Congo RDC: Le Lucernois Tony Jurt, missionnaire d’Afrique depuis 25 ans dans le Maniema

APIC Entretien

Wamaza, paroisse de l’espoir: la vie renaît dans l’Est du Congo

Jacques Berset, Apic

Willisau/Fribourg, 10 octobre 2003 (Apic) Après des années de guerres, de pillages et de destructions, la paix revient peu à peu à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Si les massacres se poursuivent dans l’Ituri, près de Bunia, à l’extrême Nord-Est du pays, d’autres provinces orientales retrouvent peu à peu la joie de vivre. Dans le Maniema, un missionnaire lucernois, le Père Tony Jurt, témoigne du dynamisme de ses paroissiens, qui ont pris en mains la reconstruction de leur région.

La population exsangue espère que la fin annoncée de l’atroce guerre civile devienne enfin une réalité. Le gouvernement congolais de transition associe désormais les anciens belligérants, censés avoir fait leurs adieux aux armes de manière définitive. Suite à l’accord signé à Sun City, les rebelles du RCD et du MLC sont invités à partager les responsabilités au sommet de l’Etat avec les représentants du gouvernement de Kinshasa, de l’opposition politique et de la société civile.

En pleine guerre, les paroissiens n’ont jamais cessé de construire

Le Père Tony Jurt, 61 ans, est depuis 1978 à Wamaza, une grande paroisse regroupant 96 villages du diocèse de Kasongo, dans la province orientale du Maniema, l’une des 11 provinces du pays. Il passe quelques semaines de vacances dans sa famille à Willisau, commune dont il est originaire. Lors de son passage, il lance un message d’espérance: «En pleine guerre, nos paroissiens n’ont jamais cessé de s’engager, de travailler, de construire.»

Le calme est revenu dans la paroisse depuis décembre dernier, même s’il y a quelques combats sporadiques au nord de la province. Certes, admet- il, les bandes armées qui pillent et rançonnent n’ont pas partout disparu: les Interahamwe, des Hutus rwandais fortement armés, rôdent toujours dans la forêt et n’hésitent pas à tuer. D’autres bandes armées, souvent composées de jeunes et d’enfants, sortent des bois à peine vêtus d’un pagne. Ils sont recouverts de bouteilles d’eau et d’amulettes censées les protéger du feu des armes ennemies. Ainsi, le sentiment d’insécurité demeure dans de nombreux endroits.

La paroisse miraculeusement épargnée

Mais le fait que les principaux mouvements de la rébellion soient désormais intégrés dans le gouvernement a amélioré la situation de façon notable, a-t-il confié à l’Apic. Rien à voir avec la situation de 1999, quand le Père Tony et son évêque furent enlevés par les rebelles de l’AFDL de Kabila. «Quand ils nous ont libérés après nous avoir emmenés jusqu’à Kinshasa, ils ont dit que c’était une petite confusion entre missionnaires et mercenaires!», lance-t-il dans un gros éclat de rire.

A leur retour, les paroissiens affamés leur ont réservé un accueil triomphal: «Après le chemin de croix que vous venez de vivre, vous êtes revenus, cela démontre que vous nous aimez vraiment!». L’an dernier, lors des dernières attaques des bandes armées sorties pour piller et chasser les unités du RCD-Goma soutenues par le Rwanda, tout le monde a fui. «Seuls quelques laïcs sont restés avec nous dans le ’couvent’, comme l’on appelle les bâtiments de la paroisse de Wamaza. Comme d’habitude, nous avons sonné les cloches de l’église à 6h du matin, pour que ceux qui s’étaient cachés dans les environs sachent que la paroisse avait été épargnée.»

Un dynamisme qui contredit l’»afropessimisme» habituel

Tony Jurt dirige la paroisse de Wamaza, fondée en 1952, en compagnie d’un missionnaire belge, le Père Valentin, et d’un espagnol, le Père Antonio, tous deux «Pères blancs» comme lui. L’entreprenant Lucernois, qui sillonne les pistes cabossées au guidon de sa Yamaha 175, prépare en ce moment la transmission de la paroisse qui sera remise l’an prochain aux prêtres diocésains congolais.

Contredisant l’»afropessimisme» habituel, le Lucernois ne tarit pas d’éloges sur le dynamisme et l’engagement de ses paroissiens: «Ils ont beaucoup souffert, mais ils sont admirables de courage. Ailleurs, où il n’y a pas de structures, les gens sont apathiques et découragés. Ils sont fatigués des politiciens et des discours, des administrations corrompues. Ils s’engagent grâce à la paroisse, nous sommes là pour les encourager. Nous sommes des porteurs d’espérance». Et de relever que les autorités locales le reconnaissent: «L’Eglise est une source d’espoir, c’est la seule institution au service de la population qui fonctionne actuellement. Si vous partez, nous sommes foutus!»

Bien sûr, le curé de Wamaza n’a pas toujours la vie facile: certains jours, il est assailli de demandes; des colonnes de gens attendent devant son bureau pour solliciter une aide. Les besoins sont si énormes qu’il ne peut pas satisfaire tout le monde.

S’il suscite l’enthousiasme dans la population par son engagement en faveur du développement intégral, tout n’a pas été facile au début pour le solide missionnaire lucernois. «Que fait-il là, ce muzungu – le Blanc, l’étranger, en langue swahili – De quoi se mêle-t-il ?», lançaient les autorités locales. Mais elles ont rapidement compris que la paroisse était la locomotive du développement local. Elle a créé il y a plusieurs années une grande plantation de 750 palmiers à huile, destinée à financer à l’avenir les frais de la communauté, actuellement encore très dépendante de l’argent venu d’un réseau de plus de 700 amis en Suisse. Le missionnaire suisse est optimiste: il y a de la relève et Kasongo est l’un des rares diocèses du Congo qui aide financièrement ses paroisses. Grâce au dynamisme de son évêque, toujours en route pour rechercher des fonds.

A Wamaza, les chrétiens sont le moteur du développement

A Wamaza, où la communauté est engagée dans une pastorale intégrale, les chrétiens sont le moteur du développement. Ils s’engagent dans la reforestation (2’000 flamboyants ont été replantés), l’entretien des routes, la construction de maisons. En pleine guerre, à l’initiative de laïcs, partout des écoles, des églises, des chapelles, des pavillons communautaires ont été édifiés. Sans argent et sans moyens de transport, les gens ont construit des fours sur place, pour fabriquer des briques et des tuiles.

Un tiers des maçons qui travaillent dans les projets de construction de la paroisse sont des musulmans. «Il n’y a absolument aucune tension islamo- chrétienne dans la région, où les musulmans forment la moitié de la population», précise Tony Jurt. La forte présence musulmane remonte à la fameuse «route des esclaves» du redouté chasseur d’esclaves arabe Tippo Tip, qui sévissait dans le région au XIXe siècle depuis sa base de Dar es- Salaam. Ces esclaves obtenaient leur libération en devenant musulmans.

Forte présence musulmane

Dans cette paroisse de 14’000 km2 (un tiers de la Suisse) rassemblant 16’000 catholiques et 10’000 catéchumènes, quelque 500 catéchistes sont à l’oeuvre. Le Père Tony est encore secondé par une centaine de responsables des communautés de base, les «wasimamizi», ainsi que par une trentaine de responsables des 13 secteurs, les «waongozi».

Pour superviser tous ces projets de développement, coordonnés par le CPD (Comité paroissial de développement, qui dépend du Bureau diocésain de développement), le Père Tony a envoyé durant trois ans deux jeunes étudier à l’Institut de développement rural à Bukavu. Ils en sont revenus diplômés et animent maintenant le CPD. «Ce sont déjà les premiers fruits de cette action».

Outre les projets de développement dont s’occupe le Père Tony, la paroisse est également engagée sur le front caritatif. C’est le domaine du Père Valentin, qui doit aider orphelins et filles mères, faire face aux problèmes de pauvreté et de maladies endémiques, aggravés par les ravages de la guerre. La tuberculose et la maladie du sommeil s’ajoutent au sida qui touche notamment de nombreuses filles victimes de viols de la part des bandes armées ou qui se prostituent auprès de la soldatesque pour survivre.

Des signes tangibles d’espoir

Dès le début juillet, on a vu des signes tangibles d’espoir: dans ce pays coupé en deux depuis plusieurs années, le drapeau national de la République démocratique du Congo flotte désormais partout, de Kasongo à Bukavu. Les bateaux arrivent à nouveau à Kisangani. Un grand signe sera l’arrivée du train à Kindu et la reprise des vols directs de Béni et de Goma à destination de Kinshasa. Sans plus passer par Kigali et Nairobi! On peut désormais téléphoner à Bukavu avec le code national, alors que ces dernières années, on passait par Kigali, les Rwandais contrôlant alors une grande partie de l’Est de la RDC.

Le Père Tony est admiratif devant la capacité de récupération de ces populations qui ont subi toutes les avanies de la guerre: «Quand on voit nos paroissiens, on ne pense pas qu’ils sont passés par là. On dirait que la guerre est finie, qu’ils ont déjà tourné la page. Il y a de la vie!» JB

Le Maniema, une mosaïque de peuples sur un vaste territoire

S’étendant sur un vaste territoire d’un peu plus du quart de la superficie de la France, couverte aux trois quarts de forêts denses, la province du Maniema est limitée au Nord par la province orientale, à l’Est par les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, au Sud par les provinces du Katanga et du Kasaï-oriental et à l’Ouest par la province du Kasaï-oriental. La population se répartit entre différents groupes ethniques (tribus): Lega, les Binja du Sud ou Wazimba, Kumu, Bangubangu, Bakusu, Nonda, Bahemba, Basongye, Bosongola ou Binja du Nord, Bangengele, Mamba-Kasenga, Bakwange, Bagenya, Bazura, Babuyu, Balanga, Baombo et Babira. JB

Les illustrations de cet article et les photos de Tony Jurt sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch

(apic/wm/be)

10 octobre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Fernando Cardenal, religieux et ancien ministre nicaraguayen de l’Education

APIC – ENTRETIEN

«Les acquis foutent le camp… la faute au néo-libéralisme»

Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

Fribourg, 10novembre(APIC) Les acquis de la «révolution nicaraguayenne

foutent le camp». Hormis ceux de la réforme agraire. Hormis aussi l’esprit

inspiré du sandinisme. La faute au régime néo-libéral mis en place sitôt la

défaite du Front aux élections. Fernando Cardenal, jésuite expulsé de son

ordre en 1984 pour avoir accepté de devenir ministre de l’Education sous

Ortega, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour dénoncer la situation de

misère dans laquelle se trouve son pays. L’Agence APIC l’a rencontre lors

de son récent passage en Suisse. Il évoque sans complaisance aucune les

réalités qu’il commente d’emblée sous forme de chiffres.

Plus de 25% des enfants entre 0 et 5 ans souffrent aujourd’hui de malnutrition; le taux de mortalité infantile est désormais supérieur à 72 pour

mille naissances, contre 60 auparavant… 6% des personnes malades ne reçoivent aucune attention médicale. Les efforts réalisés en près de 10 ans

de «révolution» dans le domaine de la santé sont peu ou prou réduits à néant. Sort identique pour l’éducation: entre 25 et 30% d’analphabètes actuellement contre moins de 12% avant; 860’000 gosses ne recoivent aucune éducation primaire… sur une population globale estimée à 4,5 millions d’habitants…

«L’éducation est totalement abandonnée dans les campagnes», constate dépité l’ancien ministre. «Le pays n’a pas fini de payer un lourd tribut aux

options néo-libérales du régime en place». Plus de 25% des enfants entre 7

et 12 ans ont d’ores et déjà délaissé les salles de classe. Pour 100 jeunes

nicaraguayens qui entrent à l’école, seuls 30 la terminent. Fernando Cardenal dresse un bilan peu complaisant de la situation à laquelle est aujourd’hui confrontée son pays. Un bilan qui pourrait passer pour de la propagande si les chiffres avancés n’émanaient pas de l’UNICEF.

Réalités des chiffres encore: selon l’UNICEF, que cite l’ex-ministre, le

Nicaragua compte aujourd’hui 60% de sans-emploi. Avec son lot de drames sociaux et de misère… Dans la capitale Managua, 10% des délits commis le

sont par des enfants. Les jeunes tombent dans la délinquance au fur et à

mesure que s’aggrave la frustration née de l’assiette vide: 3’000 gosses en

sont réduits au vol pour survivre. Et pour 8% encore, la mendicité demeure

l’unique moyen de faire quelque argent. Inconnue auparavant, la prostitution d’enfants à désormais fait son apparition: 350 cas de gamines s’y

adonnant ont ainsi été recensés par l’UNICEF. Et les chiffres sont sans

doute loin d’être exhaustifs. «Quel gâchis», constate Fernando Cardenal,

encore et toujours animé de la même volonté de se battre en faveur des plus

démunis, pour la justice sociale qui n’a jamais cessé de nourrir sa foi et

la vision qu’il a du chrétien.

De Medellin à Managua

Jésuite expulsé de l’Ordre en 1984, Fernando Cardenal fêtera son 60e anniveraire en janvier prochain. Expulsé? Il n’en continue pas moins d’être

accueilli comme tel partout où il va, y compris par les communautés jésuites. En Amérique latine comme en Europe, où il se trouve aujourd’hui dans

le but de trouver les fonds pour financer les projets de l’Institut nicaraguayen de recherche et d’éducation populaire (UNIEP) qu’il anime depuis

1990. Date à laquelle, changement de gouvernement oblige, il avait remis

son mandat de ministre de l’Education.

Son engagement actif en faveur des plus pauvres, ce fils de la bonne

bourgeoisie nicaraguayenne le concrétisera peu après ses études théologiques à Managua. «C’était à Medellin, en Colombie, se souvient-il, dans le

cadre de l’approfondissement spirituel que chaque jésuite doit accomplir.

Une année passée à vivre dans un quartier miséreux… J’avais jusque là une

approche intellectuelle de l’injustice. Cette expérience humaine, doublée

d’une autre, spirituelle, a marqué ma vie: le Dieu de la Bible est un Dieu

qui est en faveur de ces pauvres, de leur lutte. On ne peut être chrétien

sans participer au combat des démunis. De cette époque est né mon engagement de lier l’humain au religieux. Mon engagement aussi de libérer les

pauvres de leur situation, partout où je serais appelé à vivre».

De retour à Managua, le Père Cardenal enseigne à l’Université CentroAméricaine (UCA) de Managua, tenue par les jésuites. Quatre mois plus tard,

en réponse aux injustices contre lesquelles il entend se battre, il participe à la prise de la cathédrale et de l’Université par les étudiants.

L’acte ne passe pas inaperçu. Le recteur de l’UCA, qui n’est autre que le

cousin germain du dictateur Somoza, le Père Léon Pallais, lui signifie son

expulsion. Une expulsion unilatéralement décidée, «sans le consentement du

provincial d’alors».

Motivation intacte

Le diktat du recteur ne tempère aucunement son enthousiasme. Sa motivation est intacte voire accrue. En 1973, le professeur à l’Université nationale qu’il est devenu depuis son expulsion de l’UCA, fonde le groupe dit

«Des douze», le Mouvement chrétien révolutionnaire des étudiants qui allait

par la suite jouer un rôle décisif dans la lutte populaire au Nicaragua. De

nombreux dirigeants sandinistes y feront «leur école». Tout comme plusieurs

futurs cadres de l’armée et de la police sandinistes.

Après avoir travaillé quatre ans durant à la campagne d’alphabétisation

avec la jeunesse, le Père Cardenal, toujours membre de la Compagnie de Jésus, est invité en 1984 à entrer au gouvernement sandiniste en qualité de

ministre de l’Education, rejoignant son frère Ernesto, ministre de la Culture. Et religieux également. Son siège ministériel, il l’occupera jusqu’en

1990, défaite électorale du régime révolutionnaire oblige. Violeta Chamorro

succédant à la présidence du pays à Daniel Ortega. Son engagement politique

au sein d’un gouvernement, révolutionnaire qui plus est, n’a pas l’heur de

plaire à ses supérieurs… qui l’excluent de la Compagnie de Jésus peu de

temps après son entrée au gouvernement.

Fernando Cardenal n’en porte nullement ombrage. Jésuite il était, jésuite il se sent et reste, en dépit de l’exclusion formelle. Ses confrères religieux, en grande partie du moins, le considèrent des leurs. Sa foi chrétienne a toujours guidé son action et sa vie spirituelle. Elle le guide aujourd’hui toujours, inébranlablement. Mieux, puisqu’elle l’aide à réaliser

et à soutenir son action politico-humaniste. A peine conserve-t-il une certaine incompréhension de son exclusion: «En 1981 et après, avec les évêques

et la Compagnie, nous étions parvenus à un accord afin de nous permettre de

poursuivre nos activités. Un communiqué avait du reste été publié, dans lequel était stipulé qu’une exception avait été consentie pour mon frère et

moi. Pour éviter une confusion, nous nous engagions a toujours être bien

clair sur la distinction nécessaire entre nos tâches sacerdotales et politiques».

Son incompréhension devient en revanche franchement réelle à l’évocation

des motifs: «l’argument autorisant mon frère et moi à assumer des fonctions

gouvernementales était l’urgence dans laquelle se trouvait le pays au moment de l’accord. Une urgence pourtant bien moindre que celle qui prévalait

en raison de la guerre au moment de mon exclusion». «Pressions il y a eu.

Mais pressions il y avait aussi eu pour qu’un accord soit trouvé. A mon

frère Ernesto qui manifestait la possibilité de quitter son poste de ministre, le cardinal Agostino Casaroli avait notamment répondu: ’Ne laissez

pas votre charge. C’est bien que vous soyiez au ministère de la culture’».

Et Fernando Cardenal de se souvenir: «Je me suis opposé à mes supérieurs

religieux qui exigeaient de moi que j’abandonne la révolution, en évoquant

une objection de conscience».

L’avenir ne s’arrête pas aux élections

Pour Fernando Cardenal, l’avenir ne s’arrête pas aux élections de novembre 1996. Co-responsable de l’Institut nicaraguayen de recherche et d’éducation populaire (UNIEP) et membre du Conseil de l’Education pour l’Amérique latine (CEAL), il dirige depuis Managua un centre chargé d’élaborer des

projets de coopératives rurales et de former des respnsables syndicaux et

communautaires. «Les acquis de la ’révolution’ demeurent bien réels. Mais

les fonds manquent. D’où mon voyage en Europe, en Allemagne, Autriche,

Suisse – auprès de l’Action de Carême, notamment -, Hollande, Angleterre et

dans les pays scandinaves pour obtenir une aide matérielle tant pour le CEAL que pour l’UNIEP».

L’avenir? «Ce que nous avons mis en place se décompose chaque jour un

peu plus par la faute d’une conception néo-libérale de l’économie. La UNO

(l’Union nationale d’opposition) mène une politique d’extrême-droite, à laquelle s’oppose le Front sandiniste». C’est vrai, reconnaît l’ancien ministre, certaines manoeuvres de la droite obligent parfois le Front sandiniste à touver une alliance avec le gouvernement de Violeta Chamorro.

Mais cela «ne nous empêche nullement de combattre fermement les mesures

et les options économiques. Ces alliances nous permettent au moins de défendre ne serait-ce le budget de l’armée, en mains des sandinistes, que la

UNO voudrait voir réduite pour mieux la démanteler». Si le Nicaragua ne vit

pas à l’heure des escadrons de la mort, c’est bien parce qu’une armée demeure fidèle à l’idéal révolutionnaire, empêchant ainsi tout acte de répression contre le peuple».

Fernando Cardenal se refuse à parler d’échec à propos de la politique

menée par le Front Sandiniste. «Il y a eu des erreurs, c’est vrai. Mais il

faut savoir que le peuple, lors des dernières élections, s’est vu confronter au dramatique choix imposé par les Etats-Unis: la guerre ou la paix, la

mort ou la paix». En présentant Violeta Chamorro «comme sa candidate à la

Maison Blanche», George Bush ne promettait-il pas la fin du blocus, la

prospérité, l’aide et le développement?

«Rien de tout cela n’est vrai aujourd’hui, lance-t-il. L’échec, c’est

celui de la politique néo-libérale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes… et

pas seulement pour le Nicaragua». Et Fernando Cardenal de conclure en citant l’UNICEF: en 20 ans, 72 millions d’êtres humains en Amérique latine

ont rejoint le lot de ceux qui ont faim; les sans-emploi ont augmenté de 40

millions… et les analphabètes de 30 millions. «Le produit du néo-liéralisme. Et rien n’indique que la décennie à venir n’améliorera les choses.

Au contraire». (apic/pr)

ENCADRE

Interventions américaines et de Mgr Obando

L’affrontement entre l’armée nicaraguayenne et un groupe de «réarmados»

(réarmés) qui avait fait en juillet 50 morts et quelque 100 blessés dans la

localité d’Esteli, n’est pas demeuré sans lendemain. A la demande du sénateur américain Jesse Helme, le sénat des Etats-Unis votait le 28 juillet le

gel de 95 millions de dollars d’aide économique au Nicaragua. Une véritable

fortune pour ce pays en l’état actuel de la situation. Une catastrophe aussi pour le gouvernement qui se voit reprocher par les Etats-Unis de ne pas

être en mesure de certifier qu’il ne soutient pas le terrorisme international.

Parallèlement, le cardinal Miguel Obando, archevêque de Managua, qui

passe volontiers dans des «sondages» pour «le troisième ou quatrième homme

politique du Nicaragua», ainsi que trois évêques, demandaient à la même

époque l’intervention des «casques bleus» de l’ONU sous prétexte que l’armée n’était «pas fiable». Une position qui tranche avec les déclarations de

Fernando Cardenal selon qui «l’armée est la seule garante du respect des

droits des citoyens à s’exprimer sans que, comme dans certains pays d’Amérique latine (Guatémala, San Salvador, Colombie, Pérou et Brésil, notamment), des escadrons de la mort se chargent de les faire taire». Garante

aussi qu’une répression sanglante ne s’abatte sur lui, comme ailleurs trop

souvent».

De l’avis des observateurs, les Etats-Unis ainsi que les Nicaraguyens

qui ont ouvertement soutenu la candiate Violeta Chamorro, reprochent à cette dernière d’avoir été élue à droite et d’avoir par la suite mené une politique centriste, avec parfois le soutien des sandinistes. (apic/pr)

Des photographies de Fernando Cardenal peuvent être obtenues auprès de

l’Agence APIC, 42, Boulevard de Pérolles, Fribourg, tél: 037/86 48 11.

10 novembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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