Delémont :Le cardinal Henri Schwery face à la dimension spirituelle de la maladie

APIC-Interview:

«La maladie n’est pas une punition de Dieu»

Propos recueillis par Monique Rion

Delémont, 22 novembre 1999 (APIC) La maladie n’est pas une punition de Dieu. Répondant aux questions des chrétiens affrontés à la maladie, la mort ou au problème du mal en général, le cardinal Henri Schwery l’affirme. De plus, les anciennes pratiques de mortification proviennent d’une mauvaise conception du «sacrifice». Sans approuver le suicide et l’euthanasie active, l’ancien évêque de Sion montre pourtant un grand respect envers ceux qui prennent ces décisions difficiles. Il était récemment l’invité dernièrement de la Ligue jurassienne contre le cancer au Centre «L’Avenir» à Delémont. Interview.

APIC: “La dimension spirituelle de la maladie>> est le sujet qui vous amène dans le Jura. La maladie est-elle punition ?

H. S. : Pas du tout ! La plus grande partie des maux qui nous accablent pourrait être assimilée à une punition dans le sens que nous en sommes complices dans les causes. A bicyclette, si j’arrête de pédaler et que je freine, je tombe : punition ? Je préfère dire conséquence. La punition sous-entend quelqu’un de méchant qui vous l’inflige : c’est impensable de la part de Dieu ! Il y a des maux qui nous affligent qui sont des conséquences inévitables de l’ordre de la création: Je développe souvent cette approche en pensant à la loi de la gravitation. La tuile mal fixée tombe du toit par jour de vent ! Je peux être en partie coupable de cette conséquence par mon imprudence. Une des vocations fondamentales de l’être humain est de travailler, d’autant plus qu’il est pécheur, pour essayer de comprendre et de maîtriser ces lois naturelles. Prenez maintenant la maladie dans ce contexte, il faut essayer de la contrecarrer. La lutte contre la maladie est dans la nature même de l’homme. Cette lutte est en même temps volonté de Dieu.

APIC: Que pensez-vous des pratiques de mortification pour gagner le paradis ?

H. S. : Dieu ne veut pas que nous soyons malades. Il constate que les lois de la nature font qu’un microbe a réussi à perturber l’un de nos organes. Se plier à sa volonté doit être un engagement pour que notre intelligence domine le problème. Et si à travers l’expérience de la maladie et de mon corps qui devient fragile et s’effrite, mon âme peut grandir et ma psychologie se fortifier, c’est positif. Dans les prédications faites dans les églises jusqu’au milieu du 20e siècle, on a, me semble-t-il, un peu trop cultivé le goût du sacrifice. D’abord, on ne gagne pas sa place au paradis. Je peux gagner un salaire sur la terre. Mais une grâce surnaturelle ne se gagne pas. Je ne peux que la recevoir. S’imposer un sacrifice pour plaire à Dieu, il y a 3000 ans que c’est faux!. Lisez les psaumes. Dieu ne veut pas d’holocaustes, il veut notre cœur !

APIC: Quel est votre regard sur les enfants malades, les enfants cancéreux ?

H. S. : C’est une anarchie de la nature, des accidents de parcours dans le développement des cellules. C’est désarçonnant, je suis le premier choqué ! Que puis-je faire si je ne peux éviter le mal? Je ne peux que pleurer, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte. Ma deuxième réaction sera celle d’un être humain qui se veut solidaire et qui essaye de sympathiser au sens fort du terme. Le premier moyen à disposition pour un croyant est la prière. Crier avec les autres cette souffrance concrète au Père céleste. Deuxième moyen: vaincre ces maladies, d’où l’importance de la recherche scientifique et de la prévention. L’accompagnement est le troisième niveau où indirectement le mal peut nous faire grandir collectivement. Mais le mal n’est pas la volonté de Dieu. Oser demander des miracles ? L’Eglise a d’ailleurs des prières très officielles contre les maux qui accablent les hommes. Ni Dieu, ni les hommes n’en sont d’ailleurs coupables. La procession des Rogations est une des manières de demander des bienfaits pour aujourd’hui. Malheureusement le monde moderne méprise et se méfie de ces prières.

APIC: Votre approche de la mort ?

H. S. : La mort n’est pas une conséquence du péché. Elle est dans la nature même de la création. Scientifiquement, tout ce qui est vivant a une fin naturelle. Mais le péché introduit l’aspect douloureux de la mort, la peur de la mort. Il faudrait s’entraîner à voir la mort comme quelque chose de positif, une invitation permanente à rentrer dans la maison du Père comme le fils prodigue. Et lutter contre les aspects négatifs dont la peur. Cette dernière n’est pas chrétienne, mais humaine.

APIC: Que pensez-vous du suicide, ou de l’euthanasie, lorsqu’il n’y a plus d’espoir?

H. S. : Je ne juge pas mais je dois aider les personnes à éviter ces actes pour une raison fondamentale qui se trouve dans la Bible : «Tu ne tueras pas». Mais ceux qui pratiquent le suicide ou l’euthanasie, la plupart, agissent avec de bonnes intentions même si leur choix est une erreur. Ce sont des gens qui sont accueillis au paradis, j’en suis persuadé. En revanche je dois continuer à lutter car je suis co-responsable du respect de la vie. L’exclusion pratiquée autrefois par l’Eglise contre les suicidés était le seul moyen de protéger les gens contre l’aspect épidémique du suicide. Aujourd’hui, il y a d’autres moyens de protection que cet épouvantail. Quant à l’euthanasie passive ou active – on coupe un peu les cheveux en quatre ! – on doit soigner quelqu’un pour diminuer ses souffrances. L’acharnement thérapeutique par contre n’est pas pour le bien du malade. Mais pour les progrès de la science ou la fierté du chef de clinique. Il y a là un problème de transparence à résoudre du côté des chercheurs. (apic/sic/mr/ba)

22 novembre 1999 | 00:00
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Comment placer son argent

APIC – Interview

«chrétiennement»?

15e anniversaire de l’Association romande de soutien à la SCOD

La SCOD, la banque oecuménique qui prône le «prêt solidaire»

Bernard Bavaud, Agence APIC

Neuchâtel, 5mai(APIC) Depuis les révélations sur le blanchissage d’argent

sale provenant du trafic d’armes ou de la drogue, de plus en plus d’épargnants souhaitent connaître l’usage que la banque fait de leurs économies.

Mieux, des banques nouvelles ont vu le jour, où les déposants attachent

plus d’importance aux types de projets financés qu’aux taux d’intérêt ou

aux dividendes escomptés. Depuis 15 ans, en Suisse romande, une Association

popularise l’idée du «prêt solidaire» dans le cadre de la SCOD, une banque

coopérative oecuménique de développement.

On commence à connaître la Banque alternative suisse (BAS) qui pour le

moment se développe en Suisse alémanique surtout. Plus ancienne et connue

en particulier dans les milieux chrétiens, la Société Coopérative Oecuménique de Développement (SCOD) a été fondée en 1975 à Amersfoort, aux PaysBas, à la demande du Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève. Grâce

à l’argent récolté dans les pays du Nord, la SCOD investit dans des projets

de développement au Sud.

Dans notre région, c’est l’Association suisse romande de soutien à la

SCOD – qui fête cette année ses 15 ans d’existence – qui collecte et achemine les contributions individuelles et des institutions vers cette banque

d’un genre nouveau. L’APIC a rencontré Marie-Claire Roulin, de Neuchâtel,

l’actuelle présidente de l’Association. Elle souligne que les fonds récoltés sont en légère augmentation, malgré la crise.

APIC:La crise économique qui frappe en particulier la Suisse romande n’at-elle pas affecté la SCOD ?

M.-C.Roulin:Certes, si l’on regarde les comptes de l’année dernière, on

s’aperçoit que des «prêteurs» ont retiré leur capital investi à la SCOD.

Les retraits sont plus nombreux probablement à cause de la situation économique actuelle, parce que ces personnes ont maintenant besoin de cet argent

ou parce que les enfants étant plus grands, ils participent aux frais de

leurs études. C’est normal. Cela montre bien que la SCOD est une banque et

non pas une «bonne oeuvre» financière à fonds perdus. Malgré cette tendance, nous constatons un accroissement du capital-actions d’environ 80’000

francs en 1993.

Ils sont 365 à faire confiance à la SCOD en Suisse romande, un nombre

qui augmente très légèrement chaque année, bien que nous soyons cependant

dans une phase de stagnation. Nous faisons évidemment partie des petites

Associations de soutien à la SCOD, si l’on compare par exemple avec l’Allemagne. L’association de soutien suisse-alémanique, bien qu’étant entrée à

la SCOD après nous, progresse plus vite. Il faut cependant rappeler que la

situation financière des Eglises cantonales en Suisse alémanique est bien

meilleure qu’en Suisse Romande, spécialement à Genève et à Neuchâtel.

APIC: Parmi les bons clients de la SCOD, peut-on compter les paroisses protestantes et catholiques ?

M.-C.Roulin:Hélasnon! Les fondateurs de la SCOD avaient pensé que les

Eglises locales et les paroisses allaient naturellement investir dans cette

nouvelle banque, comprendre facilement le pourquoi évangélique d’un placement répondant à des critères éthiques. Il a fallu déchanter. Finalement,

dans les paroisses, trop de responsables financiers sont de «bons gestionnaires» qui veulent absolument que «leur» argent rapporte le plus possible

d’intérêts. Le capital-actions de la SCOD provient majoritairement des associations de soutien qui recueillent les prêts individuels des chrétiens.

Au fond, les paroisses n’ont pas approfondi la différence entre don et

prêt. La SCOD verse depuis quelques années un dividende de 2%. Avec ce

taux, il est clair que la SCOD n’est pas attractive par rapport à ce qu’offraient les autres banques il y a quelques années, soit du 6 à 7%, voire

plus. Les financiers des paroisses ont en outre un peu peur que cette banque oecuménique, certes bien intentionnée, ne soit pas très solide financièrement. «Mieux vaut faire un don; pourra-t-on vraiment me rendre cet argent en cas de besoin?», se demandent toujours les caissiers prudents…

Les prêteurs individuels et quelques organisations tiers-mondistes et

ecclésiales ont cependant compris le sens évangélique de la SCOD. Pour la

Suisse entière, le capital-actions en 1993, se monte à 8 millions de francs

suisses. Ce n’est pas énorme, mais ce n’est pas insignifiant.

APIC: Quelle ressemblance avec la Banque alternative suisse (BAS)?

M.-C.Roulin:La SCOD est assez différente de la Banque alternative. Cette

dernière fonctionne uniquement avec des clients suisses et soutient des

mouvements écologiques, culturels, communautaires et à caractère social

dans notre pays tandis que la SCOD s’occupe de projets de développement

dans le tiers monde et, depuis quelques années, d’investissements dans certains pays de l’Est européen. Dans leur conception éthique cependant, la

BAS et la SCOD sont proches. Les gens qui investissent à la SCOD et à la

Banque alternative, ce sont des personnes qui acceptent, par idéal religieux ou politique – souvent les deux à la fois – de prêter de l’argent en recevant des intérêts ou dividendes inférieurs à ceux des autres banques. La

Banque alternative, à mes yeux, prend moins de risques financiers que la

SCOD. A cause de la situation financière des Suisses d’abord. Ensuite la

BAS n’a pas pas de problèmes de variation du cours des changes, enfin les

projets élaborés dans le tiers monde sont parfois moins bien organisés.

Malgré ces risques, peu de projets ne remboursent pas leur prêt. Cela

peut arriver, par exemple, lors d’un typhon, d’une guerre locale ou d’un

changement politique dans le pays. Ce n’est pas nécessairement parce que

ces projets étaient mal préparés. La SCOD engage du personnel pour aider

les personnes sur place – petites entreprises communautaires, coopératives

d’artisans ou de pêcheurs… – à faire des investissements corrects.

APIC: Comment en êtes-vous arrivée à prendre des responsabilités au comité

de la SCOD?

M.-C.Roulin:J’ai connu la SCOD grâce à ma mère, très âgée, dont je m’occupais. Il y a quelques années, elle me dit à brûle-pourpoint: «Tu sais, il

y a une banque oecuménique qui prête autrement». Je me suis renseignée auprès du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Nous avons réfléchi ensemble. Ma mère, mon mari et moi sommes alors devenus membres de la SCOD. Le

COE nous a aidés à voir clair sur l’Afrique du Sud en demandant de retirer

notre argent des grandes banques suisses soutenant le régime d’apartheid.

Ce boycott a permis de mieux comprendre notre propre responsabilité face

à l’argent que nous plaçons dans les banques. De plus, pour une fois, les

Eglises ne demandaient pas un don mais un prêt, une manière nouvelle d’aider le tiers monde, moins paternaliste. En effet, le don peut quelquefois

humilier, car il appelle la reconnaissance, implique une relation de dépendance du plus pauvre envers le plus riche.

Les paroisses, à mon avis, n’ont pas bien analysé cette manière de faire. Elles préfèrent le don que l’on ne fait qu’une fois chaque année à un

prêt qui se base sur une certaine relation d’égalité. Les quêtes pour les

missions chrétiennes en Afrique ou ailleurs – implantées, ne l’oublions

pas, au moment de la colonisation – n’ont-elles pas influencé durablement

nos mentalités avec cette notion du don pour ces «pauvres gens»?

Dans mon enfance les Eglises nous inculquaient un puissant paternalisme

envers les «indigènes» dont nous parlaient les missionnaires de passage. La

statue du «petit nègre disant merci avec sa tête» quand nous lui mettions

quelques sous en était la vivante image. La SCOD, c’est une autre conception de la charité chrétienne. C’est pourquoi, un jour, sachant que le comité de l’Association romande cherchait de nouvelles forces, je me suis annoncée.

APIC: Comment qualifierez-vous la SCOD ?

M.-C.Roulin:D’abord d’»oecuménique». Avant même que Pain pour le Prochain

et l’Action de Carême se mettent ensemble, au moins pour le thème et la

réalisation de la campagne de carême, la SCOD avait ce caractère oecuménique. Il est urgent que les Eglises travaillent ensemble pour améliorer,

dans la dignité, la situation catastrophique des pays du Sud. Deuxièmement,

la SCOD me paraît une action évangélique de partage original.

Pour 1993, le montant du capital-actions de la SCOD était de 120 millions de florins, soit à peu près 90 millions de francs suisses. Face aux

milliards de francs de bénéfices de nos grandes banques, ce n’est certes

pas grand chose. Mais c’est un signe tout de même que des chrétiens commencent à changer leur regard sur leur manière de gérer leur argent. Une petite graine qui pourrait devenir un jour un grand arbre! (apic/ba)

Encadré

L’Association suisse romande de soutien à la SCOD existe depuis 1979 avec

le parrainage du Département Missionnaire Romand, de l’Eglise catholique

chrétienne de Genève et de Caritas-Genève. Elle reçoit des placements à

partir de 100 florins (environ 75 francs suisses). Elle transmet ensuite à

la SCOD les fonds qu’on lui confie en établissant un compte (fiducie). Elle

contrôle l’activité de la SCOD et rembourse sur demande les fonds des fiduciants, conformément aux statuts. Elle verse aux fiduciants la part du dividende qui leur revient.

Le but principal de la SCOD est de promouvoir l’intérêt de ses membres

pour la coopération à la justice sociale, à la croissance économique et à

l’autonomie des régions pauvres du monde, en accord avec les principes moraux et sociaux du COE. La société favorise ce processus par des prêts à

des conditions favorables, des investissements directs, des dons et des garanties de prêts. Ces opérations sont conforme aux normes d’une gestion financière saine. Pour réaliser son but, la Société suscite un double effort.

Dans les pays du Sud: dépasser la mentalité d’assistés pour apprendre à gérer son capital – si modeste soit-il – de manière à aboutir le plus rapidement possible à l’autonomie financière et à l’indépendance économique. Dans

les pays industrialisés: apprendre la solidarité avec des pauvres non seulement par des dons, mais encore par des prêts, des investissements comportant des risques parce que leur but prioritaire n’est pas la rentabilité

mais le développement solidaire. (apic/ba)

L’association suisse romande de soutien à la SCOD fêtera ses 15 ans

d’existence le samedi 28 mai à la paroisse protestante de la Sallaz à Lausanne, lors de son Assemblée générale. Des fondateurs de l’association évoqueront les premiers pas de cet engagement de chrétiens pour une banque

«pas comme les autres».

Des photos de la SCOD peuvent être obtenues auprès de l’agence APIC.

5 mai 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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