Rome: L’ambassadeur d’Egypte près le Saint-Siège heureux du voyage du pape en Egypte
APIC- Interview:
«Une visite qui va consolider le dialogue interreligieux»
Caroline Boüan, correspondante d’APIC à Rome
Rome, 14 février 2000 (APIC) Jean Paul II souhaite que son voyage en Egypte apparaisse avant tout comme un pèlerinage. Mais sa simple venue au Caire n’a-t-elle pas inévitablement une connotation politique, dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient ?
Le pape a effectivement décrit sa visite comme une étape de son pèlerinage sur les terres où se sont passés des événements religieux qui ont eu une grande influence sur l’histoire humaine. Son désir de venir au Mont Sinaï est dont très compréhensible. Toutefois, il est vrai que l’Egypte accueillera d’autant plus volontiers Jean Paul II que le gouvernement égyptien apprécie la préoccupation continuelle du pape au processus de paix au Moyen-Orient et au respect des droits des personnes qui y sont opprimées. Interview de Mohammed Hussein Said El-Sadr, ambassadeur d’Egypte près-le-Saint-Siège.
APIC: Quelle est l’importance de la rencontre entre Jean-Paul II et le Cheikh d’Al-Azhar, Mohammed Sayed Tantawi, le 24 février ? Est-ce une simple visite de courtoisie?
Mohammed Hussein Said El-Sadr: Non, il s’agit d’une rencontre entre deux hommes de foi qui se donnent tous les deux beaucoup de mal pour préserver la paix et la justice. Il y a déjà des relations entre le Saint-Siège et Al-Azhar, notamment depuis qu’un accord de coopération a été signé entre eux le 28 mai 1998. Cette rencontre du pape et du Cheikh va toutefois certainement consolider encore leur appel commun pour le dialogue interreligieux et la coexistence pacifique entre les différentes religions et cultures.
APIC : Le nonce apostolique en Egypte vient d’être nommé délégué du Saint-Siège auprès de la Ligue des Etats arabes. Quelle importance y accordez-vous ?
M.H. : Il est naturel et normal que le Saint-Siège et la Ligue des Etats arabes établissent entre eux de bonnes relations. Le monde arabe n’est pas seulement islamique. Il comprend également beaucoup de citoyens chrétiens. C’est pourquoi le Saint-Siège comme la Ligue des Etats arabes souhaitent qu’il y ait un dialogue et une meilleure coopération entre les musulmans et les chrétiens.
APIC : Comment Jean Paul II est-il attendu par les autorités égyptiennes ?
M.H. : Les visites de Jean Paul II dans le monde ont toujours beaucoup d’importance. C’est une grande personnalité qui exprime partout son respect et son amour pour les personnes. C’est un homme de foi qui croit en la paix, qui cherche la justice et la prédominance des valeurs humaines. Pour tout cela, sa visite est tout à fait la bienvenue en Egypte, et nous sommes très désireux de la lui faciliter par tous les moyens possibles.
Ainsi, le gouvernement égyptien a accepté de mettre à sa disposition le Palais des Sports du Caire, pour qu’il puisse y célébrer la messe le 25 février. La cathédrale du Caire, où cette messe était prévue à l’origine, ne pouvait en effet contenir que 1’500 places! Le Palais des Sports pourra quant à lui recevoir 20’000 personnes. Mais cela restera insuffisant pour y accueillir tous ceux qui souhaiteraient y participer. Parmi lesquels, de nombreux musulmans ! Enfin, le gouvernement égyptien a voulu également à mettre à la disposition du pape, de sa suite et des journalistes qui l’accompagneront, les avions qui leur permettront de rejoindre le Mont Sinaï depuis Le Caire. Nous sommes prêts à tout pour que ce séjour en Egypte se déroule dans les meilleures conditions ! (apic/cb/ba)
APIC – Interview
Mgr Rauber, envoyé par le pape pour tenter de résoudre l’»Affaire Haas»
Un regard sur l’Eglise qui est en Suisse
APIC, Brigitte Muth-Oelschner
Fribourg, 4septembre(APIC) Dans le but d’apporter une aide pour tenter de
résoudre la crise qui secoue le diocèse de Coire et conforter l’unité de
l’Eglise en Suisse, le pape Jean Paul II a nommé ce printemps délégué pontifical Mgr Karl-Josef Rauber, président de l’Académie pontificale ecclésiastique à Rome, une institution qui forme les diplomates au service du
Saint-Siège.
Le délégué pontifical a visité la Suisse cet été et a eu de nombreux entretiens avec l’ensemble des évêques suisses, avec des prêtres, des religieux et des laïcs de tous bords afin de trouver une solution aux actuelles
difficultés de l’Eglise en Suisse, liées à «l’affaire Haas». A la veille de
son retour à Rome, il a livré à l’agence APIC ses impressions sur la réalité de l’Eglise en Suisse.
Mgr Rauber ne prendra aucune décision, mais son analyse aura «énormément
de poids», estimait récemment le Père Trauffer, secrétaire de la Conférence
des évêques suisses (CES), car ce prélat a la confiance du pape et l’avantage de venir de l’extérieur. Il ne connaissait pas les évêques personnellement et personne n’avait pu préalablement l’influencer.
APIC:Mgr Rauber, vous avez été nommé délégué pontifical pour visiter
l’Eglise qui est en Suisse. En tant qu’Allemand, pouvez-vous nous dire s’il
y a beaucoup de différences avec l’Eglise en Allemagne ?
MgrRauber:Je connais la Suisse en raison des nombreuses visites que j’y
ai effectuées, mais c’est seulement maintenant que je connais la réalité
ecclésiale de plus près. Il y a certaines différences, notamment parce
qu’il y a en Suisse des institutions de droit ecclésiastique qui n’existent
pas en Allemagne. Il faut ajouter la mentalité démocratique très aiguë de
la population suisse : il ne faut pas oublier que la démocratie ici a 700
ans d’âge! C’est naturellement quelque chose qui marque la pensée et
l’action des gens, et cela ne s’arrête pas aux portes de l’Eglise.
APIC:Comment cette attitude démocratique marquée s’exprime-t-elle dans
l’Eglise ?
MgrRauber:D’après mon expérience, on est en Suisse également attaché à
l’autorité telle qu’elle doit aussi exister dans l’Eglise. Cette autorité
est aussi considérée comme une valeur en soi. Mais on souhaite naturellement que les formes dans lesquelles elle s’exerce soient démocratiques.
Ainsi, on tient avant tout au dialogue – aussi permanent que possible avec l’autorité, à la discussion, à la consultation. Les Suisses tiennent
certes à la structure hiérarchique de l’Eglise mais ils souhaitent le dialogue avec les évêques, les prêtres, l’administration ecclésiastique,
l’Eglise universelle, bref, avec tous ceux qui sont revêtus d’autorité.
APIC:Y a-t-il de la place pour le dialogue dans une Eglise structurée
hiérarchiquement ?
MgrRauber:L’Eglise catholique connaît bel et bien des lieux dans lesquels le dialogue est très cultivé, comme le Synode des évêques, où les représentants de l’épiscopat mondial peuvent échanger avec le Saint-Père des
idées sur les problèmes particuliers de manière tout à fait libre et non
contraignante.
En Suisse, il y a déjà divers conseils qui fonctionnent sur le mode du
dialogue, comme les conseils pastoraux ou les conseils presbytéraux. En ce
qui concerne par exemple les finances, on connaît une procédure presque
entièrement parlementaire, tant au niveau de la paroisse qu’au niveau des
Eglises cantonales.
APIC:On reproche cependant à Rome de ne pas tenir compte de cette conception du dialogue. On souligne que si Rome l’avait respectée, elle n’aurait
pas nommé à Coire un évêque coadjuteur avec droit de succession, portant
ainsi atteinte à des droits existants.
MgrRauber:Je pense que l’on ne doit pas considérer ce problème uniquement du point de vue de la Suisse. Le pape a bel et bien le devoir, d’après
le droit canonique, de nommer un coadjuteur, s’il considère après mûre réflexion que c’est nécessaire. Cela se passe en effet dans toutes les parties de l’Eglise universelle. En outre, dans le diocèse de Coire, il y a
déjà eu des coadjuteurs dans le passé. Je pense que dans ce cas, ce sont
d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte.
APIC:Des voix se font entendre pour dire que la crise dans l’Eglise de
Suisse vient du fait que l’on ait abandonné d’anciennes pratiques et traditions religieuses…
MgrRauber:J’aimerais encore une fois le répéter: la crise en Suisse consiste dans la mise en danger de l’unité de l’Eglise. Ma tâche était clairement de chercher des moyens de restaurer l’unité.
APIC:Vous ne partagez pas l’opinion qu’il s’agit en Suisse d’une crise de
la foi ?
MgrRauber:C’est un peu délicat d’aborder cette question. Mais il y a
dans de nombreux pays des développements qui proviennent d’une interprétation personnelle du Concile Vatican II. L’Eglise doit d’autre part s’efforcer d’être une Eglise qui considère les hommes en situation concrète, ainsi
dans la situation actuelle de la Suisse, qui est très marquée par l’oecuménisme, mais aussi naturellement par d’autres phénomènes du monde contemporain.
APIC:Pensez-vous que l’éventail entre les catholiques conservateurs qualifiés de «droite» et les progressistes «de gauche» est particulièrement
grand en Suisse ?
MgrRauber:Non, car de tels courants existent aussi ailleurs. Cela va de
Mgr Lefebvre et l’»Engelwerk» jusqu’à tout à fait à gauche. Un tel professeur de religion dans une grande ville trouve plus attractif de parler de
communauté et d’engagements sociaux dans l’Eglise plutôt que des vérités de
foi élémentaires. Il y a aujourd’hui tellement de nuances perceptibles…
C’est finalement l’évangélisation qui est en jeu.
APIC:Quel visage pourrait avoir concrètement cette évangélisation en
Suisse ?
MgrRauber:Ce n’est pas une réponse simple à donner. Certaines tendances
areligieuses, non chrétiennes, «libérales» existent, mais sans aucun doute
aussi les efforts de la part des pasteurs d’y faire face. Les moyens pastoraux que l’on prend en considération pour faire face sont peut-être dans
certains cas quelque peu extrêmes, si je puis dire, et ne sont pas nécessairement ceux que l’Eglise a l’habitude d’utiliser normalement. Je pense à
certaines exagérations dans la pratique du sacrement de pénitence, dans la
liturgie et l’oecuménisme. L’on doit aussi reconnaître les efforts faits en
direction des «brebis égarées». Le problème des mariages mixtes doit être
surmonté et ce n’est pas simple pour les personnes chargées de la pastorale.
Quant aux normes particulières pour le sacrement de pénitence, elles
sont reconnues par Rome, et il n’y a rien à objecter. Je pense que chaque
évêque peut décider quel moyen pastoral il considère comme le plus adéquat
pour son diocèse. Le Saint-Siège en laisse la responsabilité aux évêques.
En ce qui concerne l’hospitalité eucharistique, malgré toute la compréhension que l’on peut avoir pour la situation des personnes en charge de la
pastorale, l’intercommunion représente encore un pas trop loin. Des questions préalables doivent encore être clarifiées et le Directoire oecuménique donne à ce propos des instructions très précises. Je pense que l’on
doit s’y tenir.
APIC:En conclusion de votre visite, quel appréciation portez-vous sur
votre mission ?
Mgr-Rauber:Personnellement, je n’aurais jamais sollicité ce mandat. Mais
les évêques suisses ont mentionné mon nom au Saint-Père, qui a accepté.
J’ai été envoyé en Suisse par la Congrégation pour les évêques et en plein
accord avec le nonce apostolique, avec lequel j’ai collaboré. Dans l’ensemble, j’ai eu de bonnes discussions avec de nombreuses personnes appartenant
à tous les groupes et milieux. C’est ainsi que j’ai appris quelque chose de
la vie catholique en Suisse, ce qui, sans cette mission, n’aurait peut-être
jamais pu être le cas autrement. Et j’ai trouvé de nombreux croyants convaincus. Cependant, je n’ai pas pu poser les signes souhaités.
Cela ne pouvait de toute façon pas être ma tâche d’enregistrer des
résultats spectaculaires et de changer la situation. Je me suis contenté de
rassembler des informations et des expériences que je vais retransmettre de
la façon la plus objective possible aux instances romaines concernées. Je
suis confiant que l’on va prendre des mesures efficaces pour restaurer et
conforter l’unité.
Biographie
Mgr Karl-Josef Rauber, président de l’Académie pontificale ecclésiastique
Mgr Karl-Josef Rauber est né le 11 avril 1934 à Nuremberg (Allemagne).
Après avoir obtenu sa licence en théologie à Mayence, il est ordonné prêtre
le 28 février 1959, puis il travaille comme vicaire durant trois ans en Allemagne. Il étudie le droit canon à l’Université grégorienne de Rome de
1962 à 1966 et suit en même temps les cours de l’Académie pontificale ecclésiastique. Il en deviendra plus tard le président (février 1990). Mgr
Rauber est consacré évêque à Rome le 6 janvier 1983 et devient évêque titulaire de Giubalziana et pro-nonce pour l’Ouganda.
Son parcours dans la diplomatie du Saint-Siège commence à Rome où, de
1966 à 1967, il est secrétaire de la nonciature à la Secrétairerie d’Etat
du Vatican. Il se rend ensuite à Bruxelles, où il est auditeur à la nonciature apostolique de 1977 à 1979. Puis c’est Athènes où, de 1981 à 1982, il
est conseiller de nonciature auprès de la nonciature apostolique; finalement, Mgr Rauber travaille à Kampala (Ouganda) comme chargé d’affaires à la
nonciature en 1982 avant d’être nommé pro-nonce l’année suivante. Il a succédé comme président de l’Académie pontificale ecclésiastique à l’archevêque Justin Francis Rigali. (apic/com/gs/cor)
APIC-INTERVIEW
Genève : Henri Tisot joue «Les sept Miracles de Jésus» (230190)
Un comédien qui prône l’amour mutuel
Genève, 23janvier(APIC) Le comédien français Henri Tisot présente ces
jours-ci son spectacle intitulé «Les sept Miracles de Jésus» d’après
l’évangile de saint Jean dans plusieurs villes de Suisse romande : du 18 au
28 janvier il est à Genève, Fribourg, Bienne, Lausanne, Neuchâtel, Sion et
Montreux. L’agence APIC en a profité pour l’interroger sur son expérience
de Dieu, sa vision du monde et sa vie d’artiste.
APIC : Henri Tisot, vous étiez connu dans les années soixante comme
imitateur du Général de Gaulle et comédien dans «Le Temps des copains».
Aujourd’hui vous interprétez «Les sept Miracles de Jésus». Comment
expliquer cette reconversion ?
Henri Tisot : Mon passé, je ne le renie pas, mais c’est vraiment du passé. J’ai l’impression que l’on parle de mon grand-père… Comment suis-je
arrivé à Jésus ? Par la lecture du livre de Jean Guitton sur Marthe Robin.
Mais je crois que le Christ nous appelle de nombreux endroits : pourvu que
l’on ait des oreilles pour entendre et des yeux pour voir. Alors que la
plupart du temps, nous avons des oreilles pour ne pas entendre et des yeux
pour ne pas voir, comme dit le prophète Isaïe. En fait, j’ai été appelé par
Dieu.
APIC : Depuis une dizaine d’années, vous étudiez l’hébreu. Est-ce par
goût de la recherche ?
H.T. : Non, l’hébreu c’est l’autoroute qui nous conduit à Dieu, il nous
fait peut-être aller un peu plus vite vers Dieu. Et puis, il nous éclaire
dans la lecture des Ecritures.
APIC : Dans votre spectacle vous jouez, vous interprétez l’Evangile.
Vous faites souvent des liens entre le judaïsme, l’islam et le christianisme. Est-ce pour appeler à une unité inter-religieuse ?
H.T. : Oui, c’est l’un des buts de mon spectacle : faire comprendre que
les uns ne peuvent rien sans les autres. D’ailleurs, l’Evangile dit : «Aimez-vous les uns les autres». Et en France aussi, il nous invite à nous aimer entre gens qui n’ont pas la même religion, et même entre ceux qui
croient et ceux qui ne croient pas. Si nous ne nous aimons pas les uns les
autres, nous ne sommes pas dignes d’être chrétiens.
A propos du fait d’interpréter l’Evangile, je n’aime pas ce mot. J’essaie de trouver ce que contiennent les évangiles. Il faut s’interroger sur
la Parole de Dieu, mais il n’est pas du tout question que j’apporte dans
les évangiles mes propres idées.
APIC : Vous souhaitez donc cette unité inter-religieuse, mais les
trajectoires des Eglises ne vont-elles pas dans le sens opposé ?
H.T. : Dans la mesure où l’on est pour la séparation, l’on ne peut plus
se dire de Dieu; car il y a une règle : Dieu rassemble, le diable divise.
Mais cela ne veut pas dire que l’on doive tous avoir les mêmes pensées.
Il y a des nuances dans l’arc-en-ciel. Nous sommes là pour avoir des nuances différentes, mais pour nous aimer les uns les autres. Ces différences
peuvent d’ailleurs être stimulantes. Et il ne faut surtout pas perdre notre
identité. (apic/pp/cor)




