Suisse

50 ans du SPI, un institut de recherche «nécessaire» à l'Eglise

L’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) a fêté, le 18 janvier 2019 à Saint-Gall, son 50e anniversaire. Lors de l’événement, les intervenants ont insisté sur la nécessité pour l’Eglise de posséder un tel organe de recherche et de conseil.

La journée, qui déclinait conférences et ateliers sur le thème des «chantiers» de l’Eglise , a suscité un grand intérêt. Davantage de personnes que prévu ont afflué à la Pfalzkeller de Saint-Gall pour souhaiter bon anniversaire au SPI.

«Les responsables de l’Eglise auraient commis une erreur s’ils n’avaient pas créé le SPI, il y a 50 ans», a déclaré Mgr Markus Büchel, évêque de Saint-Gall et responsable du Département de la pastorale à la Conférence des évêques suisses (CES). Le fait que l’Institut existe encore aujourd’hui est un signe de la force de persuasion qu’il a montrée, ainsi que de sa volonté de persévérer et «de s’accrocher à une tâche reconnue comme nécessaire», a ajouté le vice-président de la CES.

Un esprit d’ouverture

L’histoire du SPI est étroitement liée aux catholiques de Saint-Gall, qui ont l’ont fondé à la fin des années 1960. Un parcours dûment retracé par l’évêque, qui a expliqué comment l’Institut avait été marqué par le Concile Vatican II (1962-1965). Mgr Büchel a également rappelé ses principales réalisations. Le prélat saint-gallois a souligné que ces travaux l’avaient aidé, alors qu’il était aumônier et prêtre, à ne pas perdre de vue les changements de la société. Ils l’ont incité à comprendre la pastorale comme «un chemin avec les personnes» dans une «ouverture sans crainte». On doit aux responsables d’Eglise successifs d’avoir insufflé un tel esprit dans le diocèse de Saint-Gall. Ces derniers ont été encouragés à avancer dans cette direction grâce aux impulsions données par le SPI.

La création par les évêques de la Commission suisse de planification pastorale, suite aux décisions du Synode 72, a constitué un jalon important, a assuré Mgr Büchel. Elle a permis de faire fructifier, également au niveau des diocèses, les résultats des recherches en sociologie pastorale.

Mgr Markus Büchel a participé au 50e anniversaire du SPI | © Jacques Berset

L’évêque a exprimé des remerciements particuliers pour le travail accompli par l’Institut dans le cadre du Synode des évêques sur la famille (2016) et du Synode des jeunes (2018). Il a mentionné également la publication La diversité des modèles familiaux au sein de l’Eglise catholique (SPI 2015).

Pour une théologie basée sur le concret

«Le plus vieux SPI de l’histoire de l’Eglise était la salle d’écriture de l’évangéliste Luc», a relevé Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ). Le représentant de l’association des corporations ecclésiastiques, qui co-finance le SPI, a étayé cette affirmation par des arguments bibliques. Il a rappelé que l’évangile de Luc commençait par «une réflexion sur les méthodes» et que les Actes des apôtres avaient «un bon sens de la recherche sociale qualitative».

Pour Daniel Kosch, la sociologie pastorale, comprise comme une préoccupation du concret, a toujours fait partie de l’ADN de l’Eglise. Il a également souligné l’importance de l’histoire du Salut et de la tradition de l’Eglise pour la planification pastorale. «Sans le long souffle donné par l’histoire du Salut», cette planification serait aujourd’hui à «bout souffle». Il s’est donc réjoui qu’au SPI, non seulement la sociologie, mais aussi la théologie soient valorisées.

Daniel Kosch, secrétaire général de la RKZ (photo Maurice Page)

Il a rappelé que l’impulsion de la création du SPI – «une importante réalisation commune de la pastorale et des instances de droit ecclésiastique» – provenait des autorités de droit ecclésiastique, plus précisément d’Urs Cavelti, l’ancien président du Conseil de la corporation ecclésiastique du canton de Saint-Gall. Ce dernier rappelait constamment que chaque décision de droit ecclésiastique ou financière était précédée d’une décision pastorale. Il était convaincu que les mesures pastorales et financières avaient besoin d’une «base de décision ancrée dans la réalité sociale concrète».

Regrets

Au cours de la soirée, d’anciens membres du SPI ont été invités par le directeur Arnd Bünker à prendre la parole. «Notre travail a toujours été imprégné d’un soupçon de tristesse», a confié Alois Odermatt, directeur de l’Institut de 1977 à 1984. Dans le passé, il est apparemment arrivé assez fréquemment que les évêques n’aient pas procédé aux démarches nécessaires, du point de vue du personnel du SPI. «On avait fait de gros efforts. Et soudain un ‘non’ est tombé, alors qu’au début les évêques avaient dit oui», a affirmé l’historien.

Claudia Mennen, membre de la Commission de planification pastorale de 1996 à 2003, a réalisé, à un moment donné, que sa marge de manoeuvre était limitée. «J’ai compris que je ne savais pas entrer dans le jeu de pouvoir, et que je ne voulais pas y entrer». Sur un ton critique, la théologienne allemande a souligné que l’on ne pouvait conseiller qu’une institution qui le voulait. Pour Claudia Mennen, l’Eglise est toujours en marche pour devenir une institution synodale. Une avancée qui «ne tombera pas du ciel». Pour la théologienne, certaines personnes devraient lâcher du pouvoir afin que d’autres puissent s’impliquer davantage.


Plus de participants que prévu

La journée du SPI a suscité un grand intérêt. Selon Arnd Bünker, environ 200 personnes se sont inscrites, alors que de 120 à 150 étaient attendues. Des personnalités éminentes de l’Eglise en Suisse ont participé à l’événement, dont Mgr Urban Federer, Père-Abbé d’Einsiedeln, ainsi que Markus Thürig et Guido Scherrer, respectivement vicaires généraux du diocèse de Bâle et de Saint-Gall.

Outre les conférences, la journée a proposé de nombreux ateliers sur les «chantiers» de l’Eglise, avec des thèmes tels que la diaconie, le manque de vocations, la pastorale pour handicapés ou encore la reconversion des édifices religieux. A la fin de la manifestation, les participants se sont faits offrir le livre du jubilé du SPI intitulé «Putting people in the centre» [Mettre les personnes au centre]. (cath.ch/kath/bal/rz)

Arnd Bünker, directeur de l'Institut de sociologie pastorale (SPI) | © Barbara Ludwig
21 janvier 2019 | 15:28
par Raphaël Zbinden
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