APIC Interview

Rencontre avec «Pepe» Mujica, ex-guérillero, horticulteur et…sénateur de la République

On me regarde comme le crapaud d’un autre étang

Jacques Berset, APIC

Peut-être les avez-vous croisés sur leur vélomoteur, casque visé sur la tête, tirant une remorque dans les rues de Montevideo, la grouillante capitale de l’Uruguay. Lui en short et sandales, moustache et rouflaquettes au vent; elle, sur le siège arrière, un grand bouquet de fleurs à la main. Deux anciens guérilleros «Tupamaros», humanistes reconvertis dans l’horticulture… et le combat politique démocratique.

Elle, c’est Lucia Topolansky, fluette paysanne aux cheveux blancs, députée au Parlement uruguayen. Lui, c’est son compagnon, José «Pepe» Mujica, aujourd’hui membre de la Chambre des Sénateurs, où il détonne avec son éternel jeans et sa chemise ouverte. «Je ne suis pas un écologiste urbain à la nouvelle mode», nous confie-t-il dans son langage fleuri d’ex-guérillero marxiste redevenu fermier. Pepe cultive 14 hectares de fleurs et de luzerne à Rincon del Cerro, dans la campagne du département de Montevideo.

A sa sortie de prison – où il a passé près de 14 ans sous le régime de dictature militaire, pour «activités terroristes» -, Pepe est retourné à la campagne parce que c’est là qu’il trouve sa vraie liberté. Pas parce que cela aurait fait bien dans les milieux de gauche à la sauce universitaire. S’il ne se dit pas explicitement croyant, l’ex-guérillero retrouve une religiosité sous la frondaison d’un grande arbre: «J’ai un grand respect pour la tradition chrétienne, elle fait partie de notre identité nationale et on y trouve des semences de progrès. Si Dieu existe, je le trouve dans la nature et dans les champs, dans un quasi panthéisme».

JB: José Mujica, vous passez pour l’homme politique le plus atypique d’Uruguay…

JM: Effectivement, je passe pour atypique, comme tous les autres ex-guérilleros élus au parlement: il y a quatre «Tupamaros» à la Chambre des députés et deux au Sénat, élus sur les listes du mouvement de masse MPP, Mouvement de Participation Populaire. On me regarde comme le crapaud d’un autre étang. Je suis né dans une petite ferme, je suis issu de la glèbe, «une motte de terre sur pattes». Je suis fier d’être paysan, même si dans ce pays hautement urbanisé que l’on appelait autrefois la Suisse d’Amérique latine, le mot peut sembler étrange!

JB: Vous êtes aujourd’hui sénateur, une personnalité politique respectée, après avoir été un membre fondateur d’un groupe qualifié par la dictature militaire de «terroriste».

JM: Avec ma compagne Lucia, nous sommes de vieux soldats «Tupamaros», engagés dès 1962. Nous avons milité quasiment toute notre vie. Nous avons passé tous les deux entre 13 et 14 ans en prison, dans des conditions difficiles… la torture. Ma première arrestation date de 1964. Dans les années 70 j’ai été capturé à deux reprises, mais j’ai réussi à m’échapper. J’ai finalement été pris à la fin de 1972. Nous sommes restés en prison jusqu’à la Loi d’Amnistie de 1985. Dix ans plus tard, j’étais élu député à la Chambre des représentants pour le département de Montevideo, avant d’entrer au Sénat en février de l’année dernière. Lucia est aussi entrée au Parlement l’an dernier.

Pour comprendre la lutte armée, à laquelle nous avons participé, il faut tenir compte des circonstances historiques. Je considère que dans le contexte actuel de l’Uruguay, le combat doit être une lutte de masse, sinon nous ferions le jeu de l’extrême droite. D’autre part, la démocratie n’est pas une valeur à déprécier. Nous contestons la démocratie bourgeoise, parce qu’elle est justement peu démocratique: elle est de fait censitaire, trop soumise à la richesse, et doit donc être approfondie. Nous ne sommes pas contre la démocratie, nous sommes contre la limitation de la démocratie !

JB: Lors de la rencontre des parlementaires au Forum Social Mondial de Porto Alegre, contrairement à la majorité, vous ne vous êtes pas contenté de dénoncer le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale…

JM: Ce fut pour moi très important de voir qu’entre des gens venus du monde entier, de réalités très diverses, l’on puisse spontanément viser des objectifs communs. Cela signifie qu’il y a une réponse possible aux effets désastreux d’une politique globale néo-libérale. Pour l’Uruguay, qui était créditeur à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, nous constatons que les graves conséquences de la dette extérieure sont aussi dues à nos propres politiques. Qui est allé mendier des emprunts à Washington, si ce n’est nos dirigeants ?

JB: Si l’économie se porte mal, c’est aussi dû à la chute des prix à l’exportation…

JM: Certes, l’économie uruguayenne stagne: depuis deux ans, l’indice de croissance est négatif (-2,5% en 1999) et la baisse des prix mondiaux des principaux produits d’exportation – viande, laine, riz – a fortement touché les producteurs. Mais il faut aussi être autocritiques et cesser de rejeter toute la faute sur des boucs émissaires étrangers. Ainsi, au sortir de la guerre, les Anglais nous devaient de l’argent. Pour payer leurs dettes, ils nous ont remis les infrastructures qu’ils possédaient: compagnies frigorifiques, de gaz, d’eau, chemins de fer…

Aujourd’hui, le gouvernement veut privatiser les entreprises d’Etat et brader le patrimoine national pour payer la dette extérieure. Notre endettement nous a conduits à une impasse. L’Uruguay exporte pour près de 2,5 milliards de dollars par an, et paie des intérêts dépassant 700 millions de dollars. Le pays importe pour un milliard de dollars de plus qu’il n’exporte. Face à cela, nous proposons une vision régulatrice de l’économie pour certains secteurs: il faut que le volume d’importations s’adapte à la capacité d’exporter, pour éviter le déficit abyssal de la balance des paiements que nous connaissons, et chercher à financer tout ce que nous pouvons à partir de nos ressources propres.

JB: Vous avez demandé au Forum Social Mondial, à la gauche latino-américaine en particulier, de faire son autocritique…

JM: Il ne suffit pas de dénoncer «l’ennemi extérieur», de critiquer le monde riche. L’ennemi est aussi dans nos têtes. Si notre culture et nos consciences ne changent pas, rien ne changera. L’impérialisme culturel auquel nous nous soumettons est plus dangereux que les canons. Nous avons creusé notre propre tombe en succombant au «consumisme», cet esclavage des biens de consommation. Si on nous faisait cadeau de la dette extérieure, nous en serions au même point dans dix ans, car nous devons changer notre modèle de consommation et travailler à partir de nos propre ressources.

Nous avons 11 millions de vaches en Uruguay, la meilleure viande, à un prix accessible. Vient McDonald’s avec ses hamburgers: combien d’Uruguayens ne s’y précipitent-ils pas pour manger de la viande de moindre qualité… et qui coûte plus cher! C’est le contraire d’un raisonnement économique, c’est l’exemple d’une colonisation mentale. Nos gens achètent aussi tous les derniers gadgets qui viennent d’Asie…

JB: Vous parlez de la nécessité de retrouver un certain orgueil national…

JM: Les «Tupamaros» dénoncent depuis des années ce manque d’orgueil national. Nous sommes contre un nationalisme xénophobe. Nous devons cependant constater que si le nationalisme des grands peuples devient vite colonialiste et impérialiste, le nationalisme des petits peuples est une nécessité vitale. Notre nom, MLN-Mouvement de Libération Nationale, signifie que la construction du socialisme implique pour notre pays une étape préalable de libération nationale et de développement économique, social et culturel. L’appellation «Tupamaros» ? Une vieille tradition historique: Tupac Amaru est un cacique inca qui s’est soulevé durant l’époque coloniale. Les Espagnols appelèrent ensuite «tupamaros» tous ceux qui se révoltaient contre le système. Nous sommes fiers de ce nom.

JB: Pour vous, la mondialisation n’est pas un mal en soi ?

JM: Effectivement, en soi, le mal n’est pas la mondialisation, qui est une conséquence des développements technologiques et de la transformation de l’économie. Le mal vient de ceux qui dirigent la mondialisation de façon inéquitable, en accumulant et en concentrant le capital, augmentant le fossé entre riches et pauvres. Ce n’est pas une fatalité, il y a des alternatives, car il y existe désormais dans le monde suffisamment de ressources pour éliminer les fléaux sociaux les plus scandaleux.

Dans le cas uruguayen, le système productif est profondément endetté, ce qui ouvre notamment les campagnes au capital multinational, qui achète à bon marché de grandes surfaces de terres agricoles. Ainsi, la compagnie pétrolière Shell est devenue la principale propriétaire terrienne d’Uruguay, avec 80 à 90’000 hectares. Des compagnies canadiennes et allemandes ont également acheté des grandes surfaces.

La vieille oligarchie d’éleveurs est en train de perdre du terrain, et se voit remplacée par les représentants du capital financier international. La Shell, en association avec un groupe papetier finlandais, plante des arbres pour produire de la cellulose. Les entreprises étrangères ne traitent pas le bois sur place, se contentant d’exporter les troncs, sans produire de la valeur ajoutée. C’est un phénomène de «tiersmondisation». Les campagnes se vident de leur population et l’on assiste au développement des latifundias forestières.

JB: Pour vous, le gouvernement conservateur est responsable de cette politique?

JM. Le gouvernement tente d’appliquer en Uruguay les recettes néo-libérales. Il veut suivre une politique de déréglementation, privatiser, faire disparaître les monopoles. Ce programme correspond au modèle néo-libéral qui prétend que le peuple pourra ainsi consommer meilleur marché. Mais la petite taille de l’Uruguay ne permet pas la compétition entre trois ou quatre entreprises. La privatisation fait courir le risque de passer du monopole de l’Etat à des monopoles privés de fait. Face à la politique du gouvernement, je suis persuadé que le projet politique du Frente Amplio, la prochaine fois, va obtenir la majorité, car il lui a manqué très peu lors des dernières élections. (apic/be)

26 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Burundi: Les Soeurs d’Ingenbohl quittent le pays (250196)

APIC – interview

«Tuer pour ne pas être tué», l’engrenage de la violence au Burundi

Maurice Page, Agence APIC

Fribourg, 25janvier(APIC) Depuis plus de deux ans le Burundi s’enfonce

inexorablement dans la guerre civile. A l’instar du Rwanda voisin, les rivalités ethniques et la lutte pour le pouvoir ont fait au moins 500’000

morts. Six religieuses suisses ont vécu au jour le jour cette évolution

tragique dans leur hôpital de Bubanza. Aujourd’hui semble régner une seule

règle: «Si je ne tue, pas je serai tué».

Après 25 ans de présence au Burundi les soeurs d’Ingenbohl ont été contraintes de quitter précipitamment ce pays d’Afrique de l’Est. De retour à

Fribourg dans leur maison provinciale du Schoenberg, depuis une semaine,

Soeur Elisabeth Ducrest et Soeur Gertrude Telfser, responsables de l’hôpital de Bubanza, à 40 km de Bujumbura, racontent la dégradation du pays et

de la société. «La situation est presque plus perverse qu’au Rwanda», constate Soeur Gertrude

«Nous avions décidé en 1991 de quitter l’hôpital en 1996 pour en laisser

la responsabilité aux Soeurs indigènes de la Congrégation des ’Bene Tereziya’. Face à l’évolution de la situation, nous avons anticipé notre départ

de quelques mois», explique Soeur Elisabeth, directrice de l’hôpital depuis

sa création en 1977.

Au cours de l’année 1995 la situation s’est dégradée de plus en plus

dans la province de Bubanza. En octobre, après deux ans de harcèlement, 32

des employés hutus de l’hôpital hommes et femmes habitant le secteur ont dû

fuir au Zaire et en Tanzanie. Le 23 septembre toutes les collines avoisinantes ont été «nettoyées», les habitants chassés, les maisons brûlées, les

infrastructures détruites, témoigne Soeur Elisabeth.

Dès 1993 l’hôpital, qui avait accueilli des fugitifs, a lui aussi été

menacé. En automne 93 le commandant de la province avait demandé aux religieuses d’accueillir un des ses conseillers pour le protéger. La rumeur

lancée par les milices tutsi des «Sans échec» à la solde de l’ancien président Jean-Baptiste Bagaza a dit qu’il y avait des «assaillants» à l’hôpital. Le personnel et les malades ont commencé à avoir peur. A plusieurs reprises craignant le pire, tout le monde s’est rassemblé dans une seule salle.

«Un jour le frère d’une de nos employées a été poursuivi par les miliciens jusque sur la terrasse de la maternité. Là il a été capturé. Il y a

eu de tels cris que nous avons appelé l’armée dans le camp tout proche. Les

soldats sont intervenus pour chasser les assaillants.» C’est dire la tension et l’angoisse grandissantes.

«Si je ne tue, pas je serai tué»

L’hôpital, le seul pour cette province de 160’000 habitants, a reçu régulièrement des blessés à l’arme blanche, par balles, mais aussi par des

grenades et des mines antipersonnel. «Dans presque toutes les écoles secondaires, il y a eu des bagarres ethniques violentes et nous recevions les

blessés. L’endoctrinement est si fort que chacun croit bien faire de tuer

l’autre en se disant: «Si je ne tue pas, c’est moi qui suis tué». Les ’Sans

échec’ et les ’Sans défaite’, protégés par l’armée, recrutent dans les

collèges. Des jeunes quittent les cours pour s’engager et gagner ainsi de

l’argent», explique Soeur Gertrude.

Après le départ de la moitié du personnel, l’hôpital est resté presque

vide durant quelques semaines. Jusqu’au moment où le gouverneur a installé

à proximité un camp de déplacés hutus. «Ces gens étaient dans un état lamentable, malaria, dysenteries, sous-alimentation, nombreuses blessures.»

L’hôpital a donc de nouveau été fortement sollicité. «Nous avons fait

beaucoup d’amputations.» Dans le même temps la situation des déplacés tutsis de 1993 s’est elle aussi aggravée et le nombre de malades a augmenté.

Il a fallu alors retrouver du personnel.

«Comme nous avions décidé de partir en 1996, nous avons préféré que les

’Bene Tereziya’ engagent elles-mêmes ces personnes en toute liberté selon

leurs propres critères. C’est la raison pour laquelle nous sommes parties

plus vite», relèvent les religieuses.

Plus une seule maison debout entre Bubanza et Bujumbura

Depuis deux ans, les entraves dans la vie de l’hôpital s’étaient multipliées: coupure d’eau, d’électricité, impossibilité de s’approvisionner,

danger sur la route. Pendant plusieurs semaines, lors de la saison sèche,

l’approvisionnement en eau a été assuré par les camions-citernes du CICR,

dont les chauffeurs devaient éviter les tirs et les mines.

Pour aller en voiture à Bujumbura, il n’est plus possible aujourd’hui

d’emprunter la route principale asphaltée. Les tirs y sont trop fréquents.

«Je les ai entendus à plusieurs reprises et j’ai vu des véhicules attaqués», raconte Soeur Elisabeth. Il faut prendre la piste mal entretenue et

endommagée par les pluies. Pas question non plus d’emmener avec soi un employé africain, ni hutu, ni tutsi. L’un ou l’autre risque de se faire enlever par l’armée ou les miliciens.

Le long des 40 kilomètres de route de Bubanza à Bujumbura, il n’y a plus

une seule maison debout, toutes ont été détruites, la campagne est entièrement déserte.

L’opération «ville morte» à Bujumbura pour demander la destitution du

président a été elle aussi très destructrice. «Les militaires ou les milices dressent des barrages partout et empêchent les gens d’aller travailler.

Ceux qui insistent voient leur maison détruite. Tous les commerces et les

bureaux sont fermés, il n’y a plus de marché, plus rien.»

En plus des groupes politisés, des bandits terrorisent la région. Une

soeur de Schönstatt qui se rendait à l’aéroport a été entièrement détroussée. Les bandits ne lui ont laissé que son passeport, son billet d’avion et

de l’argent suisse, ignorant probablement ce que c’était. Un responsable de

l’UE à Bujumbura a été braqué devant son bureau par deux types armés de kalachnikovs qui sont partis avec sa voiture.

«Comme nous devions partir en mai, nous avons aussi préféré anticiper

notre départ avant qu’il n’arrive quelque chose de grave. Nous aurions bien

sûr aimé pouvoir laisser les soeurs africaines dans une situation meilleure. Mais elles-mêmes ont été en quelque sorte soulagées de nous voir partir

car elles avaient très peur qu’il nous arrive quelque chose par le fait de

leurs compatriotes.»

L’hôpital poursuivra sa tâche… si on le laisse faire

L’hôpital poursuivra sa tâche si on laisse les gens travailler, s’il

n’est pas attaqué ou pillé. «Nous avions deux médecins. Le premier, qui a

aussi un contrat avec l’UE, est bloqué à Bujumbura, le second, un Ouzbek,

est resté. Les soeurs ’Bene Tereziya’ devront probablement réduire une partie des services et demanderont de l’aide à d’autres congrégations. «Nous

continuons notre soutien depuis la Suisse, car la plupart des déplacés

n’ont absolument rien pour payer l’hôpital. Sur 300 malades en ambulatoire,

150 payent la consultation.»

A Masango où nous étions auparavant, il n’y a plus rien. Le prêtre et

les cathéchistes ont été tués, les maisons brûlées, les voitures détruites.

Il en est de même dans des dizaines d’autres lieux. C’est d’autant plus

tragique et déprimant que des efforts importants avaient été fait pour améliorer le niveau de vie de la population.

Soeur Gertrude ne voit aujourd’hui guère de persepective de réconciliation: comme au Rwanda, il y a des listes de personnes à éliminer, essentiellement des hutus formés. «C’est presque plus pervers, car les crimes

sont camouflés ou au moins minimisés.»

«Jusqu’à ce ce que les divers clans s’assoient et négocient, cela peut

durer encore des années car on n’a pas retenu les leçons de l’histoire.

Chacun se croit menacé. Je pense qu’il faudra compter une vingtaine d’années.»

Une situation d’autant plus tragique que hutus et tutsis partageaient

tout: le même habitat, la même langue, le même mode de vie, la même culture

et très souvent la même religion. «Quand nous sommes arrivées dans le pays,

nous n’osions jamais dire tutsi ou hutu, maintenant c’est devenu le seul

critère.» «Les Barundis ont perdu leur culture, leur politesse et leur finesse traditionnelle. Dans les premiers temps de la guerre, les journalistes, pourtant très partisans, déploraient qu’on abandonne les morts sur

place, aujourd’hui c’est devenu pratique courante», renchérit Soeur Elisabeth.

«Nous pourrions être accusées d’avoir été pro-hutus. Mais nous avons

réagi face aux événements. Quand on brûle les collines, on ne peut que se

révolter», conclut Soeur Gertrude. (apic/mp)

Encadré

Les religieuses d’Ingenbohl au Burundi

C’est en 1970 que l’appel du Burundi a été lancé par un missionnaire

fribourgeois, le Père Robert Comte, et par l’évêque de Bujumbura, Mgr

Michel Ntuyahaga, appel relayé aussi par le consul de Suisse au Burundi.

Après une visite sur place, les soeurs de la Sainte Croix d’Ingenbohl ont

accepté de reprendre un dispensaire à Masango. Le premier voyage des religieuses au Burundi date du 17 janvier 1971, 25 ans jour pour jour avant

leur départ le 17 janvier 1996. Le dispensaire a été ouvert avec l’aide de

Caritas Suisse en 1972.

En 1975-76 le gouverneur de Bubanza, appuyé par le même évêque a demandé

de prendre en charge un hôpital et un dispensaire à Bubanza. Après un sondage parmi toutes les soeurs de la province, la Congrégation a accepté, à

condition qu’une communauté africaine collabore avec elle. La première

pierre de l’hôpital a été posée en 1977.

L’hôpital de Bubanza est un établissement général avec des sections de

médecine, de chirurgie, de pédiatrie et maternité et surtout un dispensaire

pour les malades ambulatoires. Il compte 140 lits, plus 20 lits dans la

section des maladies tuberculeuses. Au plus gros du travail l’hôpital occupait 90 personnes y compris les religieuses suisses et burundaises et quatre infirmières du gouvernement. Tout le personnel médical et administratif

a été formé par les religieuses suisses. Il reste aujourdhui le seul hôpital pour toute la province de Bubanza qui compte 160’000 habitants. (apicmp)

Des photos illustrant cette interview sont disponibles auprès de l’agence

APIC, tél 037 / 86 48 11 fax 037/ 86 48 00

26 janvier 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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