Damaskinos Papandreou, premier métropolite des orthodoxes de Suisse
Apic portrait
Engagement oecuménique ponctué par 14 doctorats honoris causa
Par Maria Brun, docteur en théologie
Genève, 4 avril 2003 (Apic) Victime d’une attaque cérébrale fin 2000, Damaskinos Papandreou, le premier métropolite grec-orthodoxe de Suisse, s’est vu dans l’obligation de prendre sa retraite, alors qu’il était pressenti pour la succession du patriarche orthodoxe de Jérusalem. Démissionnaire en janvier dernier, il a passé le 9 mars le relais à son successeur, Mgr Jérémie Caligiorgis, après 21 ans de service.
Damaskinos Papandreou laisse derrière lui une carrière bien remplie, estampillée de 14 doctorats honoris causa, principalement décernés pour son engagement oecuménique. En plus de sa charge pastorale, il a dirigé le Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique à Chambésy.
Originaire des monts étoliens, en Grèce, il se fera très tôt incorporer au Patriarcat oecuménique à Constantinople. Il s’occupera par la suite du Centre de rencontre orthodoxe nouvellement créé à Taizé. Sa formation théologique approfondie est caractérisée, dès le début, par ses intérêts pour les religions non chrétiennes et pour les autres traditions chrétiennes. Il est nommé secrétaire pour la préparation du Concile panorthodoxe, on lui confie également le dialogue avec les vieux- catholiques et les anciennes Eglises orientales. De plus, il est chargé des contacts avec le judaïsme et l’islam.
A travers son engagement, Damaskinos Papandreou réalise que seule une formation théologique approfondie peut garantir une contribution juste au dialogue oecuménique en cours. C’est ainsi qu’il transmettra, pendant de longues années, ses connaissances et ses expériences aux étudiants à la Faculté de théologie de Lucerne.
Création de l’Institut orthodoxe de Chambésy
Le prélat a écrit dans de nombreuses publications et organisé une série considérable de séminaires théologiques internationaux. Finalement, en 1997, cette aspiration à l’oecuménisme aboutit à la création d’un Institut orthodoxe d’études supérieures, également situé à Chambésy.
Tous ces engagements ne sont pas restés inaperçus. De multiples institutions du monde entier ont su apprécier le prélat, comme en témoignent les 14 doctorats honoris causa qu’il s’est vu attribuer. L’»Académie internationale des sciences religieuses» ainsi que l’»Académie d’Athènes» l’ont reçu comme membre.
Huit centres pastoraux et deux églises
Premier métropolite de Suisse, Mgr Damaskinos fit établir dès sa nomination en 1982 un recensement des fidèles orthodoxes grecs en Suisse. Ainsi, il a été capable de mieux répondre aux besoins pastoraux, notamment par la mise sur pied de huit centres paroissiaux répandus dans toute la Suisse. La construction de la grande église St-Dimitrios à Zurich, de même que de la nouvelle église orthodoxe inaugurée en mars à Münchenstein à Bâle, en sont les oeuvres les plus visibles. (apic/mbrun/sh)
Ne rien préférer à l’amour du Christ (160694)
APIC – Portrait
Dom Mauro Lepori, nouvel abbé d’Hauterive
Maurice Page Agence APIC
Fribourg, 16juin(APIC) «A 18 ans, j’ai vraiment compris que ma vie devait
être toute pour le Christ, définitivement.» A 35 ans, Mauro Lepori est aujourd’hui abbé du monastère cistercien d’Hauterive niché au creux d’un méandre de la Sarine, non loin de Fribourg. Le jeune tessinois n’a jamais dévié de sa route. Dieu ne l’a cependant pas conduit où il songeait aller. La
question n’est pas le choix de vie, mais de demeurer dans l’amour du
Christ, explique-t-il.
La rencontre avec Dom Lepori se passe, est-ce un hasard, sous l’oeil de
tous ses prédécesseurs abbés d’Hauterive, dans un modeste salon donnant sur
la cour. La galerie de portraits, certains plutôt mités, occupe les quatre
parois de la pièce. Don Bernard Kaul, premier abbé du monastère après sa
refondation en 1939 et qui vient de se retirer, est là lui aussi figé par
le peintre, souriant dans son habit de coeur, tenant dans sa main la règle
de saint Benoît. La simplicité de Dom Lepori, 35 ans, fines lunettes à monture dorée, crâne rasé, accent chantant du Tessin, contraste avec le cadre
un peu solennel et austère. Dom Lepori prend le temps d’écouter et de
répondre par des phrases lentes, spirituelles.
Le premier appel, après ceux de l’enfance, Mauro le ressent place StPierre à Rome en 1975. Apercevant le pape Paul VI, «j’ai senti qu’il y
avait là une force, j’ai fait la découverte que l’Eglise était belle». Il
faut dire que le pèlerinage de l’Année Sainte était déjà passé par Assise
où le jeune tessinois avait fait la connaissance de la figure de François
d’Assise. La découverte conjointe du mouvement Communion et libération lui
permet d’exprimer ses impressions, de dépasser le niveau des sentiments.
«Ce fut un lieu où les exigences de mon coeur trouvaient un chemin concret
et éducatif.»
Deux ans plus tard, lors d’un second pèlerinage à Assise, l’appel se
fait plus précis. Mauro veut devenir prêtre diocésain. «J’ai vraiment compris que ma vie devait être toute pour le Christ, définitivement. Cette découverte, pendant une messe, fut une grande joie».
Après avoir accompli toute sa scolarité dans son Tessin natal, le jeune
homme débarque à Fribourg pour y poursuivre des études de philosophie. Le
projet de devenir prêtre est toujours bien présent, mais il préfère le
laisser mûrir avant d’entrer au séminaire. Il vit alors au sein de la communauté de Communion et Libération. Ayant obtenu la licence en philosophie
en 1982, il enchaîne avec la théologie. Après deux nouvelles années d’études, l’été 1984 pousse le jeune homme à descendre à Hauterive pour y préparer durant une semaine une série d’examens. Il songe à partir ensuite un an
en Afrique avant de reprendre ses études. «Mais à Hauterive, j’ai vite découvert que c’était ce que je cherchais. J’ai ressenti la même joie qu’à
Assise. Une joie particulière plus profonde que le sentiment.»
«Je me suis tout de même demandé si je ne pouvais pas être plus utile
dans le monde comme prêtre diocésain. J’ai compris alors que la question
n’était pas le choix d’un mode de vie, mais celle de demeurer dans l’amour
du Christ, selon la parabole de la vigne et des sarments de l’évangile de
saint Jean. C’est cela qui assure la fécondité de la vie. Hauterive était
pour moi le lieu où le Christ m’appelait pour mieux demeurer dans son
amour.»
Pour saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, dont la Règle régit encore le monastère d’Hauterive, un seul fondement: ne rien préférer à
l’amour du Christ. On peut entrer au monastère pour le chant grégorien, la
liturgie, la beauté de la nature ou la vie communautaire. On y reste parce
qu’il y a un appel de Dieu, absolu. Sinon tôt ou tard tout perd son gôut,
souligne le nouvel abbé.
Aux trois voeux habituels, de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, les
moines d’Hauterive en ajoutent un quatrième, celui de stabilité qui les lie
pour toute la vie à la communauté. «Ce voeu est peut-être le plus provocateur. Il permet aux autres d’être plus vrais. Il s’agit de devoir toujours
changer soi-même avant de changer la situation extérieure». Le risque de la
fidélité permet aux choses de grandir et de fructifier.
La vie monastique est surtout témoignage par ce qu’elle est. Elle souligne particulièrement que chaque homme est créé pour Dieu. Elle met en
évidence la vérité profonde du coeur de l’homme. C’est la raison pour laquelle elle attire les gens même les plus actifs, fait remarquer l’abbé. La
vraie liberté est en Dieu. Le renouveau dans l’Eglise et dans les communautés est lié à ce rappel du sens profond des choses: le pour quoi, le pour
qui.
Cette liberté, Mauro n’est pas allé la chercher en Afrique, elle lui a
été offerte dans les murs d’un monastère. Après un mois d’essai à l’automne
1984, le jeune homme entre au postulat, puis au noviciat. Il poursuit et
conclut ses études de théologie. En 1989 il prononce ses voeux solennels et
est ordonné prêtre en 1990.
Dix ans après cet été, Dom Lepori est à tête de la communauté. C’est un
délai assez bref reconnaît-il. «Il a fallu demander une dispense à Rome car
je n’avais pas les dix ans de profession requis.» Le fait d’avoir accompli
pratiquement toutes mes études avant d’entrer au monastère a beaucoup accéléré les choses, ajoute-t-il modestement. La responsabilité de l’abbé est
avant tout celle d’un père, c’est d’ailleurs son sens étymologique. Une responsabilité qui lui est revenue assez naturellement puisqu’il exercait déjà la charge de maître des novices, puis celle de père hôtelier et de sousprieur. «Etre maître de novices m’a beaucoup appris. Lorsqu’on se trouve
responsable d’autres personnes on est contraint de prendre les choses au
sérieux. On comprend ce que signifie la paternité dans l’Eglise, qui demande aussi parfois de grandes souffrances». L’élection s’est faite au bulletin secret, sous l’autorité de l’abbé président de la Congrégation.
Dom Mauro Lepori est le 59e abbé d’Hauterive depuis sa fondation et le
second depuis sa refondation en 1939 par des moines venus de Mehrerau, en
Autriche. L’interruption durant près de 100 ans de la vie monastique entre
1848 et 1939 n’a guère laissé de traces. En 1988, on a fêté les 850 ans de
la fondation d’Hauterive. Vingt moines cisterciens se sont établis en pionniers sur ces terres en 1138, avant même la fondation de la ville de Fribourg.
Aujourd’hui comme à l’époque, les moines y vivent de l’agriculture et de
l’accueil. Seule nouvelle ressource: l’AVS… Point de passage sur la Sarine, Hauterive est aussi un point de rencontre des cultures. Si la langue
officielle de la communauté est le français, la moitié des moines sont
alémaniques et deux de langue italienne, sans compter bien sûr les moines
hôtes étrangers. Même disparité au niveau des âges des 25 moines qui
s’échelonnent de 26 à 92 ans. «Il y a un groupe de Pères âgés, un groupe de
jeunes. L’âge moyen est un peu creux.»
Outre l’office divin qui occupe quatre heures par jour, en plus de la
méditation et de l’oraison personnelle, chacun a son travail bien sûr. Pour
les divers services de la maison, la ferme, l’accueil ou la formation. «La
règle de saint Benoît a le génie de ramener mêmes les choses les plus banales et les plus matérielles à leur sens théologique, christologique», apprécie l’abbé. De fait, les religieux non-prêtres constituent la majorité
de la communauté. Les pères n’exercent pas de ministère à l’extérieur du
monastère, les gens viennent à eux «du pauvre qui demande l’aumône au directeur d’entreprise». «Nous voulons simplement être nous-mêmes, affirmer
aux gens ce que nous vivons, dans notre prière et dans notre travail. On
compte en moyenne une quinzaine d’hôtes, sans les nombreux groupes en visite pour une journée, ou pour quelques heures.
Les vocations? «Elles arrivent un peu par vague. Depuis deux ans nous
n’avons plus eu d’entrées. Nous avons cependant deux profès temporaires».
Le choix continue à se faire uniquement sur l’amour du Christ. (apic/mp)
Encadré
Bénédiction abbatiale le 29 juin, solennité des saints Pierre et Paul
Don Mauro Lepori recevra la bénédiction abbatiale le 29 juin. Elle sera
conféré par Dom Polycarpe Zakar, abbé général de l’Ordre cistercien, au
cours de l’eucharistie clélébrée en l’église abbatiale Ste-Marie d’Hauterive, le 29 juin à 14h30, jour de la fête des saints Pierre et Paul.
Encadré
Hauterive: lieu de détente
Hauterive, construite dans un lieu isolé, n’est plus guère à l’écart de la
civilisation contemporaine. Difficile parfois en été d’assurer la sérénité
des lieux. Les jours de beau temps, les vols des avions de l’aérodrome tout
proche d’Ecuvillens perturbent la quiétude naturelle du paysage. En fin de
semaine, lorsque la température est douce, quelques groupes viennent volontiers faire la fête au bord à l’eau. Cris et chansons se prolongent parfois
tard dans la nuit, troublant le sommeil des moines qui se lèvent à 3h30
pour les matines. Le silence n’est pas seulement souhaitable pur nous, explique Dom Lepori, mais aussi pour les hôtes, les visiteurs et les
promeneurs qui ont précisément voulu fuir le bruit de la ville. (apic/mp)
Des photos de Dom Lepori sont disponibles à l’agence APIC



