Apic interview

Le Concile Vatican II s’est conclu le 8 décembre 1965. A l’occasion de ce 40e anniversaire, l’Apic a demandé à une dizaine de témoins de cette époque de livrer leurs souvenirs et de décrire les changements qui ont marqué la vie de l’Eglise catholique durant cette période. Premier volet de cette série d’interviews avec André Kolly, directeur du Centre catholique de Radio et Télévision.

Lausanne: Avec le Concile, l’Eglise catholique est entrée dans l’agora, pour André Kolly

La réforme liturgique a commencé en ordre dispersé

Bernard Bovigny, agence Apic

Lausanne, 7 octobre 2005 (Apic) Avec Vatican II, l’Eglise est véritablement entrée dans l’agora, affirme André Kolly. Les médias, chaînes de télévision en tête, ont convergé vers Rome pour couvrir l’événement.

Pourtant, les professeurs de religion ont très peu abordé le Concile, se rappelle celui qui était à l’époque étudiant au Collège St-Michel à Fribourg. Même la réforme liturgique était sous-estimée dans certaines instances. «Mais rien n’allait plus être comme avant», affirme le directeur du Centre catholique de Radio et Télévision à Lausanne.

Apic: Que faisiez-vous en décembre 1965?

André Kolly: C’était l’année de mes vingt ans, avec le bac à St-Michel à Fribourg, l’école de recrue dans les radars, et la décision pour l’automne de faire un an de philo. en Belgique. Je m’y trouvais, le 8 décembre, quand eut lieu la clôture solennelle du Concile. J’ai le souvenir d’avoir vu une partie de la transmission de la messe présidée par le pape Paul VI à St- Pierre de Rome, en noir-blanc bien sûr.

Apic: Et ce n’était pas la première apparition du concile dans les médias .

A.K: Dès l’annonce du Concile, les médias confessionnels et publics ont été attentifs à suivre ce qui allait se passer à Rome. L’ouverture de Vatican II le 11 octobre 1962 avait déjà été télévisée. Imposante cérémonie dont j’ai su plus tard qu’elle était commentée pour la Suisse romande par Mgr Jacques Haas, fondateur du Centre catholique de Radio et Télévision. On peut dire qu’à partir du Concile, l’Eglise catholique est véritablement entrée dans l’agora. Tous les quotidiens avaient leurs envoyés spéciaux à Rome. L’abbé André Babel correspondait pour Le Courrier dont il était rédacteur ainsi que pour La Liberté où il écrivait, au début du moins, sous un pseudonyme. Un jour dans le train, un éminent confrère journaliste l’a félicité pour ses chroniques dans le Courrier, infiniment supérieures à celles de ce prétentieux inconnu qui signait dans La Liberté!

Apic: Quels souvenirs gardez-vous de cette époque conciliaire?

A.K: Un collégien de l’époque – et surtout à l’internat – avait peu les moyens de s’informer. J’ai le sentiment – mais je peux être amnésique – que durant les années du Concile, nos cours de religions n’ont jamais évoqué la démarche conciliaire. Il était sans doute plus facile de répéter le vieux cours de morale catholique. En revanche, on percevait des échos des travaux conciliaires par ces prêtres qui, comme l’abbé André Bise – accompagnaient des mouvements de spiritualité auxquels nous pouvions appartenir. Ainsi avant la fin du Concile étions-nous quelques collégiens à avoir en mains la Constitution sur la liturgie votée en novembre 1963.

Apic: Mais la réforme liturgique n’a pas commencé aussitôt .

A.K: Elle a commencé en ordre dispersé. J’ai entendu dire que Mgr Charrière – très engagé par exemple sur l’oecuménisme et la liberté religieuse – pensait que la réforme liturgique était une passade de quelques pères conciliaires. Il aurait même demandé à l’agence KIPA de ne pas trop parler des travaux du Concile sur la liturgie.

Mais rien n’allait plus être comme auparavant. Des prêtres se sont rués sur tous les changements possibles et imaginables; d’autres attendaient qu’une réforme soit obligatoire pour l’appliquer, comme par exemple renoncer au latin pour les lectures bibliques. Pour ma part, je garde un souvenir lumineux de la première fois que j’ai entendu en français: «Le Seigneur soit avec vous». C’était en plein air, dans la cour du Collège St-Michel où le recteur, Mgr Cantin, présidait la messe. Cette substitution du «Dominus vobiscum» me paraissait un début de réponse à ces copains qui souffraient de la messe de l’internat, obligatoire et latine.

Apic: Quels fruits du Concile n’ont pas été réalisés à votre avis?

A.K: Le Concile n’était pas à un plan quinquennal, encore moins un programme de gouvernement, c’était un processus d’Eglise en chemin. C’est aussi le sens du mot Synode. Ainsi le Concile n’a pas débuté comme les congrégations romaines l’avaient imaginé. Il ne s’est terminé ni comme aurait pu le souhaiter Jean XXIII, ni comme auraient pu l’espérer des réformateurs plus affirmés. Les fruits du Concile sont donc différenciés selon les cultures, les formes de sécularisation, les besoins locaux.

A la mesure des enthousiasmes, la déception ne pouvait qu’être au rendez-vous: pour les uns, ce qu’ils espéraient reste une projection ou ne se trouve pas dans les textes du Concile; pour d’autres ce qui s’y trouve est déjà suffisant pour justifier la décadence! En réalité le retentissement fut et reste profond dans les paroisses, les communautés religieuses, l’organisation missionnaire, les médias, les rapports au monde, aux partis politiques, et surtout aux autres confessions chrétiennes.

Apic: Si un concile devait se tenir maintenant, quels thèmes devrait-il aborder en priorité?

A.K: Vatican II est encore une référence fondamentale pour le devenir actuel de l’Eglise. Mais il est aussi un moment de l’histoire. On ne peut donc plus parler de ce concile comme s’il s’était tenu juste avant-hier. Trois quarts des catholiques du monde n’étaient pas nés à cette époque qui ne connaissait ni l’internet, ni le clonage, ni même la concomitance universelle avec les drames du monde. L’accélération de l’histoire va-t- elle nécessiter des conciles à dates toujours plus rapprochées? En outre, est-il nécessaire que l’Eglise y aille de son couplet sur toute chose et son contraire?

A titre interne, le catholicisme doit poursuivre sa réflexion sur les ministères et la manière de faire Eglise au niveau des diocèses, dans la confiance et sans surabondance de codes et catéchismes universels. Mais face au monde, avec les autres chrétiens et, de plus en plus, avec les croyants des autres religions, notre Eglise doit contribuer à créer les références du futur. C’est plus important que de savoir quelles robes porteraient des femmes cardinales. (apic/bb)

7 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Suisse: L’évêque de Bâle, Mgr Kurt Koch, s’exprime sur l’interruption de grossesse

APIC – interview

«La solution des délais laisse la mère dans le désarroi»

Josef Bossart et Walter Müller, de l’APIC / traduction Bernard Bovigny

Soleure, 5 avril 2002 (APIC) La solution des délais en matière d’avortement laisse la mère seule face à elle-même, affirme Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, en commentant la votation soumise au peuple suisse le 2 juin. Avec cette loi, la pression sur la femme en vue d’un avortement deviendra beaucoup plus grande, soutient le prélat à l’agence APIC. Entre la solution des délais et l’initiative «Pour la mère et l’enfant», il propose une alternative: «Garder le statu quo et chercher des nouveaux chemins».

APIC: Le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) soutient la solution des délais, alors que la Conférence des évêques suisses la rejette. Que ressentez-vous face à cette divergence entre chrétiens?

K. Koch: Je dois dire franchement que je n’arrive pas à comprendre la prise de position de la FEPS. Mais il convient d’abord de relever que ce manque d’unité touche aussi les Eglises évangéliques réformées. Alors que le Conseil de la FEPS s’est prononcé pour la solution des délais, l’Eglise réformée de Zurich a pris ses distances face à cette position. Les Eglises libres en ont même été assez heurtées. Il ne faut donc pas considérer le point de vue de la FEPS comme une opposition à celui des évêques. Il y a des divisions à l’intérieur de l’Eglise réformée.

APIC: Il y a aussi des divergences à l’intérieur de l’Eglise catholique .

K. Koch: C’est vrai, mais pas au niveau des instances dirigeantes de l’Eglise. Cela me pose cependant problème qu’une question aussi essentielle aboutisse à des conclusions aussi différentes.

APIC: Dans la réflexion du Conseil de la FEPS, la conscience de la femme est placée au centre du débat. Comment réagissez-vous à cela?

K. Koch: Cela m’irrite qu’on ne considère que la conscience de la femme dans le processus de décision. Le père est aussi doté d’une conscience, tout comme le médecin. De mon point de vue, seule une solution qui respecte la conscience des parents, le droit à la vie de l’enfant et la conscience du médecin peut être envisagée. J’ai l’impression qu’actuellement, de ces trois réalités qui doivent fonctionner ensemble, une seule apparaît: l’autodétermination de la femme. Il est clair que c’est un aspect très important de la question. Mais isolé, il conduit à une vision unilatérale.

APIC: Le théologien allemand et ancien dominicain Stephan Pfürtner soutient que la vie de l’enfant à naître ne peut pas être sauvée sans ou contre celle de la mère.

K. Koch: Je me retrouve tout à fait dans cette affirmation de Pfürtner. L’enfant ne peut pas être sauvé contre ou sans la mère. Mais j’en tire d’autres conclusions. Si la vie ne peut pas se développer sans la mère, on n’a pas le droit de l’abandonner dans le désarroi, comme le prévoit la solution des délais. La mère est laissée complètement seule face à elle- même. Ainsi, la pression sociale pour un avortement devient beaucoup plus grande. C’est pour cette raison que beaucoup plus de mesures sociales doivent être trouvées, afin d’aider les mères dans cette situation.

APIC: Au niveau de la société, ce genre de demande de l’Eglise est beaucoup moins perçu que son langage d’interdits.

K. Koch: Et pourtant, dans notre prise de position de septembre dernier sur l’interruption de grossesse, nos demandes ont été clairement mises en avant lorsque nous avons jugé l’initiative «Pour la mère et l’enfant» insuffisante. Nous avons alors affirmé qu’il fallait avant tout renforcer les mesures sociales d’accompagnement.

Le problème essentiel de la votation du 2 juin? Dans l’opinion publique il n’existe que deux alternatives: l’initiative «Pour la mère et l’enfant» ou la solution des délais. J’en vois une troisième: rester dans le statu quo et chercher des nouveaux chemins. Notre conviction profonde est qu’il faut mettre en place tout ce qui permet d’éviter la solution des délais. Nous devons donc nous appuyer sur des bases plus larges que l’initiative. C’est pour cette raison que nous ne prenons pas position sur elle et laissons chacun voter selon sa conscience.

APIC: Dans la situation actuelle, la solution des délais a bien des chances d’aboutir. Que va-t-il se passer si le peuple l’accepte?

K. Koch: Alors nos postulats pour le soutien de la famille viendront à point nommé afin de permettre d’éviter des interruptions de grossesse. Notre conviction essentielle est d’éviter les interruptions de grossesse, non de les punir.

APIC: La campagne contre la solution des délais donne parfois l’impression que la vie non encore née doit être protégée au détriment de celle qui est déjà née.

K. Koch: Il n’est pas possible de jouer la vie à naître contre la protection de la vie déjà née. On ne peut qu’adhérer de façon conséquente à la vie. Dans une toute autre comparaison, le pape Paul VI avait affirmé, lors de la journée mondiale de la paix en 1977, qu’il est injustifié de considérer la guerre et l’avortement comme deux problèmes complètement différents. On ne peut pas approuver la guerre et s’opposer à l’avortement, ni approuver l’avortement et être contre la guerre.

S’il l’on veut être conséquent, il convient de respecter la vie dans toutes ses phases. La dérive provient du fait que dans la réalité, la vie déjà née est bien mieux protégée que celle qui n’est pas encore née. L’option chrétienne préférentielle pour les pauvres et les faibles prend alors un accent particulier, auprès de ces êtres qui ne sont pas assez protégés.

APIC: Avez-vous de la peine avec le style musclé de la campagne pour l’initiative «Pour la mère et l’enfant»?

K. Koch: Je n’apprécie pas les attaques violentes, qui proviennent des deux camps. Ceux qui soutiennent la solution des délais ne sont en tous cas pas plus tolérants. Surtout lorsqu’ils qualifient chaque personne qui soutient la vie de «fondamentaliste». Et surtout lorsque des femmes affirment: «Nous ne sommes pas des machines à enfanter». Cela dit, peut-être certaines expressions fortes sont-elles nécessaires lors de la campagne pour secouer les consciences.

Dans les discussions, j’apprécie qu’on appelle les choses par leur nom. Et je ne le tairai jamais: un avortement est toujours un homicide de la vie non encore née. Il serait cependant difficile de parler «d’assassinat», tant que je ne connais pas les circonstances dans lesquelles se trouve la femme. Le droit opère toujours une différence entre homicide et assassinat. Je pense qu’une telle distinction est à observer dans ce cas aussi.

APIC: La controverse n’est-elle pas ravivée par le fait que des femmes ressentent une criminalisation dans l’acte d’avortement?

K. Koch: Bien sûr. Et c’est pourquoi nous autres évêques considérons le droit pénal comme la mesure ultime. Auparavant, il s’agit de tout entreprendre afin d’éviter l’interruption de grossesse. D’un autre côté, je suis persuadé qu’au bout du compte, on ne peut pas renoncer à cette «mesure ultime».

APIC: Un élément important de la discussion réside dans les différences de perception de la vie non encore née. Selon que l’on voie dans l’embryon un amas de cellules ou un être humain, on évaluera différemment le droit à la protection de cette vie .

K. Koch: Il y a différents points de vue sur le début de la vie humaine: lors de la conception, lors de la fécondation, lors de la formation de l’écorce cérébrale, lors de la naissance ou, selon le philosophe australien Singer, un an après la naissance. Dans le domaine de la vie, il faut s’appuyer sur les hypothèses les plus sures. Or, la recherche démontre que l’embryon se développe déjà comme un être humain. Et même si je devais douter qu’il en soit ainsi, je devrais admettre «in dubio pro reo» que la conception est le début de la vie humaine.

APIC: Pour la femme enceinte, une telle pensée n’est-elle pas abstraite? Elle est convaincante au plan rationnel, mais n’aide pas forcément une femme concernée par la question .

K. Koch: Je vous donne raison. Le vécu émotionnel de la femme et les connaissances dans le domaine embryonnaire se recoupent très peu. Mais il ne fait pas chercher à résoudre le problème de façon à ce que le sentiment devienne un critère pour forger la réalité. On en arrive alors à affirmer, comme certains, que l’embryon n’est qu’un amas de cellules.

APIC: Et où situer les hommes? La politique ne devrait-elle pas essayer de les replacer au centre de la question?

K. Koch: Bien sûr. Il est pour moi, en tant qu’évêque, difficile d’exprimer une telle demande lorsqu’il est question d’une grossesse non souhaitée. Mais si la femme est enceinte, c’est une affaire qui concerne deux personnes. Le discours sur les questions de vie sexuelle est difficile, mais la responsabilité commence ici: comment se comporter l’un envers l’autre, afin de ne pas aboutir à une grossesse non désirée.

APIC: Selon votre point de vue, on ne peut pas séparer sans autres la question de l’interruption de grossesse et celle du comportement mutuel entre êtres humains .

K. Koch: Non, en effet. La responsabilité prise lors d’une décision relative à l’interruption de grossesse commence déjà au niveau de la vie sexuelle. L’avortement ne peut en aucun cas être considéré comme une forme de contraception. (apic/wm/job/bb)

5 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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