APIC – Interview

Campagne de Carême 1994: «Les femmes animent le monde»

Ferdinand Luthiger, directeur de l’Action de Carême

Brigitte Muth-Oelschner, collaboration Maurice Page, Agence APIC

Lucerne, 1erfévrier(APIC) Cette année, les femmes sont au centre de la

traditionnelle campagne de carême qui sera lancée le samedi 19 février lors

d’une célébration d’ouverture à la Heiliggeistkirche à Berne, en présence

de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss. L’Action de Carême des catholiques (AdC) a en effet placé sa campagne – en collaboration oecuménique avec

son homologue protestant Pain pour le Prochain – sous le thème «Les femmes

animent le monde». De nombreuses personnalités féminines du tiers monde témoigneront à travers toute la Suisse des luttes et des espoirs des femmes.

Pour la 32e fois consécutive, l’Action de Carême fait appel à la générosité des Suisses pour soutenir ses projets missionnaires et de développement, mais aussi pour financer des tâches de l’Eglise suisse. Ferdinand

Luthiger, directeur de l’Action de Carême, nous parle des enjeux de la campagne et de l’organisation de l’oeuvre.

APIC:La femme est au centre de la campagne de Carême 1994. Est-ce à dire

que l’AdC découvre le féminisme?

Ferdinand Luthiger:Il y a effectivement certaines craintes que l’Action de

Carême, elle aussi, suive la vague féministe. Mais si l’on regarde les documents pour la campagne 94, l’on constate rapidement qu’il s’agit de présenter la femme dans sa réalité, que ce soit dans l’Eglise ou dans la société. Par notre action particulière, nous voulons sensibiliser les gens au

fait que l’égalité n’est pas encore entrée dans la pratique. Le Conseil de

fondation de l’AdC comme les évêques ont accepté ce thème sans problèmes.

Cela me réjouit particulièrement.

APIC:Lorsqu’on parle de programmes en faveur des femmes, on ne peut éluder

la question du contrôle des naissances. De quelle façon l’Action de Carême

encourage-t-elle le planning familial?

F.L.:Le planning familial ne consiste pas seulement à appliquer les méthodes naturelles de limitation des naissances, mais présuppose une prise de

conscience que nous cherchons à atteindre par nos programmes de formation

féminine. Plus une femme est consciente de son rôle, plus l’influence sur

la natalité est grande. Le planning familial signifie donc à notre point de

vue une paternité responsable.

Les parents doivent pouvoir choisir librement la méthode qu’ils considèrent comme bonne car ils ont une responsabilité non seulement envers l’enfant non encore né, mais aussi pour l’éducation des enfants déjà là. Nous

nous sentons soutenus dans cette opinion par un récent document de la Commission pour l’Eglise universelle de la Conférence épiscopale allemande qui

va dans la même direction.

Dans le calendrier de carême, nous présentons la position officielle de

l’Eglise catholique qui, depuis le Concile Vatican II, se prononce clairement pour le planning familial et pour une paternité responsable. D’un autre côté, nous comprenons que l’on continue de réfléchir dans ce domaine,

notamment en ce qui concerne le choix des moyens. Nous propageons les méthodes naturelles de planning familial, mais nous n’excluons pas d’emblée

et dans tous les cas l’utilisation d’autres moyens de contraception.

Etant donné que la relation entre la pauvreté et un fort taux de natalité peut être établie empiriquement, la lutte contre la pauvreté de masse

reste donc la mesure la plus décisive dans la question démographique. Ainsi

nous avons pris récemment position dans le cadre de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide en vue de la prochaine Conférence sur la population mondiale qui se déroulera au Caire cette année.

Nous avons en outre publié une brochure en collaboration avec Pain pour

le Prochain et la Déclaration de Berne qui donne la parole à des femmes du

Sud et du Nord à propos de la démographie mondiale. Ces femmes s’opposent

avant tout aux pressions et aux mesures imposées dans le cadre des politiques démographiques étatiques mises en oeuvre dans de nombreux pays en développement, par exemple les programmes de stérilisation forcée. Elles veulent pouvoir décider elles-mêmes. C’est pourquoi les femmes doivent être

informées sur les diverses méthodes avec toutes leurs conséquences.

APIC:La vie de la famille, spécialement en Afrique, est menacée par le sida. Le préservatif est à la fois un moyen de lutte contre la maladie et de

contrôle des naissances…

F.L.:De telles mesures doivent, comme je viens de le dire, être intégrées

dans des programmes pour les femmes globaux. Dans le domaine des projets de

formation féminine, on n’en reste pas à une formation de type formel, car

il s’agit d’une conscientisation. Le planning familial fait partie d’un

tout, et si ce n’est pas le cas, nous refusons un projet. par exemple, nous

ne soutenons pas de «projets sida» exclusifs, c’est Caritas qui est responsable de ce domaine.

APIC: Au contraire d’autres oeuvres d’entraide, l’Action de Carême consacre

une partie des dons à des tâches en Suisse…

F.L.:Lors du lancement de l’Action de Carême, il y 32 ans, Meinrad Hengartner, le fondateur, était d’avis qu’une Eglise missionnaire a besoin de

structures dynamiques. L’Action de Carême aida ainsi les évêques à mettre

sur pied de telles structures en Suisse. Par ailleurs, le soutien de l’Adc

n’était considéré que comme une solution transitoire, car à notre avis de

telles tâches devraient être financées par le biais de l’impôt ecclésiastique.

APIC: Du provisoire qui dure depuis 32 ans…

F.L.:En 1967, on a fondé la Conférence centrale catholique romaine de

Suisse (CCCRS, plus connue sous son sigle allemand RKZ) dont l’un des buts

était de prendre en charge la coordination des tâches ecclésiastiques en

Suisse et de décharger ainsi l’Action de Carême de son secteur Suisse. Cela

a commencé en 1972. Aujourd’hui les quelque 1’000 paroisses catholiques en

Suisse encaissent environ 700 millions de francs d’impôts, dont 70 millions

vont aux Eglises cantonales.

Sur le plan national, on aurait besoin de 7 autres millions de francs.

Seule la moitié de cette somme nécessaire provient en fait des impôts ecclésiastiques. Il est incroyablement difficile de faire comprendre aux responsables au niveau des paroisses qu’ils doivent donner 1% de l’impôt pour

les tâches nationales. Avec 0,5%, soit 3,5 millions de francs, la RKZ

devrait financer toutes les tâches suisses. Cet argent ne suffit évidemment

de loin pas, c’est pourquoi l’Action de Carême doit continuer à s’engager

en Suisse. Cette année nous avons cependant fait une percée: pour la première fois la RKZ paie 51% et l’AdC 49%. En étant réaliste, je suis content si le pourcentage de l’AdC diminue chaque année de 50’000 francs.

APIC: Quelle attente avez-vous pour la campagne de cette année?

F.L:Je suis vraiment très optimiste. Les premières séances d’introduction

ont montré que le matériel de cette campagne est très bien accueilli. La

conjoncture est certes devenue plus difficile. J’espère que nous atteindrons au moins le chiffre de l’an passé, qui était de 20,7 millions de

francs. (apic/oe/mp)

1 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Une maîtresse des nocices nicaraguayenne (070493)

Apic-Interview

dans un Carmel du Burkina Faso

Moudasso (Burkina Faso), 7avril(APIC) Au Carmel de Moudasso, la

maîtresse des novices est nicaraguayenne. Son nom en religion: Piedad du

Mont Carmel. Taille moyenne, le sourire permanent etle regard joyeux, cette

religieuse parle de sa fondation avec émotion.

APIC: Du Nicaragua au Burkina Faso, que de distance pour trouver Dieu?

Piedad: En fait, c’est de mon Amérique Centrale que je suis venue au Carmel

du Sacré-Coeur à Castillo en Espagne. C’est donc en passant par l’Espagne

que je

me suis trouvée parmi les fondatrices de Moudasso.

APIC: Une aventure facile sans doute.

Piedad: Pas vraiment. mais l’histoire est certainement merveilleusew. Elle

remonte aux sessions du Concile Vatican II. L’évêque de Castillo et celui

de Nouna-Dédougou (ex-Haute-Volta, actuellement Burkina Faso) se trouvaient

côte à côte dans la basilique St-Pierre. Ils ont échangé sur leurs forces

pastorales respectives. L’amitié et le contact entre les deux diocèses

étaient lancé, et quelques années plus tard,

des prêtres diocésains espagnols «Fidei Donum» du diocèse de Castillo

fondaient une paroisse à Safané, dans le diocèse africain. Depuis lors, les

évêques ont changé. Mais les liens se sont maintenus. Mgr Zéphyrin Toé,

l’actuel évêque de Nouna-Dédougou, a exprimé son désir d’avoir un monastère

de contemplatives che lui. Tant que cela ne se réalise pas, disait-il

souvent, mon Eglise n’est pas complète».

APIC: Comment s’y est-il pris?

Piedad:Un jour Mgr Toé débarque dans notre diocèse espagnol pour recevoir

des soins médicaux. Le diocèse de Castillo compte 12 monastères

dont le nôtre. Il exprime son désir que des carmélites viennent fonder un

monastère au Burkina Faso. A vrai dire cela nous a paru d’abord incroyable.

Venir s’installer en Afrique était pour nous comme une blague. Le climat,

la langue, la distance…autant de problèmes qui nous paraissaient

insurmontables. Mgr Toé a continué d’insister auprès de notre Mère

prieure pendant plusieurs années. Et puis, nous nous trouvions déjà si

peu nombreuses dans notre monastère. Je me souviens de cette phrase que

l’évêque burkinabé nous afinalement lancé: «Femmes de peu de foi, venz et

vous aurez des vocations».

APIC: Vos hésitations ont-elles continuées?

Piedad: Je peux dire que la grâce de Dieu s’est pleinement révélée.

L’autoriation de Rome d’ouvrir un Carmel au Burkina Faso obtenue, six

soeurs se ont mises en route en février 1980. Quatre veanient de notre

monastère. Dès le mois de juillet de la même année, elles étaient toutes

remplacées en Espagne. Vraiment Dieu a répondu à notre attente.

APIC: Comment se présente aujourd’hui le Carmel de Moudasso?

Piedad: Son visage est bien universel. Il y a 15 carmélites de huit

nationalités. Nous sommes cinq Espagnoles, une Française, une Allemande,

une Cubaine, 3 Togolaises, une Bukinabé et 2 Maliennes. Moi-même je viens

du Nicaragua.

APIC: Racontez-nous une journée au Carmel. Débute-t-elle à 3 heures du

matin comme certains le pensent?

Piedad: Notre Mère, Thérèse d’Avila, était une femme très sage. Jamais dans

le Carmel elle n’a voulu que ses soeurs interrompent comme cela leur

sommeil. Chez nous le lever est à 6 heures. Il est suivi de l’Office et de

la prière de louange. En continuation, nous avons l’eucharistie après

laquelle nous restons encore une heure complète en silence. Vous savez que

la carmélite est d’abord une contemplative. Puis à 8h30, nous prononçons

le petit déjeuner. Puis chacune va à son travail: jardin, élevage, cuisine.

Nous devons travailler de nos mains pour subvenir à tous nos besoins. tous

les emplois sont assurés par la communauté. Il n’y a aps de boys ou de

cuisiniers. A 11 heures, les novices suivent des cours d formation. Les

sextes ont lieu à midi, suivis durepas au cours duquel nous écoutons une

lecture. Après la vaiselle nous nous rassemblons pour la détente jusqwu’à

13h45. A partir de ce moment, chaque carmélite va dans son ermitage. làelle

prie, étudie, se recueille. A 15 heures commence la lecture spirituelle.

les occuoations manuelles reprennen à 16 h. Deux fois par semaine, elles

sont entrcoupées par une répétition de chant. A 18h30, nous nous apprêtons

pour les vêpres, prolongés par un temps de prière silencieuse jusqu’à

19h45. Viennent ensuite le souper t la rencontre communautaire. Vigile à

21h, office des lesctures et complies. vous comprendrez qu’après une telle

journée, la carmélite a besoin de repos.

Quelle est la spécificité de la vie carmélitaine?

8 avril 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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