Mongolie: Une chrétienté naissante vue par Jacqueline Thevenet.
APIC Interview
Une poignée de Mongols découvrent le Christ
Jean-Claude Noyé, agence APIC
Paris, 6 avril 2000 (APIC) La Mongolie, un pays trois fois plus grand que la France, compte quelques centaines de chrétiens perdus au milieu d’une population adepte du bouddhisme tibétain. Une mission catholique y est à nouveau présente depuis huit ans, après 70 ans d’un pouvoir de type soviétique qui avait fermé les portes aux missionnaires étrangers. Jacqueline Thevenet nous parle de cette mission internationale et de ce visage de l’Eglise universelle représenté par cette chrétienté ultra-minoritaire, mais fervente et en devenir.
Auteure de deux livres sur la Mongolie (1), co-fondatrice du trimestriel «Anda» consacré à ce même pays, Jacqueline Thevenet est membre associée du Centre d’études mongoles (2). Elle a appris la langue mongole, réputée difficile, et a vu naître et grandir la mission catholique mongole.
Après les missionnaires de l’Eglise nestorienne venus vraisemblablement de Mésopotamie avant l’an mille, au XIIIe siècle diverses missions diplomatiques furent envoyées par le pape auprès des Khans de Mongolie. Des Pères lazaristes français ont également prêché le christianisme sur le territoire de la Mongolie actuelle au milieu du siècle passé. La mission d’Urga a été érigée par le Saint-Siège en 1922 et fut confiée aux missionnaires belges de Scheut, qui y sont retournés lors du rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican en avril 1992. Jacqueline Thevenet y est allée à quatre reprises, «séduite par la gentillesse et le sens de l’hospitalité des Mongols ainsi que par la beauté des grandes étendues de steppe.»
APIC : Quelle est, à grands traits, l’histoire de la mission catholique en Mongolie ?
J.T. : Le Père Guillaume de Rubrouck, un franciscain, est arrivé en 1254 en Mongolie, où il a retrouvé des descendants de chrétiens nestoriens (3). Des missionnaires de la Congrégation belge du Cœur Immaculé de Marie (CICM), dits scheutistes, lui ont emboîté le pas au siècle dernier. En 1922, la «Propaganda Fide», ancêtre de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, demanda aux scheutistes installés en Mongolie (actuelle Région autonome de Mongolie intérieure, en Chine Populaire) d’ouvrir une mission à Urga, actuellement Oulan Bator. Mais la même année les Mongols s’étaient placés sous le contrôle des Soviétiques, ce qui excluait toute intervention des missionnaires.
APIC : Il faut attendre 1992 pour que l’Eglise catholique reprenne pied, après que le
gouvernement mongol ait lui-même réclamé au Vatican l’envoi de missionnaires…
J.T. : Absolument. Après l’effondrement de l’Union soviétique, la Mongolie a cessé d’être une république populaire et s’est ouverte à l’étranger. Le nouveau gouvernement voulait obtenir une légitimation internationale supplémentaire par la création de relations diplomatiques avec le Vatican, les Mongols redoutant plus que jamais l’hégémonie des deux grands «frères», russe et chinois. Ils savaient par ailleurs que l’Eglise catholique contribuerait au développement du pays en s’investissant dans les domaines sociaux et éducatifs.
APIC : Les débuts n’ont pas été faciles !
J.T. : Quand les Pères Wens Padilla, supérieur de la mission, et Gilbert Sales, tous deux des scheutistes philippins, sont arrivés à Oulan Bator en compagnie de Robert Goessens, scheutiste belge – qui, à 64 ans, avait passé plus de 30 ans au Japon -, il n’y avait pas de structures d’accueil, pas d’église, pas de fidèles. Il fallait en outre s’adapter à un climat très rude, à la culture d’un peuple essentiellement nomade, à sa langue et aux difficultés d’une société très majoritairement bouddhiste qui avait subi le joug communiste pendant 70 ans. Les missionnaires ont vécu de façon précaire dans six lieux différents avant que le Centre missionnaire de l ’Eglise catholique, un bâtiment de cinq étages, ne soit construit en 1996.
APIC : Combien de membres la mission catholique compte-t-elle aujourd’hui ?
J.T. : Dix-huit, dont quatre prêtres scheutistes (deux Philippins, un Belge, un ressortissant du Congo RDC), un prêtre «fidei donum» coréen, deux frères scheutistes (un Philippin et un Congolais) ainsi que onze religieuses. Celles-ci sont réparties en trois Congrégations : Sœurs du Cœur Immaculé de Marie (CICM : trois Philippines, une Belge), Sœurs de Saint Paul de Chartres (quatre Coréennes) et Sœurs missionnaires de la Charité ou sœurs de Mère Teresa (une Indienne, une Polonaise, une Bengalie et une Italienne).
APIC : Quel est leur apostolat ?
J.T. : Les sœurs CICM donnent des cours d’anglais et de Bible et animent les groupes de jeunes. Les Sœurs de Saint Paul de Chartres ont créé un centre de formation pour filles où elles donnent des cours de couture et d’informatique. Les sœurs de Mère Teresa remettent à niveau des enfants non scolarisés de familles très pauvres. Les prêtres et les frères travaillent avec les handicapés, visitent les prisons et surtout s’occupent des enfants des rues. On n’en dénombre pas moins de quatre mille dans tout le pays, principalement à Oulan Bator. Au centre créé par les scheutistes, cent trente d’entre eux (contre une quarantaine au début) sont recueillis, nourris, logés et scolarisés. Enfin, il y a le travail pastoral à proprement parler : inculturation de la liturgie et catéchèse.
APIC : Quel est l’impact évangélisateur de cette mission ?
J. T. : Depuis qu’elle a obtenu le statut d’Eglise en 1996 (3), la mission catholique a toute latitude pour exercer le culte et baptiser. En 1995, treize jeunes Mongols (de dix-huit à quarante ans) ont été baptisés. Fin 1999, on comptait quatre-vingt dix Mongols baptisés et une centaine de catéchumènes, surtout des jeunes. J’ai été frappée lors de mes séjours en 1997 et en 1999 par l’atmosphère très chaleureuse et fervente des offices. Les catholiques mongols forment une communauté unie et enthousiaste, à l’image des premiers chrétiens. Souvent attirés par l’opportunité d’apprendre l’anglais et de s’ouvrir au monde occidental, ces jeunes assistent par curiosité aux offices célébrés en anglais et en mongol, à la différence des rituels bouddhistes, non traduits du tibétain. Séduits par leur participation active à la liturgie catholique, ils découvrent alors avec joie une religion où il est possible de s’adresser directement à Dieu, sans intermédiaire.
APIC: Les perspectives d’avenir sont-elles optimistes ?
J.T. : A priori, oui. Le gouvernement, qui a pris des mesures pour limiter l’essor des sectes, a vite fait la part des choses. L’Eglise catholique est bien considérée par le gouvernement, en raison de la qualité de son travail sur le terrain et de sa discrétion. (4). Les jésuites se sont engagés à envoyer chaque année un des leurs et les salésiens de Don Bosco sont d’accord pour développer en Mongolie des écoles techniques. Le Père Padilla songe à implanter une mission à Dakhan et à Erdenet (87’000 et 59’000 habitants). Il voudrait également que des missionnaires accompagnent des familles nomades pour leur prodiguer soins et éducation.
APIC : Les chrétiens sont-ils engagés dans un dialogue interreligieux avec les bouddhistes ?
J.T. : Pas à ma connaissance. Le bouddhisme, lui-même, est en plein renouveau. Ses dignitaires redoutent sans doute un peu le développement du protestantisme (une vingtaine de cultes et dénominations) et du catholicisme. Mais les chiffres sont là: les chrétiens sont encore loin de représenter 1% de la population. (apic/jcn/ba)
APIC – Interview
APIC:
Martin Hauser: Nous vivons dans un monde en pleine mutation, au niveau
mondial et européen. Si je pense à l’Europe, il est évident qu’une nouvelle
Europe ne pourra pas être crée si elle ne repose pas sur une base
spirituelle commune. Cette base n’a pas encore été trouvée parce que les
sociétés européennes vivent un moment de crise et qu’il n’y a aucun
consensus sur les valeurs éthiques et spirituelles.
Les valeurs éthiques par exemple sont dépendantes de
l’appartenance ou de l’influence confessionnelle. Il n’y aura pas d’Europe
de demain si un consensus ou au moins des convergences n’existent pas
dans les questions sprirituelles ou éthiques décisives. Les grandes
confessions chrétiennes jouent un rôle déterminant par exemple à ptopos de
la question de la présent de Dieu dans nos vies, dans l’Histoire et dans le
cosmos. Mais aussi dans des questions comme la compérhension de
l’homosexualité. Sur le chemin du rapprochement des confessions, le
dialogue avec l’orthodoxie prend une signification décisive.
En Roumanie, pays où l’orthodoxie est profondément enracinée, je
cherche par mes cours et mes séminaires à créer un tel dialogue avec les
étudiants et le corps enseignant orthodoxes, en partivulier à l’Université
de Bucarest. A côté des différences confessionnelles et culturelles, il
existe bien des éléments qui nous relient en profondeur. Je pense en
particulier au fait que dans la région de l’actuelle Roumanie, les
principales confessions chrétiennes cohabitent depuis des siècles et
elles ont expérimenté dès le XVIe siècle la tolérance mutuelle alors que
ce thème n’était pas du tout à l’orde du jour.
En tant que théologien protestant, il me tient particulièrment à coeur
de faure connaître ma confession dont l’image est assez obscurcie,
peut-être à cause de la présence de certains groupes sectaires en Europe
de l’Est identifié au protestantisme. Je cherche à montrer que le
proteystantisme aussi est capable de dialoguer et de s’ouvrir aux autres.
APIC: Quelles sont les pincipales Eglise de Roumanie et quelles sont les
relations entre elles?
MH: Il s’agit de l’Eglise orthodoxe, de langue roumaine; de l’Eglise
réformée de la confession helvétique de langue hongroise; de l’Eglise
catholique-romaine de langue roumaine et hongroise; de l’Eglise
luthérienne de la Confession d’Augsbourg, de langue allemande; et des
baptistes de langue hongroise et roumaine. Nous avons donc un panel
repésentatif des grandes Eglise chrétiennes.
Dans la passé, avant le changement de 1989, ces Eglise avaient entre elles des relations oecuménique intéressantes, en particulier au niveau universitaire où des rencotre interfacultaires étaient organisés régulièrement
pour les professeurs et les responsables d’Eglise.
APIC: Ces colloques avaient surtout des visées politiques…
MH: Certainement, la politique était très présente. Elle utilisait la
présence indispensable des Eglises chrétiennes et cherchait à travers
l’oecuménisme à réunir les forces intérieures de la Roumanie et à donner à
l’extérieur l’image d’un pays acueillant – ce qu’elle est en fait -. En
tant que théologien protestant suisse , pour moi, l’essentiel a été de
constater que ces rencontres ont mis en évidence d’importants points de
convergence sur des questions de foi, la signification des profession de
foi, la compréhension des sacrements



