donc, Jésus interroge ses disciples : « Au dire des hommes, qui dit-on que je suis ? » Je me suis questionnée sur cette curiosité. Le maître avait-il besoin de tester le degré de compréhension et d’adhésion de ses amis ? Mais ne connaît-il pas déjà le cœur de chacun ? Peut-être que cette question, il la pose surtout pour que nous puissions y répondre. Je veux dire, parce que nous avons besoin de pouvoir y répondre. Chacune, chacun… C’est peut-être la seule question vraiment importante !

VR : C’est en tout cas intéressant que Jésus lui-même interroge sur son identité, car on va en apprendre beaucoup… Dans le texte, on repère d’habitude deux réponses : celle des foules et celle de Pierre. Mais (on va le voir), il y en a trois en réalité ! La troisième étant… celle de Jésus lui-même !

AR : Parle-nous d’abord de la réponse des foules :

VR : Selon les disciples, la plupart des gens pensent que Jésus est Jean le Baptiste, éventuellement Elie, ou encore un autre prophète. Pour bien comprendre ces réponses, il faut savoir que dans la représentation que les juifs se faisaient du messie à l’époque, celui-ci devait être précédé d’Elie, et que Jean Baptiste avait été lui-même pris pour Elie. Ce n’était donc pas faux, comme ce n’est pas faux de nos jours quand des personnes reconnaissent en Jésus un sage ou un prophète. Ce n’est juste pas la totalité. Jésus est beaucoup plus que cela…

AR : C’est donc Pierre qui donne la « bonne » réponse… Pierre dit : « Tu es le Christ ». Christos est un mot grec qui traduit l’hébreu mashia’h, mot qui a donné « messie » en français. Et messie signifie « oint », du verbe oindre, un verbe que l’on ne conjugue plus beaucoup de nos jours ! Dans le Premier Testament on intronisait les rois en les oignant, en faisant couler sur leur tête une onction, un peu d’huile, signe de leur élection. Pierre dit donc que Jésus est le choisi, l’élu de Dieu pour sauver le monde…

VR : La parole de Pierre est une parole de vérité. Il a compris qui est vraiment son maître. Mais je me demande bien pourquoi Jésus rabroue ses disciples après avoir obtenu la réponse qu’apparemment il attendait d’eux ? Pourquoi brise-t-il leur élan ? Pourquoi exige-t-il qu’ils se taisent et ne parlent de lui à personne ? Il aurait dû au contraire les inviter à parler, à témoigner, à temps et à contre-temps comme le dit Saint Paul ! (2 Tim 4,2)

AR : C’est bizarre en effet et beaucoup de commentateurs se sont penchés sur ce silence imposé aux disciples, en particulier dans l’évangile de Marc…

VR : Quand on les lit, on découvre plusieurs interprétations. Pour certains, Jésus savait que « son heure » – c’est-à-dire le moment choisi par son Père pour se dévoiler – n’était pas encore venue. D’autres pensent que les disciples n’étaient pas encore suffisamment mûrs et éveillés pour comprendre (d’ailleurs l’ont-ils été une fois ?). Il y a sans doute du vrai dans tout cela, mais…

AR : …Tu as une autre idée ?

VR : Oui ! Et c’est une idée que partagent plusieurs commentateurs : si Jésus demande le secret à ses disciples sur sa messianité, c’est parce qu’il ne veut pas entrer dans les attentes religieuses de son temps (mais aussi de notre temps) ! Les attentes d’un messie tout puissant, qui viendrait sur terre pour tout arranger d’un coup de baguette magique… D’un messie qui redresserait en un instant ce qui ne va pas dans nos vies et dans le monde ! C’est bien le but, mais pour ce faire le Christ a besoin de nous et le chemin n’est pas un chemin facile.

AR : Tu veux dire que Jésus nous invite à changer de regard sur ce que cela signifie d’être le messie ?

VR : Exactement ! Si l’on suit de près le texte biblique, on voit qu’après avoir entendu la confession de foi de Pierre et avoir commandé à ses disciples de se taire, « il commença à les enseigner et leur dit qu’il fallait que le Fils de l’Homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les notables, qu’il soit mis à mort et ressuscite trois jours après. »

AR : Il fallait qu’il souffre. Ce « il fallait » me chiffonne… Il m’évoque un sombre destin venu du fond des âges, un décret divin, une nécessité… Pour moi, cela reste un mystère…

VR : La suite du verset nous apporte une réponse : s’il faut que le messie soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, les tenants de la tradition et de l’ordre social, c’est qu’ils avaient tout à craindre de ce Jésus remuant.

A force de prêcher au peuple, aux petites gens… à force de valoriser les simples, les sans noms, les exclus, Jésus suscitait l’enthousiasme des foules… et la rage des autorités établies… Pas étonnant qu’elles l’aient attendu au contour !

Et si on réfléchit bien, c’était constitutif de son message. Jésus disait : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades (Luc 5, 31-32) ».

AR : D’accord, sur un plan humain, je vois bien ce que tu veux dire : les autorités sont prêtes à tout pour stopper les révolutionnaires, qui menacent leur pouvoir. Mais il me semble que Jésus cherche à nous apprendre quelque chose de plus profond encore sur sa mission parmi les humains.

Et c’est à une véritable empoignade que nous assistons : choqué par les paroles sombres de son maître, Pierre tire Jésus de côté et le rabroue à son tour : « Mais non, tu ne seras pas inquiété, tu ne seras pas arrêté, tu ne seras pas tué… » Jésus réagit alors avec une force impressionnante : « Arrière de moi Satan, car tes paroles ne sont pas celles de Dieu… ». Jésus remet en quelque sorte Pierre à sa place, c’est-à-dire derrière lui, à sa suite !

VR : Oui, c’est énorme ! Jésus se fâche – d’une sainte colère – et il utilise exactement les mêmes paroles que lors de la tentation au désert pour vaincre le diable. Car c’est l’Adversaire qui promet à l’humain la puissance, le pouvoir et le triomphe, là où le Serviteur de Dieu se prépare à affronter la condamnation, l’abandon et la mort sur la croix. Oui, le triomphe de la résurrection est certain, mais on ne peut renaître à la vie sans passer par la mort, d’abord !

AR : Tu as remarqué ? Jésus appelle non seulement ses disciples, Pierre y compris, mais la foule tout entière pour achever l’enseignement de ce jour-là : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

VR : Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je commence à saisir la formidable énergie de vie et de libération qu’il y a dans le message de l’Evangile, mais je commence à comprendre aussi qu’il nécessite un engagement exigeant, difficile.

AR : Le message et l’agir de Jésus sont tellement différents de ce qui se passe dans le monde que cela ne peut pas aller comme sur des roulettes. Jésus va à contre-courant… Ça finira bien (le troisième jour !), mais le chemin pour y arriver est un chemin étroit.

VR : C’est ce qu’un théologien allemand, Dietrich Bonhoeffer – qui a vécu au XXème siècle, et en particulier pendant la seconde guerre mondiale – a appelé le prix de la grâce. Et il l’a payé de sa vie…

AR : C’est que la destinée de Jésus est la nôtre aussi, dans toutes ses dimensions. Et je crois que ce texte peut toucher toutes celles et ceux qui traversent des temps difficiles à cause de l’évangile. Comme disciples du messie, nous sommes appelés à nous décentrer, à nous mettre au service des autres en donnant de notre temps, de notre argent, de nos capacités, dans la confiance que ce don de nous-mêmes est la clé de la vie en plénitude, la clé de la joie véritable. Certes, nous avons à connaître la vulnérabilité, la perte, l’injustice, et à nous confronter d’une manière ou d’une autre au mal et à la mort ; mais nous nous croyons à la résurrection !

VR : Car sur la croix, par amour et en toute liberté, Dieu en Jésus-Christ nous précède à travers la mort et offre sa vie pour notre vie. Toujours il nous relève, toujours il nous appelle à répondre à son amour, à nous engager dans sa voie, à venir boire à sa source, afin de devenir à notre tour sources de vie pour ceux qui nous entourent.

AR : Alors aujourd’hui, écoutons résonner cette promesse de Jésus ! : « Qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. » Qu’elle nous guide, qu’elle nous libère de la peur et qu’elle nous remplisse de joie !

Amen

Homélie du 8 septembre 2024 ( Mc 7, 31-37)

Abbé Philippe MattheyEglise Saint Bernard-de-Menthon, Plan-les-Ouates, GE

LE SOUPIR DE JÉSUS

Quand Dieu souffle, il se passe toujours quelque chose de nouveau… au matin du monde le souffle du Créateur tournoie sur les eaux, au cours de sa mission le souffle de Jésus envoie ses disciples et à la Pentecôte le souffle de l’Esprit libère la parole des apôtres. Et chaque fois ce souffle est complété par une parole : lorsque Dieu dit, cela est, quand Jésus parle, l’Esprit remplit les disciples, ce même Esprit qui libère la parole des disciples à la Pentecôte.

C’est ainsi qu’aujourd’hui nous comprenons que le soupir de Jésus ouvre de nouveaux possibles non seulement pour cet homme privé de parole mais pour tous les témoins de ce signe fondateur, et nous en sommes. Effata, ouvre-toi ! La parole est libérée dans les deux sens : les oreilles la reçoivent à nouveau et la bouche la proclame.

La parole d’amour de Jésus est digne de foi

A la différence de la plupart des humains, qui parlent plus facilement qu’ils ne mettent en pratique ce qu’ils disent, Jésus agit puis ajoute une parole pour donner sens à son geste. Comme toute parole de Dieu, celle de Jésus est efficace parce qu’elle réalise ce qu’elle dit. Sa parole d’amour est digne de foi.

Regardons par quel chemin Jésus passe. D’abord il sort du territoire connu pour ouvrir un ailleurs. Puis il accueille l’homme qu’on lui présente et le mène à l’écart pour bien manifester qu’il veut le rencontrer personnellement. Ensuite il pose un geste avec ses doigts qui touchent ce qui est en manque, puis un deuxième geste en levant les yeux au ciel et un troisième en soupirant. Ce soupir s’apparente à un gémissement qui exprime sa profonde compassion et son désir d’agir.

Enfin vient sa parole : ouvre-toi ! Tous les gestes de Jésus ont préparé cet appel pour qu’il soit reçu là où il y a le manque. Par eux il manifeste qu’il est touché par celui qu’il touche à son tour ouvrant ainsi une relation nouvelle qui redonne vie à celui qui en était privé. Il faut bien remarquer que Jésus ne dit pas : je te guéris, mais qu’il rend l’homme acteur de sa propre ouverture : ouvre-toi !

Ce geste et cette parole m’inspirent trois remarques :

Premièrement, Jésus ne fait rien seul : il lève les yeux pour faire appel à son Père et il soupire pour appeler l’Esprit… Il a besoin de ce lien d’unité et d’amour pour le partager. Sans cette relation Jésus ne pourrait pas communiquer la vie et encore moins la guérir.

Deuxièmement, Jésus réalise la promesse du prophète Isaïe : Dieu lui-même vient vous sauver ; alors s’ouvriront les oreilles des sourds. Il se présente donc comme le Messie de Dieu par ces signes très humains qu’on appelle les miracles. Ceux-ci ne sont jamais une démonstration de la puissance de Dieu mais le signe de sa fidélité : Dieu a vu la misère de son peuple et il lui vient en aide dans toutes ses fragilités.

Troisièmement, Dieu ne fait pas sans nous. Jésus rend l’homme responsable de sa guérison. En l’appelant à l’ouverture il lui donne accès à sa propre énergie vitale. Si la volonté de l’homme rejoint la volonté de Dieu, comme nous le prions dans le Notre Père, alors tout est ouvert : ses oreilles, sa bouche et son cœur. L’homme participe donc à sa guérison.

Nous avons besoin d’ouvrir nos oreilles à la Parole de Dieu, nos mains et nos coeurs à sa mise en pratique

Le chemin de la rencontre de Jésus avec cet homme, c’est notre chemin. Nous avons besoin d’ouvrir nos oreilles à la Parole de Dieu et nos mains et nos cœurs à sa mise en pratique. Les soucis de la vie, la nôtre et celle du monde, contribuent à nous replier sur nos peurs et donc à rester sourds aux appels de nos sœurs et de nos frères humains.

Et voilà que Jésus nous emmène dans une relation à la fois personnelle et collective. Nous ne sommes pas des anonymes pour lui ; son attention et sa présence à chacun-e de nous manifeste sa confiance et valorise ce que nous sommes. Et en même temps il nous relie à cette grande histoire de l’alliance avec tous ses témoins (aujourd’hui Isaïe, le Psalmiste et les gens de l’évangile…) pour que nous puissions nous associer à ceux qui constatent qu’il a bien fait les choses. La fidélité à la promesse divine se dit à travers ses gestes et ses paroles et il nous envoie faire de même.

Faire de même : c’est un appel constant de l’évangile. Qu’est-ce à dire ?

Si Jésus nous parle ce n’est pas pour que nous répétions ses paroles mais bien pour que nous nous mettions à notre tour au service de celles et ceux qui habitent nos existences. Par des gestes de compassion, de solidarité, de partage et de fraternité… Effata nous dit-il : tu peux toi aussi t’ouvrir aux autres pour te laisser toucher par eux et pour les toucher de ta présence et de ta sollicitude.

Nous sommes co-créateurs avec Dieu

Enfin, arrêtons-nous sur le « toi » d’ouvre-toi. Jésus nous révèle que c’est nous qui sommes les artisans de nos propres existences. Mais nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. En toute liberté il nous offre le choix d’adopter son attitude. Si nous croyons au Dieu créateur nous croyons également que nous sommes co-créateurs avec lui, autrement dit qu’il compte sur nous pour qu’avec lui nous prenions notre part dans la construction d’un monde ouvert à l’amour, donc plus juste et plus fraternel

Lorsque le souffle de Dieu nous traverse nous croyons que nous ne sommes pas seuls et que l’ouverture à tout autre donne à nos vies la dimension de l’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit !  Amen

23e dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques : Isaïe 35, 4-7; Psaume 145; Jacques 2, 1-5; Marc 7, 31-37