Louvain: Rencontre des Théologiens catholiques à Louvain-la-Neuve (080395)
APIC – Dossier
Une journée d’étude sur «le service de l’autorité doctrinale»
Bruxelles, 8mars(APIC/CIP) L’actualité ecclésiale a relancé le débat parmi les catholiques: comment penser «une articulation correcte entre la
communauté croyante, les théologiens et le magistère» ? La section francophone belge de l’Association Européenne de Théologie Catholique (AETC) a
organisé récemment une journée d’étude à Louvain-la-Neuve sur ce thème,
avec pour titre «Le service de l’autorité doctrinale».
Le sujet de la journée n’était pas l’autorité dans l’Eglise en général,
mais l’autorité doctrinale: une fonction jugée «importante et salutaire»,
mais dont les modalités d’exercice, le statut, les procédures, les domaines
appellent un travail de réflexion des théologiens. Cette réflexion a été
relancée notamment par l’encyclique de Jean-Paul II «Veritatis Splendor»,
par la lettre du pape «Ordinatio Sacerdotalis» sur l’ordination sacerdotale
interdite aux femmes, et récemment par la révocation de Mgr Jacques Gaillot
comme évêque d’Evreux.
L’autorité doctrinale selon Vatican II
Selon quels critères cette autorité peut-elle s’exercer au service de
l’Eglise? Selon la Constitution dogmatique de Vatican II sur la «Révélation» (»Dei Verbum»), l’Eglise compte sur tous les fidèles pour transmettre
ce qu’elle croit, vit et célèbre, c’est-à-dire pour assurer la vitalité de
sa propre «tradition» ecclésiale.
Or, comme le rappelle le Père belge Ignace Berten, vicaire provincial
des dominicains de Belgique Sud, ce document majeur de Vatican II fut aussi
le plus débattu. Le texte initial, conçu comme préface à l’ensemble des
textes du Concile, fut rejeté par la majorité des évêques dès la première
session, en novembre 1962. Le texte définitif ne fut adopté que trois ans
plus tard, à la fin du Concile, après de profonds remaniements et sur la
base d’une cinquième rédaction. «Si le texte initial avait été voté,
c’était l’arrêt de l’exégèse et même de la théologie actuelles», a écrit à
ce propos Mgr Jean-Julien Weber, ancien archevêque de Strasbourg.
La première mouture avalisait une interprétation rigide des Conciles de
Trente (1545-1563) et de Vatican I (1869-1870). En réaction à la Réforme
protestante et à la mise en valeur par Luther de la «seule Ecriture» comme
source de la Révélation, Trente avait redit l’importance des «traditions
non écrites». Quant à Vatican I, à côté des vérités démontrables, seules
admises par le courant rationaliste, il réaffirmait les vérités surnaturelles de la Révélation, «contenues dans les livres écrits et dans les traditions non écrites» de l’Eglise. Les théologiens officiels du Vatican en
vinrent alors à présenter la Révélation comme une somme de «vérités» assez
figées, contenues dans deux sources plutôt disjointes, l’Ecriture et la
Tradition, placées sous l’autorité suprême du Magistère.
Le Concile s’est gardé d’isoler le rôle du pape parmi les évêques
Le texte définitif consigné dans «Dei Verbum» a finalement revu les
perspectives. Il situe la Révélation comme action de Dieu au coeur d’une
Tradition vivante qui «vient des Apôtres» et «se poursuit dans l’Eglise
sous l’assistance du Saint-Esprit». La Tradition et l’Ecriture sont intimement reliées, tandis que le langage qui faisait du magistère l’autorité suprême et y subordonnait le rôle des fidèles a été abandonné, note I. Berten. Selon «Dei Verbum», la tradition progresse et s’approfondit dans
l’Eglise selon trois pôles: «la contemplation et l’étude des croyants»,
notamment des théologiens; «l’intelligence intérieure» ou l’expérience spirituelle et morale de la communauté croyante; «la prédication de ceux qui,
avec la succession épiscopale, reçurent un charisme qui certifie la vérité», le Concile se gardant d’isoler le rôle du pape parmi les évêques.
Vatican II articule donc étroitement le rôle des théologiens, le sens de
la foi porté par la communauté croyante et la fonction des évêques.
Distincts par leurs missions, les théologiens et les évêques restent
membres de la communauté croyante. Les rôles des uns et des autres sont
impensables sans les liens réciproques qui tissent la communion ecclésiale.
Un équilibre à retrouver
Mais n’y a-t-il pas aujourd’hui désarticulation de ces liens ? En fait,
observe Ignace Berten, depuis trente ans, plusieurs questions sensibles ont
été soustraites par Rome aux débats du Concile et des Synodes. Des théologiens et des évêques ont reproché aussi au Vatican une écoute sélective de
certains épiscopats et une pression sur des assemblées d’évêques par la manière d’organiser les travaux.
Aux yeux de certains théologiens, les évêques ne prennent pas toujours
leurs responsabilités, préférant taire des désaccords et se montrant plus
attentifs au «désarroi» des fidèles qu’aux «opinions» émanant du peuple
chrétien. Le document du Vatican sur «La vocation ecclésiale du théologien»
tend enfin, aux yeux des théologiens, à réduire leur rôle à celui de commentateur du magistère, sans valoriser le «sens de la foi» porté par l’ensemble du peuple chrétien.
Dissentiment=hérésie?
Pour Ignace Berten, à force de se présenter en autorité autonome, le magistère pousse la communauté à une prise de distance, par réflexe de survie: elle est alors privée du vis-à-vis crédible et de la vigilance de
l’autorité. L’»autonomisation» du magistère prive aussi les théologiens de
leur parole propre: tout dissentiment risque d’être glissement dans l’hérésie. Enfin, à s’ériger en instance suprême entre la Parole de Dieu et
l’Eglise, le magistère ne tend-il pas à se couper de l’Eglise et, par défaut de communion, d’être menacé d’erreur? Bref, faire dépendre le «sens
de la foi» du seul magistère ne peut «qu’ébranler l’équilibre ecclésial».
L’autorité «fait grandir»
Invité à proposer des pistes pour un «service idéal de l’autorité doctrinale dans l’Eglise», l’abbé Philippe Weber, professeur à la Faculté de
Théologie de l’Université catholique de Louvain (UCL), remarque d’emblée
qu’en dehors de Dieu, «seule autorité infaillible», la doctrine sur l’autorité doctrinale dans l’Eglise reflète elle-même des théologies plurielles.
Faut-il opter pour une conception «libérale», laissant les individus se déterminer d’après les opinions en concurrence ? Pour une conception «intransigeante», associant la vérité à l’unanimité et traquant les déviances ?
Pour une conception «dialectique», visant la lumière à travers le choc des
idées ? A ces trois options, l’option «dialogale» semble préférable : oui à
la pluralité, pourvu que celle-ci soit dynamique, ouverte aux apports réciproques; oui à une fidélité créatrice, qui se nourrit des apports de la
tradition vivante.
En contexte chrétien, «l’autorité doctrinale» est une «aptitude à partager des convictions théoriques jugées structurantes pour l’Eglise et pour
le monde». Ce n’est pas le seul type d’autorité. Elle s’articule normalement à une «autorité pastorale», à un «art de rassembler et de guider une
communauté sur le juste chemin». La marche commune implique l’échange et
l’action concertée, autrement dit la «communion», qui ne se confond ni avec
le conformisme ni avec la sujétion au pouvoir en place. Quant à l’»autorité
spirituelle», elle tire son crédit de la «recherche de la sainteté», où se
conjuguent la quête de Dieu et la rencontre des frères.
Enfin, aucune collectivité ne peut se dispenser d’une «autorité disciplinaire» pour réguler la pensée et les activités. Doctrine, pastorale,
spiritualité et discipline se fondent toujours sur une théologie particulière: mieux vaut le reconnaître. Un problème plus délicat est lié au cumul
des responsabilités : la concentration des charges d’autorité est-elle saine ?
Un service idéal ?
Conçue comme «service» pour la croissance de la communauté ecclésiale,
l’autorité est appelée à un double décentrement, souligne Ph. Weber: par
rapport à la «Vérité» qui échappe à la saisie totale et par rapport à la
«communauté». L’autorité se doit d’interroger la tradition porteuse de la
«Révélation» et capter ce que le peuple chrétien attend comme nourriture.
Les théologiens ont un rôle à jouer pour aider à penser, non pas «l’idéal»,
mais le «souhaitable», en interrogeant la doctrine et la pratique.
L’autorité doctrinale dans l’Eglise ne se limite pas au magistère
épiscopal, mais intègre aussi l’apport des théologiens comme conseillers,
enseignants, écrivains. Une pluralité est possible et même souhaitable,
quoique difficilement envisageable pour l’autorité centrale. Enfin, insiste
Ph. Weber, «toute autorité doctrinale doit s’enraciner dans le sens de la
foi» de la communauté et se vivre en «solidarité critique» avec elle.
De la part des évêques, l’autorité doctrinale inclut le rappel de l’essentiel de l’Evangile, des indications sur son actualisation et des pistes
pour vivre l’Evangile en regard des défis concrets. Comment exercer cette
autorité au mieux ? Ph. Weber suggère trois pistes. D’abord, une présence
au peuple chrétien: une proximité faite de capacité d’écoute, de dialogue
et d’observation participante.
Ensuite, un style approprié, à commencer par un langage adapté et un
respect des destinataires: «montrer qu’on a perçu les vraies questions»,
«argumenter», au passage user avec «prudence de la loi dite naturelle» et
«ne pas manipuler l’Ecriture». Enfin, l’humilité : «ne pas trop parler, ni
se répéter», «pondérer les affirmations en distinguant l’essentiel et l’accessoire», «reconnaître les incertitudes», «oser évoluer, et même reconnaître que l’on a pu errer sur l’un ou l’autre point», «traquer la tentation
intégraliste ou la prétention sacrilège à dire tout sur le mystère», «savoir travailler en collégialité»…
Dans la mesure où ils sont amenés à proposer des critères et des repères
doctrinaux, les théologiens participent à l’autorité doctrinale dans
l’Eglise. Comment ne pas leur suggérer les mêmes pistes qu’aux évêques
(sauf en ce qui concerne l’autorité disciplinaire) ? Ph. Weber y ajoute «la
nécessité d’un discernement quant à la diffusion de la pensée : toute vérité n’est pas bonne à dire n’importe quand, à n’importe qui».
Entre «magistère» et «théologie», la distinction reste suggestive, mais
inadéquate. Les autorités respectives du magistère et des théologiens sont
certes distinctes, mais appelées à travailler de concert, au service du même peuple de Dieu. Ph. Weber note cependant que leur collaboration est
«moins simple qu’on ne l’imagine», vu les tensions possibles, les rapports
de force. Le chemin de la collaboration passe nécessairement par le dialogue, autrement dit: «par une rencontre entre des personnes, puis par un effort patient pour une explication franche et complète sur ses propres positions en tenant compte de la réception de l’autre, ensuite par un débat sur
les arguments respectifs, enfin par les conclusions de l’échange». Un bon
dialogue peut ne pas aboutir à un accord, mais aussi à un compromis, ou encore au maintien des positions respectives.
La parole, le peuple et l’Esprit
Des riches débats en carrefours puis en assemblée, on retiendra entre
autres le souci de ne pas séparer le magistère et les théologiens du peuple
chrétien et du sens de la foi dont il est porteur; le plaidoyer pour une
meilleure théologie de l’Esprit-Saint et pour une écoute valorisante de «ce
que l’Esprit dit à l’Eglise aujourd’hui»; une attention renouvelée aux paroles de type «prophétique»; la volonté de favoriser une circulation de la
parole dans l’Eglise, pour éviter une «hypertrophie de la parole autorisée
ou magistérielle». (apic/cip/be)
Le prochain rendez-vous européen de l’AETC (dont le secrétariat est à
Liège) sera le congrès de Freising, près de Munich, organisé fin août sur
le thème : «Dieu, un étranger dans notre maison».
Il y a cent ans mourait le cardinal Charles Lavigerie (261192)
APIC-DOSSIER
Fondateurs des missionnaires d’Afriques (Pères Blancs et Soeurs Blanches)
La trajectoire d’un visionnaire et d’un homme d’action
Fribourg, 26novembre(APIC) Le 26 novembre 1892 – il y a exactement 100
ans – mourait à Alger le cardinal français Charles Lavigerie, fondateur des
missionnaires d’Afrique et des soeurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique
(Pères Blancs et Soeurs Blanches). Visionnaire de l’Eglise catholique, contestataire à ses heures, il fut impliqué dans des combats que ne renieraient en rien aujourd’hui les plus engagés au sein de l’Eglise. Son oeuvre
accomplie au profit de l’évangélisation des Africains et sa lutte antiesclavagiste illustre la figure de ce personnage familièrement appelé l’apôtre des Africains. Le cardinal Lavigerie n’a pas reculé pour relever les
nombreux défis de son époque et notamment l’affrontement entre l’Eglise et
la société moderne.
Créé cardinal en 1882, Mgr Lavigerie est né en France, près de Bayonne,
en 1825. Instigateur et organisateur de la campagne anti-esclavagiste de
1888, apôtre de l’oecuménisme et du rapprochement entre les Eglises
d’Orient et d’Occident, porte-parole du ralliement des catholiques à la République française (le fameux «toast d’Alger» le 12 novembre 1890), pionnier de l’évangélisation en Algérie comme en Afrique, le cardinal, dont le
monde commémore ces jours le centenaire de la mort, est tout cela à la
fois. Et bien davantage encore.
Dans une lettre adressée à Rome le 10 janvier 1863 à Faugère, directeur
politique aux Affaires étrangères, Mgr Lavigerie s’exprime sur le rôle de
la papauté et sur le gouvernement de l’Eglise. Il relève: «Le grand vice,
le vice radical suivant moi, du gouvernement romain, soit ecclésiastique
soit même civil, c’est de n’être pas un gouvernement catholique. Je m’explique. Je veux dire qu’au lieu de faire entrer dans leur gouvernement des
hommes pris dans toutes les nations, les papes, et depuis trois cents ans
seulement, n’y ont admis que des Romains ou tout au plus des Italiens. A
son tour, le Sacré Collège n’a jamais élu pour chef de l’Eglise que des
cardinaux appartenant à l’Italie».
«Aussi, poursuit-il, assistons-nous, depuis un quart de siècle surtout,
à ce singulier spectacle de voir italianiser le monde, en particulier la
France, sous prétexte d’unité catholique. On veut que nous adoptions la liturgie, les usages disciplinaires, le chant, les habits mêmes du clergé
d’Italie et nous avons malheureusement chez nous une foule d’esprits faux
qui prennent cela pour une nécessité».
La lutte d’un homme contre l’esclavage
En 1866, il se voit proposer le poste d’archevêque d’Alger, qu’il accepte. Deux ans plus tard, le pape Pie IX le nomme en plus délégué apostolique
du Sahara et du Soudan. Puis Léon XIII, dès son élection, lui demande d’organiser les missions en Afrique centrale et équatoriale. Il a alors en
charge plus d’un tiers du continent africain. Pour ses oeuvres missionnaires, il fonde ceux qu’on nommera très vite, à cause de leurs habits, les
«Pères Blancs» et les Soeurs Blanches». Ces qualités d’homme font de lui un
connaisseur des réalités africaines. Pas étonnant dès lors qu’il se pose en
défenseur des droits des Noirs.
Le 3 juillet 1888, le cardinal, qui est alors archevêque d’Alger, lance
un vibrant appel à Londres, devant l’»Anti-Slavery Society», contre la
traite des Noirs en Afrique. Une campagne qu’il avait commencée deux jours
plus tôt à Paris, en affirmant avec force devant un auditoire bouleversé:
«Aujourd’hui l’esclavage menace d’anéantissement un peuple». En décembre,
il enflamme la foule italienne dans une église romaine. Il s’y présente
comme un «témoin de l’homme» et «le défenseur de la liberté». C’est le langage qu’emploiera 90 ans plus tard le pape Jean Paul II en présentant
l’homme comme la «route de l’Eglise».
Lors d’une conférence donnée à Rome le 28 décembre 1888, Mgr Lavigerie
condamne en ces termes la traite des Noirs: «L’esclavage, tel qu’il se présente en Afrique, n’est pas seulement, en effet, contraire à l’Evangile, il
est contraire au droit de la nature. Or, les lois de la nature ne regardent
pas seulement les chrétiens, elles intéressent tous les hommes». «Ce que je
désire, c’est faire entendre à l’humanité comme l’écho universel des cris
de désespoir, de justice, de liberté, sortis des entrailles de toute une
race aussi cruellement vouée à la mort».
Les trois conditions pour réussir dans la transformation de l’Afrique
De l’évangélisation africaine et des perspectives qui s’offraient pour
ce continent dans ce domaine, le cardinal Lavigerie avait son opinion,
qu’il n’hésitait pas à défendre. «Les missionnaires, écrivaient-ils,
devront être surtout des initiateurs, mais l’oeuvre durable doit être accomplie par des Africains eux-mêmes, devenus chrétiens et apôtres». Selon
lui, pour réussir dans la transformation de l’Afrique, trois conditions devaient être remplies: élever les Africains «choisis par nous» dans des conditions qui les laissent vraiment africains pour tout ce qui touche à la
vie matérielle; leur donner l’éducation qui leur permettra d’exercer, aux
moindres frais possibles pour la mission, le plus d’influence possible parmi leurs compatriotes; entreprendre cette oeuvre dans des proportions qui
lui assurent toute sa portée.
Les jeunes Noirs recueillis, estimait-il, devront être élevés dans leur
pays même et dans la mission. «Il faudra considérer comme un meurtre de les
envoyer en Europe, et comme une erreur de les placer dans les établissements de la Côte où ils seraient élevés d’une façon semblable à celle des
Européens».
A la recherche des liens pouvant unir catholiques et musulmans
L’oecuménisme n’était pas la moindre de ses préoccupations. Aussi les
relations entre catholiques et musulmans occupaient-elles dans sa pensée
une place privilégiée. En 1860, alors directeur des Oeuvres d’Orient, Mgr
Lavigerie visite le Liban et la Syrie après le massacre des chrétiens par
les Druzes. A Damas, il découvre un islam intransigeant mais il rencontre
également l’émir Abd-el-Kader, homme spirituel dont l’ouverture d’esprit le
frappe. Lorsque sept ans plus tard il débarque à Alger comme archevêque, le
cardinal ne se considère pas uniquement pasteur des catholiques. Il cherche
très vite à créer des liens entre l’Eglise et les musulmans.
«Quels sont les obstacles empêchant un musulman d’accueillir, en plénitude, la révélation divine dans le Christ? Quelles sont les qualités des
Arabes, «peuple essentiellement religieux», qui leur permettraient de
s’ouvrir à l’Evangile? s’interrroge le cardinal dans plusieurs lettres.
Cette réflexion le conduit à adopter certaines attitudes pastorales qui furent celles de ses missionnaires: «Eviter tout prosélytisme agressif; gagner le coeur des musulmans en leur rendant des services dans le domaine social; développer une pré-catéchèse sur les thèmes communs aux deux Révélations; s’adapter le plus possible aux populations en apprenant leur
langue».
Engagé jusqu’au bout
L’esprit bouillonnant de projets et de plans, il arpente le monde en
tous sens. Sa volonté d’évangélisation ne sera jamais détachée de préoccupations humanitaires. Il crée de nombreux orphelinats et écoles. Dans le
rôle d’un diplomate, il s’engagera en cette fin du 19e siècle agitée par
les relations délicates entre l’Eglise et l’Etat français. Soucieux d’une
Eglise présente au monde moderne, il sera l’un des artisans du ralliement
de l’Eglise à la République. Atteint finalement par l’âge, accablé d’infirmités, il est pourtant partout à la fois: à Milan, à Naples, à Londres, à
Bruxelles, à Paris ou à Lucerne, pour appeler la chrétienté au secours des
esclaves noirs qu’il «veut tirer du tombeau où il va descendre». Il
s’éteint à Alger le 26 novembre 1892, à l’âge de 67 ans. (apic/Pierre Rottet)
ENCADRE
Né près de Bayonne en 1825, Charles Lavigerie entre au séminaire de philosophie en 1843, avant de recevoir, le 2 juin 1849, l’ordination sacerdotale. Professeur d’histoire de l’Eglise à la Sorbonne, premier directeur de
l’Oeuvre des Ecoles d’Orient, il est nommé le 5 mars 1863 évêque de Nancy à l’âge de 38 ans -, avant d’occuper la charge d’archevêque d’Alger puis
celle de délégué apostolique du Sahara et du Soudan. Le 19 octobre 1868 est
ouvert le premier noviciat des Pères Blancs. Un an plus tard, soit le 8
septembre 1869, s’ouvre le premier noviciat des Soeurs Blanches. (apic/pr)
ENCADRE
Aujourd’hui, les missionaires d’Afrique (prêtres, religieux et religieuses) sont au nombre de 3’864. Ils sont présents dans 23 pays d’Afrique, au
Proche Orient (Liban, Israël, Yemen) et en Asie (Philippines). Selon les
statistiques données en juin 1991, on comptait 252 Frères, 1’439 Soeurs et
2’173 Pères. 125 Pères Blancs et 62 Soeurs Blanches sont actuellement en
formation. Les supérieurs généraux sont, pour les Pères Blancs, le Père
Etienne Renaud (France), et pour les Soeurs Blanches, Soeur Marie Heintz
(Etats-Unis).
Depuis la fondation de leur Institut, 5’938 Pères Blancs ont fait «le
serment sur les Evangiles de se consacrer jusqu’à la mort à la mission de
l’Eglise en Afrique»; 3’211 Soeurs Blanches ont prononcé leurs voeux perpétuels». (apic/pr)




