Rome: Le point sur les béatifications avec Mgr José Luis Gomez Gutierrez
Apic interview
Benoît XVI ne va pas présider les messes de béatification
Ariane Rollier, correspondante de l’Apic à Rome
Rome, 13 mai 2005 (Apic) La première cérémonie de béatification du pontificat de Benoît XVI se déroulera samedi 14 mai à la basilique Saint- Pierre. Ce ne sera pas le pape qui présidera cette messe, mais le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, le cardinal Saraiva Martins. Les deux futures bienheureuses sont la franciscaine américaine Marie Anne Barbara Cope, plus connue sous le nom de Mère Marianne de Molokai (Hawaï), et la cofondatrice espagnole des soeurs missionnaires dominicaines du rosaire, Soeur Ascension du Coeur de Jésus.
A cette occasion, l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, a interrogé Mgr José Luis Gomez Gutierrez, l’un des cinq rapporteurs de la Congrégation pour la cause des saints.
Apic: Pourquoi la béatification de ces deux personnes a-t-elle été décidée pour le 14 mai?
Mgr José Luis Gomez Gutierrez: Les béatifications du 24 avril et du 15 mai prévues avant le décès de Jean Paul II n’étaient pas préparées parce que les postulateurs pensaient qu’elles seraient reportées. Je pense qu’ils ont demandé d’établir une date plus éloignée pour que ceux qui doivent participer à la béatification puissent organiser leur voyage. En revanche, les fidèles du diocèse de Syracuse (Etats-Unis), voulaient la béatification à la date préalablement fixée – indépendamment du fait que le pape la préside ou pas -, car les voyages étaient déjà organisés. Si la célébration avait été annulée, ils auraient tout perdu. La Secrétairerie d’Etat a fait savoir que cela convenait même si les Américains devaient être seuls. Puis, les dominicains ont aussi fait savoir qu’ils étaient prêts pour la béatification. Il a donc été décidé de faire ces deux béatifications le 14 mai dans l’après-midi.
Apic Qu’en est-il des autres béatifications prévues à l’origine pour le 24 avril et le 15 mai?
Mgr Gomez Gutierrez: Pour le moment, on ne sait rien. Nous sommes au début d’un pontificat et la Secrétairerie d’Etat est en train de mettre en place l’agenda du pape.
Apic: Le pape ne célébrera pas la messe de béatification pour la première fois depuis 1971. Cela semble être un retour à une tradition plus ancienne.
Mgr Gomez Gutierrez: Si jusqu’à 1971 le décret de béatification était signé comme aujourd’hui par le pape, la cérémonie dans la basilique Saint-Pierre n’était pas présidée par lui. Pour Jeanne d’Arc (1908), ce fut l’évêque de Soissons qui le fit, pour d’autres ce fut un évêque du chapitre des chanoines du Vatican, dans d’autres cas enfin, la messe fut célébrée par le responsable de ce qui était la Congrégation pour la cause des saints. Au cours de cette cérémonie à Saint-Pierre, le message signé par le pape, aujourd’hui une Lettre apostolique, était lu. A partir de Pie XI, en 1925, le pape fit coïncider la date de la signature avec la date de la messe de béatification.
Apic: Pourquoi Paul VI a-t-il décidé de célébrer la messe pour la béatification de Maximilien Kolbe en 1971, rompant ainsi avec la tradition?
Mgr Gomez Gutierrez: C’est le pape Paul VI qui avait appris par voie diplomatique la mort de Maximilien Kolbe à Auschwitz. Mgr Giovanni-Battista Montini était, pendant la Seconde Guerre mondiale, substitut de la Secrétairerie d’Etat. Il communiqua lui-même cette nouvelle à Pie XII. Il suivit donc de très près l’événement. Quand la cause fut instruite, Paul VI, qui avait été très ému devant l’héroïsme du père Kolbe, voulut faire personnellement la béatification. Ce fut la première messe de béatification de l’histoire célébrée par un pape. Puis, sous la pression des autres postulateurs des dossiers en béatification, une habitude se créa. Jean Paul II, pour sa part, a célébré toutes les messes de béatification de son pontificat.
Apic: Et pourquoi Benoît XVI a-t-il alors décidé de ne pas célébrer la première messe de béatification de son pontificat ?
Mgr Gomez Gutierrez: Depuis un moment, un certain nombre de personnes se demandent quelle est la différence entre une canonisation et une béatification. Ce n’est pas un doublon. La béatification est une simple autorisation du culte en l’honneur d’un bienheureux dans un lieu ou dans un institut religieux. La canonisation est l’extension du culte à toute l’Eglise. Elle nécessite un acte de magistère impliquant l’infaillibilité pontificale. C’est un fait dogmatique. Nous cherchons à conserver la différence entre bienheureux et saint. Dans l’environnement ecclésiastique, certains se sont donc dits qu’il fallait supprimer les béatifications et laisser seulement les canonisations. D’autres ont suggéré de mieux différencier les béatifications des canonisations, notamment au cours des célébrations qui sont presque identiques. Autrefois, la cérémonie de la béatification était présidée par un cardinal ou un évêque. Cela rendait plus clair le fait que le bienheureux n’est pas encore un saint canonisé.
Une autre raison pourrait être avancée: Benoît XVI a 78 ans, vingt ans de plus que Karol Wojtyla lorsqu’il a été élu. A la fin de son pontificat, Jean Paul II a dû beaucoup réduire son activité. Benoît XVI s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, mais on ne peut pas lui demander de l’imiter. Il a son style personnel et peut-être veut-il réduire les rencontres publiques. L’ensemble de ces raisons ont poussé le nouveau pape à établir que dorénavant les béatifications seraient officiées par le cardinal préfet de la Congrégation tandis que le pape ferait les canonisations.
Apic: Le cardinal Ratzinger avait déjà expliqué que cette différenciation était souhaitable, n’est-ce pas?
Mgr Gomez Gutierrez: Oui, cette volonté était parfaitement légitime. Benoît XVI ne va pas à l’encontre de Jean-Paul II et ne veut pas interrompre le lien avec lui. Mais dans ce domaine, il lui semble préférable de revenir à la pratique précédente. Si, de façon générale, le pape ne veut pas changer les choses immédiatement, dans le cas des béatifications, il n’avait pas le choix. S’il avait commencé à présider les cérémonies de béatification, il lui aurait été difficile de revenir sur ses pas.
Apic: Benoît XVI a donc décidé de ne plus jamais célébrer les messes de béatification et encouragerait son successeur à faire de même ?
Mgr Gomez Gutierrez: Oui. La Secrétairerie d’Etat a communiqué cette décision à notre Congrégation en envoyant une copie de la lettre du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, avisant le diocèse de Syracuse que, dorénavant, le pape a l’intention de plus présider les messes de béatification. Mais, il faudra créer une pratique. En revanche, le pape a l’intention de maintenir la tradition de vénérer les reliques des bienheureux.
Apic: Pensez-vous que Jean Paul II sera canonisé rapidement ?
Mgr Gomez Gutierrez: Personnellement, je ne m’étonnerais pas si le pape autorisait à commencer le procès avant les cinq ans requis après la mort. C’est un cas célèbre, comme l’était celui de mère Teresa. Mais je ne dirais pas qu’il sera canonisé dans trois mois, parce que nous ne désirons une image grandeur nature de la personne. La figure de Jean Paul II est si grande que nous devons laisser pour le futur un procès bien fait, dans lequel ses nombreuses vertus qui ne sont pas connues soient bien documentées. Je désire la canonisation de Jean Paul II et je pense qu’elle doit se faire mais je souhaite que sa figure soit présentée comme il se doit. (apic/imedia/ar/bb)
Colombie: L’ELN et le gouvernement s’accordent pour créer une zone neutre pour la guérilla
APIC – Interview
L’espoir renaît en Colombie
Par Pierre Rottet, de l’APIC
Bogota, juin 2000 (APIC) Après 40 années de guerre et de violences, un nouvel accord avec la guérilla est proche. Dans la foulée des accords conclus à Mayence en 1998, l’espoir d’une concertation démocratique renaît.
Après une élection mouvementée au Pérou, avant une autre à venir, au Mexique, qui pourrait voir tomber pour la première fois en plus de 50 ans le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), l’actualité en Amérique latine est branchée sur la Colombie. L’ELN (Armée de libération nationale) et le gouvernement colombien du président Pastrana s’apprêtent en effet à signer un accord en juillet. L’ELN est la seconde force insurrectionnelle après les
Cet accord prévoit de donner à la guérilla de l’ELN le territoire neutre que l’insurrection réclame depuis plusieurs années. C’est à n’en pas douter un pas de plus vers le dialogue et la mise en route de la Consultation nationale, née des accords dits de Mayence. Un espoir timide dans ce pays ravagé par plus de 40 ans de guerre.
Dans une interview accordée à l’APIC, Antonio Garcia, membre du commandement central et responsable militaire de l’ELN, la seconde force insurrectionnelle de Colombie après les FARCS, fait le point sur les progrès accomplis depuis les Accords de Mayence. Au cours de ce «sommet», tenu du 13 au 15 juillet 1998 sous l’égide de la Conférence des évêques allemands, d’entente avec la Conférence épiscopale colombienne, les premiers contours de la Convention nationale ont été dessinés. En une dizaine de points, des mécanismes ont été définis pour transformer la société civile en un véritable acteur.
«Nous avons effectivement eu des entretiens avec des représentants du gouvernement suisse et d’institutions de ce pays», indique Antonio Garcia, de passage en Europe.



