APIC Interview

Après 14 ans à la Commission «Justice et Paix», Jean-Claude Huot s’en va

Il poursuivra son engagement à la Déclaration de Berne

Propos recueillis par Jacques Berset

Berne, 5 mars 2002 (APIC) Après 14 ans à la tête de la Commission «Justice et Paix» de la Conférence des évêques suisses, le Jurassien Jean-Claude Huot tire sa révérence à fin mars. En toute sérénité, sans amertume. «Pour voir autre chose», après avoir tout au long de ces années accompagné, avec d’autres, la réflexion éthique et l’engagement des chrétiens suisses pour plus de justice et de solidarité.

A 43 ans, ce natif du Locle, originaire de La Ferrière (Jura bernois), a gardé l’accent rocailleux des Franches-Montagnes: c’est dans la commune des Bois que s’étaient installés ses aïeux d’origine franc- comtoise. L’ancien jéciste, qui a gardé l’âme militante, va poursuivre son combat au sein de la Déclaration de Berne (DB), une organisation qui s’engage en Suisse pour des relations Nord-Sud plus équitables. Aucun reniement, mais la continuation d’un engagement de toujours.

APIC: Sans vouloir dresser un bilan exhaustif de ces 14 années à «Justice et Paix», qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cette période?

J.-C. Huot: Je note que je suis arrivé à «Justice et Paix» peu de temps après la chute du Mur de Berlin et je pars juste après la chute des tours jumelles du World Trade Center. Ce parallèle me frappe, car en 1989, la fin du communisme a suscité un immense espoir d’ouverture. 12 ans après, on se retrouve avec un gros point d’interrogation, car on se rend compte que les violences sous-jacentes au système économique mondial resurgissent de manière extrêmement brutale ces temps-ci.

On croyait au début des années 90 que l’on allait vers un «nouvel ordre mondial», un monde multipolaire. On s’est rapidement aperçu que le monde bipolaire caractéristique de la guerre froide a été simplement remplacé par le monde unipolaire dominé par les Etats-Unis.

APIC: Qu’est-ce qui a changé à «Justice et Paix» durant ces dernières années ?

J.-C. Huot: Quand je suis arrivé à la Commission, les axes forts du travail concernaient plutôt les droits de l’homme, le développement, la politique étrangère de la Suisse. Avec la montée du chômage, la croissance des inégalités et des problèmes sociaux, ainsi qu’avec l’apparition de problèmes nouveaux comme la bioéthique, le travail s’est considérablement déplacé. Les problématiques suisses sont devenues nettement plus présentes. Malgré ce recentrage sur les problèmes nationaux, la question de la place de la Suisse dans le monde (par ex. la votation sur l’adhésion à l’ONU, une question posée au peuple suisse en 1986 déjà; la participation à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International, à l’Espace Economique Européen, etc.) fait toujours partie des préoccupations de la Commission..

On remarque aussi que la Conférence des évêques est davantage présente dans les procédures de consultation de la Confédération et émet plus souvent des prises de position ponctuelles. Cela se fait en grande partie sur la base du travail de la Commission «Justice et Paix». Celle-ci est ainsi bien intégrée dans le processus de réflexion des évêques.

APIC: Est-ce à dire que «Justice et Paix» est davantage consultée ?

J.-C. Huot: Sans conteste: dès qu’il y a des procédures de consultation concernant les domaines éthiques et sociaux ou de politique générale, les évêques consultent leur Commission. Cette dernière est composée de 21 membres bénévoles, de diverses provenances et sensibilités, qui se réunissent 5 fois par an. La présidence est assurée actuellement par une religieuse lucernoise, S?ur Nadia Bühlmann (Baldegg), qui vient de succéder à la schwytzoise Hedy Jager. Notre travail est apprécié et la Conférence des évêques nous prend au sérieux.

APIC: «Justice et Paix» travaille le plus possible de concert avec les protestants.

J.-C. Huot: Nous nous coordonnons avec l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (IES), par exemple pour la récente Consultation ?cuménique sur l’avenir économique et social de la Suisse, la Journée des Droits de l’homme, l’entrée de la Suisse à l’ONU .

Dans le domaine de la bioéthique ou de l’interruption volontaire de grossesse, c’est plus difficile. Sur ces questions, nous ne sommes à l’évidence pas sur la même longueur d’onde. De toute façon, ici la marge de man?uvre catholique est très limitée, c’est Rome qui donne le ton! Les évêques ne peuvent pas s’en écarter et «Justice et Paix» non plus.

APIC: Dans ces derniers domaines, votre liberté est donc limitée?

J.-C. Huot: Nous connaissons les règles du jeu, car dans ces domaines sensibles, même les évêques suisses ne bénéficient pas d’une totale liberté. Sur ces questions là, malheureusement, la position catholique est insuffisante: il ne suffit pas d’être catégorique et de dire que le début et la fin de la vie sont absolument intouchables, qu’il faut laisser faire la nature. Ces dernières années, on assiste de fait à une maîtrise humaine croissante sur le début et la fin de la vie qui était encore tout à fait inconnue il y a deux décennies. Cette réalité pose des questions nouvelles qui requièrent des réponses nouvelles.

Dans ces domaines, nous sommes encore «trop courts». Je ne connais pas les réponses à ces questions, mais pour parvenir à des réponses crédibles, il faudrait davantage de liberté. Les limites qui nous sont imposées depuis Rome sont effectivement pour moi un problème. Il faut voir comment accompagner les développements scientifiques actuels pour redonner une pertinence à la parole éthique de l’Eglise sur les questions liées au début et à la fin de la vie. Il y a là un enjeu réel pour la crédibilité du discours de l’Eglise.

APIC: Les développements actuels – le clonage par ex. – n’ont-ils pas de quoi faire peur ?

J.-C. Huot: Bien sûr! Je comprends bien qu’il y ait une certaine crispation, voire de la peur, face à des possibilités telles que le clonage humain, la pression eugéniste. Dire tout simplement non n’est pas suffisant. Il faut aussi voir dans quelle mesure le diagnostic prénatal peut servir à traiter des maladies génétiques au stade premier de développement embryonnaire, et pas seulement à favoriser une interruption de grossesse.

Dans ce domaine, il faudrait que nous puissions participer de façon plus ouverte au débat public. Dans le cas contraire, l’Eglise risque de se trouver piégée face à une pratique qui ignore complètement son message. Il en est de même dans la question de l’avortement: on a une parole d’Eglise qui refuse tout moyen artificiel de contraception, alors que la majorité des gens dans nos pays utilisent ces moyens. Il y a là un hiatus qui rend la parole d’Eglise inopérante, et c’est là, à mon sens, une grande perte.

APIC: «Justice et Paix» est également critiquée pour ses positions «politiques».

J.-C. Huot: Il est clair que «Justice et Paix» est l’interface entre l’Eglise et le politique. De ce fait, elle est exposée aux critiques, ce qui est normal. Elles viennent plus particulièrement des milieux catholiques conservateurs. Notre oui à l’ONU nous a également attiré les foudres de ceux qui aimeraient que l’Eglise soit confinée à la sacristie. Notre position concernant les étrangers, l’asile et les sans-papiers suscite également des réactions crispées, car le débat est depuis longtemps tendu sur le plan suisse.

Certes, les positions de «Justice et Paix», si elles ne sont pas forcément représentatives de tout le spectre des pratiquants, dont une partie est politiquement plutôt conservatrice, rejoignent un courant de l’Eglise engagé sur les questions sociales et des droits humains. Il s’agit d’un secteur actif, qui renforce la crédibilité de l’Eglise. Les évêques accompagnent notre démarche par la présence de l’un d’entre eux aux réunions de la Commission: Mgr Peter Henrici (Zurich) ou Mgr Denis Theurillat (Soleure), comme co-responsable. Le secrétaire de la CES est également en contact étroit avec «Justice et Paix».

APIC: Si vous aviez un souhait à émettre.

J.-C. Huot: .ce serait que les évêques s’appuient davantage sur le Message des Eglises «L’avenir ensemble» issu de la Consultation ?cuménique sur l’avenir social et économique de la Suisse. Sous le titre «Quel avenir voulons-nous», la Conférence des évêques suisses et la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) ont lancé ce processus en janvier 1998, et le message a été remis aux autorités politiques le 1er septembre 2001.

A l’issue de cette consultation, je remarque qu’il y a un certain nombre de points intéressants à poursuivre: la question des sans-papiers, du partage du travail, des «working poors», de la taxation des transactions financières (Taxe Tobin) ou de la politique familiale. Ces pistes doivent être reprises et approfondies.

Il faudrait soutenir davantage cette frange de l’Eglise qui veut affirmer une option préférentielle pour les pauvres dans le contexte social de la Suisse. Je connais nombre de personnes en pointe dans cet engagement et qui se sentent découragés, pour ne pas dire abandonnés. Avec le Message «L’avenir ensemble», les évêques disposent d’un instrument idéal pour dire leur soutien à ces personnes.

Malgré tout, si l’on considère notre participation en 2001 à la campagne de carême «Civiliser l’argent!» sur les placements financiers éthiques, ou à la Journée des Droits de l’homme en décembre – nous récoltons 27 à 30’000 signatures bon an mal an. -, le travail qui a été fait en faveur de l’adhésion à l’ONU, sur la loi contre le racisme, nous dépassons largement le public strictement ecclésial. «Justice et Paix» a besoin de cet engagement de terrain, de cet enracinement à la fois dans l’Eglise et dans la société. La Conférence des évêques a elle aussi besoin de ce va-et-vient entre le sommet et la base. De manière générale les évêques nous soutiennent, certaines fois après des débats, car la CES est plurielle et c’est bien ainsi! (apic/be)

5 mars 2002 | 00:00
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L’unité des Eglises,

APIC – Interview

un objectif réalisable

Konrad Raiser, secrétaire général (210493)

du Conseil oecuménique des Eglises

Evelyne Graf, Agence APIC

Genève, 21avril(APIC) L’unité visible des Eglises est un objectif réalisable. Konrad Raiser, nouveau secrétaire général du Conseil Oecuménique des

Eglises (C0E), y croit, malgré les difficultés qui s’accumulent sur le chemin de l’oecuménisme. A l’occasion de ses 100 premiers jours à la tête du

COE à Genève, organisation qui rassemble plus de 300 Eglises membres – mais

pas l’Eglise catholique – le pasteur Raiser fait le point sur cette construction de longue haleine.

Rendre visible l’unité des Eglises, tel est l’une des tâches principales

dont s’occupe le COE depuis sa fondation en 1948. Les initiateurs et responsables de ce grand rassemblement d’Eglises protestantes, anglicanes et

orthodoxes n’ont jamais douté de l’importance de cet objectif, même si le

chemin de l’oecuménisme est parsemé d’obstacles. Pour le nouveau secrétaire

du COE, la pleine unité des Eglises, même si elle n’est pas pour demain,

est cependant réalisable.

APIC:Konrad Raiser, comment pensez-vous que les Eglises peuvent avancer

sur le chemin de l’unité visible ?

K.Raiser:La façon dont l’unité des Eglises peut être réalisée concrètement fait toujours l’objet de dialogues oecuméniques très sérieux, également avec l’Eglise catholique. Je pense qu’aujourd’hui toutes les Eglises

sont d’accord pour dire qu’il faut réaliser un certain nombre de conditions

fondamentales pour rendre possible l’unité visible. Il s’agit notamment de

la confession de foi commune, de la célébration commune, en particulier de

l’eucharistie, ainsi que la reconnaissance réciproque des formes de ministères qui existent dans les différentes Eglises.

Au COE, ces conditions ont été exposées dans des études détaillées, comme le «Document de Lima» (BEM) sur le Baptême, l’Eucharistie et le Ministère, ou sur la confession de foi commune. La question de l’unité visible des

Eglises sera au centre de la Conférence mondiale de «Foi et Constitution»,

qui se tiendra en août prochain à St-Jacques de Compostelle. J’espère beaucoup que cette Conférence mondiale donnera de nouvelles impulsions pour

l’unité des Eglises, pour que nous puissions poursuivre notre chemin commun. Un chemin dont la direction nous est donnée dans la grande prière de

Jésus que l’on trouve dans l’Evangile de Jean, une direction qui ne dépend

finalement pas de nos décisions, puisque l’on est conduit sur ce chemin par

l’Esprit Saint.

APIC:Comment vous représentez-vous l’unité visible des Eglises ?

K.Raiser:Pour moi, cela reste la description qu’en a faite l’Assemblée

générale du COE en 1975 à Nairobi, c’est-à-dire que l’unité des Eglises se

conçoit comme une «communauté conciliaire» d’Eglises locales unies entre

elles. C’est un point de départ très important. Les situations et les formes de vie dans lesquelles les Eglises particulières témoignent de leur foi

sont si différenciées que l’on ne peut plus se représenter l’unité des

Eglises – a-t-elle d’ailleurs jamais existé – comme une donnée unitaire.

Dans les faits, on ne peut se la représenter que comme une communauté vivante, pleine de diversités, comme cela se doit dans une communauté.

APIC:Quel rôle joue la Commission «Foi et Constitution» au sein du COE ?

K.Raiser: La Commission «Foi et Constitution» occupe une place irremplaçable au sein du COE. C’est l’unique commission du COE où des représentants

de l’Eglise catholique romaine sont membres officiels. «Foi et Constitution» est également l’instrument de travail qui permet au COE de mener un

dialogue continu avec les partenaires catholiques compétents. C’est d’autant plus important que l’Eglise catholique n’est pas membre du COE. Nos

partenaires catholiques ont toujours souligné combien était importante pour

eux la possiblité d’une collaboration continue au sein de la Commission Foi

et Constitution. En aucun cas le COE ne souhaite y changer quelque chose.

APIC: Avez-vous l’impression que les progrès obtenus au sein de la Commission Foi et Constitution concernant l’ecclésiologie ont trouvé un écho dans

les déclarations de l’Eglise catholique, par exemple dans le nouveau Catéchisme?

K. Raiser: Je dois avouer que je n’ai pas encore étudié le nouveau Catéchisme en détail à ce sujet. C’est une oeuvre très riche et il faut un certain temps pour l’étudier d’un bout à l’autre. Je découvre beaucoup de choses qui sont analogues aux résultats du travail et aux positions discutées

au sein du COE. Il existe un large domaine de consensus sur ce que l’on appelle de façon abrégée l’»ecclésiologie de communion»; la déclaration de

l’assemblée générale du COE à Camberra, qui parle de l’unité de l’Eglise

comme «Koinonia» (communauté, communion), est un exemple dans ce sens.

D’un autre côté, les récentes déclarations de l’Eglise catholique et en

particulier la lettre du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour

la doctrine de la foi, donnent un accent très différent sur l’Eglise comprise comme communion et nécessitent des éclaicissements supplémentaires.

Nous continuons à travailler sur ces points avec nos partenaires catholiques dans le cadre de Foi et Constitution. La lettre du cardinal Ratzinger

n’est pas restée sans opposition au sein même de l’Eglise catholique. Le

transfert de l’accent des églises locales à l’Eglise universelle, – là où

précisément le Concile Vatican II ouvrait des perspectives importantes – la

signification centrale du rôle et du primat du pape et leur reconnaissance

comme condition indispensable pour l’unité visible, ne peuvent pas être acceptés sous cette forme par les Eglises membres du COE.

APIC: Qu’espérez-vous de la cinquième Conférence mondiale de la Commission

Foi et Constitution?

K. Raiser: J’espère naturellement que cette conférence mettra en valeur les

grands efforts accomplis depuis 20 ans par la Commission. J’espère

également que dans les domaines de la compréhension et de la pratique commune du baptême, de l’Eucharistie et du ministère, on formule des voies,

comme on l’a fait pour la déclaration de Lima. Les Eglises ont fourni des

expertises détaillées. Un premier processus d’évaluation a eu lieu. Je pense que cette Conférence doit maintenant formuler des recommandations pour

poursuivre ce processus. Troisièmement, j’espère que la conférence développera des perspectives qui fixeront les principaux points du travail de la

Commission pour les prochaines décennies fixés. Car les Conférences mondiales ont lieu après de très longs intervalles.

J’espère, par exemple, que la Conférence mondiale stimule le travail de

la Commision pour réflechir à nouveau de quelle unité et de quel accord

propre et explicite nous avons besoin. Existe-t-il un point déterminé à

partir duquel on puisse dire: ’c’est assez’? La Confession d’Augsbourg, le

texte de reconnaissance de la tradition luthériennne, prévoit dans son article sept que la proclamation sincère de l’Evangile et l’administration

des sacrements selon l’Evangile suffisent à l’unité de l’Eglise. C’est

peut-être trop minimaliste. Mais je pense que lorsqu’on engage la discussion sur ce sujet ou par exemple sur la proposition de «hiérarchie des valeurs» contenue dans le décret de Vatican II sur l’oecuménisme, il doit

être possible de dépasser les problèmes qui surgissent à chaque nouveaux

dialogues. Problèmes qui rendent les discussions interminables.

A terme, cela ne peut pas être le sens de notre recherche de l’unité.

Moralement, il doit y avoir une possibilité légitime de dire: ’maintenant

c’est assez’. Nous devons être conscients que nous vivons dans une communauté avec l’Evangile et malgré les différences persistantes nous devons

l’exprimer dans un témoignage joyeux. Pour utiliser un terme technique, on

peut dire que c’est une des tâches de l’herméneutique de l’unité. Je souhaite que la Commission Foi et Constitution engage la discussion sur la recherche fructueuse de l’herméneutique des années 60 et 70 par rapport à la

situation actuelle.

APIC: Comment abordez-vous les tensions qui ont surgi au COE à propos de

l’ordination des femmes?

K. Raiser: Les tensions qui ont surgi après la décision de l’ordination des

femmes dans l’Eglise anglicane d’Angleterre ne sont pas nouvelles dans le

dialogue oecuménique. Toutes les Eglises qui, jusqu’à présent ont pris cette décision, se trouvent confrontées à des tensions. Dans aucune Eglise

cette décision n’a été prise facilement. La communauté oecuménique dans laquelle les Eglises se trouvent exige que les Eglises respectent les décisions prises sérieusement et après un examen approfondi sur les conséquences théologiques, pastorales et oecuméniques. Le même respect vaut aussi

pour les Eglises qui refusent l’ordination des femmes parce que contraire à

leur tradition et à leur interprétation du Nouveau Testament. Je viens moimême d’une Eglise qui depuis 20 ans ordonne des femmes à la prêtrise et je

peux témoigner que cette voie a enrichi la vie et le témoignage de notre

Eglise. J’espère que les Eglises qui refusent l’ordination des femmes puissent trouver des voies pour exprimer de façon plus forte le témoignage des

femmes dans la vie de l’Eglise. Le COE s’efforce de transformer ces tensions en une chance pour l’enseignement oecuménique.

APIC: Ces dernières années, le COE a été critiqué pour ses déclarations politiques que certains estiment unilatérales. Je pense en particulier à la

politique en Europe de l’Est. Comment voyez-vous les futurs engagements du

COE?

K.Raiser: La prise au sérieux d’une responsabilité politique commune dans

le cadre de la justice et de la paix est depuis le début un des engagements

centraux du mouvement oecuménique. Il a ses racines dans les déclarations

de la première conférence mondiale des Eglises en 1925 à Stockholm qui

disait que l’Evangile touche tous les domaines de la vie humaine, qu’ils

soient personnel et public, spiritituel et politique. Dans les Eglises membres, il existe cependant des traditions diverses à propos de la perception

de la responsabilité politique. On observe des formes différentes d’engagement politique. Il est question ici de l’appréciation de situations politiques dans lesquelles des jugements et des décisions sont nécessaires, sous

des conditions qui ne sont pas partagées par toutes les Eglises membres. Le

COE s’efforce de faire des consultations et de rechercher un accord, mais à

l’avenir, s’il veut rester fidèle à sa tâche, il faudra aussi prendre le

risque d’inititatives et de prises de positions qui suscitent la critique.

Il faut rappeler en outre que le COE, dans ses déclarations publiques et

également pour les questions politiques, n’a pas d’autre autorité que la

force du témoignage.

APIC: Vous êtes aujourd’hui depuis 100 jours secrétaire général du COE.

Quelles expériences vous ont-elles particulièrement marqué?

K. Raiser: J’ai été frappé à travers un nombre incalculable de messages, de

lettres, de dialogues de constater combien la vision oecuménique est vivante dans le coeur de beaucoup de personnes. Il est encourageant de voir combien les gens sont prêts de tous les côtés à soutenir le travail du COE.

L’expérience unique de la tâche de secrétaire général ne peut être appréciée qu’en ayant conscience de ce réseau d’intercession et de solidarité

quotidienne. Je suis également impressionné par la richesse des expériences

et des compétences des collaborateurs que j’ai trouvés au sein du COE. Je

peux seulement espérer que les Eglises membres renforceront le COE qui est

un instrument précieux pour la vie et le témoignage des Eglises dans le

monde actuel.

Encadré

Konrad Raiser, qui a été nommé en août 1992 secrétaire général du Conseil

oecuménique des Eglises (COE) à Genève, est né en 1938 en Allemagne. Il est

marié et père de quatre fils. En tant que pasteur de l’Eglise évangélique

luthérienne d’Allemagne, Konrad Raiser a étudié la théologie à Tübingen,

Béthel, Heidelberg et Zurich, ainsi que la sociologie et la psychologie à

l’Université d’Harvard. En 1970 il a été promu docteur en théologie à

l’Université de Tübingen. De 1963 à 1965, il est vicaire de l’Eglise évangélique du Wurtemberg et travaille comme aumônier d’industrie à Berlin et à

Stuttgart. Il a poursuit ensuite ses études aux Etats Unis. Entre 1967 et

69, il est assistant à l’Université de Tübingen. Il est ensuite appelé à

Genève pour être pendant quatre ans secrétaire de la Commission Foi et

Constitution du COE. Il accomplit ensuite d’autres tâches au sein du COE.

En 1983, il devient directeur de l’Institut oecuménique de la Faculté de

théologie de l’Université de Bochum. Konrad Raiser est l’auteur de nombreuses publications dont «Identität und Sozialität» (1970) et «Ökumene im

Übergang» (1989). Il a pris sa tâche de secrétaire général en janvier de

cette année. (apic/com/eg/mp)

21 avril 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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