Voyage du pape en Espagne, pour la clôture de la 5e Rencontre mondiale des familles

Apic dossier

1,5 million de personnes attendues

Rome, 6 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI fera samedi et dimanche 8 et 9 juillet son premier voyage en Espagne, pour participer à Valence à la 5e Rencontre mondiale des familles (RMF). Cette visite ne sera festive comme souhaitée, après l’accident de métro qui a fait 41 morts lundi dans la métropole méditerranéenne.

L’Eglise catholique espagnole attend 1,5 million de participants à ce rassemblement de familles espagnoles et du monde entier, avec un fort contingent latino-américain. Son séjour, chargé, sera d’une trentaine d’heures. Après son arrivée à l’aéroport de Manises, le 8 juillet à la mi-journée, le pape ira se recueillir à la station Jésus, site du déraillement meurtrier, puis participera à plusieurs rencontres avec des familles, ainsi qu’à une veillée. Dans le courant de son bref séjour, il célébrera une messe et effectuera cinq parcours en ville dans sa «Papamobile».

Le 8 juillet 2006, dans la basilique de la «Vierge des délaissés» à Valence, Benoît XVI rencontrera en effet les familles des victimes de l’accident survenu 5 jours plus tôt dans une station de métro de la ville. Des sources diplomatiques ont confié à I.Media, partenaire de l’Apic à Rome, que les familles des victimes de l’accident avaient été invitées à venir rencontrer le pape autour de 13h15, peu après son arrivée à Valence et son arrêt devant la station de métro ’Jesus’, théâtre de l’accident qui a coûté la vie à 41 personnes.

Arrivé à 11h30 à l’aéroport militaire de Valence, le 8 juillet, le pape se rendra vers 12h15 à la cathédrale, dans le centre-ville. Sur sa route, le cortège papal fera un détour pour permettre à Benoît XVI de s’arrêter devant la station de métro ’Jesus’. Le pape descendra de voiture sans se rendre cependant sur le lieu même de l’accident, en sous-sol. Devant la bouche de métro, il priera en silence et déposera une gerbe de fleur avant de rejoindre la cathédrale. De sources diplomatiques, on estime que le pape a ainsi voulu effectuer «un geste paternel» à l’égard des familles touchées par cet accident alors qu’il se rend à Valence pour clore, justement, la 5e Rencontre mondiale des familles.

Tradition et fête annuelle

La basilique de la ’Vierge des délaissés’, dans le centre historique de Valence, a été construite entre 1652 et 1667 par Diego Martinez Ponce de Urrana. De forme ovale, elle abrite sur son maître-autel une statue en bois peint du 15e siècle de la «Mare de Deu», la mère de Dieu. Par le passé, cette statue était posée sur le cercueil des malades mentaux, des orphelins ou des personnes abandonnées, ce qui lui a donné son nom de ’Vierge des délaissés’. Elle a été désignée comme patronne de la ville en 1885, sur volonté de Léon XIII. En 1961, Jean XXIII l’a proclamée patronne principale de toute la région.

Chaque année, au mois de mai, la ville rend hommage à la «Vierge des délaissés». Un grand marché aux puces, des messes solennelles et des processions marquent ces journées de fête. Traditionnellement, la façade de la basilique et les rues de la ville sont couvertes de pétales de fleurs pour accueillir la procession de la statue de la Vierge. AMI

Reste l’aspect politique du voyage, qui comprendra une rencontre délicate avec le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, au pouvoir depuis avril 2004, dont les réformes sociales sont critiquées par le Vatican et un épiscopat espagnol très remonté contre le gouvernement Zapatero. Lors de cette visite, le pape devrait évoquer les nouvelles lois espagnoles dont il est très critique –mariage homosexuel, divorce facilité, réforme réduisant la place de l’enseignement catholique à l’école. Il rencontrera ensuite dans l’après-midi le gouvernement régional de Valence, ainsi que le couple royal espagnol.

Cette Rencontre mondiale des familles, qui a pour thème la «transmission de la foi en famille», sera couverte par 3’500 journalistes. Après Rome à deux reprises, Rio de Janeiro et Manille, il s’agit de la 5e édition d’un rassemblement créé par Jean Paul II en 1994. Ces rassemblements réguliers de familles catholiques ont été créés pour «échanger des expériences, dialoguer et approfondir le rôle de la famille chrétienne face aux défis posés par le XXI siècle», selon les organisateurs qui pensent que «la base d’une société saine est une famille saine». Le 25 janvier 2003, c’est Jean Paul II, mort le 2 avril 2005, qui avait en personne annoncé la célébration de cette Ve Rencontre mondiale des familles à Valence.

Tensions

L’Espagne, que visite Benoît XVI les 8 et 9 juillet, est aujourd’hui plus que jamais partagée entre une société de plus en plus laïque et une Eglise catholique conservatrice opposée aux réformes engagées par le gouvernement socialiste au pouvoir. La constitution espagnole adoptée en 1978, trois ans après la fin de la dictature franquiste (1939-1875), stipule dans son article 16 qu’»aucune confession n’aura un caractère d’Etat». Après huit ans de bons rapports avec le gouvernement conservateur de José Maria Aznar, les évêques espagnols ont été dans l’obligation de composer avec l’arrivée au pouvoir, en avril 2004, du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Les tensions depuis entre Rome, une partie de l’épiscopat espagnol et le gouvernement n’ont cessé de croître.

Pourtant, la position gouvernementale est approuvée par 63,4 % des Espagnols selon un récent sondage. Selon l’Agence France presse, des habitants de Valence manifesteront samedi et dimanche en disant «Je ne t’attends pas» au pape Benoît XVI. «On ne se couchera pas devant la papamobile, plaisante Ximo Cadiz, porte-parole de la campagne «Jo no t’espere» (»je ne t’attends pas» en valencien). Ce que nous voulons, c’est susciter une réflexion critique et rationnelle. Nous réaffirmons que dans un Etat réellement laïc, l’argent public ne devrait pas servir à diffuser un discours religieux et discriminatoire», confie-t-il à l’AFP.

Autre motif de préoccupation pour l’Eglise espagnole: les jeunes (15-24 ans) se déclarent de moins en moins catholiques: 49 % actuellement contre 77 % il y a 12 ans, selon une récente enquête. Ces mêmes jeunes estiment à 80 % que l’Eglise espagnole est trop riche et dépassée sur les questions sexuelles.

L’élévation au rang de cardinal par Benoît XVI en mars de l’archevêque conservateur de Tolède, Antonio Canizares, surnommé le «petit Ratzinger», a également été interprétée comme un signe de la volonté du pape de marquer son soutien à l’aile dure de l’Eglise espagnole face à Madrid.

Autre point sensible: le rôle de l’Eglise espagnole sous le franquisme. Une association de républicains espagnols a appelé jeudi le pape Benoît XVI à «demander pardon pour la collaboration de l’Eglise» avec le franquisme, lors de sa visite les 8 et 9 juillet à Valence. Dans une lettre aux évêques et archevêques espagnols, l’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) invite le pape à faire «un geste symbolique, dans lequel, au nom de l’Eglise, il pardonne et demande pardon pour la collaboration de l’Eglise avec la dictature franquiste». PR

Encadré

Programme

Pour son troisième voyage hors d’Italie, Benoît XVI quittera en voiture couverte le palais apostolique du Vatican dans la matinée du 8 juillet pour se rendre à l’aéroport de Rome-Fiumicino.

Il embarquera à bord d’un Airbus A321 de la compagnie italienne Alitalia qui décollera à 9h30 (heure locale), à destination de Valence. Il atterrira à 11h30 (heure locale, même fuseau horaire) à l’aéroport militaire de Manises (Espagne). Le temps de vol sera de 2h et la distance parcourue de 1115 kms. L’avion survolera l’Italie et l’Espagne. Traditionnellement, le pape envoie un télégramme aux chefs d’Etat des pays survolés.

A sa descente d’avion, Benoît XVI sera accueilli par le roi d’Espagne Juan Carlos et par la reine Sofia. Comme de coutume, la ’cérémonie d’accueil’ débutera avec l’exécution des hymnes nationaux des deux Etats et les honneurs militaires. Le pape écoutera le discours du roi d’Espagne avant d’effectuer sa première intervention sur le sol espagnol. Après la présentation des autorités politiques et religieuses, marquant la fin de la traditionnelle cérémonie de bienvenue, Benoît XVI gagnera en voiture panoramique la cathédrale de Valence située à une dizaine de kilomètres de l’aéroport.

Sur sa route, le cortège papal fera un détour pour permettre à Benoît XVI de s’arrêter devant la station de métro ’Jesus’, théâtre d’un accident, le 3 juillet dernier, ayant coûté la vie à 41 personnes. Le pape s’approchera de la bouche de métro pour prier en silence et déposer une gerbe de fleur avant de rejoindre la cathédrale.

Sur la «plaza de la Reina», située devant la cathédrale de Valence, le pape recevra des mains du maire les clés de la ville. A l’intérieur de la cathédrale, il sera attendu par quelque 1’500 prêtres, religieux et religieuses. Après la vénération du Saint-Sacrement, Benoît XVI se rendra dans la «chapelle du Saint calice» où il adressera un message aux évêques espagnols. Le pape quittera la cathédrale pour aller prier brièvement, à une cinquantaine de mètres de là, dans la basilique de la ’Vierge des délaissés’ qui abrite la statue de la patronne de la ville. Là, il rencontrera des familles de victimes de l’accident de métro survenu cinq jours plus tôt. Puis, à 13h30, devant la basilique, sur la ’place de la Viergé, il récitera la prière de l’Angélus avant de rejoindre à pied l’archevêché de la ville qui l’accueillera durant son bref séjour.

Peu après 17h, le pape se rendra en voiture au palais de la ’Generalitat’, siège institutionnel de la présidence de la région autonome de Valence, pour une visite au couple royal espagnol. Après un entretien privé avec le roi, les échanges de cadeaux et la photo officielle, le pape rencontrera l’ensemble de la famille royale avant de rentrer à l’archevêché.

C’est à l’archevêché, à 18h30, qu’est prévue une rencontre avec le chef du gouvernement socialiste, Jose Luis Rodriguez Zapatero, qui sera accompagné de sa famille et d’une suite restreinte. Le premier ministre espagnol aura lui aussi un entretien privé d’une dizaine de minutes avec le pape auquel suivra la présentation de sa famille et de ses collaborateurs ainsi que l’échange de cadeaux et la photo officielle.

Le pape rejoindra à 20h30 la Cité des arts et des sciences de Valence pour participer à la veillée de conclusion de la 5e Rencontre mondiale des familles. De 21h à 23h, Benoît XVI présidera une soirée festive et de témoignages devant plusieurs centaines de milliers de personnes. Il adressera un discours aux participants à cette veillée.

Le lendemain, 9 juillet, le pape retournera à 9h15 à la Cité des arts et des sciences pour y présider la messe. Le couple royal participera aussi à cette célébration qui se conclura par la prière de l’Angélus et la bénédiction finale. La liturgie de la messe ne sera pas celle du 14e dimanche du temps ordinaire, mais celle spécifique de la messe pour les familles. Le choix des lectures sera fait en fonction du thème de cette rencontre mondiale sur «la transmission de la foi dans la famille».

A la fin de la messe, dans la sacristie, Benoît XVI recevra le chef de l’opposition espagnole Mariano Rajoy Brey. Puis, à 12h30, le pape rejoindra directement l’aéroport de Manises où il sera accueilli par le couple royal pour la cérémonie de départ. Après son discours et celui du roi Juan Carlos, l’avion du pape, un Airbus 321 de la compagnie espagnole Iberia, décollera à 13h30 (heure locale). Son arrivée à Rome est prévue à 15h30 (heure locale, même fuseau horaire) à l’aéroport de Rome Ciampino. Benoît XVI rejoindra la Cité du Vatican à bord d’une voiture couverte. JASPR

Encadré

L’Eglise espagnole en chiffres

C’est dans un pays à grande majorité catholique (94,1%), l’Espagne, que Benoît XVI effectuera son troisième voyage international, les 8 et 9 juillet 2006. Le pape se rendra à Valence à l’occasion de la 5e Rencontre mondiale des familles organisée sur le thème de «la transmission de la foi dans la famille».

Selon les chiffres du Bureau central des statistiques de l’Eglise arrêtés au 31 décembre 2004, l’Espagne, sur une population totale de près de 42 millions d’habitants, compte 39 millions de catholiques. Les diocèses sont au nombre de 70 avec 132 évêques, à la date du 1er juin 2006.

On dénombre dans le pays 22’599 paroisses et 26’330 prêtres dont 17’866 sont diocésains et 8’464 sont religieux. Il y a aussi 248 diacres permanents, 4’691 religieux non prêtres, 55’388 religieuses et 3’229 laïcs membres d’instituts séculiers. L’Espagne compte en outre actuellement quelque 2’250 séminaristes.

Sur le plan éducatif, on y dénombre 3’990 écoles maternelles et primaires catholiques pour un peu plus de 900’000 élèves, 1’786 collèges et lycées (avec 77’463 élèves) et 106 instituts supérieurs et universités (95’010 étudiants).

Concernant les centres caritatifs et sociaux appartenant ou dirigés par des ecclésiastiques ou des religieux, on compte 97 hôpitaux, 113 dispensaires, 943 maisons de soins ou de retraite, 549 orphelinats et garderies, 108 centres familiaux pour la protection de la vie et 2’405 centres spéciaux d’éducation ou de rééducation sociale ainsi que 494 autres institutions et une léproserie.

La 5e Rencontre mondiale de la famille se tient du 1er au 9 juillet 2006 à Valence en présence de quelque 29 cardinaux venus de 25 pays. (apic/imedia/ami/jas/ag/pr)

6 juillet 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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APIC – Dossier

Rome: Le Vatican a publié mardi la déclaration «Dominus Iesus»

Sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise

Rome/Paris/Saint-Maurice/Fribourg/Londres/Hanovre, 5 septembre 2000 (APIC) Le Vatican a présenté mardi la «Déclaration ’Dominus Iesus’ sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise», un texte de 36 pages, signé par le cardinal allemand Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et par Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la même Congrégation.

Le titre de la déclaration, «Le Seigneur Jésus», insiste sur la valeur unique du salut offert en Jésus-Christ, pour tous les hommes. C’est sur cette base que l’Eglise catholique prend part au dialogue inter-religieux. Les réactions critiques des Eglises non-catholiques ne se sont pas faites attendre.

Cette déclaration du magistère catholique, approuvée personnellement par le pape Jean Paul II – qui y engage son autorité – a pour but de faire face aux «nouvelles questions» relatives au dialogue inter-religieux et «rappeler certains contenus doctrinaux essentiels» de la foi chrétienne. Elle précise que toutes les religions ne se valent pas, et affirme clairement la position catholique, tout en marquant le plus grand respect pour les autres Eglises ou religions.

Pour certains «une allure de provocation», notamment en Suisse

Ce texte qui affirme la foi catholique pourra avoir pour certains «une allure de provocation», commente l’abbé Michel Salamolard, directeur éditorial du bulletin des paroisses catholiques romandes «Paroisses Vivantes». «En Suisse, nos amis réformés accepteront sans doute difficilement le statut de ’communauté ecclésiale’, plutôt que d’’Eglise’, qui leur est accordé», écrit Michel Salamolard dans le document de 48 pages publié mardi par les éditions saint-augustin à Saint-Maurice.

Le débat va certainement braquer les projecteurs sur deux réalités ecclésiales, essentielles selon la déclaration: la structure épiscopale et l’eucharistie. L’abbé Salamolard regrette un peu, en citant le théologien suisse Hans Urs von Balthasar, qu’à tellement insister sur ce qu’il faut croire et enseigner, cette déclaration a peut-être manqué une belle occasion, celle de rappeler une vérité fondamentale: «l’amour seul est digne de foi». Tout le contraire d’un «impérialisme spirituel» que certains pourraient craindre, souligne-t-il.

Pour les protestants et les anglicans, un «recul pour l’œcuménisme»

Réagissant au nouveau document romain, luthériens, réformés et anglicans considèrent qu’il s’agit là d’un «recul pour l’œcuménisme». Mardi à Hanovre, Manfred Kock, président du Conseil de l’EKD, l’Eglise évangélique (luthérienne) d’Allemagne, a constaté que les signaux émanant de Rome indiquent un «point mort». Cette déclaration «bétonne» la conception traditionnelle qu’a d’elle-même l’Eglise catholique-romaine.

D’après l’EKD, dans les passages sur l’unicité et l’unité de l’Eglise, l’Eglise catholique-romaine et Jésus-Christ sont tellement rapprochés que ces expressions sont inacceptables. Ainsi, pour Manfred Kock, pour la déclaration romaine, les Eglises issues de la Réforme sont en quelque sorte placées au dernier rang de la hiérarchie des Eglises.

Le président du Conseil de l’EKD a par contre salué l’insistance du document sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ, position que les Eglises de la Réforme peuvent soutenir volontiers et avec fermeté. C’est justement cette concentration christologique qui doit être défendue dans le dialogue avec les autres religions.

Le primat de l’Eglise anglicane d’Angleterre, l’archevêque de Canterbury George Carey, a pour sa part vivement critiqué le fait que l’Eglise romaine ne considère pas que l’Eglise anglicane ait un caractère ecclésial complet. Ce nouveau document romain ne reflète pas suffisamment à ses yeux «la compréhension profonde» atteinte ces 30 dernières années dans le dialogue œcuménique et sur le plan du travail accompli en commun. «L’Eglise d’Angleterre et la communauté anglicane mondiale n’acceptent pas que la structure de leurs ministères et que leur eucharistie soient d’une certaine manière considérées comme déficitaires. Elles se considèrent elles-mêmes comme une partie de l’Eglise du Christ, une sainte, catholique et apostolique».

Quant au Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève, il considérerait comme une «tragédie» si le témoignage commun des Eglises dans un monde blessé «était obscurci par les discussions entre les Eglises à propos de leur statut respectif et de leur autorité relative, pour importants qu’ils puissent être.» Le COE réaffirme l’importance du dialogue œcuménique authentique et du témoignage commun crédible. Pour le Révérend Tom Best, membre au COE de l’équipe «Foi et Constitution», toutes les Eglises ont énormément gagné de l’entrée de l’Eglise catholique-romaine, à l’occasion du Concile Vatican II, dans le mouvement œcuménique, et il ne faudrait pas que l’on utilise un langage qui exclurait d’avance toute discussion alors que des dialogues délicats sont en cours à propos des relations mutuelles entre les Eglises.

«Surprise attristée» de la Fédération protestante de France

C’est avec une «surprise attristée» que la Fédération protestante de France (FPF) a pris connaissance du nouveau document du cardinal Ratzinger «qui tient à préciser que les Eglises nées de la Réforme du XVIème siècle ’ne sont pas des Eglises au sens propre du mot’.» Non que cette affirmation soit nouvelle, note le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF, «mais pourquoi sa répétition aujourd’hui ?»

«Peut-on tirer un trait sur 40 années d’engagement œcuménique en donnant une lecture figée des textes de Vatican II? Cette nouvelle déclaration du Vatican contraste singulièrement avec les invitations à l’humilité et à l’ouverture aux autres entendues dans l’Eglise catholique pendant cette année jubilaire. Elle porte un coup sévère au travail œcuménique en confirmant dans leur méfiance celles et ceux qui pensent que Rome n’a pas abandonné la prétention de simplement absorber les autres Eglises», écrit Jean-Arnold de Clermont.

La FPF souligne que pour les Eglises de la Réforme, l’Eglise est authentiquement constituée de toutes celles et tous ceux qui reçoivent leur salut du Seigneur Jésus Christ au travers de la parole prêchée et des sacrements administrés. «De cela, personne ne peut être juge à part le Seigneur lui-même! L’Eglise universelle, corps du Christ, dépasse les frontières de toutes les Eglises particulières.» Et le pasteur de Clermont, interrogé par l’APIC, de se demander ce qu’il advient du texte commun d’accord sur la justification signé récemment entre l’Eglise catholique-romaine et l’Eglise luthérienne. «On a le sentiment dans cette déclaration que c’est l’Eglise catholique-romaine, et elle seule, qui tient dans ses mains le Salut… A force de définir ce qui est à moi et ce qui n’appartiendra jamais aux autres, je crains que l’on ferme des portes!»

Pas un traité organique, mais une mise au point

S’adressant «aux évêques, aux théologiens et à tous les fidèles catholiques», ce texte, dont le pape a approuvé les termes et autorisé la publication le 16 juin dernier, n’a pas été conçu comme un traité organique, mais comme une mise au point sur quelques problèmes fondamentaux, souligne l’introduction. Pour clarifier ces points doctrinaux et en même temps «réfuter quelques opinions erronées ou ambiguës», le document utilise fréquemment des expressions – en italique dans le texte – comme «il faut croire fermement» ou bien «est donc contraire à la foi de l’Eglise».

Le péril des théories relativistes au nom du pluralisme religieux

Divisée en 6 chapitres, la déclaration s’ordonne autour du «caractère de vérité absolue et d’universalité spécifique (de) la Révélation chrétienne et (du) mystère de l’Eglise». En regard de cette vérité et cette universalité, le premier chapitre traite du péril des théories relativistes, qui, au nom du pluralisme religieux, négligent «le caractère définitif et complet de la révélation de Jésus-Christ».

Citant l’encyclique de Jean Paul II ’Redemptoris Missio’, le cardinal Ratzinger rappelle que l’Eglise «a la tâche de proclamer l’Evangile comme plénitude de la vérité», ce qui explique qu’elle soit «missionnaire par sa nature». D’où la réfutation de la thèse de ceux qui voient dans la Révélation de Jésus-Christ un simple complément à une révélation présente dans les autres religions, et qui sont «persuadés que la vérité sur Dieu ne peut être saisie ni manifestée dans sa totalité par aucune religion historique, par le christianisme non plus et ni même par Jésus-Christ».

Seuls l’Ancien et le Nouveau Testament sont des «textes inspirés par le Saint-Esprit»

Le document souligne que la foi «comporte une double adhésion», croire en Dieu et croire en la vérité révélée par Dieu. D’où la nécessité de «tenir fermement la distinction entre la foi théologale et la croyance dans les autres religions», la foi étant «l’accueil de la vérité révélée» et la croyance dans les autres religions «cet ensemble d’expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l’homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu». La déclaration réaffirme que, selon la tradition de l’Eglise, seuls l’Ancien et le Nouveau Testament sont des «textes inspirés par le Saint-Esprit». Elle ne voit pas de révélation par les textes sacrés d’autres religions, mais dans la continuité de «Lumen Gentium», elle relie au mystère du Christ «les éléments de bonté et de grâces qu’ils contiennent».

C’est ce caractère central du mystère du Christ qui conduit le deuxième chapitre à s’inscrire en faux contre la tendance à considérer le Christ comme «une des maintes figures historiques» par lesquelles Dieu se manifeste. «On doit en effet croire fermement la doctrine de foi qui proclame que Jésus de Nazareth, fils de Marie, et seulement lui, est le Fils et le Verbe du Père» affirme le document. Il est contraire à la foi de séparer le Verbe éternel de la personne de Jésus-Christ, dans sa double nature humaine et divine, comme de faire «l’hypothèse d’une économie de l’Esprit-Saint au caractère plus universel que celle du Verbe incarné». Jésus-Christ «est le médiateur et rédempteur universel», dont l’incarnation salvatrice est «dans la foi chrétienne un événement trinitaire» et dont l’action «avec et par son Esprit, s’étend à toute l’humanité, au-delà des frontières visibles de l’Eglise», réaffirme le document. C’est ce que la doctrine de l’Eglise appelle «l’unicité de l’économie du salut».

La déclaration invite à examiner les aspects et les éléments positifs des autres religions

Le troisième chapitre précise et développe les termes d’»unicité» et d’»universalité» du mystère salvifique du Christ, considérant qu’ils sont souvent mal compris. «La volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifestée et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l’Incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu», souligne la déclaration, qui invite à «examiner les aspects et les éléments positifs» des autres religions sous l’angle d’une «médiation participée» à l’unique médiation du Christ.

Dans cette perspective, quand on se propose «d’éviter des termes comme ’unicité’, ’universalité’, ’absolu’, parce qu’ils donneraient l’impression d’une insistance excessive sur le sens et la valeur de l’événement salvifique du Christ par rapport aux autres religions», on ne rend pas compte du fait que «ce langage exprime en fin de compte la fidélité à la Révélation. On peut et on doit dire que Jésus-Christ a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire: cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue.»

…en plénitude dans la seule Eglise catholique

Le quatrième chapitre a pour sujet «l’unicité et l’unité de l’Eglise». Il précise que le Christ lui-même «n’a pas simplement établi une communauté de disciples, mais il a constitué l’Eglise comme mystère de salut». «De plus, ajoute le document, les promesses du Seigneur de ne jamais abandonner son Eglise et de la guider par son Esprit impliquent, selon la foi catholique, que l’unicité et l’unité, comme tout ce qui appartient à l’intégrité de l’Eglise, ne feront jamais défaut».

D’où une double affirmation doctrinale, reprise du Concile Vatican II: «d’une part que malgré les divisions entre chrétiens, l’Eglise du Christ continue d’exister en plénitude dans la seule Eglise catholique; d’autre part que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures, c’est-à-dire dans les Eglises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Eglise catholique».

Disparition de l’épiscopat et de l’intégralité du mystère eucharistique

La déclaration distingue à cet égard entre de «véritables Eglises particulières» qui restent unies avec l’Eglise catholique «par des liens très étroits comme la succession apostolique et l’eucharistie valide», et «les communautés ecclésiales qui n’ont pas conservé l’épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique», qui «ne sont pas des Eglises au sens propre». Elle réaffirme l’importance de «la doctrine catholique du primat que l’évêque de Rome, d’une façon objective, possède et exerce sur toute l’Eglise conformément à la volonté divine» et précise que l’Eglise du Christ ne peut être assimilée à un ensemble divisé d’Eglises ni à une «fin à rechercher par toutes les Eglises en commun». «Le manque d’unité entre les chrétiens est certes une blessure pour l’Eglise, non pas comme privation de son unité, mais en tant qu’obstacle pour la réalisation pleine de son universalité dans l’histoire».

Le Christ et l’Esprit-Saint agissent hors des limites visibles de l’Eglise

Le cinquième chapitre a pour titre «Eglise, royaume de Dieu et royaume du Christ». Soulignant «le lien étroit entre le Christ, le Royaume et l’Eglise», le texte précise que l’Eglise est à la fois «signe et instrument du Royaume», appelée à «l’annoncer et à l’instaurer», et «règne du Christ déjà mystérieusement présent». Cette double qualité peut prêter à diverses explications théologiques, reconnaît la déclaration, pourvu que le Royaume de Dieu ne soit séparé ni du Christ, ni de l’Eglise. Cela ne signifie pas pour autant que le Royaume de Dieu s’identifie avec «l’Eglise dans sa réalité visible et sociale», car on ne doit pas oublier «l’action du Christ et de l’Esprit-Saint hors des limites visibles de l’Eglise».

Il reste qu’»en considérant les rapports entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l’Eglise, il est de toute manière nécessaire d’éviter des formulations unilatérales comme ces conceptions qui mettent délibérément l’accent sur le Royaume et se définissent comme ’régnocentriques’», précise le document. Et, au nom de l’unicité du rapport entre le Christ, l’Eglise et le Royaume, il met en garde à la fois contre un «théocentrisme» qui s’abstiendrait de nommer le Christ ou privilégierait le mystère de la création en se taisant sur celui de la Rédemption, et contre des attitudes qui tendraient à marginaliser l’Eglise, en la réduisant à être «un signe, d’ailleurs non dépourvu d’ambiguïté».

Enfin le sixième et dernier chapitre aborde le rapport de l’Eglise et des religions avec le salut. Le texte rappelle qu’il faut «avant tout croire fermement que l’Eglise en marche sur la terre est nécessaire au salut». Par ailleurs, «il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l’Eglise pour le salut». Le texte aborde donc la question de la «modalité» de transmission aux non-chrétiens de la grâce salvifique de Dieu.

Les autres religions ne sont pas équivalentes ni complémentaires à l’Eglise

Il affirme qu’il faut «encourager un travail théologique» sur ce point. Mais, si «certaines prières ou certains rites peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, (…) encourageant le cœur des hommes à s’ouvrir à l’action divine», on ne peut considérer l’Eglise comme «un chemin de salut parmi d’autres», ni considérer que «les autres religions seraient complémentaires à l’Eglise, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu».

Que Jésus soit le Sauveur de toute l’humanité «n’enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l’Eglise pour les religions du monde» mais elle exclut le relativisme religieux qui fait dire que toutes les religions se valent. Si les adeptes d’autres religions peuvent recevoir la grâce divine, ils n’ont objectivement pas la plénitude des moyens du salut, affirme le document, d’où la force et la nécessité de la mission ad gentes car «Dieu veut le salut de tous par la connaissance de la vérité et le salut se trouve dans la vérité». C’est parce qu’elle croit au salut universel que l’Eglise doit être missionnaire. «Le dialogue donc, tout en faisant partie de la mission évangélisatrice, n’est qu’une des actions de l’Eglise dans sa mission ad gentes».

«Vis-à-vis de certaines propositions problématiques voire même erronées, la réflexion théologique est appelée à confirmer la foi de l’Eglise et à donner raison de son espérance avec conviction et efficacité», conclut la déclaration, ajoutant que «le mystère chrétien dépasse en effet toute limite d’espace et de temps, il réalise l’unité de la famille humaine». (apic/imedia/kna/jcn/be)

5 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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