Mgr Karl-Josef Rauber, nonce apostolique en Suisse depuis un an (160394)
APIC -Interview
Le diocèse de Coire n’est pas encore réconcilié
Brigitte Muth-Oelschner, agence APIC
Fribourg, 16mars(APIC) Le Saint-Siège annonçait il y a un an la nomination de Mgr Karl-Josef Rauber commme nonce apostolique en Suisse. L’ancien
directeur de l’Académie diplomatique pontificale prenait la succession de
Mgr Edoardo Rovida. Mgr Rauber était déjà connu en Suisse pour avoir été en
1991 délégué pontifical chargé d’enquêter sur «l’affaire Haas». Cette nomination avait été saluée avec joie en Suisse.
APIC: Monseigneur, lors de votre nomination vous avez été qualifié de porteur d’espoir?
Mgr Karl-Josef Rauber: Non non, cela remonte déjà plus haut, à presque
trois ans. Il y avait eu alors une photo de moi dont la légende me qualifiait de porteur d’espoir. Ensuite plus personne ne m’en a parlé.
APIC: Vous avez pris votre charge il y a un an avec des idées précises sur
votre tâche et sur les problèmes à résoudre. Qu’avez-vous pu faire concrètement?
KJR: Je tiens pour inutile d’avoir des espoirs déterminés. J’ai entamé très
prudemment la tâche que Rome m’a confiée, à savoir relier les deux évêques
auxiliaires avec la situation de l’Eglise et contribuer ainsi à l’apaisement, à l’unité et à la réconciliation. Jusqu’à présent ce but n’a pas encore été atteint. Mais je n’avais pas l’espoir d’y parvenir en un an. C’est
un processus qui s’établit sur des années. Cette tâche continuera à m’occuper à l’avenir.
APIC: Etes-vous satisfait de l’intégration des évêques auxiliaires de Coire?
KJR: Je ne suis pas très satisfait, à mon avis cela pourrait déjà être
essentiellement meilleur. Mais je ne suis pas surpris, parce que je ne m’y
attendais pas trop. Les évêques auxilaires pourraient déjà être mieux intégrés. Cela ne dépend pas seulement d’eux, mais aussi de la manière dont les
prêtres et les fidèles s’adressent à eux. Cela dépend s’ils voient les évêques auxiliaires comme un pôle opposé, ou comme subordonnés à l’évêque diocésain. Ainsi le processus d’unité peut commencer.
APIC: Dans la pratique, les évêques auxiliaires ne peuvent peut-être pas
toujours agir comme ils le voudraient. N’ont-ils pas assez de pouvoir?
KJR: Je viens de discuter avec Mgr Vollmar. Il m’a dit que la collaboration
avec l’évêque diocésain se passe toujours mieux. Il espère ainsi qu’un pas
significatif pourra être fait pour l’apaisement de la situation et pour
l’unité. L’évêque diocésain tient compte toujours plus fréquemment des propositions de ses deux auxiliaires. Là où on ne pensait pouvoir atteindre
certaines choses que par l’attribution de pouvoirs spéciaux, on remarque
que cela a pu être fait par ce processus et par l’activité des deux évêques
en tant qu’auxiliaires et vicaires généraux.
APIC: Les prêtres continuent à considérer que la confiance manque dans le
diocèse de Coire?
KJR: Je peux comprendre cette réaction. Du point de vue des prêtres et des
doyens, le processus avance trop lentement. Mais je crois qu’il faut simplement avoir plus de confiance dans les auxiliaires. Finalement ils font
aussi certaines choses qui ne font pas de bruit. Par exemple les évêques
auxiliaires après avoir discuté les arguments avec Mgr Haas vont prendre
leur décision. Une autre question est de savoir si cela correspond toujours
à l’attente des gens. Beaucoup de choses positives peuvent être travaillées
ensemble par les trois évêques. Enfin à trois, on peut parvenir à l’opinion
que certaines choses ne peuvent pas être faites comme cela a été proposé
dans le diocèse. Il faut naturellement tenir compte des réalités et remarquer que personne ne peut agir contre sa propore conviction. Enfin on ne
peut faire uniquement que ce à quoi on a mûrement réfléchi.
APIC: Une journée des catholiques des Grisons est en préparation. Est-ce
une bonne occasion pour développer l’unité?
KJR: Oui, cela peut faire partie de cette initiative qui en soi est neutre.
Mais on peut aussi en faire un rassemblement de protestation contre l’évêque diocésain. D’un autre côté, il est possible de donner des signes qui
permettent une meilleure collaboration dans le diocèse pour trouver des solutions communes aux problèmes. Il faut souligner encore une fois que cette
journée n’est pas mise sur pied par l’évêque. Mgr Vollmar l’accompagnera
certes, mais pas comme membre du débat appelé à prendre position. Pour moi,
le fait que l’on parle des problèmes du diocèse et que l’on cherche à les
résoudre dans l’unité est un aspect positif. Il faut s’attacher aux problèmes du diocèse et ne pas croire qu’on peut réformer toute l’Eglise universelle.
APIC: Votre première année d’activité comme nonce en Suisse a comporté aussi des joies?
KJR: Il y a beaucoup d’événements, beaucoup de choses qui me réjouissent.
En particulier j’ai toujours considéré comme positives les rencontres avec
les prêtres et les fidèles. Parmi ces événements il y a l’ordination épiscopale de Mgr Pierre Bürcher. De même la collaboration avec le diocèse de
Bâle pour l’élection de Mgr Vogel m’a réjouit. Le point le plus positif a
été le grand intérêt et les prières suscités par cette succession. Les gens
ne sont pas indifférents à la personnalité de leur évêque. Le nouvel évêque
est vraiment attendu et sera reçu comme le fruit de la prière. (apic/oe/mp)
Interview de l’Abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs (130689)
APIC – Interview
Témoin et prophète de notre époque: une vie au service des démunis
Fribourg, 13juin(APIC/Pierre Rottet) On connaît bien sa silhouette: une
cape noire, un béret basque, un visage émacié, fait d’ascétisme et de
bonté. On connaît peut-être encore mieux son charisme, ses messages d’amour
et de solidarité… ses activités aux services des pauvres, des marginalisés, avec ses quelque centaines de communautés de chiffonniers d’Emmaüs à
travers le monde. Témoin et prophète de notre temps, l’Abbé Pierre interpelle les nantis et la société. Et 40 ans après avoir fondé Emmaüs (1949),
et en dépit de ses 77 ans, lui et son mouvement continuent à servir les
plus souffrants. Présent à Fribourg le 11 juin à l’occasion du «Concert du
partage» avec Dom Helder Camara et Miguel Angel Estrella, l’Abbé Pierre a
évoqué pour l’agence APIC son action et son mouvement, ses joies et ses
espoirs. Ses projets aussi….
L’âge et la maladie obligent, l’Abbé Pierre s’efforce aujourd’hui de dire non aux nombreuses sollicitations dont il est l’objet. «J’ai la chance
de retrouver maintenant, dans le monastère bénédictin de St Wandrille, près
de Rouen (France), qui m’accueille, ce que j’avais pensé être ma vocation;
c’est-à-dire ce que j’ai vécu dès l’âge de 20 ans pendant plus de 6 ans
comme moine cloîtré, ainsi que le sont les capucins pendant la période de
formation jusqu’au début de leur ministère extérieur. J’ai retrouvé la solitude, l’adoration… même si je ne peux y être tout le temps en raison
des nécessités du mouvement Emmaüs qui a pris une ampleur immense».
Il est bien loin le temps où le «moine mendiant», l’ancien député de
Nancy à l’Assemblée nationale (1945-1951) allait fonder en 1948 une maison
d’accueil à Paris qui recevra une année plus tard le nom d’Emmaüs. Que de
chemin parcouru en effet depuis le premier appel radiodiffusé de l’Abbé
Pierre lancé le 1er février 1954: «Mes amis, au secours». Emmaüs, aujourd’hui, c’est 290 groupes répartis dans 32 pays de par le monde. Une organisation structurée; elle et l’Abbé Pierre viennent de se voir attribuer
le prix 1989 de l’Académie française des sciences morales et politiques:
«Il y a un mois, le secrétaire perpétuel de l’Académie m’a écrit, raconte
l’Abbé Pierre, pour m’annoncer la décision prise à l’unanimité des membres
d’honorer à la fois une personne et une institution».
Découvrir les vraies raisons de vivre
La définition d’Emmaüs? «C’est la décision que prennent des gens
meurtris par la vie, parfois désespérés, et des gens relativement heureux
ou privilégiés, de travailler ensemble pour servir les plus souffrants.
Sans cette coopération, Emmaüs n’existerait pas, pas davantage que l’organisation n’existerait si elle était uniquement composée de compagnons
blessés, cabossés par la vie ou d’amis de bonnes volontés… C’est le travail fait ensemble, où chacun redécouvre les vraies raison de vivre».
«Je me rappelle, se souvient l’Abbé Pierre, c’était dans les débuts. Le
dimanche matin, nous avions des réunions pour parler de ce qui avait été
fait ou non durant la semaine, de ce que nous avions réalisé pour venir en
aide à telle ou telle famille malheureuse. Je montais alors ensuite dans ma
chambre, et une joie extrême m’envahissait en repensant aux visages de chacun de ceux que je voyais sortir pour aller se promener. En repensant à la
gueule qu’ils avaient huit jours ou un mois auparavant… honteux, sales et
sentant mauvais parce que n’ayant pas pu changer de linge. Et je voyais, de
ma fenêtre, ces mêmes visages. C’étaient des messieurs qui sortaient. Rien
ne les distinguait plus dans la rue des directeurs de banques. Il ne peut y
avoir de joie plus parfaite que de pouvoir faire entrer une vraie famille
dans un vrai logis».
Remettre sans cesse l’oeuvre sur le métier est davantage qu’un leitmotiv
pour l’Abbé Pierre. Aujourd’hui comme hier les problèmes et les drames humains se multiplient. «Il faut continuellement faire réouvrir les yeux à
ceux qui ne sont pas meurtris par ce que vit dramatiquement et douloureusement la minorité dans nos pays d’Europe – mais la majorité dans les pays du
tiers-monde. La prolongation du chômage a créé des situations imprévisibles, désespérantes. Actuellement, en raison du contre-coup du chômage,
on peut considérer, du point de vue du logement, que les conditions sont
aussi dramatiques qu’elles l’étaient il y a 30 ou 35 ans. Et c’est pire
d’une certaine façon puisqu’après la guerre, on regorgeait de projets. Le
drame, aujourd’hui, c’est que des filles, des garçons, de 15 ans, par exemple, voient un papa, un frère ou un oncle, compétent, diplômé, expérimenté,
être licencié, de trop… marginalisé!
Une misère psychologique et morale
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon des statistiques officielles,
relève le fondateur des chiffonniers d’Emmaüs, l’Europe du Marché unique,
avec ses 320 millions d’habitants, compte 44 millions de gens qui vivent
dans la misère, 44 millions de gens qui sont sans raison de vivre». Une
misère psychologique et sociale en tout cas aussi grande que la misère
matérielle, s’exclame-t-il, avant de poursuivre: «Les Etats-Unis, avec leur
fantastique puissance, reconnaissent administrativement, donc officiellement, qu’ils sont 30 millions à vivre dans la misère».
«La grandeur de la démocratie, c’est qu’elle écoute l’opinion publique.
Mais c’est en même temps son péril. L’homme public, l’homme d’Etat, dit
l’Abbé Pierre, sait qu’une décision, temporairement ingrate à prendre mais
nécessaire pour le bien de tous, aboutira tout simplement à un mouvement de
réaction de la part de ceux qui avaient placé sa confiance en lui. «Je me
souviens, raconte à ce sujet l’Abbé Pierre, des propos tenus par un Premier
ministre canadien à qui je rendais visite pour des questions de fondations
de communautés au Canada. L’entretien terminé, me raccompagnant, il me lança sur le seuil de la porte: «Mon Père, je vous en supplie, n’arrêtez pas
d’agir comme vous le faites. Parce que dans nos démocraties, il arrive
qu’un homme d’Etat, amené à prendre une décision ou l’autre, ne peut le
faire sachant la réaction inverse qu’elle provoquera en la proposant». La
démocratie, confie l’Abbé Pierre, «ne peut pas vivre si elle n’a pas ses
prophètes qui soient la voix des sans-voix et qui rendent intolérable au
grand nombre la condition de ce petit nombre qui ne fera jamais une majorité électorale».
Humaniser le monde
Pour défendre la cause des pauvres, des déshérités, l’Abbé Pierre n’a
pas hésité à prendre son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de
l’homme politique. «J’ai très souvent employé l’expression suivante auprès
d’hommes de pouvoir: ’Monsieur le président, même si vous êtes le plus
honnête, le plus intelligent, le plus courageux des hommes politiques, à la
place que vous occupez, il vous paraîtra toujours plus urgent de rénover ou
d’embellir l’Opéra que de mettre de l’eau courante ou des cabinets dans les
taudis… C’est pas que vous n’avez pas de coeur, c’est que votre fonction
vous fait obligation d’aller périodiquement à l’Opéra pour des réunions diplomatiques. En revanche, jamais votre position ne vous fait un devoir
d’aller là où des gens pleurent».
Humaniser le monde… s’orienter vers une société condamnée au partage
de l’emploi comme première richesse et au partage du temps libre sous peine
de décadence de la société, est un autre sujet de préoccupation pour l’Abbé
Pierre. «Ce n’est pas que les gens soient des monstres d’égoïsme. Ils sont
aveugles. Nous vivons en fait une époque complètement nouvelle par l’universalité des moyens de communication et la possibilité et la contrainte de
tout connaître». Cette société, dit-il, ne me fait peur que si on ne se mobilise pas. Et cela tous ensemble pour faire face aux défis, aux interpellations: on tombera tous malades psychiquement si on ne recrée pas des
joies de vivre autres que celles de la feuille de paie».
«Je recommencerait tout»
L’Abbé Pierre recommencerait tout si c’était à refaire. «C’est faux de
penser que j’ai réalisé quelque chose, que j’ai fait quelque chose. Il
m’est arrivé de dire: c’est pas tellement ce que nous avons fait, mais
c’est ce qui nous est arrivé, qui est important… On était seulement disponible. Ce qui m’a d’ailleurs donné la conviction que les seuls cas
authentiques sont ceux qu’on décalque après coup sur les événements. Jamais
les plans ne s’accomplissent tels qu’on les a conçus à l’avance».
Pour l’heure, un film, intitulé «Hiver 54» est en cours. «Le metteur en
scène pressenti a pris la décision de se concentrer exclusivment sur cette
période». Après «Les Chevaliers d’Emmaüs», qui a raconté le «temps des catacombes», c’est-à-dire l’origine du mouvement, ce sera une sorte de chapitre II de l’histoire d’Emmaüs. «On prévoit, confie l’Abbé Pierre, si le
film marche bien, une série pour la télévsion qui évoquera l’Amérique latine et l’Extrême Orient». (apic/pr)
Encadré
Portrait de l’Abbé Pierre
Henri Grouès, alias l’Abbé Pierre, est né en 1912 à Lyon dans une famille de huit enfants. Il fait ses études au collège des jésuites à Lyon puis
entre dans un noviciat de capucins à Grenoble ou il est ordonné prêtre en
1938. Il exerce un ministère de prêtre diocésain à Grenoble, lorsqu’en 1939
la mobilisation le voit appelé comme sous-officier. En 1940, il est aumônier dans un hôpital de montagne puis dans un foyer d’assistance publique.
Pourchassé par les Allemands, il entre dans la résistance en 1942 pour être
un curé de maquis et un journaliste de cahiers clandestins jusqu’en 1944,
année où il assure plusieurs missions en Algérie, au Maroc, en Afrique occidentale et équatoriale, avant de se retrouver aumônier dans la marine,
puis député de Nancy à l’Assemblée nationale, de 1945 à 1951. 1964 voit
adopté le «manifeste universel du mouvement Emmaüs». En 1971, c’est la fondation de l’»Association Emmaüs international». (apic/pr)
En direct avec le Professeur Wölfli du laboratoire de l’EPFZ (131088)
APIC-Interview
de Zurich qui a analysé l’échantillon du Saint-Suaire de Turin
«Le résultat : le Saint-Suaire est du Moyen-Age»
Fribourg, 13octobre(APIC) Le laboratoire de l’EPFZ de Zurich est un des
trois laboratoires qui a été chargé de la datation du Saint-Suaire de
Turin. Le Professeur Willy Wölfli, professeur titulaire à l’Institut de
physique des énergies moyennes de EPFZ à Zurich a accordé une interview à
l’agence APIC.
APIC : Professeur Wölfli, qu’avez vous reçu pour entreprendre une datation
scientifique pertinente ?
Professeur Willy Wölfli : Nous avons reçu un petit morceau du tissu du
Saint-Suaire, de la grandeur d’un timbre-poste, ainsi que trois
échantillons du British Museum pour pouvoir faire en quelques sorte un
«test à l’aveugle».
APIC : Est-ce que le travail de datation est compliqué et fiable ?
Un travail de datation est une question de méthode. Si elle est appliquée
de manière correcte la méthode est, en tant que telle, très sûre. L’unique
problème est l’impureté possible de l’échantillon, car vers la fin de la
recherche nous travaillons avec de très petites quantités de carbone, avec
seulement quelques milligrammes de carbone.
APIC : Il n’y a pas de doute que le Saint-Suaire de Turin est du Moyen Age
et non, comme présumé, de l’époque du Christ ?
Il me semble encore important d’ajouter que les quatre échantillons ont été
datés par les trois laboratoires avec une très bonne convergence. Des trois
estimations, on a calculé une valeur moyenne qui a été convertie dans notre
calendrier usuel. Le résultat trouvé démontre avec 95 pour cent de probabilité que le Saint-Suaire de Turin date des années 1260 à 1390 après JésusChrist.
Pour nous scientifiques il est clair que la question fondamentale de
l’ancienneté probable du tissu de 2000 ans a aiguisé notre intérêt. Mon
opinion personnelle est que même si les résultats avaient été différentes,
la question théologique décisive n’aurait pas pu être définitivement résolue. (apic/slc/bd)




