Au delà des souffrances et des désordres, le dialogue

Algérie: Pour Mgr Teissier, le dialogue entre catholiques et musulmans est bien présent

Rome, 30 novembre 2001 (APIC) Au-delà des «souffrances» et des «désordres», il existe un dialogue entre chrétiens et musulmans en Algérie, contrairement à ce qu’ont pu affirmer les médias internationaux. Tel est le message transmis à une centaine de personnes, le 29 novembre, par Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, lors d’une conférence au Centre Saint-Louis des Français de Rome sur le thème «En Algérie, aujourd’hui, le dialogue».

Suite aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et aux intempéries qui ont «meurtri» l’Algérie le 10 novembre dernier, Mgr Teissier a démontré «qu’il existe un dialogue au-delà des épreuves». Sans toutefois nier ces réalités «qui touchent aujourd’hui encore la société algérienne à différents plans», c’est sur le point de vue du dialogue entre chrétiens et musulmans qu’il a montré l’évolution de la société. «Un dialogue non pas théologique, mais qui se situe dans l’accueil de l’autre dans son identité propre», a-t-il précisé.

Dans un pays où la quasi totalité de la population est musulmane et dans lequel l’islam est reconnu comme religion d’Etat, une ouverture se fait vers les chrétiens, «non pas en dehors de l’islam, mais bien en son nom», a affirmé l’archevêque d’Alger. Il a alors cité en exemple un congrès organisé à la demande du président Abdelaziz Bouteflika en avril 2001 sur saint Augustin, le qualifiant de «fait remarquable». Ce même président avait même demandé en 1998 lors d’un colloque à Rimini en Italie, la canonisation du cardinal Duval, archevêque d’Alger de 1954 à 1996.

Menaces d’islamistes parfois mises à exécutions

Soulignant que l’Algérie n’a pas connu de grandes rencontres officielles de dialogue comme dans ses pays voisins tels que la Tunisie, le Maroc ou la Libye, le prélat a ensuite affirmé que le dialogue islamo-chrétien, se situant dans l’évolution même de la société, a progressé grâce à des petits groupes de chrétiens «qui ont pu se maintenir malgré les menaces de mort qui leur avaient été adressées par les groupes islamistes depuis 1993». Des menaces qui ont parfois été mises à exécution avec l’assassinat d’une vingtaine de religieux et religieuses – dont les sept moines de Tibhirine – et de plusieurs dizaines de chrétiens d’origines étrangères.

Aujourd’hui, a continué Mgr Teissier, «il s’agit moins d’un dialogue existant entre chrétiens et musulmans, que d’une vie vécue ensemble». Il a alors donné en exemple des témoignages de musulmans qui parlent eux-mêmes de «partage d’humanité» ou de «partage au nom de Dieu». «Quand on met en regard ces réflexions avec les condamnations sans appel des extrémistes qui ne voient en nous qu’infidèles à exclure ou à supprimer, nous mesurons les évolutions qui s’opèrent dans les mentalités», a-t-il déclaré.

Faisant enfin allusion aux attentats du 11 septembre dernier aux Etats- Unis, l’archevêque d’Alger a affirmé que chrétiens et musulmans d’Algérie «espèrent que ces événements permettront enfin à la communauté internationale de prendre conscience que nous sommes les victimes de ce terrorisme fondamentaliste depuis 10 ans».

Interrogé par ailleurs par le quotidien «Avvenire» du 30 novembre 2001 sur la convocation des chefs catholiques de Terre Sainte par Jean Paul II, Mgr Teissier a affirmé qu’»aujourd’hui, le processus de paix au Moyen Orient peut vraiment avancer, ce pourquoi l’Eglise doit être prête à jouer son rôle». Selon lui, «l’Occident est finalement en train de comprendre le problème d’un peuple qui a ses droits», faisant allusion à la demande des Palestiniens d’obtenir la reconnaissance d’un Etat qui leur soit propre. (apic/imed/bb)

30 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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