Rome: Le pape des records fêtera le 25e anniversaire de son pontificat, le 16 octobre
Apic Dossier
Epuisé mais décidé à aller «jusqu’au bout»
Rome, 26 septembre 2003 (Apic) Le 16 octobre prochain, Karol Wojtyla fêtera le 25e anniversaire de son élection sur le siège de Pierre, comme 264e pape de l’Eglise catholique. Son pontificat a été marqué jusqu’à présent par de nombreuses innovations et d’importants records dans l’histoire de l’Eglise, même si son activité a largement diminué ces dernières années. C’est un pape épuisé, mais décidé à aller «jusqu’au bout, qui s’apprête à vivre cet anniversaire, mais aussi des mois à venir chargés. Très chargés. Notre dossier.
Si Jean XXIII a eu l’initiative du Concile Vatican II, le pape actuel en a appliqué les résultats, suscitant des réactions plus ou moins positives dans les divers courants de l’Eglise et soulevant certaines questions concernant des défis non relevés.
Parmi tous ses prédécesseurs, Jean Paul II est le quatrième sur la liste des plus longs pontificats de l’histoire. Au 17 mars 2004, il deviendra le 3e plus long, précédant Pie IX – qui est resté pape pendant plus de 31 ans – et saint Pierre, qui a régné 34 ou 37 ans.
Dès son arrivée définitive à Rome, le premier pape non italien depuis plus de 500 ans a décidé de se faire proche de ses fidèles romains dont il a la charge. Il a ainsi visité régulièrement 301 des 334 paroisses que compte le diocèse de Rome. Au printemps 2002, il a cependant dû s’arrêter à cause de sa maladie de Parkinson et des conséquences de diverses opérations et accidents qui l’empêchent aujourd’hui de rester debout.
30 fois le tour du monde
Devant une opinion internationale, surprise par tant d’audace et d’innovations, Karol Wojtyla a également décidé de parcourir le monde entier, choisissant dès le début de son pontificat des pays parfois en proie aux difficultés sociales, politiques, ou religieuses. Il a ainsi visité 129 pays en 102 voyages, parcourant l’équivalent de près de 30 fois le tour du monde, et passant plus de 10% de son temps en dehors du Vatican. Même s’il a réussi à forcer le passage dans des pays tels que Cuba ou Israël, les portes de la Russie et de la Chine lui restent fermées et les espoirs de réussite sont de plus en plus faibles, pour des raisons non seulement politiques, mais aussi physiques.
Béatifications et canonisations: plus que tous ses prédécesseurs réunis
Au cours de ses voyages, Jean Paul II a pris l’habitude de béatifier ou de canoniser des candidats à la sainteté originaires des pays visités. Au total, il a béatifié et canonisé plus de personnes que tous ses prédécesseurs réunis, ayant à son actif 1’318 bienheureux et 474 saints. Il ne semble d’ailleurs pas prêt de s’arrêter, ayant déjà prévu de canoniser trois bienheureux le 5 octobre prochain et de béatifier cinq «serviteurs de Dieu» le 9 novembre. La béatification de Mère Térésa, le 19 octobre, est considérée comme un événement important de ce pontificat, le pape a lui- même été très proche de la future sainte.
Leader politique et spirituel reconnu dans le monde entier, Jean Paul II a par ailleurs donné à l’Eglise catholique une impulsion nouvelle au sein de la société. Critiqué par les médias pour ses positions touchant à la morale, le pape n’en a pas moins été salué pour son action en faveur de la chute du communisme à la fin des années 80, et en faveur de la paix ces dernières années face à la recrudescence d’un terrorisme mondial faisant appel à la religion.
Même si le retentissement de son action dans ces différents cas ne pourra jamais être quantifié, il reste néanmoins l’un des rares hommes politiques aujourd’hui à être le témoin de l’évolution du monde pendant ces 25 dernières années. Les 83 nouveaux pays ayant noué durant cette période des relations diplomatiques avec le Saint-Siège en sont une preuve.
Primauté
La question de l’exercice de la primauté du pape est revenue à l’ordre du jour sous de Jean Paul II. Dès le début de son pontificat, le pape a demandé, dans son encyclique Ut Unum Sint, de «trouver une forme d’exercice de la primauté» qui, tout en préservant «l’essentiel de sa mission», «s’ouvre sur une situation nouvelle».
Cette question de la primauté reste toujours sans réponse, ce qui n’a toutefois pas empêché le pape d’abattre des murs, malgré de nombreux échecs. Envers chacune des communautés ecclésiales et Eglises séparées de Rome, il a fait part d’une attention particulière, changeant ainsi l’image d’une papauté souvent accusée de fermeture, tout en confirmant les catholiques dans leur foi. Les deux rencontres d’Assise de 1986 et 2002 en sont les exemples les plus éloquents de ces 25 dernières années. Seul point noir – de taille – , comme conséquence de cet oecuménisme, la scission non résolue avec les fidèles de Mgr Marcel Lefebvre en 1988, qui l’accusent d’une trop grande ouverture.
Un autre bouleversement qui aura des répercussions lors du prochain conclave, est la quantité de cardinaux créés sous le pontificat de Jean Paul II. En 25 ans, il en a créé 201, dont 104 sont aujourd’hui électeurs sur un total de 109. Un nouveau consistoire dans un futur proche n’est en outre pas à exclure, affirme-t-on au Vatican, ce qui augmenterait encore une fois les chances que soit élu un «fils spirituel» de Jean Paul II au prochain conclave.
Nombreux écrits
Son successeur aura de toute manière un patrimoine littéraire et spirituel important à faire fructifier. Lui-même ancien professeur, Karol Wojtyla a écrit, sous son pontificat – outre ses innombrables homélies et catéchèses hebdomadaires -, 14 encycliques, 14 exhortations apostoliques, 11 constitutions apostoliques, plus de 40 lettres apostoliques, 28 Motu Proprio et plusieurs ouvrages personnels dont un recueil de poèmes. Au Vatican, on souligne le fait que le successeur de Jean Paul II aura notamment comme défi de faire connaître ces quelque 70’000 pages d’enseignement dont seulement une faible partie est connue des catholiques.
Tensions et responsabilités mal réparties
Cette passion intellectuelle a conduit le pape à essuyer des reproches quant à sa manière de gérer la curie romaine. Malgré une tentative de réforme en juin 1988, il n’a pas réussi à prendre en main cette énorme machine qui tournait déjà seule depuis plusieurs siècles. «Un important nettoyage serait nécessaire», affirme-t-on aujourd’hui au Vatican. «La curie romaine a pris, au cours du temps, des fonctions qui ne sont pas forcément de son domaine», indique à I’Apic un proche de Jean Paul II sous couvert d’anonymat.
«On se rend compte aujourd’hui, alors que le Saint-Père a de plus en plus de difficultés à prendre des décisions, que les responsabilités sont mal réparties», ajoute notre interlocuteur. Selon le prélat qui fait état de «tensions» en cette «fin de règne», «de nombreux postes ont été créés au cours de l’histoire en fonction des nécessités du temps, et l’on se retrouve aujourd’hui avec une quantité de bureaux et de personnes qui travaillent au Vatican sans n’avoir plus forcément un rôle nécessaire au fonctionnement de l’Eglise ou de la curie». «Il est cependant trop tard pour que Jean Paul II fasse quelque chose», constate-t-il.
La santé du souverain pontife est en effet visiblement déclinante, depuis quelques mois. Au Vatican, même si on parle avec ironie de l’attitude des médias ces dix dernières années «qui ont déjà enterré le pape une bonne dizaine de fois», on fait part aujourd’hui d’une préoccupation certaine. «Nous ne pouvons rien cacher, tout le monde voit et sent bien que la santé du pape diminue fortement», avait-on déclaré à I’Apic au cours du dernier voyage pontifical en Slovaquie. En effet, Jean Paul II ne peut désormais plus se tenir debout et doit être porté par ses deux secrétaires pour passer de chaise en chaise. En outre, les projets de voyage ainsi que le programme du pape sont désormais gérés «au jour le jour».
Renonciation? Scepticisme
Cette déchéance physique de Jean Paul II pourrait avoir raison de sa volonté de voyager et de rester à son poste, affirment certains médias en constatant la difficulté du pape à suivre toutes les affaires de l’Eglise. Le droit canon prévoit qu’un pape peut «renoncer à sa charge». Cet aspect a d’ailleurs été rajouté par Jean Paul II lui-même en 1983 à l’article 332 du Code de droit canon. Mais des rumeurs circulent selon lesquelles il aurait préféré laisser une lettre à son secrétaire polonais, Mgr Stanislaw Dsziwiz, dans laquelle il aurait nommé une ou plusieurs personnes pour prendre en main la direction de l’Eglise en cas d’incapacité de sa part. Son prédécesseur Paul VI l’avait fait, comme l’a révélé après sa mort son secrétaire, Mgr Pasquale Macchi.
Mais son entourage reste sceptique quant à une éventuelle renonciation. Jean Paul II, aujourd’hui âgé de 83 ans, a toujours laissé entendre qu’il n’avait aucune intention de renoncer à sa mission. Dès le début de son pontificat, le 22 octobre 1978, il a rappelé l’exemple de saint Pierre qui retourna à Rome, selon la célèbre légende du «Quo vadis Domine?» – «Où vas-tu Seigneur?» -, après avoir été tenté de fuir les persécutions contre les chrétiens. «Qu’est-ce qui l’a guidé et conduit vers cette ville, sinon l’obéissance à l’inspiration reçue du Seigneur?», avait alors déclaré le jeune pape.
Lors de son voyage en Pologne, en août 2002, alors que circulaient des rumeurs de renonciation depuis déjà plusieurs mois, Jean Paul II a confié son pontificat à la Vierge de Kalwaria, comme il l’avait déjà fait en 1979, pour lui demander «les forces du corps et de l’esprit, afin que je puisse accomplir jusqu’à la fin, la mission qui m’a été confiée». Visiblement poussé par cette volonté, Jean Paul II poursuit aujourd’hui sa mission. Son voyage au sanctuaire de Pompéi, dans le sud de l’Italie le 7 octobre prochain ainsi que la célébration du 25e anniversaire de son pontificat ne seront que de nouvelles étapes à rajouter dans l’histoire du pontificat de Jean-Paul II. (apic/imedia/pr)
Inde: Il y a deux ans mourait Mère Teresa de Calcutta, les fidèles se souviennent
APIC – Dossier
Partout dans le monde, messes pour «l’ange des slums»
Rome/Calcutta/New Delhi, 5 septembre 199 (APIC) Deux ans jour pour jour après la mort, le 5 septembre 1997, de celle que d’aucuns appelleront «l’ange des slums de Calcutta», le pape Jean Paul II a rendu hommage dimanche à Mère Teresa au cours de la traditionnelle prière de l’angélus, qu’il a récitée depuis sa résidence d’été de Castelgandolfo. Partout dans le monde, en particulier à Calcutta, des messes du souvenir ont été dites à la mémoire de la fondatrice des Missionnaires de la Charité.
Evoquant la figure de Mère Teresa, le pape a qualifié la fondatrice des Missionnaires de la Charité de «grande maîtresse de vie appréciée, spécialement pour les jeunes». Jean Paul II a cité notamment une phrase de la religieuse concernant les jeunes, auxquels elle rappelait qu’ils ont le grand devoir de construire la paix, en commençant par leurs familles, et de défendre la vie, toujours et de toutes les façons, «surtout quand elle est particulièrement faible».
Dimanche en fin d’après-midi dans la Basilique de Saint-Jean de Latran à Rome une messe a été célébrée à l’intention de Mère Teresa, la Prix Nobel de la paix décédée à Calcutta l’âge de 87 ans. La célébration, à laquelle ont participé les Missionnaires de la Charité se trouvant à Rome, était présidée par le substitut de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, Mgr Jean-Baptiste Re.
Le 5 septembre, une Journée mondiale de la réconciliation
A Calcutta, devant le tombeau de la religieuse d’origine albanaise placé dans la maison mère des Missionnaires de la Charité, un grand couvent au centre de la métropole du Bengale occidental, les religieuses conduites par Sœur Nirmala et les fidèles ont été toute la journée plongés dans la prière. Dans la chapelle du couvent, les messes se sont succédées toutes les heures, suivies d’une distribution de nourriture pour les pauvres. L’Eglise catholique en Inde souhaite que désormais le jour anniversaire de la mort de Mère Teresa soit partout dans le monde célébré comme «Journée de la réconciliation».
Le procès en béatification progresse, selon Mgr D’Souza
Pendant ce temps, le procès en béatification de Mère Teresa, qui fait couler beaucoup d’encre (voir encadré) progresse, selon Mgr Henry D’Souza, archevêque de Calcutta. Il a révélé à l’agence vaticane FIDES que la phase diocésaine du procès est en bonne marche et devrait se terminer à la fin novembre. «Si Mère Teresa était béatifiée en l’an 2000, ce serait un beau signe d’amour et d’unité pour toute l’humanité», affirme Mgr D’Souza.
L’archevêque de Calcutta souligne l’extraordinaire vitalité du charisme de Mère Teresa: «Le procès de béatification avance. Chaque jour le tribunal auditionne des témoins. Toute la procédure est très rigoureuse. La commission chargée de suivre le procès a une grande quantité de travail. Nous tenterons de terminer cette phase diocésaine du procès pour la fin novembre. La date de la béatification ne dépend pas de nous».
Un héritage apprécié des croyants de toutes les religions
Mgr D’Souza affirme que l’héritage spirituel de Mère Teresa est très fort dans le pays et le flux des fidèles qui visitent sa tombe est resté constant. De nombreux évêques et prêtres célèbrent la messe devant son tombeau. Des volontaires arrivent de toutes les parties du monde pour faire l’expérience de partage avec les Missionnaires de la Charité et s’engager pour soigner les orphelins et les enfants abandonnés ou handicapés.
«Je crois qu’elle a laissé un héritage apprécié par les croyants de toutes les religions: c’est l’héritage de la valeur des personnes humaines et de la nécessité de faire tout ce qui est possible pour leur venir en aide.» Pour l’archevêque de Calcutta, les personnes attirées par le charisme de Mère Teresa sont toujours aussi nombreuses et la vitalité de la congrégation s’est maintenue malgré la disparition de la fondatrice.
Sœur Celine Varkey, supérieure de la maison d’accueil des Missionnaires de la Charité «Dono di Maria» à Rome, affirme que la Congrégation connaît une croissance constante des vocations et ses maisons partout dans le monde sont de plus en plus nombreuses, spécialement en Afrique. Sur le continent noir, l’Ordre enregistre une progression importante, après l’ouverture d’un noviciat à Nairobi (Kenya) et d’un maison pour postulantes en Tanzanie.
Plus de 4’500 religieuses dans le monde entier
L’Ordre, fondé en 1950, compte aujourd’hui plus de 4’500 sœurs dans le monde entier et environ 800 religieux non prêtres. Quelque 90’000 laïcs apportent leur aide aux religieuses dans 630 structures, allant des orphelinats aux homes pour malades en phase terminale. La présence des sœurs de Mère Teresa en Inde représente un élément d’union dans cette période de tension entre chrétiens et fondamentalistes hindous, déclare Mgr D’Souza à l’agence FIDES. Les associations extrémistes hindoues s’en prennent aussi à l’œuvre de Mère Teresa et à ses sœurs, les accusant de conversions forcées, mais la majorité des Indiens aiment et admirent Mère Teresa. «Même des groupes hindous très traditionalistes ont critiqué les prises de position des fondamentalistes». La preuve: souvent sur la tombe de la religieuse, les fidèles de diverses croyances mettent sur pied spontanément des moments de prière interreligieuse où prennent part des hindous et des musulmans. (apic/imed/kna/fides/be)




