Natalia Tsarkova, femme, Russe, orthodoxe et portraitiste officielle de Jean Paul II
Apic portrait
Une artiste venue de Moscou, qui a su toucher l’âme slave du pape
Par Pierre Rottet, de retour de Rome
Rome, 7 mai 2004 (Apic) Natalia Tsarkova. Le nom n’évoque peut-être rien, hormis le charme de la Russie. Pourtant, Natalia est aujourd’hui la «portraitiste officielle» de Jean Paul II. Blonde, les cheveux tombant largement sur ses épaules, haute de 160 cm à peine, Natalia Tsarkova a dans son regard la douceur et la sérénité d’un portrait qu’on se plaît à contempler. Avec ses 36 ans, l’artiste russe a su toucher et fixer sur la toile l’âme slave de ce pape, qu’elle a peint à plusieurs reprises. De religion orthodoxe, elle est au coeur du monde catholique un «exemple coloré de l’oecuménisme». Rencontre.
Dans son atelier en plein coeur de Rome, à une encablure de la Piazza Barberini, Natalia Tsarkova narre sa trajectoire. Elle conte son arrivée à Rome en 1995, venue en droite ligne de sa ville natale, Moscou, où elle a étudié à l’Académie des Beaux Arts. Une école sélective à l’époque de l’Union Soviétique, fréquentée à de rares exceptions près par des filles dont le talent avait été préalablement testé, reconnu. Et quand on dessine depuis l’âge de 5 ans.
Son refuge à créer sent bon la peinture à l’huile et la térébenthine. Entre palettes, brosses et pinceaux, les tubes de couleurs jonchent le sol, au pied des chevalets sur lesquels reposent des oeuvres en construction, des esquisses, des toiles encore fraîches des retouches voulues par Natalia, y compris pour un portrait du pape Jean Paul Ier. Un univers, une galerie d’oeuvres de l’artiste, qui a su composer son style, véritable symbiose entre l’Ecole italienne et l’Ecole russe. Même si certaines toiles entreposées font des infidélités, pour s’en aller musarder du côté de l’impressionnisme et de l’expressionnisme.
Avec sa palette et ses pinceaux, la peintre officielle du Vatican et de Jean Paul II, – rien de tel ne figure cependant dans l’»Annuario pontificio» -, peut ainsi parcourir à loisir les coulisses et les couloirs du Vatican. «Au début, en 2000, pour les besoins des esquisses du premier portrait de Jean Paul II, tous se demandaient: ’Mais que fait donc ici cette jeunette?’», commente aujourd’hui Natalia. Visiblement amusée à l’évocation des regards étonnés de tout ce monde ensoutané de pourpre et de rouge croisé dans les travées du Vatican.
La «mascotte» des monsignori
Sa notoriété, elle la doit d’abord à deux toiles, deux portraits de Jean Paul II, le premier le représentant avec sa crosse, le second avec son bâton. L’un de 120 sur 160 cm, avec en toile de fond la basilique vaticane, remis officiellement au pape le jour de son 80e anniversaire, se trouve actuellement au Musée du Vatican; l’autre, de 120 sur 150 cm, avec à l’arrière plan une foule de fidèles, dont bon nombre de membres de la curie et cardinaux, est exposé au Centre culturel Jean Paul II à Washington.
Mais Natalia Tsarkova, orthodoxe au coeur même du catholicisme – elle se définit elle-même comme un «exemple coloré de l’oecuménisme» -, ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Surtout qu’au Vatican, on n’a pas mis longtemps pour adopter ce petit bout de femme au regard d’adolescente, qui a su conquérir dignitaires, cardinaux, évêques et autres prélats. La «mascotte des monsignori» en quelque sorte, se plaît-on à commenter avec le sourire dans les milieux autorisés. En octobre 2001, lors du Synode des évêques, durant plusieurs semaines, elle a pu dessiner, esquisser et croquer à loisir les dignes membres de cette assemblée. Placée en haut de l’hémicycle composé d’hommes, faut-il le dire. avec une vue prenante sur les prélats et le pape.
Technique et audace
Les succès en entraînant d’autres, Natalia Tsarkova ne tarde pas à s’affirmer de plus en plus, à Rome et ailleurs, laissant exploser son côté créatif, qu’elle mêle avec talent à une technique affinée jamais prise en défaut. Etonnante, sa sainte Cène, et son audace, pour peindre le Christ de dos, qui tourne son regard vers nous, comme pour nous prendre à témoin: «Qu’avez-vous fait du message d’amour que je vous ai laissé? Est-ce bien cela l’image laissée en héritage?» Un regard interrogateur, accusateur même: «Etes-vous devenus fous?» Autour de la table de la Cène, ses disciples, désemparés, tentent eux aussi de comprendre. Mais c’est là une autre histoire.
Suprême honneur pour cette femme au style sorti du modernisme à outrance, sa Cène sera exposée en 2002 à Milan aux côtés de l’une des oeuvres majeures de Leonardo da Vinci sur le même sujet, «La dernière Cène de Jésus». De quoi attiser nombre de jalousies dans les milieux romains de la peinture, ceux-là même qui ne conçoivent dans l’art pictural qu’une unique vérité: celle de l’abstraction aux multiples qualificatifs, parfois aussi vides de sens que l’idée même reproduite sur la toile. A coup de facilités, souvent sans génie aucun.
«Cette femme a plus que du talent, elle a du génie», écrira le cardinal Paul Poupard dans son livre «Au coeur du Vatican, de Jean XXIII à Jean Paul II». Sa peinture de la Cène a rapidement rencontré un succès de curiosité qui s’est transformé en succès tout court». A la manière d’Alfred Hitchcock, qui passe subrepticement dans ses films, Natalia n’hésite pas à apparaître dans ses toiles. Y compris dans «sa» Cène, la première sans doute où une femme apparaît. L’oeuvre sera bénie par Jean Paul II à Pâques 2002, en présence de l’artiste.
Jusque dans les moindres détails
«Lorsque j’ai rencontré le pape pour la première fois, il s’est adressé à moi en russe. Sa chaleur et sa mise en confiance ont été pour moi une source d’inspiration pour créer et achever ses portraits». Comment se passaient les poses? «Avec son emploi du temps, il lui était difficile de le faire. Et il n’aime pas cela», confie aujourd’hui l’artiste. «J’avais un laisser passer pour les audiences, une sorte de sésame, pour me permettre de l’observer, dans ses poses, ses gestes, étudier ses vêtements, et jusqu’à sa crosse et son anneau, deux objets que j’ai tenus dans les mains afin d’en esquisser les moindres détails». Et jusqu’à la couleur de ses souliers?
Natalia Tsarkova opine de la tête, laissant retomber ses cheveux blonds sur sa longue tunique couleur plomb revêtue ce jour là. Dans le magasin qui a confectionné les chaussures de Jean Paul II, on m’a remis un échantillon du cuir, afin de reproduire fidèlement la couleur bordeaux si particulière aux souliers du pape. Une «relique» que l’artiste conserve précieusement et qu’elle montre jalousement. La récompense du privilège.
Des anecdotes, Natalia en a plein la mémoire, dont certaines semblent gravées dans sa sensibilité d’artiste. Qu’elle ne tient pas à partager, hormis une: «Le jour où je lui ai remis son portrait, le pape s’est écrié dans ma langue: «Vive l’art russe». Puis, en bénissant l’oeuvre et ma personne, il a laissé choir sa canne. Que je me suis empressée de ramasser, pour la lui remettre dans sa main. Une main qu’il a ensuite levée sur mon visage pour le caresser, avec toute la tendresse et l’amour du monde».
Le «petit ange» du Synode
En débarquant à Rome, il y a bientôt dix ans, l’artiste ne s’attendait sans doute pas à construire une partie de sa notoriété grâce à ses entrées au Vatican. Certes, ses portraits de personnalités appartenant au monde de la haute société romaine, lui avaient valu une reconnaissance artistique certaine. Mais de là à imaginer. «Comment m’a-t-on proposé de devenir «la» portraitiste officielle de Jean Paul II ? Le pape n’avait encore aucun portrait de lui. Aussi me l’a-t-on un jour proposé». Qui ? On n’en saura pas davantage, sinon qu’elle n’a pas réfléchi longuement pour dire «oui».
Comme elle dira «oui» pour aller croquer ce Synode en 2001, où la peintre avait pris elle aussi ses habitudes, durant les pauses cafés ou les repas. «Une expérience dont on se souvient, en tant que femme». Dans un monde d’hommes. «Les évêques n’hésitaient pas à m’adresser la parole hors travaux. Nous avons beaucoup parlé, de peinture, d’art en général. En amis. ’Voici notre petit ange’, me disait-t-on en m’apercevant». Et vous l’êtes? «Sans doute un peu à quelque part».
Natalia Tsarkova n’est pas mariée. Elle ne le sera sans doute jamais, en raison de son art, exigeant peut-être plus que nul autre. «Pour un homme, c’est tellement plus facile de se montrer égoïste, de se retirer du monde y compris de sa famille pour entrer dans «son» monde. Se marier, c’est aussi faire le choix de la maternité, au détriment sans doute de la peinture. La plupart de mes amies de l’Académie, pourtant talentueuses, ont aujourd’hui cessé de peindre, toutes mamans d’un ou plusieurs enfants. Moi aussi j’ai été confrontée à ce dilemme, jusqu’au jour où j’ai levé le doute, pour me dire: ’je suis mariée’ avec l’art».
La difficile reconnaissance
Dans un établissement branché de la ville éternelle, un autre peintre romain prend le temps de marquer une pause pour siroter son verre. «Ni mon nom ni même mon prénom. Mais vous pouvez l’écrire, cette femme a du talent pour peindre. En tous cas autant pour faire sa pub. Et faire parler. Comment lui reprocher le créneau qu’elle s’est choisi? Cela dit, elle a fait son chemin dès son arrivée à Rome. Et elle continue à le faire. Pas facile dans un monde quelque peu macho, dans un milieu d’artistes peu enclins à faire des concessions. Mais tellement plus prompt à jalouser», martèle notre interlocuteur, péremptoire. Avant de reprendre sa rêverie, en faisant tournoyer le liquide dans son verre. Comme pour méditer encore. PR
Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch
(apic/pr)
Paris: François le Kemener, curé de la mission bretonne à Paris (100894)
APIC – PORTRAIT
Un prêtre qui ne manque pas de verdeur
Paris, 10août(APIC) De petite taille, une figure ronde à la moue dubitative, le Père François le Kemener, Fanch pour les amis, cultive la verdeur
du langage. «C’est un bon prêtre, mais il n’a pas un langage d’ecclésiastique», disent de lui ses supérieurs. Langage direct, sans hypocrisie et
nourri de ses origines terriennes. «Ici, je suis le permanent, le Père manant», affirme-t-il.
Créée en 1947 par un abbé du diocèse de Saint-Brieuc, la Mission bretonne ou «Ti-ar-Vretonned», dans le 14ème arrondissement, continue d’être un
lieu d’accueil et de rencontre pour les nombreux Bretons venus chercher du
travail à Paris. Après avoir été dix-neuf ans vicaire dans le diocèse de
Vannes, le Père Fanch consacre tout son temps à la mission. Tout son temps,
depuis 1966.
Au «pays natal» comme dans la capitale, une même exigence: servir les
plus petits. Des marins de Lorient aux «gars et filles» montés à Paris.
Gens de maison, agents de collectivités ou manoeuvres, une même idée le
conduit: «Les aider à être des hommes debout». Au besoin en les aiguillant
vers la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) ou vers le syndicalisme. Combien
de ces filles utilisées comme «bonnes» – à tout faire -, souvent durement
exploitées, n’a-t-il pas mis en relation avec le syndicat CFDT des employés
de maison?
Aujourd’hui ce sont surtout des étudiants qui frappent à la porte. des
enfants de Bretons de Paris en quête de racines culturelles et de convivialité. La mission leur propose des ateliers de langue, histoire, musique et
lutte bretonnes. Plus quelques Fest Noz ou Fest Deiz (fêtes de nuit ou de
jour), comme «là-bas».
Manants d’hiers et d’aujourd’hui
Dans la cordialité des rencontres, le Père le Kemener cherche à donner
un souffle spirituel. Dimension de son ministère assumée plus explicitement
une fois par mois, lors d’un dimanche consacré à la recherche spirituelle.
Mais aussi à l’occasion de la messe dominicale, une messe en FLB (autrefois
sigle du Front de libération de la Bretagne), c’est-à-dire en français pour
l’homélie, en latin pour le gloria et le credo, en breton pour les cantiques…
Quant à la dimension sociale, plus discrète, elle n’en est pas moins
présente. Manants d’hier et manants d’aujourd’hui ne sont plus tout à fait
les mêmes. Mais des manants, il y en a encore, sinon plus. Fanch le Kemener
répond toujours aux nombreux courriers et appels de détresse. Il aide autant que possible ceux qui le sollicitent pour un travail, un abri, pour
sortir de leur isolement relationnel.
Curé tout entier dans l’action extérieure et peu soucieux du spirituel?
Cela le fait sourire. «Sans le Christ, ma vie n’aurait pas de sens», martèle celui qui, au séminaire, passait pour un mystique et songeait à la Trappe. Quotidiennement, il consacre une heure à l’adoration silencieuse. Et,
une fois par mois, muni de ses godillots, d’un chapelet, d’oranges et des
Evangiles, il marche 15 km dans une forêt de la ceinture parisienne. Sa
journée de désert… (apic/jcn/fs)