Vatican: Entretien avec le postulateur de la cause de Mère Teresa

APIC- Interview

Mère Teresa a connu le doute et «l’obscurité de la foi»

De notre correspondant à Rome, Antoine Soubrier, I.Media

Rome, 20 décembre 2002 (APIC) Jean Paul II a ordonné la publication des 18 décrets qui lui ont été présentés le 20 décembre 2002, concluant ainsi le procès de canonisation de 7 candidats à la sainteté, d’autant de candidats à la béatification et de 4 ’serviteurs de Dieu’ dont les vertus héroïques ont ainsi été reconnues, première étape vers la béatification.

Parmi ces décrets, en figurent deux portant le nom de Mère Teresa, fondatrice des Missionnaires de la Charité. Le procès de cette Albanaise qui deviendra «l’ange des slums de Calcutta», en Inde, a en effet une nouvelle fois dépassé tous les records de vitesse concernant un procès de canonisation. Ses vertus héroïques ainsi qu’un miracle ont ainsi été reconnus en même temps, à peine plus de cinq ans après sa mort.

Le Père Brian Kolodiejchuk, premier prêtre membre de la Congrégation des Missionnaires de la Charité, était présent à la cérémonie de lecture des décrets, le 20 décembre, en tant que postulateur de la cause de Mère Teresa. Ce Canadien d’origine – avec des racines ukrainiennes – a bien connu la future sainte. De sa haute stature, il en parle comme d’une mère de qui il a tout reçu. Le correspondant de l’APIC à Rome l’a rencontré au siège des Soeurs Missionnaires de la Charité, un ensemble de préfabriqués à la périphérie du centre historique de Rome, où les soeurs vivent quotidiennement dans la simplicité, au service des clochards et des sans abris qui viennent chaque jour en foules chercher nourriture et réconfort.

APIC: Comment expliquer la rapidité avec laquelle Mère Teresa a dépassé tous les obstacles de la Congrégation pour les causes des saints ?

Père Brian: Ce que l’on appelle «l’odeur de sainteté», c’est-à-dire la renommée de sainteté qui a rayonné aussitôt après la mort de Mère Teresa, a conduit la Congrégation pour les causes des saints à demander une dispense à Jean Paul II, qui l’a acceptée.

Ainsi, un peu plus de cinq ans après sa mort, on parle déjà de sa béatification alors que, normalement, c’est le temps nécessaire pour attendre de commencer une cause dans le diocèse ! Je tiens toutefois à préciser que si la cause de Mère Teresa a avancé avec une telle rapidité, ce n’est pas parce que nous aurions eu l’autorisation d’outrepasser les obstacles sans les résoudre.

APIC: Il n’y a pas eu de faveurs ?

Père Brian: Au contraire, nous avons essayé de suivre le procès avec une grande rigueur. Seulement, la volonté de Jean Paul II de présenter rapidement la figure de Mère Teresa à la gloire des autels, a conduit à ce que le dossier soit à chaque fois sur le dessus de la pile des nombreux candidats qui attendent leur tour. Je pense que c’est une manière, pour le pape, de répondre à l’opinion publique qui avait déjà quasi unanimement proclamé la fondatrice «sainte», par «vox populi».

APIC: Comment définir la figure spirituelle de Mère Teresa ?

Père Brian: Elle était tout simplement passionnément amoureuse de Jésus! Elle disait elle-même que dès son adolescence, elle est tombée amoureuse du Christ. Elle a découvert que la pauvreté n’est pas seulement matérielle, mais aussi spirituelle. La pauvreté la plus grande, disait-elle, ce n’est pas seulement de ne pas avoir de travail ou d’argent. C’est surtout de ne pas être aimé, d’être rejeté ou d’être seul.

C’est de cette constatation qu’est parti son apostolat de solidarité avec les autres et pour les autres. Quand une personne venait dans une maison des Missionnaires de la Charité et voulait rencontrer Mère Teresa, personne ne cherchait à s’informer sur ses conditions, si elle était pauvre ou combien d’argent elle possédait. Cette personne, au moment où elle frappait, était considérée comme le Christ.

Par ailleurs, j’aimerais souligner une image d’elle qui m’a beaucoup marqué. Quand on la croisait, elle respirait la simplicité et l’humilité. Tous ses gestes, même lorsqu’elle servait le thé, par exemple, étaient empreints d’une très grande attention et d’un immense respect envers ceux qu’elle servait. On la considérait vraiment comme une mère et c’est pourquoi, d’ailleurs, nous l’appelions simplement «Mère». Plus qu’une fondatrice, elle est avant tout cette mère qu’elle a tant voulu être. Il y a des saints qui sont proclamés pour être admirés, d’autres, comme Mère Teresa, pour être imités dans l’aspect ordinaire de leur vie.

APIC: Mère Teresa n’a-t-elle jamais douté ?

Père Brian: Bien sûr! Au cours du procès de béatification, on s’est rendu compte que Mère Teresa avait passé près de 50 années de sa vie dans le doute et «l’obscurité de la foi». Cela peut paraître étonnant chez une personne qui devrait bientôt être béatifiée! Mère Teresa a elle-même reconnu avoir eu cette épreuve qu’elle a qualifiée de «nuit de l’âme» et que de nombreux saints ont connue, comme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de qui elle se sentait très proche non seulement à cause du nom mais aussi de l’expérience intérieure vécue.

La différence que nous avons constatée chez Mère Teresa, c’est que cette épreuve de foi était doublée d’une épreuve d’amour. Malgré cette grande souffrance, elle a réussi à être fidèle jusqu’au bout grâce à sa volonté d’aimer. C’est un bel exemple pour les croyants d’aujourd’hui, qu’ils soient religieux ou mariés. Mais je dois dire que la découverte de cette «nuit de l’âme» vécue par Mère Teresa a été une surprise pour nous tous qui l’avons connue.

C’est en lisant ses lettres que nous avons découvert combien elle avait souffert de cette absence de signes de la présence du Christ et qu’elle avait voulu porter sa croix seule, comme le sait faire une vraie mère. Les personnes qui ont vécu à ses côtés ont vu la présence de Jésus en elle, alors qu’elle-même ne le «sentait» pas.

APIC: La dernière phase du procès de canonisation va-t-elle suivre la même rapidité que les deux premières – reconnaissance des vertus et d’un miracle, ndr – ?

Père Brian: Il faut espérer que oui ! Cela dépendra des miracles que nous aurons, puisqu’il faut en reconnaître un nouveau pour la canonisation. Celui-ci doit toutefois être survenu à partir du jour de la lecture des décrets reconnaissant le miracle en vue de la béatification, c’est-à-dire aujourd’hui. AS/JB

Encadré

Liste des candidats dont les décrets ont été lus 20 décembre 2002

Parmi les 18 décrets présentés à Jean Paul II le 20 décembre 2002, on compte 17 candidats à la sainteté parmi lesquels neuf femmes et huit hommes. Les causes de deux évêques, un prêtre diocésain, quatre prêtres religieux, huit soeurs et deux laïcs sont ainsi en bonne voie vers la canonisation, à des stades différents.

Quatre décrets reconnaissent les vertus héroïques de Mère Teresa de Calcutta (1910-1997), Carlo Gnocchi (1902-1956), prêtre italien du diocèse de Milan et fondateur d’une oeuvre d’entraide pour les jeunes – «Pro Juventute» -, Mary Teresa (1855-1938), fondatrice du carmel du divin coeur de Jésus, ainsi que Maria Crocifissa (1877-1957), fondatrice des carmélites missionnaires de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Sept décrets reconnaissent un miracle en vue de la béatification pour Mère Teresa, Giacomo Alberione (1884-1971), fondateur de la Congrégation de saint Paul apôtre, Valentin Paquay (1828-1905), prêtre franciscain originaire de Belgique, Boniface Rodriguez Castro (1837-1905), fondateur des servantes de saint Joseph, Giulia Salzano (1846-1929), Italienne fondatrice des Soeurs de la Doctrine chrétienne, ainsi que pour les deux Croates Ivan Merz (1896-1928), laïc membre de l’Action catholique, et Soeur Marie de Jésus Crucifié Petkovic (1892-1966), fondatrice de la Congrégation des filles de la miséricorde. Ces deux derniers seront béatifiés par Jean Paul II lors de son prochain voyage en Croatie prévu fin mai 2003.

Enfin, sept décrets reconnaissent un miracle en vue de la canonisation. Il s’agit de Daniel Comboni (1831-1881), missionnaire italien fondateur des Comboniens, Joseph Sébastien Pelczar (1842-1924), évêque polonais de Przemysl, Arnold Janssen (1837-1909), prêtre allemand fondateur de trois congrégations dont celle du Verbe Divin, Joseph Freinademetz (1852- 1909), prêtre italien de la société du Verbe Divin, Maria De Mattias (1805- 1866), Italienne fondatrice des Soeurs adoratrices du précieux sang, Virginia Centurione Bracelli (1587-1651) fondatrice des religieuses de Notre-Dame du Mont Calvaire, ainsi que Angela de la Cruz Guerrero (1846- 1932), fondatrice d’ordre originaire de Séville. Cette dernière sera canonisée par Jean Paul II en Espagne début mai 2003. (apic/imedia/be)

20 décembre 2002 | 00:00
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Jean Fischer, secrétaire général de la KEK:

APIC – Interview

Pas de nouvelle évangélisation sans recherche de l’unité

Genève, 26novembre(APIC) A la veille du Synode spécial sur l’Europe qui

se tiendra à Rome du 28 novembre au 14 décembre, le pasteur protestant

suisse Jean Fischer, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK) et l’un des quinze «délégués fraternels» non catholiques invités à ce Synode, a confié à l’agence APIC qu’il ne peut y avoir de nouvelle évangélisation sans recherche de l’unité.

APIC:Comment définissez-vous de votre point de vue la nouvelle évangélisation?

Jean Fischer (JF):J’ai une petite difficulté avec le qualificatif nouvelle

parce que je dirais que depuis l’origine, une des tâches essentielles de

l’Eglise, c’est l’évangélisation. C’est une tâche permanente, il n’y a pas

d’évangélisation définitive faite une fois pour toute. On peut le faire

avec de méthodes qui sont appropriées au contexte dans lequel on se trouve.

APIC:Estimez-vous que l’ancienne évangélisation de l’Europe a été un

échec?

JF:J’aimerais préciser qu’il nous est difficile d’utiliser des critères

scientifiques pour juger si une évangélisation est un succès ou un échec.

Il ne s’agit pas de vendre des savonnettes et de quantifier les résultats.

Je dirais que l’évangélisation de l’Europe n’a pas été un échec en ce sens

que l’Eglise est présente partout et que même lorsqu’on a cherché la supprimer, on n’est pas arrivé à faire disparaître la foi et de ce fait la

présence de l’Eglise, même si elle a été invisible. La Bonne Nouvelle du

Salut a été annoncée et transmise par des moyens inhabituels mais néanmoins

efficaces.

L’Evangile est la Parole faite chair, qui a sa propre puissance et cette

puissance lui permet d’aller partout, même par des moyens qui ne sont souvent pas ceux que l’Eglise choisit. Dans ce sens je pense que les Eglises

sont appelées à une plus grande fidélité au message que la Bonne Nouvelle

apporte à tous les hommes qui sont dans une attente et qui se posent la

question de leur origine et aussi de leur destination et de leur Salut.

APIC:Comment jugez-vous la situation spirituelle de l’Europe aujourd’hui?

JF:C’est une question très difficile, parce que ce qui me gêne le plus,

c’est d’avoir à juger de l’attitude spirituelle de mes frères et soeurs. Je

dirais que, partout en Europe, les hommes et les femmes se sont toujours

tournés vers de faux dieux et continuent à le faire. Ces faux dieux peuvent

avoir beaucoup de noms différents et c’est la raison pour laquelle l’évangélisation est indispensable, pour faire connaître le vrai Dieu.

Je pense qu’on ne peut pas faire de généralisations pour le climat spirituel en Europe. Il y a une telle diversité, mais je pense que l’on peut

dire que nous entrons dans une époque où une quête spirituelle et la recherche de nouvelles formes de vie religieuse apparaissent. Et que c’est

peut-être cela qui nous montre que la tâche d’évangélisation n’a pas encore

abouti et qu’il faut la poursuivre avec courage, avec créativité, tout en

sachant que c’est Dieu lui-même par son Esprit-Saint qui peut transformer

les coeurs et les pensées.

APIC:Quelles sont à votre avis les tâches que les gouvernements, les sociétés doivent accomplir pour que l’Europe retrouve éventuellement ses racines chrétiennes?

JF:Je ne crois pas qu’il y a là une tâche spécifique pour des Etats, des

gouvernements, des pouvoirs économiques ou autres. Je pense que c’est une

tâche pour l’Eglise en Europe et je dis bien pour l’Eglise et non pas les

Eglises que de se souvenir qu’au début, en Europe, il n’y avait qu’une

Eglise, l’Eglise du Christ et que nos racines communes sont dans cette

Eglise qui est née de l’Evangile qui nous a été apporté par les Apôtres.

C’est à la fois la pureté de cet Evangile et l’unité perdue que nous devons

retrouver pour donner à l’Europe toute la vigueur que le message de l’Evangile peut donner à notre monde aujourd’hui.

APIC:Les Eglises d’Europe peuvent-elles parler de nouvelle évangélisation

de façon crédible puisqu’elles sont encore séparées?

JF:Je crois que nous sommes là au coeur du défi de l’oecuménisme qui est

de savoir comment des Eglises qui se sont séparées de plus en plus, peuvent

retrouver l’unité visible en Christ. Je crois que la crédibilité de l’Eglise et de son témoignage sont fortement mis en doute par ces divisions. Je

crois que l’Eglise qui est en Europe porte une responsabilité historique

dans ces divisions et se doit de faire des efforts inlassables et continus

pour panser les plaies et revenir à l’essentiel qui est la Parole de Dieu.

Et que si nous revenons à cet essentiel, à ce message annoncé dans le sermon sur la montagne, peut-être que beaucoup de problèmes doctrinaux, ecclésiologiques, d’organisation et de discipline, deviendront plus faciles à

régler ou en tout cas secondaires.

APIC:Quels sont les grand défis auxquels les Eglises d’Europe doivent faire face aujourd’hui?

JF:Nous avons déjà évoqué le premier grand défi qui est celui de l’unité

de l’Eglise. Le second, c’est l’universalité de l’Eglise dans une Europe

qui est en train de se chercher, de se réunir, de se réorganiser et où nous

apercevons les dangers d’une construction d’une forteresse Europe qui chercherait à se situer en opposition ou en compétition avec les autres continents. Je crois que l’Eglise doit affirmer l’unité de l’humanité, de l’»oikumene», c’est-à-dire toute la terre habitée. Nous ne pouvons pas accepter

de devenir eurocentristes.

Un troisième défi, c’est tout ce qui concerne la relation entre Eglise

et Etat, et la relation Eglise et pouvoir, parce que si l’Etat est le pouvoir politique, nous voyons bien que les forces qui sont à l’oeuvre et qui

modèlent la société sont quelquefois des forces supra-nationales, économiques, commerciales ou financières. Pour les Eglises, il y a en permanence

une réflexion à faire quant à leur place dans la société, parce que certaines Eglises peuvent être tentées de devenir l’Eglise officielle, celle qui

a les privilèges dans sa relation avec ces pouvoirs.

Enfin un autre défi, c’est de savoir comment l’Eglise peut incarner dans

sa vie les valeurs des Béatitudes, dans un monde où tout est payant, calculé, mesuré. L’Eglise doit apporter ce qui est gratuit, c’est-à-dire l’amour

de l’autre sans rien attendre en retour et insuffler des valeurs qui sont à

l’opposé des valeurs adoptées par nos sociétés. Mais pour que l’Eglise soit

crédible à nouveau, il faut qu’elle commence par vivre elle-même dans son

organisation propre d’une manière moins hiérarchique, d’une manière où

l’égalité entre hommes et femmes, jeunes et vieux, pourra se réaliser.

APIC:Certains milieux craignent que cette nouvelle évangélisation cache

une croisade catholique contre une société sécularisée et évoquent les risques de mettre en danger l’oecuménisme…

JF:Certains craignent en effet que se cache une re-catholisation qui pourrait être interprétée comme la recherche d’un retour vers le passé, de positions dominantes pour l’Eglise dans la société. Personnellement, je ne

veux pas m’associer à cette crainte. Je pense que ce n’est pas l’approche

de l’Eglise catholique romaine.

Lorsque les Eglises membres de la KEK se sont réunies, au début de l’année 1990, nous avons beaucoup réfléchi sur la nouvelle situation européenne

et nous avons affirmé tous ensemble que la mission de l’Eglise dans l’Europe nouvelle est d’être une Eglise fervente, une Eglise qui voudra s’approcher de tous ceux qui sont écrasés par l’organisation de notre société qui

marginalise ceux qui ne sont pas conformes à une certaine idée que l’on se

fait de l’homme aujourd’hui. Nous devons peut-être faire un effort considérable dans toutes les Eglises pour sortir du conformisme avec l’idéologie

dominante. Nous devons faire ensemble une analyse très critique de cette

société, et en cela j’admire la manière dont les évêques catholiques aux

Etats-Unis ont su faire ce travail.

APIC:Comment peut-on réaliser effectivement la nouvelle évangélisation?

JF:Je crois qu’il faut accentuer l’importance de la fonction évangélisatrice de l’Eglise, mais je ne la mettrais pas toute seule. Je pense que

quelquefois, quand il y a trop de paroles et pas assez d’actes, la nécessité de la diaconie – c’est-à-dire de vivre sa foi dans les actes – peut être

une meilleure proclamation que beaucoup de paroles. D’autre part, il ne

peut pas y avoir d’évangélisation en dehors d’une recherche de l’unité,

donc d’une exigence oecuménique très forte. (apic/eg/mp)

Propos recueillis par Evelyn Graf, agence APIC

27 novembre 1991 | 00:00
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APIC-INTERVIEW

Alexandre Ogorodnikow, fondateur du l’»Union chrétienne-démocratique

de Russie» s’exprime sur la situation actuelle en URSS

APIC : Quand et pourquoi avez-vous fondé l’»Union chrétienne-démocratique

de Russie» et combien de membres compte votre parti ?

Alexandre Ogorodnikow : L’»Union chrétienne-démocratique de Russie» a été

fondée en 1989. En tant que chrétiens, nous voulons répondre aux questions

qui se posent dans l’Etat Soviétique et nous opposer à l’idéologie marxiste

totalitaire. L’»Union chrétienne-démocratique de Russie» est un parti tout

à fait nouveau dans notre histoire. Nous voulons soutenir la démocratie

dans notre pays et faire progresser les valeurs chrétiennes dans la société. Il nous sera ensuite possible de considérer l’Union Soviétique comme un

pays civilisé, chrétien.

Notre parti compte 2’200 membres. Ils appartiennent en majorité à la

classe intellectuelle. Il y a peu de temps, nous avons organisé à Moscou un

Congrès qui a réuni tous les partis chrétiens; nous avons fondé un Conseil

consultatif.

APIC : Quelle est la ligne de votre parti et comment se présente votre

statut juridique ?

A.O. : Nous sommes organisés différemment des partis frères de l’Ouest,

parce que nous insistons plus fortement sur le caractère chrétien. Pour

nous, c’est Dieu qui occupe la première place; la liberté vient après.

Officiellement, le parti est enregistré. Tout ce que nous publions – les

«Nouvelles de la communauté chrétienne» et le «Messager chrétien-démocrate»

– est illégal. Le KGB a fouillé notre rédaction de Moscou et détruit un ordinateur, un telefax et une camera vidéo. Entre-temps nous avons pu récupérer ce matériel. Le KGB travaille maintenant comme la Mafia. Les autorités

nous causent des ennuis et utilisent toutes sortes de moyens bureaucratiques contre nous. Lorsque nous voulons louer une salle, la réponse nous

parvient avec retard ou l’autorisation nous est en général refusée.

APIC : Recevez-vous le soutien de l’Eglise russe-orthodoxe ?

A.O. : Jusqu’ici, la hiérarchie orthodoxe a passé sous silence notre activité. Depuis peu de temps elle nous accuse d’être à l’origine de troubles

entre les orthodoxes et les uniates d’Ukraine. Le Métropolite Alexej de Leningrad nous a accusés de cela sur le premier programme de la télévision.

Naturellement nous nous sommes engagés pour que soit reconnue officiellement l’existence de l’Eglise uniate. Mais maintenant la situation en Ukraine est délicate. Nous attendons une décision du pape, qui par son autorité

pourrait résoudre le conflit. Les tensions sont entretenues par les autorités, qui craignent l’Eglise comme une force politique potentielle.

APIC : Les tensions et les empiètements en Ukraine deviennent toujours plus

importants

A.O. : Les autorités enregistrent certes aujourd’hui les communautés uniates, mais elles refusent de rendre ses bâtiments, ses églises et ses autres

biens à l’Eglise uniate, bien qu’en Ukraine de nombreuses églises soient

encore vides. Je crois que les fidèles – orthodoxes et uniates – devraient

parvenir à un accord qui fixe les célébrations de chaque communauté dans

les églises. Les Eglises pourraient ainsi se rendre utiles collectivement.

En outre, l’autorisation de bâtir de nouvelles églises devrait être délivrée s’il n’est plus possible de rendre leurs biens aux uniates. Mais la

loi ne le permet pas jusqu’ici.

APIC : Vous dites que votre parti veut faire avancer le processus de

changement. Soutenez-vous Mikhaïl Gorbatchev ?

A.O. : Nous sommes une opposition officielle et nous nous présentons ainsi.

Nous voulons également nous présenter aux élections, comme «opposition

chrétienne». C’est pourquoi nous avons un programme radical : nous demandons la séparation du Parti communiste et de l’Etat de même qu’une transformation de la loi soviétique en harmonie avec les normes internationales.

Jusqu’ici nous avons préparé un projet de loi sur la liberté de conscience.

Nous nous engageons pour l’ouverture des églises encore fermées et la libération des prisonniers de conscience.

APIC : Voulez-vous être présents au Congrès des députés du peuple ?

A.O. : Nous nous efforçons d’être présents au Parlement. Néanmoins jusqu’à

aujourd’hui nous ne sommes pas autorisés à nous faire enregistrer officiellement. Nous avons pu présenter des candidats pour les élections dans deux

circonscriptions de Moscou. Des particuliers nous soutiennent, nous et notre programme. Des organisations officielles ont peur de s’allier avec

nous, parce que nous sommes un opposition officielle et que nous nous engageons publiquement contre le communisme pour les valeurs chrétiennes. Un

membre de notre organisation est député au Parlement d’Union Soviétique. Si

nous avions un représentant du parti au Parlement, nous nous servirions de

lui pour que notre pays puisse être évangélisé aussi du haut de la tribune

parlementaire. Cela n’a cependant pas été possible jusqu’à maintenant. Nous

devons encore travailler en secret la plupart du temps, parce que les autorités n’autorisent pas notre activité officielle.

APIC : Combattez-vous pour un multipartisme en Union Soviétique ?

A.O. : Oui. Dans le nom de notre parti, «Union chrétienne-démocratique de

Russie», nous avons intentionnellement laissé tomber l’indication «Union

Soviétique» pour inviter d’autres hommes à fonder des partis semblables

dans leurs Républiques. En ce moment nous discutons à Moscou avec d’autres

groupes et d’autres forces politiques afin de mettre sur pied une opposition démocratique. De tels groupements existent déjà dans les pays baltes.

APIC : Croyez-vous au succès de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev?

A.O. : Personne ne croit à la perestroïka, car Gorbatchev désire introduire

des améliorations à l’intérieur du système communiste. Gorbatchev est catégoriquement opposé à toute forme de pluralisme. Jusqu’à aujourd’hui, il n’a

admis un pluralisme que dans le cadre de la pensée communiste, un pluralisme qui ne dépendrait que d’une seule personne. Et il tente par tous les

moyens de renforcer la dictature des communistes. Son plan : éviter une vague de grèves et, avec l’aide de l’Ouest, faire couler un sag neuf dans le

cadavre du communisme. C’est pourquoi il s’est toujours opposé à toute forme de multipartisme au sein du gouvernement.

Notre demande d’enregistrement a été refusée sous prétexte qu’en Union

Soviétique il n’existe aucune loi qui permette de faire enregistrer un parti politique. Vu sous cet angle, le parti communiste est aussi illégal chez

nous.

APIC : Souffrez-vous de l’attitude de la hiérarchie de votre Eglise, qui

est dans une large mesure le porte-voix de l’Etat ?

A.O. : Notre hiérarchie obéit à l’Etat russe. Elle ne représente pas la

masse des croyants, mais uniquement elle-même. Nous espérons néanmoins que

l’Eglise acquerra sa liberté : elle pourra ainsi se distancer de la hiérarchie. Chez nous existent plusieurs Eglises, et ce sur la base de données

politiques : une Eglise des patriarches, fermée, et une Eglise des

croyants. les patriarches tentent de freiner les initiatives des croyants.

Maintenant il serait temps et aussi possible que les patriarches s’engagent

pour plus de liberté, mais ils ne le font pas !

APIC :Qu’en est-il de l’oecuménisme en Union Soviétique ?

A.O. : Les relations oecuméniques entre les différentes confessions sont

bonnes, notre journal le prouve, qui permet à des auteurs de ces confessions de publier des contributions sur les Eglises du pays. Et je dois

ajouter que ces relations sont bien meilleures que celles que nous entretenons avec notre hiérarchie.

APIC : Depuis quelques années les prêtres russes-orthodoxes Wladimir Dudko

et Gleb Jakunin, persécutés pour des raisons de conscience, étaient les

plus connus à l’Ouest. En ce qui vous concerne, la situation s’est calmée.

A.O. : Wladimir Dudko et Gleb Jakunin travaillent tous deux comme prêtres.

Dudko fait des conférences pour la jeunesse et édite un petit journal. Jakunin veut dès à présent fonder une organisation «Eglise et perestroïka».

(apic/fga/cor)

22 janvier 1990 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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