Synode:Les propositions finales du Synode seront rendues publiques

Apic interview

Le bilan de Mgr Minnerath, secrétaire spécial du synode

Propos recueillis à Rome par Hervé Yannou, I.Media

Rome, 20 octobre 2005 (Apic) Les propositions finales de la 11e Assemblée générale du Synode des évêques seront rendues publiques, le 22 octobre prochain, a indiqué mercredi Mgr Roland Minnerath, secrétaire spécial du Synode.

Ces propositions, qui doivent être amendées, puis votées le 22 octobre avant d’être remises à Benoît XVI, devaient normalement être gardées secrètes. L’agence de presse américaine Catholic News Service, liée à la Conférence épiscopale des Etats-Unis, s’en est pourtant procurée une copie.

Les 50 propositions, présentées le 18 octobre 2005 aux pères synodaux entrés dans la phase finale du Synode sur l’Eucharistie, font une large place à l’importance des vocations sacerdotales, ferme la porte à l’ordination d’hommes mariés, maintient le refus de la communion aux divorcés-remariée et invite à la prudence pour l’accès à l’Eucharistie de certains hommes politiques. Quant à l’intercommunion, elle n’est «généralement pas possible».

L’archevêque de Dijon a tiré un bilan personnel et général du Synode des évêques sur l’Eucharistie et indiqué que l’Exhortation post-synodale de Benoît XVI aurait peut-être une forme différente des précédentes. Interview.

Apic: Quel bilan personnel faites-vous de ce synode ?

Mgr Minnerath: J’ai personnellement beaucoup reçu du Synode, de tout le processus synodal depuis un an, quant à une compréhension plus profonde du mystère eucharistique et de sa place au coeur de la vie du chrétien et dans la vie de l’Eglise. Cela a été pour moi une redécouverte et un émerveillement. L’Eucharistie est encore capable de nous étonner. Elle est inépuisable.

Apic: Les propositions finales du Synode seront-elles rendues publiques ?

Mgr Minnerath: Je crois savoir que la version italienne des propositions sera publiée, dès samedi. C’est une nouveauté. Il y a toujours des fuites, alors autant prendre les devants. Le projet des 50 propositions finales a été publié malgré le secret. Ce n’est pas très élégant, car c’est un texte provisoire qui est retravaillé par les pères synodaux.

Apic: Quelles seront les conclusions pratiques de ce Synode ?

Mgr Minnerath: Des conclusions pratiques ont été formulées au niveau de la célébration de l’Eucharistie et de l’enseignement de la catéchèse. La célébration de l’Eucharistie n’est pas une réunion banale. Il faut respecter sa qualité, celle de l’architecture du lieu, de la qualité des chants, des lectures, de l’homélie. Si tout n’est pas fait pour nous faire entrer dans ce mystère, alors nous sommes à côté. Seule la beauté attire. Tout le monde le comprend aujourd’hui, dans le monde du langage visuel. Il n’y a pas de place pour l’improvisation.

On ne change pas les paroles, les lectures, l’homélie n’est pas un discours politique ou un exposé académique. Pour la catéchèse, on doit montrer la solidarité des trois sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. Les patriarches orientaux nous ont rappelé que, chez eux, les enfants reçoivent les trois sacrements de l’initiation à la suite, le même jour. Il faudrait reprendre la séquence des sacrements respectée en Orient. Nous avons posé la question du recul de l’âge de la confirmation.

Apic: Peut-on s’attendre à de nouveaux documents des dicastères romains suite à ce Synode ?

Mgr Minnerath: Les pères synodaux ont souvent exprimé l’idée que telle ou telle de leurs idées fasse l’objet d’un nouveau document. Mais il y en a déjà beaucoup. J’aime la réaction de Benoît XVI qui, dans son interview à la télévision polonaise, le 16 octobre, a dit qu’il comptait publier beaucoup moins de nouveaux documents. Il s’agit d’abord de bien mettre en oeuvre ceux qui existent et touchent à nombre de ces questions. En revanche, je ne pense pas que le pape exclue de publier une Exhortation post- synodale. La forme qu’il lui donnera sera peut-être différente des précédentes et portera sa marque.

Apic: Quelles sont les absences de ce Synode ?

Mgr Minnerath: J’ai été étonné, le diaconat n’a presque jamais été mentionné dans les discours. Cependant, le ministre c’est le prêtre et le diacre ne peut se substituer à lui. Il y a surtout un autre grand absent : les religieux par rapport à l’Eucharistie. Il y a des centaines de congrégations religieuses, notamment féminines, dont le charisme principal est l’adoration eucharistique.

Apic: Y a-t-il des réformes à apporter à l’institution du synode ?

Mgr Minnerath: Il n’y a pas eu de demande de changement profond du système de fonctionnement du synode. L’esprit de collégialité est là. Un synode a une fonction consultative, personne ne s’élève contre ce fait. La procédure va s’améliorer encore. Je pense qu’il y a des choses un peu lourdes. Le latin, comme langue officielle, gêne quelques pères. Pourtant, si on quittait le latin, on perdrait un peu en rigueur, surtout dans le vocabulaire doctrinal.

Enfin, le fait de passer de quatre à trois semaines de synode a été apprécié. Cependant, il y a un petit inconvénient, la réduction du temps de réflexion. A mon avis, il faudrait que le thème d’un synode soit très précis et apporte du nouveau dans la vie de l’Eglise. Dans ce synode, il y des choses nouvelles, mais un petit peu éparses.

Apic: Ce synode est-il la conclusion du pontificat de Jean-Paul II ou l’ouverture d’une nouvelle période ?

Mgr Minnerath: Nous avons beaucoup fait mémoire de Jean Paul II qui a voulu ce synode. C’est un peu la fin de son pontificat. Le synode s’insère aussi dans la volonté exprimée par Benoît XVI d’être le pape de la continuité. Ce synode est l’exemple de la continuité entre les deux pontificats.

Apic: Quel style Benoît XVI a-t-il imprimé au Synode ?

Mgr Minnerath: Le pape est venu presque chaque soir pour la discussion libre. Il y est lui-même intervenu. Benoît XVI est l’homme de l’enseignement. La chose qui l’a le plus révélé – son prédécesseur ne l’aurait pas fait de cette manière – est son commentaire de l’Ecriture lors d’une prière du Synode. Il l’a fait en apportant son nouveau testament en grec. Sans note, il nous a fait une présentation théologique et morale. C’était époustouflant. C’est le professeur-pasteur: ça, c’est Ratzinger. (apic/imedia/hy/pr)

20 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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APIC – Interview

Irak: Le théologien Hans Küng dénonce les «fauteurs de guerre de la Maison Blanche»

Encore une «étincelle d’espoir» pour une solution pacifique

Christoph Strack, pour l’Apic

Tübingen, 12 mars 2003 (Apic) Le théologien catholique suisse Hans Küng dénonce les «fauteurs de guerre de la Maison Blanche», mais garde une «étincelle d’espoir» pour une solution pacifique à la crise irakienne. Il espère également une «réconciliation pragmatique» avec le Vatican.

Dans une interview accordée à Tübingen à Christoph Strack pour l’Apic, le théologien catholique lucernois, qui fêtera ses 75 ans le 19 mars prochain, estime que la communauté internationale a déjà obtenu un beau succès en empêchant les «fauteurs de guerre de la Maison Blanche» d’attaquer tout de suite.

Apic: Hans Küng, la communauté internationale va au-devant d’une épreuve de force comme on n’en a jamais vue depuis des décennies. Voyez-vous encore une chance pour une solution pacifique?

Hans Küng: Il reste toujours une étincelle d’espoir. On peut dire que c’est déjà un grand succès que les Etats-Unis aient pu être empêchés de frapper tout de suite, ce qui était leur première intention. Les fauteurs de guerre de la Maison Blanche n’avaient pas compté sur une aussi vive résistance de la part de la communauté internationale, qui s’est exprimée dans les médias et dans les grandes manifestations de rue, mais également dans l’enceinte du Conseil de sécurité.

Il devient aussi de plus en plus clair que des gens comme le ministre de la défense américain Donald Rumsfeld, qui se moque de la «vieille Europe», sont les représentants du vieux paradigme des relations internationales: c’est avec ce genre de confrontation, d’agression, de revanche et d’aspiration à l’hégémonie, que l’on a mené guerre sur guerre tout du long des temps modernes. Mais après la Deuxième Guerre mondiale, on a commencé en Europe occidentale à réaliser un nouveau paradigme: au lieu de la confrontation militaire, on a développé la compréhension mutuelle, la coopération et l’intégration. Jusqu’à ces tout derniers temps, cette règle a prévalu dans tous les pays de l’OCDE, de la frontière orientale de l’Allemagne jusqu’au Japon. Le résultat est éloquent: 50 années de paix dans la démocratie!

Apic: Dans quelle mesure s’agit-il d’un conflit fondé sur des motifs religieux ?

Hans Küng: Il ne s’agit, sans équivoque, en aucun cas d’un conflit fondé sur des motifs religieux. Bien au contraire: ce sont justement les Eglises chrétiennes, de Moscou au Vatican, en passant par le Conseil oecuménique des Eglises à Genève ou la communauté anglicane à Canterbury jusqu’en Amérique, qui s’expriment contre cette guerre. Les partisans de la guerre aux Etats- Unis ne se recrutent que dans certains milieux chrétiens fondamentalistes précis et auprès du lobby pro-Israël, alors qu’une grande partie des juifs sont aussi contre la guerre de Bush. Mais la politique de l’administration actuelle suscite le grand danger que sa guerre – dont la raison est fondamentalement une question de pouvoir politique et économique – ne soit ressentie par les musulmans comme une «confrontation des cultures».

Apic: Que signifie l’actuelle situation de tension pour votre projet d’»éthique planétaire» (Weltethos) ? (*)

Küng: De façon paradoxale, la politique agressive de Bush a fait croître l’importance des Nations Unies. Jamais dans l’histoire le Conseil de sécurité de l’ONU n’a été des semaines durant au centre de l’attention publique et n’a reçu autant de soutien de tous les bords possibles. On a justement remarqué que seules les Nations Unies pouvaient dire quelque chose face à l’aspiration à l’hégémonie unilatérale des cercles qui sont actuellement au pouvoir aux Etats-Unis. Et il est aussi devenu clair que dans la question «guerre ou pas guerre», il s’agit de questions profondément éthiques. A la lumière de l’éthique planétaire, une guerre préventive américaine ne violerait pas seulement le droit international, elle serait également immorale.

Apic: L’islam, après les attentats du 11 septembre 2001, a-t-il suffisamment clarifié ses rapports avec la violence?

Küng: Que signifie ce mot, «l’islam» ? Dans leur grande majorité, les musulmans ont été tout aussi horrifiés par les événements du 11 septembre. D’autre part, les musulmans réclament à juste titre que l’on n’imagine pas, uniquement par un appel à la guerre, pouvoir répondre à toutes les questions soulevées par ces attentats. Il s’agit plutôt de chercher les causes et les motifs de ces attaques terroristes. D’autre part, un travail d’éclaircissement des causes ne pourra pas éviter une autoréflexion critique des musulmans sur leur rapport à la violence, un processus qui est très clairement engagé.

Apic: Vous appelez ces jours-ci, à l’unisson avec le pape, à la paix des religions. Parallèlement, il y a à nouveau des spéculations sur une réconciliation entre vous et le Vatican. Y a-t-il un rapprochement en perspective?

Küng: Absolument. D’un côté, ces 25 dernières années, j’ai expliqué mes positions théologiques comme aucun autre ne l’a fait. Mais cela présuppose que maintenant aussi, du côté du magistère romain, l’on entre dans un dialogue autocritique et que l’on ne se contente pas de décréter, condamner et ignorer.

Mais il serait également pensable que l’on cherche une réconciliation pragmatique: Rome en effet n’a pas besoin d’épouser mes positions. Il suffirait qu’elle les tolère. On pourrait pourtant – sans préjuger des problèmes non éclaircis – reconnaître ce qui est de toute façon reconnu dans la communauté ecclésiale: que je suis un théologien catholique loyal. JB

(*) La proposition d’une «éthique planétaire» remonte au livre-programme de Hans Küng intitulé «Projet d’éthique planétaire» (1990; traduction française aux Editions du Seuil, 1991). Dans ce livre, l’auteur lance et justifie l’idée que les religions ne pourront contribuer à la paix dans le monde qu’en réfléchissant à ce qui dès à présent leur est commun dans le domaine des convictions éthiques. Un consensus de base doit être réalisé dans l’avenir autour de valeurs permanentes indiscutables, de critères de jugement intangibles et d’attitudes personnelles fondamentales. Le «projet d’éthique planétaire» est porté par les convictions essentielles suivantes: pas de paix dans le monde sans paix entre les religions; pas de paix entre les religions sans dialogue entre les religions; pas de dialogue entre les religions sans une recherche sur les principes à l’intérieur de chaque religion. (apic/kna/job/be)

12 mars 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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