Apic – Interview

Chine: Rencontre avec Dorian Malovic, de retour de «l’usine du monde»

100’000 entreprises ont fermé leurs portes rien qu’à Dongguan

Jacques Berset, Agence Apic

Paris, 4 février 2009 (Apic) «On ne peut pas prendre la mesure de ce qui se passe en Chine si l’on ne visite pas Dongguan, dans la province du Guangdong, près de Hong Kong… On appelle cette région ’l’usine du monde’, où 100’000 entreprises viennent de fermer leurs portes en raison de la crise!» Ancien correspondant à Hong Kong, chef du service «Asie» au quotidien «La Croix» à Paris, Dorian Malovic vient de rentrer de Chine, où il a pu constater l’impact de la crise dans cette région du monde. Interview.

Dongguan, dans le Sud du Chine, sur le delta de la rivière des Perles, concentre des centaines de milliers d’usines qui fabriquent le «made in China» qui s’exporte partout dans le monde. «C’est une région de 14 millions d’habitants, quasiment aussi grande que la Suisse, avec des usines sur des kilomètres et des kilomètres… Le maire de Dongguan dit même qu’il y a 100’000 usines qui ne sont même pas répertoriées officiellement», constate Dorian Malovic. 20 millions de travailleurs venus des campagnes ont récemment perdu leur emploi. Le risque de déstabilisation sociale inquiète les autorités chinoises.

Apic: La croissance chinoise, qui a longtemps été de 9% durant l’année dernière, a fortement chuté au quatrième trimestre de 2008…

Dorian Malovic: Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a affirmé ces jours derniers qu’il était sûr que la Chine maintiendrait une croissance économique à «environ 8%» en 2009, grâce notamment à des mesures de stimulation de la consommation interne. Il y a certes toujours une petite tendance à dramatiser les choses du côté chinois. C’est aussi pour ne pas subir les pressions américaines pour réévaluer le yuan, dont le cours est estimé trop faible par les puissances occidentales, ce qui provoque une distorsion de la concurrence.

Apic: Vous venez tout juste de rentrer de Dongguan; peut-on y mesurer l’impact de la crise économique mondiale ?

Dorian Malovic: Ce que l’on aperçoit d’abord à perte de vue, ce sont des ateliers qui emploient de 50 à 100 personnes, logées dans des immeubles de quatre ou cinq étages, où l’on voit défiler une ribambelle de camions qui chargent des containers. Des millions de personnes travaillent dans ces usines qui fournissent le monde entier…

Quand on parle de la fermeture de 100’000 usines dans la région, cela fait deux millions de chômeurs supplémentaires, rien que dans cette zone. On a effectivement affaire à une crise réelle. Ce sont surtout les usines qui produisent pour l’exportation qui ont été touchées par la chute des commandes américaines et européennes: textiles, jouets et chaussures. On est en plein nouvel an chinois et des millions d’ouvriers migrants sont rentrés dans leur province. Une partie d’entre eux ne retrouveront plus leur travail. Certaines usines ont déjà réduit les salaires pour ne pas débaucher, et ils espèrent une relance de l’économie américaine grâce aux programmes du président Obama…

Le défi pour le gouvernement chinois est la réalisation de son grand plan d’investissements de 600 milliards de dollars lancé début novembre par le Premier ministre Wen Jiabao.

Il s’agit pour une grande part de dépenses d’infrastructure, notamment dans les chemins de fer, les aéroports, le réseau routier, l’approvisionnement en eau, en énergie électrique, en pétrole et en gaz, etc. Il y a un potentiel pour réengager des millions de travailleurs de la construction dans ces projets, sans parler de la nécessité de reconvertir de nombreuses usines en unités de production à plus forte valeur ajoutée.

On assistera de façon parallèle à une délocalisation des usines de jouets et de textile vers l’Asie du Sud-Est, le Vietnam, le Cambodge, l’Indonésie. Le gouvernement chinois aimerait une délocalisation interne, pour donner du travail aux travailleurs qui ont émigré des provinces intérieures. Il veut éviter des explosions sociales, car on assiste déjà à des milliers de grèves, des protestations d’ouvriers qui ne sont pas payés… Ces mouvements sociaux doivent cependant se mesurer à l’aune de ce «pays-continent».

Apic: Sur un plan plus personnel, quel est votre rapport à la Chine ?

Dorian Malovic: Il y a vingt ans, avec mon épouse, nous nous sommes installés comme correspondants de presse à Hong Kong, sans encore vraiment bien savoir le mandarin, dont nous ne connaissions que les prémisses apprises à Paris. Mais nous pensions avoir le temps de faire connaissance avec l’immense continent chinois… Nous ne savions pas que nous allions pouvoir découvrir rapidement, depuis Hong Kong, un monde finalement pas si inaccessible que cela, une Chine qui, de plus, sortait à peine des années du maoïsme! C’était fascinant… Nous sommes restés quatre ans à Hong Kong, avant de rentrer à Paris où je suis en charge de l’Asie au quotidien La Croix. Je me rends régulièrement deux ou trois fois par an en Chine.

Apic: Dans cette région du sud, où l’on parle le cantonais, le mandarin ne devait pas vous servir à grand-chose…

Dorian Malovic: Détrompez-vous! Certes, à Canton on parle le cantonais, mais tout à côté, c’est différent. Ainsi à Shenzen, dans la zone économique spéciale (ZES) des années 80, près de Hong Kong, mais aussi tout près, à Dongguan, l’une des premières villes de la République populaire de Chine à accueillir des industries à capitaux étrangers, on rencontre des gens venant de toutes les provinces de Chine. Dans ces zones, pour cette raison, c’est le mandarin qui domine, car les gens, qui parlent les dialectes de toutes les provinces, l’utilisent comme langue véhiculaire.

Actuellement, mon mandarin est un chinois de très bonne survie, qui m’est bien utile, mais il faut rester modeste avec ce «pays-continent». Je peux avoir des conversations très simples dans les trains ou les bus, avec les gens de la rue, mais pour les questions plus techniques, j’ai recours à un traducteur. Mais les jeunes aiment parler anglais, alors je parle anglais avec eux. Ce n’est pas comme il y a vingt ans, où les gens étaient silencieux, et il fallait découvrir les choses soi-même. On ne parlait pas facilement avec les gens, régime oblige.

Apic: Dans ce pays en pleine mutation, quelle est la situation des chrétiens, et des catholiques en particulier ?

Dorian Malovic: Depuis la publication en date du 27 mai 2007 de la lettre du pape Benoît XVI «aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs de l’Eglise catholique en République populaire de Chine», la réalité se décante. Cette lettre, où les choses étaient pesées, mais dites, a été plutôt bien acceptée.

Je crois qu’il y avait un statu quo jusqu’aux Jeux Olympiques de Pékin, et on a laissé aller les choses pour ne pas provoquer des incidents diplomatiques et des heurts avec le Vatican. Maintenant, il semble qu’il se préparerait ces prochaines semaines deux ordinations épiscopales qui ne seraient pas reconnues par Rome. Les observateurs se demandent si l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC, contrôlée par le régime communiste, ndr) ne va pas reprendre la main et son ascendant sur la structure de l’Eglise. A Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun s’en inquiète déjà. En mars prochain probablement, on devrait également élire le président de la Conférence épiscopale officielle, tandis que l’on se prépare aussi à l’élection du successeur d’Anthony Liu Bainian, l’homme fort de l’APCC, qui passe pour un «dur». En même temps, sur le terrain, on voit des évolutions réjouissantes, notamment des constructions d’églises.

Apic: L’Etat communiste desserrerait-il l’étau dans lequel il enserre les religions ?

Dorian Malovic: Effectivement, l’Eglise catholique, pour ne parler que d’elle, a beaucoup plus de possibilités que par le passé de s’engager dans des projets sociaux, dans des cliniques, des hôpitaux, de donner des cours du soir. Les religieuses sont aussi très présentes et très engagées socialement. Tout cela était interdit dans le passé mais le gouvernement n’en est plus à pourchasser les catholiques et à les cantonner dans les paroisses. S’ils contribuent à l’équilibre social et au bien-être de la société, ils sont les bienvenus. Il reste cependant les dissensions avec le Vatican concernant ses relations avec Taïwan et la question des ordinations épiscopales. Mais sur le terrain, les choses ne sont pas bloquées par des problèmes qui relèvent du niveau diplomatique.

Quant aux protestants, ils sont beaucoup plus nombreux et très vivants. Leur visibilité est beaucoup plus importante que celle des catholiques. C’est vrai qu’historiquement, ils ont rencontré beaucoup moins de barrières que les catholiques, qui sont considérés comme liés à un pouvoir étranger, le Vatican. Celles parmi les Eglises domestiques qui sont liées à des missionnaires évangéliques étrangers un peu trop visibles se heurtent à des difficultés. La démarche de devenir protestant est bien plus facile que d’adhérer au catholicisme, mais tant le catholicisme que le protestantisme sont liés à une image de modernité dans la Chine d’aujourd’hui. Face à la croissance matérielle et aux immenses bouleversements sociaux de ces vingt dernières années, beaucoup de jeunes en recherche de valeurs spirituelles – face aussi à un vide idéologique béant – en trouvent dans le christianisme, c’est une chance pour les Eglises. Cela se remarque aussi dans les temples bouddhistes et taoïstes. JB

(*) Dongguan est aujourd’hui l’une des plus importantes régions productrices dans des domaines comme le jouet, la chaussure, les meubles ou les appareils photo.

Encadré

Dorian Malovic, pour son dernier ouvrage, a rencontré l’ancien «Garde rouge» Huo Datong, le premier psychanalyste chinois, qui a accepté à son tour de s’allonger sur le divan et de se livrer. Il publie «La Chine sur le divan», une série d’entretiens avec le «Lacan chinois» et nous ouvre ainsi les portes de l’inconscient chinois. «La Chine sur le divan, entretien avec Huo Datong», de Dorian Malovic (Plon 2008). Du même auteur: «Mgr Joseph Zen, un homme en colère: entretiens avec le cardinal de Hong Kong (Editions Bayard 2007) et «Le pape jaune: Mgr Jin Luxian, soldat de Dieu en Chine communiste» (Edition Perrin 2006) JB

Des photos de Dorian Malovic peuvent être commandées à l’agence Apic: jacques.berset@kipa-apic.ch (apic/be)

4 février 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Caux: Initiatives et Changement pose des jalons de réconciliation dans le monde

Apic Interview

La diplomatie parallèle a le vent en poupe, pour cette ONG

Valérie Bory, agence Apic

Caux, 9 août 2006 (Apic) Pour certains, le Réarmement moral est associé à un étonnant Palace 1900, perché dans les Préalpes au-dessus de Montreux. Avec un nom obsolète, où le spirituel se veut combat. Aujourd’hui rebaptisé Initiatives et Changement, le mouvement et Centre de Rencontres internationales participe à la résolution des conflits dans le monde.

Caux offre une démarche d’accompagnement des belligérants qui font appel à lui. «Mais nous ne sommes surtout pas des médiateurs», précise Cornelio Sommaruga, président de l’association faîtière Initiatives et Changement – International. L’ancien président du CICR n’a rien perdu de son dynamisme intellectuel et de son chaleureux accent tessinois en approchant de la fin de son mandat à la tête de l’ONG.

Apic: Ce qui frappe, c’est combien le Centre de Rencontres internationales de Caux a participé à l’histoire récente.

Cornelio Sommaruga: Oui. Nous avons fait une table ronde en 2002 et un homme, professeur aux Etats-Unis, qui s’était occupé de la recherche sur l’Holocauste, a rappelé qu’il était né ici à Caux, pendant cette période de la deuxième guerre mondiale. Enfant juif, il était réfugié ici .

Apic: Idéologiquement, comment qualifiez-vous l’ONG de Caux?

Cornelio Sommaruga: C’est un mouvement interreligieux basé sur des valeurs éthiques, né de l’initiative d’un pasteur protestant, Frank N.D. Buchman (un missionnaire américain né le 4 juin 1878 en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, ndr). Ce membre du groupe d’Oxford avait fait un appel avant la 2eme Guerre mondiale pour que l’on se réarme moralement. Et cela, au moment où le monde se réarmait avec de vraies armes de guerre. Ce mouvement a trouvé un terrain particulièrement fertile en Suisse, non seulement par la participation de Suisses mais par la responsabilité qu’un certain nombre de familles suisses ont prise pour pouvoir donner un lieu de rencontre à cette motivation profonde. Un lieu qui puisse permettre le dialogue, sincère et honnête, sur la base de ces valeurs.

L’institution s’est très vite ouverte sur l’oecuménisme et l’interreligieux. C’est une institution de laïcs, avec la participation de prêtres ou de ministres de religions diverses. Si vous vous promenez ici à certaines saisons, vous rencontrerez un cardinal, un métropolite et un bonze, ou un rabbin, un imam et un pasteur, ensemble.

Apic: Vous avez eu des ennuis avec le Vatican à une certaine époque.

Cornelio Sommaruga: Oui, des petits problèmes. A une période où le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg était enthousiaste pour Caux. Mgr Charrière, l’évêque d’alors, avait fait des ouvertures pour que des prêtres catholiques du diocèse puissent participer à ce qui se passait ici. Il y eut alors, à Rome, pour des raisons que je ne connais pas, quelques points d’interrogation et ce qui était à l’époque le Saint Office – le cardinal Ottaviani était déjà au pouvoir – a restreint la participation.

Mgr Charrière a dû alors faire marche arrière. Il y avait en somme des instructions catholiques romaines de ne plus aller à Caux. Ceci a duré peut-être 5 à 10 ans, suivis d’un revirement.

Jean XXIII lui-même s’était exprimé positivement sur le mouvement de Caux dont il avait entendu parler lorsqu’il était nonce à Paris. Ce qui a caractérisé ce retour en force des catholiques a été symbolisé par la venue du cardinal Franz König, archevêque de Vienne, présent à plusieurs conférences, et qui était un ami de Frank Buchman.

Apic : Mgr Genoud, évêque de LGF, est aussi venu à Caux.

Cornelio Sommaruga : Oui, au début de ma présidence, Mgr Genoud est venu comme conférencier. Le cardinal Poupard, et tant d’autres sont passés par ici, y compris des dignitaires orthodoxes. Le mouvement Sant’Egidio a fait une conférence, avec Andrea Ricardi, le président et fondateur, tout comme Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, il y a 3 ans: c’était bondé. Quant à la première réunion de rabbins et imams, organisée par Hommes de paroles à Caux, elle a jeté les ponts pour la poursuite de ces rencontres, à Bruxelles, puis Séville. J’ai même assisté à une concélébration dans notre chapelle de 5 prêtres de 5 langues différentes. Dans laquelle célébrer cette messe? Je leur avais dit: faites-la en latin ! Mais nous n’avons pas trouvé de missel!

Apic: Quel a été votre rôle en prenant la tête du mouvement faîtier international?

Cornelio Sommaruga: J’ai commencé à m’occuper de Caux dès que j’ai quitté le CICR au début de l’année 2000. En 2001 nous avons changé le nom de Réarmement moral pour Initiatives and Change – International. Puis il a fallu une structure pour mettre de l’ordre dans cette nébuleuse d’une soixantaine de pays. Il fallait protéger le nom, le logo, lancer une association internationale, consolider les relations du mouvement avec le monde international et particulièrement l’ONU où nous avons un statut consultatif, ainsi qu’un statut participatif au Conseil de l’Europe. La création d’une nouvelle «Commission de la consolidation de la paix», à l’ONU, nous a donné une ouverture que nous souhaitions.

Apic: Quelle a été votre action en Sierra Leone?

Cornelio Sommaruga: J’ai ouvert la 1ère séance informelle de la Commission de Réconciliation et Vérité du Sierra Leone, dans cette maison, en 2001. On a réussi à amener des gens qui n’arrivaient jamais à se rencontrer à Freetown.

Sur la région des Grands Lacs, nous avons eu des rencontres dès 1999 avec des Africains de la diaspora en Europe, de groupes ethniques différents. Les tensions impliquaient le Congo Kinshasa et les suites du génocide du Rwanda ainsi que le Burundi, où il y avait toujours des coups d’Etat. Le dialogue n’a pas été facile. Il y a eu des scènes d’accusations, de pardon.

Puis fin 2002, un Burundais en Suisse vient nous demander d’être, pour le Burundi seul cette fois, des «facilitateurs de négociations». Il a fallu trouver l’argent, choisir les bonnes personnes et en 2003 lors d’une réunion de 35 participants, les 2 groupes rebelles et le gouvernement, qui se faisaient la guerre, étaient tous présents. Des Tutsis et des Hutus! Ils ne se serraient pas la main et ne venaient pas aux mêmes séances. Petit à petit, ils étaient ensemble autour de la table.

C’est vrai qu’on n’a signé aucun accord, mais les fruits se voient parfois bien après. Nous sommes engagés depuis septembre-octobre de l’année dernière pour intégrer encore le dernier groupe rebelle. Le gouvernement suisse nous a financés pour ces «missions d’accompagnement» au Burundi et en Tanzanie, où ont lieu les négociations.

Apic: Initiatives et Changement a fait un communiqué concernant la guerre au Liban.Pourquoi?

Cornelio Sommaruga: On ne peut pas rester comme ça à regarder ce qui se passe. Cet appel au cessez-le feu est un pas très important pour une institution comme la nôtre. Ce n’est pas tout à fait naturel, car nous ne voulons pas entrer dans ce qui pourrait apparaître politique. De plus, nous avons, dans notre «famille» de Caux, des Israéliens, des Libanais et des Palestiniens. Comme nous tenions notre Assemblée générale le 5 août, j’ai donc préparé l’Appel à cette occasion. On a eu une belle discussion dans le Comité exécutif! Le texte ne plaisait pas à tout le monde. Son dernier paragraphe signale qu’Initiatives et Changement continue à être disponible pour fournir «à et depuis Caux» une contribution active pour rétablir la confiance. Cela veut dire que nous sommes ouverts à des initiatives possibles, que nous pourrions prendre ou qu’on nous demanderait de prendre. VB

Encadré

1900 : Le gotha international

Le siège du mouvement international et de la Fondation Initiatives et Changement se trouve toujours au-dessus de Montreux, à Caux, dans une construction de légende, aux fines tourelles de conte de fées. Il fut d’abord le plus grand hôtel de luxe en Suisse, dressé à 1’000 m au-dessus du miroir bleuté du Léman, que l’on rejoint par une petite route en lacets ou en funiculaire.

Inauguré en 1902, le Palace de Caux reçoit le gotha mondain et de nombreux artistes et romanciers, dont Scott Fitzgerald, Daphné du Maurier, le pianiste Arthur Rubinstein, Sacha Guitry, des maharadjahs, des princes d’Arabie. Avant d’héberger des soldats sous la houlette du gouvernement suisse, pendant la 2eme Guerre mondiale. VB

Encadré

1944 : Soldats de l’Empire britannique internés

A la gare de Caux, une plaque de marbre rappelle, en anglais, que «l’Empire britannique» remercie la Suisse pour avoir donné refuge à ses officiers et ses hommes pendant la 2eme Guerre mondiale. Dans le jardin une plaque commémorative de juifs hongrois qui ont trouvé refuge à Caux rappelle le passé de ce grand hôtel. Mis en faillite, il était devenu lieu d’internement en 1942 et lieu de refuge pour des juifs de Hongrie et pour les prisonniers de guerre alliés évadés d’Italie, en 1944. Avant d’être racheté en 1946 par une poignée de protestants suisses, dont le Genevois Philippe Mottu, sa femme, et Robert Hahnloser, avec l’aide de leurs amis, pour 1,05 million de francs. Ils le remettent en état avec une centaine de bénévoles. Au sortir de la 2eme Guerre mondiale les équipes de Caux ont été activement engagées dans différents processus de réconciliation entre les anciens belligérants, puis dans les processus de décolonisation. VB

Encadré

2006 : Les participants font la cuisine et le service des chambres

Aujourd’hui, l’ancien Palace de Caux est actif dans la diplomatie parallèle. Des sessions de conférences et de formation à la résolution des conflits ont lieu durant l’été. Les participants venus de partout logent à Caux et participent au service des tables, à la cuisine, au service des chambres. Le centre peut accueillir 450 personnes. Depuis la présidence de Cornelio Sommaruga, ancien et médiatique président du CICR, il y a 6 ans, il poursuit sa voie oecuménique et de résolution pacifique des conflits dans le monde. L’idée de base part du principe que le changement des comportements des individus eux-mêmes constitue le seul fondement solide d’un changement de société.

Association faîtière d’une soixantaine de pays, mais aussi fondation suisse, Initiatives et Changement est reconnue d’utilité publique. Sa tâche principale est la gestion et l’entretien du Centre de conférences de Caux. Pour couvrir ses dépenses ordinaires qui ont passé de 2 à 3,5 millions de francs suisses, la fondation est tributaire de nombreux dons et des contributions volontaires des participants aux conférences. Une bonne partie des activités sont accomplies par des bénévoles.

En 1977, la vente d’un bâtiment annexe a permis la création d’un fonds de rénovation. Depuis 1995, l’école de management hôtelier SHMS loue l’hôtel pendant son cursus annuel (en dehors des mois d’été où les conférences du Centre de Rencontres internationales de Caux prennent le relais). Initiatives et Changement met son expérience à disposition des Nations Unies. Ses centres de rencontre sont Caux, où chaque été se réunissent 1’400 à 2’000 personnes de toutes origines, et Asia Plateau, en Inde. Le Centre de Caux, qui marque cette année son soixantième anniversaire, abrite encore jusqu’au 17 août une série de cinq sessions. Organisée par des Africains, la session Agenda Pour la Réconciliation 2006 s’intéresse aux questions de bonne gouvernance, de corruption, de paix, de résolution des conflits, de commerce, de santé et de sécurité alimentaire. VB

Une photo de Cornelio Sommaruga est disponible auprès de l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch (apic/vb)

9 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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