Le patriarche Michel Sabbah salue la résolution 1397 du Conseil de sécurité de l’ONU
APIC Interview
Israël mène une politique de mort
Sophie de Ravinel, pour l’agence APIC
Rome/Jérusalem, 14 mars 2002 (APIC) «Enfin la communauté internationale se réveille!». Saluant ainsi le vote de la résolution 1397 du Conseil de sécurité de l’ONU mentionnant explicitement le droit à l’existence de l’Etat palestinien, le patriarche latin de Jérusalem souhaite cependant que les mots se transforment rapidement en réalité sur le terrain. Car pour Michel Sabbah, les populations de Terre Sainte vivent un véritable enfer, car ” Israël mène une politique de mort».
Mgr Sabbah a porté à Jean Paul II, le 13 mars, la «Première Déclaration d’Alexandrie pour la paix à Jérusalem et en Terre Sainte», approuvée le 22 janvier par des responsables musulmans, juifs et chrétiens. Interrogé par la correspondante d’APIC à Rome, le prélat, un chrétien arabe originaire de Nazareth, décrit la situation dramatique que vit la population de la Terre Sainte. Il souhaite que ce «grand pas en avant sur le papier» fait par l’ONU soit rapidement appliqué sur le terrain.
APIC: A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mercredi 12 mars la résolution 1397 mentionnant explicitement un Etat Palestinien.
Mgr Sabbah: Enfin la communauté internationale se réveille ! Elle doit, en effet, assumer sa responsabilité à l’égard de ce conflit dans lequel elle a toujours été impliquée depuis son début et dans toutes ses phases. Ce n’est pas aux belligérants de trouver seuls une solution!
Il faut d’abord que la communauté internationale ait le courage de dire à Ariel Sharon et à ceux qui aiment Israël que leur bien est tout simplement celui des Palestiniens. Servez les Palestiniens et vous servirez Israël ! Cette résolution est un pas très positif. Maintenant cette décision sur le papier devra être mise en application. Sinon elle restera comme les autres, dans les tiroirs de l’ONU, et le conflit ira de l’avant.
APIC: Que faire concrètement ?
Mgr Sabbah: Il faut faire pression. A ce que je sache, les Palestiniens sont prêts à un cessez-le-feu. Même le Hamas qui a été contacté par des représentants d’un groupe de religieux musulmans, juifs et chrétiens. Tout le monde, du côté palestinien est prêt à un cessez-le-feu. Si un chef d’Etat dit qu’il cesse le feu, l’autre Etat doit parler avec lui, tout simplement. Si l’action militaire israélienne cesse, l’autre cessera. C’est ce qui est arrivé autour de Noël, jusqu’à ce qu’un chef palestinien soit assassiné par Israël.
APIC: Sentez-vous une évolution du discours des autorités intellectuelles juives internationales face à la politique de l’Etat d’Israël ?
Mgr Sabbah: Très peu. Si ces autorités veulent protéger Israël, elles doivent comprendre que la politique israélienne actuelle n’est pas la meilleure pour cela. Pour le bien du peuple juif, elle doit réagir. Cette intelligentsia pèse sur les décisions politiques de l’Etat d’Israël, elle a un réel pouvoir d’influence. Même si l’on note quelques réactions à l’intérieur d’Israël, elles doivent se multiplier, car Israël mène une politique de mort et pas seulement vis-à-vis du peuple palestinien.
APIC: Comment voyez-vous la situation aujourd’hui ?
Mgr Sabbah: Nous sommes dans une situation de guerre militaire ouverte sur les territoires palestiniens. L’aviation israélienne, les militaires, les blindés avancent partout. Ils entrent surtout dans les camps de réfugiés, rassemblent les jeunes et leur tatoue un numéro sur l’avant-bras.. Le couvre feu est instauré dans les villes et les villages. Ce sont donc des jours de terreur pour tous les Palestiniens, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Dimanche, je suis allé à Bethléem pour prier, et dire la messe, pour donner un peu de courage et visiter les maisons bombardées.
APIC: Comment vit la population assiégée?
Mgr Sabbah: La population adulte a le moral très bas, elle est très fatiguée. La vie quotidienne devient impossible. C’est effrayant pour une famille de voir un blindé entrer dans son salon ! Mais les jeunes, qui représentent les 2/3 de la population, sont prêts à continuer la résistance. Dans le camp israélien, il est vrai qu’il y a également des victimes causées par les réactions palestiniennes. La question est donc de savoir comment mettre fin à ce cycle de violence. Or, le choix de Sharon est un choix militaire qui consiste à écraser le plus, à tuer le plus de Palestiniens. Pour moi, ce n’est pas un bon choix car il conduit tout simplement à de nouvelles réactions dans le camp palestinien.
APIC: A de nouvelles actions terroristes ?
Mgr Sabbah: Il y a un terrorisme israélien comme il y a un terrorisme palestinien. Il n’est pas dans un seul camp. Le terrorisme consiste tout simplement à s’attaquer aux civils, aux innocents et c’est bien ce que fait Israël. Poussés par ces attaques, les Palestiniens font de la résistance. Le choix de Sharon ne mène pas à la paix. Si vraiment il veut protéger son peuple, diminuer le nombre des victimes, s’il veut éliminer la peur, il doit avoir le courage de changer de politique et se retirer définitivement des territoires occupés depuis 1967.
S’il n’accepte pas, c’est à se demander s’il veut la sécurité de son peuple, s’il ne veut pas réellement écraser le peuple palestinien. Mais il pourra tuer des milliers de personnes, il n’écrasera jamais l’âme du peuple ! Depuis 50 ans, le peuple palestinien crie. Il crie encore aujourd’hui et il criera demain. Il demandera sa liberté et sa terre et un beau jour il faudra la lui rendre. Mieux vaut donc épargner tant de morts, de peines et de sacrifices et prendre maintenant la décision courageuse.
APIC: Quelle est la situation des chrétiens en Terre Sainte ?
Mgr Sabbah: Les chrétiens sont des Palestiniens. Ce que tout le monde subit, ils le subissent aussi: le siège, la manque de travail, de liberté de mouvements. Cela fait deux jours que le curé de Ramallah tente de célébrer des funérailles sans y parvenir. Il ne peut pas sortir, les familles ne peuvent pas porter leurs morts à l’église ou au cimetière. A l’hôpital, l’électricité et l’eau sont coupées et ce n’est pas en raison des bombardements, mais bien pour empêcher les soins.
APIC: L’Université catholique de Bethléem a été bombardée.
Mgr Sabbah: Elle a été frappée de plein fouet par trois missiles. Soi- disant en raison des combattants qui étaient à côté. Mais ils ont frappé sur la façade en faisant d’énormes dégâts. Il n’y a pas d’excuses! On ne doit pas toucher ces institutions religieuses.
APIC: Vous participiez lundi 11 mars à Amman, en Jordanie, à une rencontre arabo-chrétienne organisée par le Conseil des évêques des Eglises latine et anglicane de Jordanie sur l’exode des chrétiens de Terre Sainte. Quel message avez-vous laissé?
Mgr Sabbah: Tout d’abord, il faut comprendre que l’émigration est un produit de toute cette instabilité politique, de cette atmosphère de peur. Si la paix est rétablie, l’émigration cessera tout simplement. Et ceux qui sont partis sont capables de revenir. J’ai demandé aux chrétiens d’approfondir leur connaissance et leur vie chrétienne afin qu’ils s’intègrent dans la société arabe palestinienne et jordanienne. Ainsi, ils donneront une image des efforts communs des chrétiens et des musulmans pour vivre ensemble et éviter les incidents qui arrivent de temps en temps.
Dans une société, il faut bien se disputer ! Mais il faut éviter que ces incidents prennent tout de suite des tournures confessionnelles! Le deuxième message consiste à dire, après le 11 septembre, que l’islam est une religion qui a des valeurs positives, avec laquelle il faut collaborer pour construire un nouveau monde. On ne peut pas considérer l’islam comme une force hostile.
APIC: Que pensez-vous de l’axe du mal désigné par les Etats-Unis ?
Mgr Sabbah: L’axe du mal est dans l’âme du système politique occidental qui se base sur des intérêts politiques ou commerciaux, beaucoup plus que sur des valeurs. On est prêt à sacrifier des vies humaines pour défendre ses intérêts. Les forces du mal sont plus là que dans les réactions qui peuvent exister face à cette politique. Il n’est pas permis de démoniser l’autre, comme l’Irak. Des milliers de personnes sont sacrifiées à cette démonisation. Leur seul péché est d’être Irakien..
APIC: Vous avez porté au pape la «Première Déclaration d’Alexandrie pour la paix à Jérusalem et en Terre Sainte» avec une petite délégation de juifs, de musulmans et de chrétiens. Ce rassemblement a-t-il été une lueur d’espoir au sein du chaos ?
Mgr Sabbah: Ce rassemblement a été un effort des chefs religieux juifs, musulmans et chrétiens pour tenter de délivrer un message, pour dire quelque chose de plus clair, de plus fort. Si nous avons voulu le porter à Jean Paul II, c’est pour que le Saint-Siège, l’Eglise catholique, participent à cet effort des chefs religieux. (apic/imedia/be)
APIC – Interview
Walter Buchs, nouveau rédacteur en chef des «Freiburger Nachrichten»
Etre attentif à la dignité de la personne
Georges Scherrer / Agence APIC
Fribourg, 16avril(APIC) Walter Buchs, 47 ans, originaire de Bellegarde,
actif depuis une vingtaine d’années dans divers secteurs de la presse et
actuellement directeur du service d’information «foi et économie» reprendra
le 1er octobre prochain le poste de rédacteur en chef des «Freiburger Nachrichten» (FN), quotidien fribourgeois de langue allemande. Il succédera à
Erich Camenzind qui prend sa retraite après 17 ans à la tête de la rédaction du journal. Quels sont les défis pour un journal régional dans un monde marqué par la crise économique et la diversité des opinions? L’agence
APIC a posé la question à Walter Buchs.
APIC: Pouvez-vous vous définir politiquement?
Walter Buchs: J’ai toujours évolué dans le cadre du PDC où j’ai occupé entre autres fonctions celle de secrétaire du PDC de la ville de Fribourg.
Pour parler selon les clichés habituels, je me situe à l’aile droite du PDC
pour ce qui concerne les questions économiques, mais pour ce qui touche la
question sociale, je me situe à l’aile gauche.
APIC: Que signifie pour vous la foi religieuse?
W.B. Je considère la dimension religieuse comme une partie essentielle de
la vie, celle qui donne d’abord son sens à la vie. Le témoignage et la responsabilité religieuse me donnent la force de m’engager pour ma famille.
Je ne peux pas séparer ma famille de ce témoignage religieux, pas plus que
mon activité professionnelle. J’espère que ce témoignage fondamental aura
une influence sur les «Freiburger Nachrichten». La référence à la dimension
religieuse d’un journal n’est pas une question de quantité, mais d’attitude
fondamentale. L’attention à la dignité de chaque personne, dans le sens des
valeurs chrétiennes, se situe pour moi à la première place. Cela doit s’appliquer dans la façon de traiter les événements de tous les jours, à commencer par les accidents ou les comptes-rendus de justice.
APIC: Peut-on qualifier les «FN» de journal catholique?
W.B. La désignation de journal catholique est aujourd’hui assez difficile à
concevoir. L’important est que ce journal d’opinion propose une analyse des
événements de notre société à la lumière des valeurs de la foi chétienne.
Par foi chrétienne, je pense non seulement à la foi catholique mais aussi à
la foi réformée. Le travail doit se faire en collaboration, dans un esprit
de tolérance oecuménique. Moi-même je m’appuie sur ce point de vue chrétien, bien que l’enseignement social de l’Eglise catholique forme un des
éléments principaux de mes décisions.
APIC: Comment les «FN» peuvent-ils rendre compte de la diversité cantonale?
W.B. Il faut garder devant les yeux la dimension globale de la personne. Un
journal répond à un besoin déterminé de la vie en société pour orienter le
lecteur afin qu’il prenne au sérieux sa responsabilité. Le journal doit
présenter ce qui se passe dans l’économie et le monde du travail. L’homme a
ausi des besoins culturels et religieux. Un journal comme les «FN» doit
couvrir tout ces domaines. Dans un temps de perte de sens, il est
important qu’un journal donne des points d’ancrage afin d’offrir au lecteur
une orientation à partir d’un point de vue religieux.
Le journal est très fortement ancré dans sa région. Il doit informer sur
toutes les parties et garantir à l’avenir une information sur tous les
groupes de la société. Le journal doit servir à la fomation de l’opinion.
C’est par là que les «FN» pourront être un journal attractif pour le plus
grand nombre d’alémaniques du canton.
APIC: Les «FN» sont-ils menacés par la situation économique actuelle?
W.B. Je ne le crois pas. Pour chaque journal qui est très bien ancré dans
sa région, il y a une chance de survie. Si on prend au sérieux la fonction
complémentaire du journal par rapport aux médias électroniques, la demande
des prochaines décennies sera la même qu’aujourd’hui et peut-être même plus
forte. Je n’exclue pas cependant que les «FN» puissent être contraints de
produire les pages suprarégionales avec d’autres journaux, à condition de
maintenir la ligne rédactionnelle.
APIC: Qu’allez-vous apporter de neuf au concept rédactionnel?
W.B. Je vais développer ce qui a été construit ces dernières années. Je
vais essayer d’optimiser certains domaines. Il s’agit de tirer mieux profit
de l’image attractive du journal. L’utilisation des différentes formes de
journalisme doit être plus variée. Dans le domaine politique, il faut essayer d’avoir une position plus profilée.
APIC: Vous avez déjà une longue expérience dans le journalisme?
W.B. J’ai appris le métier de journaliste aux «FN». Puis comme responsable
de la rubrique régionale et comme administrateur de l’Agence de presse internationale catholique APIC-KIPA, j’ai eu l’occassion de m’attaquer aux
questions administratives. Mon activité comme responsable du service d’information «Foi et économie» m’a permis de m’occuper intensivement de diverses questions de société et de renforcer mes propres opinions. (apic/gs/mp)



