Rome: Mgr Carlos Aguiar Retes interrogé sur le Congrès eucharistique mondial

Apic interview

Le pape présent à Guadalajara par retransmission TV

Ariane Rollier, correspondante de l’Apic à Rome

Rome, 24 septembre 2004 (Apic) Le Congrès Eucharistique mondial s’ouvrira le 10 octobre prochain à Guadalajara au Mexique. Sa clôture, le 17 octobre, sera aussi l’occasion pour Jean Paul II d’ouvrir l’Année eucharistique mondiale par une veillée de prière dans la basilique Saint Pierre. Le pape ne sera présent à Guadalajara que par retransmission télévisuelle, pour des raisons de santé.

L’Apic a interrogé le secrétaire général de la Conférence épiscopale mexicaine, Mgr Carlos Aguiar Retes, évêque de Texcoco. Le prélat, de passage à Rome, révèle les commentaires que Jean Paul II lui a faits sur ce Congrès eucharistique et commente le choix de la ville de Guadalajara par le Saint-Siège.

Apic: Pourquoi Guadalajara a-t-il été choisi comme lieu pour le prochain Congrès Eucharistique mondial?

Mgr Carlos Aguiar Retes: Guadalajara est un lieu dont la signification est très forte pour l’Eglise du Mexique. Tout d’abord, nombreux sont les martyrs, actuellement canonisés ou en voie d’être béatifiés, qui y sont morts. C’est en effet là que la persécution des chrétiens par les autorités politiques dans les années 20 s’est faite la plus cruelle. Sur ce sang, le laïcat et l’Eglise même se sont beaucoup développés. Le premier cardinal mexicain de l’histoire a d’ailleurs été l’archevêque de Guadalajara.

Aujourd’hui, cette Eglise est l’Eglise locale du Mexique la plus dynamique, avec des laïcs très bien formés. Elle compte 1000 prêtres diocésains, de nombreuses congrégations religieuses qui y sont nées, et le plus grand nombre de participations à la messe dominicale. Guadalajara est donc un endroit idéal pour organiser le Congrès Eucharistique.

Apic: Le pape était invité au Mexique à l’occasion du Congrès d’octobre. Que pense le peuple mexicain de sa décision de ne pas s’y rendre ? Jean- Paul II vous a-t-il, de son côté, semblé déçu?

C.A.R: En rencontrant le pape le 18 septembre, nous – les président, vice- président et secrétaire de la Conférence épiscopale mexicaine – lui avons dit que le peuple mexicain comprenait très bien les raisons pour lesquelles il avait pris cette décision. Nous savions qu’il voulait y venir mais sa santé ne le lui permettait pas. Les Mexicains, très attachés au pape, ne veulent pas le voir souffrir plus à cause d’un voyage.

Par ailleurs, je pense en effet que le pape, qui manifeste ses émotions, même s’il a des difficultés à parler, souffre de ne pas pouvoir s’y rendre. Il nous a dit que chacune de ses cinq visites au Mexique avait été un évènement très spécial pour lui. Mais apprendre qu’à la fermeture du Congrès, le 17 octobre, il y aurait une retransmission en direct de Rome à Guadalajara nous a donné beaucoup de joie. Jean Paul II rendra ainsi public son message à tous les membres du Congrès eucharistique et annoncera officiellement le prochain. Il ouvrira aussi l’année eucharistique internationale qui finira en 2005 avec le Synode des évêques. De cette façon, il participera au Congrès et nous fera la joie de voir son union par la prière manifestée par l’adoration du Saint Sacrement dans la basilique Saint Pierre, à partir de 17h30.

Apic: Jean Paul II a récemment mis l’accent sur la centralité de l’Eucharistie dans la vie chrétienne. Comment expliquez-vous ce choix ?

C.A.R: C’est un testament spirituel que le centre de la vie chrétienne est dans l’eucharistie. Nous lui avons justement fait cette demande: pourquoi cette insistance sur l’eucharistie à la fin de son pontificat? Il a répondu clairement et simplement que son expérience personnelle lui avait fait réaliser que l’eucharistie était sa force pour aller de l’avant. Il s’est dit convaincu que le secret de l’efficacité et surtout de la paix et de la spiritualité du chrétien, était sa foi en la présence du Christ dans l’hostie consacrée, en cette communion. Le pape l’a déjà dit de différentes façons au long de son pontificat; il le redit avec plus de force et de façon plus explicite. C’est comme si après l’avoir vécu pendant de nombreuses années, il en faisait la synthèse.

Apic: Pensez-vous que ce choix résulte aussi de la situation du monde au début de ce troisième millénaire ?

C.A.R: Je pense que le pape est convaincu que voir la présence du Christ dans l’eucharistie est une garantie que le Christ est encore présent dans le monde, et pour cela, que le monde devant ses difficultés actuelles doit espérer qu’il n’est pas abandonné de Dieu, et que le Christ est au centre de la vie.

Apic: Selon vous, quel sera le contenu du message du pape?

C.A.R: Je pense que le message du pape sera centré sur l’importance d’être en communion, celle-ci se faisant dans l’eucharistie. Je pense que le message sera l’occasion d’inviter l’Eglise à être courageuse dans le monde actuel, et que cela apportera la joie et la confiance de la présence du Christ à ses disciples.

Apic: Quelles seront les personnalités présentes à Guadalajara et qu’attendez-vous de ce Congrès?

C.A.R: Du 6 au 8 octobre, quelques jours avant le Congrès lui-même, il y aura le symposium théologique, centré sur la réflexion du sacrement de l’eucharistie et de sa projection, au sens pastoral, dans la vie de l’Eglise. Il y aura alors des conférences auxquelles participeront des membres de la curie romaine comme le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ou d’évêques venant de différents continents, comme le cardinal Amigo Vallejo, archevêque de Séville.

Au congrès lui-même, du 10 au 17 octobre, les personnalités s’exprimeront dans un langage plus simple. Il y aura notamment le cardinal Jozef Tomko, président du comité pontifical pour les congrès eucharistiques, envoyé spécial du pape, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Francis Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ainsi que des évêques d’Amérique latine, comme le président de la Conférence épiscopale de l’Amérique latine. La présence de ces membres de la hiérarchie catholique soulignera le fait qu’il est important de se réunir autour de l’eucharistie.

Apic: Savez-vous où se tiendra le prochain Congrès Eucharistique mondial?

C.A.R: Selon des informations non encore officielles, le prochain Congrès eucharistique mondiale se tiendrait en Amérique du Nord, au Canada. Le pape a en effet une grande espérance envers l’Amérique dans son ensemble. Il est très confiant dans le lien qui s’est développé très fortement entre les Etats-Unis, le Canada et l’Amérique latine depuis le Synode en Amérique qu’il a convoqué en 1997 et son pèlerinage à la Basilique de Guadalupe en 1999. Dans son exhortation post-synodale Ecclesia in America, il nous exprime son souhait que l’Amérique réponde fortement et de façon exemplaire aux défis de notre temps. (apic/imedia/bb)

24 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Paris: Michel Chanteau, prêtre français expulsé du Mexique, s’explique

APIC – Interview:

Témoin de l’assassinat des 45 Indiens d’Acteal

Jean-Claude Noyé, pour APIC

Paris, 3 mars 1998 (APIC) Arrêté jeudi dernier par les autorités mexicaines, le Père Michel Chanteau, 67 ans, curé de la paroisse de Chenalho – où ont été massacrés le 23 décembre dernier 45 Indiens – a été expulsé vers la France «pour avoir mené des activités politiques» selon le Ministre de l’Intérieur du Mexique.

Ce religieux français, membre de la Congrégation des prêtres de Sainte-Marie, s’est battu pendant plus de 30 ans aux côtés des paysans du Chiapas, dans le diocèse de San Cristobal de las Casas. Ami de l’évêque du lieu, Mgr Samuel Ruiz, le religieux expulsé avait été menacé de mort à plusieurs reprises.

Cette expulsion intervient alors que les autorités tentent de désigner l’Eglise et les étrangers comme responsables des troubles au Chiapas. C’est dans la paroisse du Père expulsé qu’ont été massacrés, par un groupe paramilitaire, 45 Indiens à Acteal. Le curé célébre la messe après le massacre. En novembre 97, le maire de Chanalho, impliqué dans le massacre d’Acteal, avait menacé le Père Chanteau qui avait dû alors se réfugier un temps à Mexico.

APIC : Quel sentiment éprouvez-vous après votre expulsion?

M.C. : Une grande déception. Je pensais terminer mes jours au Mexique. Danièle Mitterand, que j’avais récemment rencontrée dans mon pays d’adoption, m’avait demandé: «Que peut-on faire pour vous?». Je lui avais dit. «Ne me ramenez surtout pas en France!» J’avais déjà été menacé d’expulsion le 27 septembre 1995. Une association des droits de l’homme du diocèse de San Cristobal de las Casas avait défendu ma cause avec succès. Je n’étais pas rentré en France depuis 6 ans. J’avais émis le souhait de faire le voyage il y a quelque temps quand mon frère avait été hospitalisé. Mon évêque, Mgr Samuel Ruiz, m’avait alors dit: «Tu es en otage au Mexique. Si tu pars, tu ne reviendras pas. Que choisis-tu?».

J’ai sans hésitation décidé de rester auprès des Indiens. Mais l’épée de Damoclès restait suspendue sur ma tête. Et voilà… Dans les deux dernières semaines, quatre autres personnes étrangères, dont un missionnaire ont été expulsés du Mexique. En 1995, cinq prêtres l’avaient été, et 200 étrangers avaient été suspectés de défendre la cause zapatiste. Je dois préciser que je demandais depuis 3 ans et demi une régularisation de ma situation. A savoir de n’être plus considéré comme un immigrant, mais comme un immigré. Bien évidemment, le gouvernement mexicain n’a pas donné suite à mon désir.

APIC :Que vous reprochent les autorités mexicaines?

M. C. : Mon acte d’accusation évoque ma déclaration publique à la chaîne de télévision TV Azteca faite à la suite du massacre d’Acteal, un village de ma paroisse de Chenalho. J’avais expliqué que ces paramilitaires avaient agi pour le gouvernement dont l’objectif est de détruire les bases arrières des zapatistes. On me reproche une certaine sympathie pour ce mouvement et mon travail de conscientisation des Indiens mayas, principalement pour les 120 catéchistes, alors qu’il n’étaient que quelques-uns quand je suis arrivé, il y a 32 ans, dans ma paroisse. Pour le gouvernement mexicain, conscientisation veut dire subversion. De fait quand on commence à faire voir aux Indiens la cause de leurs souffrance, il est impossible de ne pas nommer leurs exploiteurs.

APIC: A savoir les grands propriétaires terriens, qui ont spolié les Indiens de leurs terres?

M. C. : La propriété de la terre, au Chiapas, comme un peu partout en Amérique latine, est évidemment un enjeu énorme. Mais mon travail visait aussi à aider les Indiens à récupérer leur dignité en tant qu’être humains. De fait les métis les traitent comme des chiens, comme des êtres sans raison. On n’a pas le droit d’agir ainsi, surtout quand on se dit catholique. J’ai pour ma part beaucoup d’admiration pour ces Indiens; des gens formidables qui ont une très grande dignité. Ils ne veulent par exemple rien recevoir d’un gouvernement dont les mains sont tachées du sang de leurs frères.

APIC : En quoi consistait votre apostolat au Chiapas?

M. C. : Je travaillais en lien avec l’Institut national d’anthropologie de la région maya. Ensemble nous conduisions un programme d’éducation et de santé. Nous avons mis sur pied une coopérative d’achat de produits de base – pour les avoir à prix plus accessibles – ainsi qu’une coopérative de transport. Je m’étais transformé aussi par la force des choses en pharmacien au service de la population vivant dans le plus grand dénuement.

APIC: Après le massacre des Indiens d’Acteal, Mgr Ruiz a déclaré aux catéchistes qu’ils ne pourraient plus l’être s’ils décidaient de rejoindre la lutte armée. Qu’en pensez-vous?

M. C. : Moi-même, comme prêtre, je n’ai pas encouragé les Indiens à prendre les armes Mais je comprends la lutte armée des zapatistes. Et force est de reconnaître que sans elle, les choses n’auraient pas bougé. Du reste, le commandant Marcos s’est engagé à ne plus utiliser les armes. En tous cas, jusqu’à nouvel ordre, tant qu’il n’y sera pas contraint. (apic/jcn/ba)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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