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Berne:»Désendettement créatif» des pays du (130596)
tiers monde, la Suisse fait oeuvre de pionnier
Bilan positif pour les oeuvres suisses d’entraide et la Confédération
Berne, 13mai(APIC) Par son programme de «désendettement créatif» – remise
de la dette de pays du tiers monde contre la création d’un fonds de contrepartie (FCP) pour des projets de développement bénéficiant aux plus pauvres
– la Suisse fait sans aucun doute oeuvre de pionnier. Les responsables de
cette opération, Confédération et oeuvres suisses d’entraide, ont dressé
lundi à Berne un premier bilan, positif, cinq ans après son lancement à
l’occasion des 700 ans de la Suisse.
Le programme de la Confédération a déjà permis le rachat de 1,3 milliard
de francs de dettes bilatérales pour un engagement de 71 millions de
francs, c’est-à-dire rachetées à des taux qui ne correspondent pas à la valeur nominale, mais qui sont en rapport avec le marché secondaire de la
dette. Une goutte d’eau dans la mer, si l’on pense que les remises par la
Suisse représentent en moyenne pour les pays concernés une réduction de la
dette de 0,5%.
Déjà 1,3 milliard de dettes bilatérales rachetées
Outre le rachat et la remise de ces créances bilatérales sur des avoirs
publics garantis (par la GRE, la Garantie des Risques à l’Exportation), le
programme suisse a contribué, avec d’autres donateurs, au rachat de dettes
commerciales non garanties et au règlement d’arriérés dus à des institutions internationales de financement, pour un montant de 158 millions de
francs. Ces interventions ont généré un volume de désendettement supplémentaire de plus de 2,6 milliards de francs. La Suisse a également financé des
mesures complémentaires pour 47 millions de francs. L’ensemble de ces mesures pour un montant de 276 millions de francs concernent 27 pays.
Suscité par les ONG suisses engagées dans la politique de développement,
ce programme de «désendettement créatif» de la Confédération est mis en
oeuvre par l’Office fédéral des Affaires économiques extérieures (OFAEE).
L’OFAEE se charge de l’opération jusqu’à l’accord de désendettement bilatéral avec le pays concerné. La responsabilité des Fonds de contrepartie
(FCP) revient à la Direction pour la développement et la coopération (DDC,
ancienne DDA), de concert avec le Service de désendettement de la Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide.
La participation des ONG locales dans les pays en développement à la gestion des FCP est variable, mais la Confédération fait pression pour que la
société civile et pas seulement les gouvernements, soient associés comme
partenaires.
La Suisse seule ne peut pas faire grand’chose
Au cours de la conférence de presse, l’ambassadeur Nicolas Imboden, délégué aux accords commerciaux (OFAEE), s’est dit conscient que la Suisse
seule, par des initiatives au niveau bilatéral, ne peut pas changer fondamentalement les choses concernant l’endettement global. L’ambassadeur Imboden a également précisé que si la Suisse a racheté des dettes pour 27 pays,
seuls 18 ont pour le moment bénéficié de cette mesure bilatérale de désendettement.
Des conditions:la «bonne gouvernance»
Les autres Etats ne remplissent pas encore les critères nécessaires, à
savoir l’adoption de programmes d’ajustements structurels qui rendent une
politique de désendettement crédible, ainsi que des critères de «bonne gouvernance» (pluralisme, droits de l’homme, participation de la société civile, dépenses militaires raisonnables, etc). La Suisse a ainsi racheté des
dettes mais n’en n’a pas encore libéré certains pays concernés qui ne remplissent pas les conditions requises. Parmi ces pays, l’on note la présence
du Cameroun, du Togo, de Madagascar, du Soudan, etc.
Sur les 18 négociations bilatérales, conclues, 12 ont été assorties de
la création de Fonds de contrepartie (FCP) en monnaie locale, destinés à
financer des projets de développement. Les pays débiteurs se sont engagés à
alimenter les FCP pour une somme équivalente à 270 millions de francs. Les
FCP ont des dimensions variables, de 2 millions de francs en Zambie à 90
millions dans le cas de l’Egypte. Même si ces fonds en francs suisses peuvent souvent paraître peu élevés, convertis en monnaie locales, ils peuvent
représenter un multiple des prestations de l’aide suisse au développement.
Les projets financés par les FCP doivent respecter les critères de la
coopération suisse au développement, à savoir notamment la durabilité, la
promotion de la femme, la protection de l’environnement. Comme l’a précisé
Richard Gerster, directeur de la Communauté de travail, l’organe de gestion
du Fonds doit être composé de différents acteurs, quasiment toujours le
gouvernement, aux côtés d’ONG et de représentants de la société civile. Les
oeuvres d’entraide regrettent cependant que les ONG locales n’ont que peu
participé à la réalisation des FCP, sauf aux Philippines, où elles ont la
haute main sur toute l’opération. Leur participation est variable au niveau
de la gestion des FCP, mais elles sont par contre les premières bénéficiaires des fonds.
Richard Gerster a salué l’excellente collaboration entre les Offices fédéraux et les oeuvres d’entraide et qualifié l’opération de «très positive»
pour les pays les plus pauvres. «Ce programme est très proche de nos critères en matière de politique de développement». Le directeur de la Communauté de travail souhaite que la Suisse, parallèlement à la poursuite de son
programme de désendettement, s’engage plus activement sur la scène internationale en faveur d’une solution globale et durable du problème de la dette, en exerçant notamment son influence au sein de la Banque Mondiale et du
Fonds monétaire international, et auprès d’organismes internationaux comme
le «Club de Paris». (apic/be)
Encadré
Le montant de la dette du tiers monde continue à progresser dangereusement
et à menacer l’équilibre économique mondial. Chiffrée à quelque 2’000 milliards de dollars pour l’ensemble du tiers monde, la dette concerne cependant aussi des puissances économiques en devenir, comme la Corée. Ce sont
surtout les pays les plus pauvres qui ne peuvent pas s’en sortir sans aide
extérieure.
Ainsi, à la fin 1995, la dette extérieure des pays les plus pauvres
fortement endettés se chiffrait à 226 milliards de dollars, soit une augmentation de 12,4% par rapport à 1990. Une dette qui étrangle quasiment
les pays les plus pauvres du tiers monde, et dont les répercussions se font
sentir en priorité auprès des populations les démunies, menacées dans leur
survie même. (apic/be)
Encadré
La Communauté de travail, regroupant l’Action de Carême, Swissaid, Pain
pour le Prochain, Helvetas et Caritas, avait lancé avec une vingtaine d’autres organisations de développement la pétition «Le désendettement: une
question de survie» qui avait récolté 250’000 signatures. Cette initiative,
à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération, a provoqué le vote
par les chambres fédérales, en mai 1991, d’un crédit-cadre de 400 millions
de francs. S’ajoutant aux 100 millions votés un an auparavant comme instrument de désendettement, ce sont donc 500 millions de francs qui sont à disposition jusqu’en 1999. L’opération pourrait être poursuivie en fonction de
l’analyse de son impact et des moyens disponibles. (apic/be)




