Rencontre avec le Père Jean-Michel Poffet, directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem
Apic- Reportage
Le dominicain fribourgeois quitte l’Ecole fin mai, après 3 mandats
Jacques Berset, agence Apic
Jérusalem, 28 janvier 2008 (Apic) A quelques pas de la Porte de Damas, la plus pittoresque de toutes celles de la vieille ville de Jérusalem, se dresse l’église St-Etienne. Au milieu de son cloître, une statue récente de saint Etienne, le premier des disciples du Christ à subir le martyr: il fut lapidé.
Cette oeuvre du Frère Ioan, réalisée dans un bloc de pierre de Bethléem, fut bénie lors de la fête de saint Etienne protomartyr, le 26 décembre 2005. Au cours de la première guerre israélo-arabe, la précédente statue fut décapitée par un obus un dimanche de 1948. Tout un symbole dans cette région chère aux trois religions monothéistes!
C’est dans cet atrium en pierres de taille de couleur crème, face à l’édifice bâti à la fin du XIXe siècle sur le site d’une ancienne église byzantine, que nous accueille le Père Jean-Michel Poffet. Le dominicain fribourgeois est directeur depuis 1999 de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem. «Dans un premier temps, ils ont été surpris à Paris de voir que le nouveau directeur n’était pas un Français. C’était une première. Après les expectatives du début, nos rapports ont toujours été très bons».
Le Père Poffet a reçu il y a quelques années la nationalité française – ce qui facilite ses démarches pour, par exemple, se rendre à Gaza avec le consul général ou l’archéologue de l’Ecole. Arrivé au terme de son 3ème mandat, il quittera ces lieux de prière et de recherche à la fin mai. Son successeur sera élu le 18 février.
Durant ces neuf ans à la tête de la prestigieuse institution, fondée en 1890 par le Père Marie-Joseph Lagrange, Jean-Michel Poffet s’est beaucoup investi. Il a dû faire face, il y a quelques années, au lancinant problème des visas pour ses étudiants: la politique israélienne très restrictive en la matière a failli mettre en cause l’avenir de l’Ecole.
Les temps ne sont faciles pour personne ici en Terre Sainte, reconnaît-il. «Mon souci principal a été longtemps l’obtention des visas pour les étudiants. Actuellement, cela va un petit peu mieux. Mais cette question reste un gros souci pour les étudiants du Séminaire latin de Beit Jala, à côté de Bethléem, qui viennent en majorité de Jordanie, partie du diocèse du Patriarcat latin de Jérusalem». Comment accepter que 12 séminaristes jordaniens (faisant partie du même diocèse) aient été obligés de rester au séminaire à Noël, sans pouvoir rejoindre leur famille, alors qu’il y a un traité de paix avec la Jordanie et un accord avec le Saint-Siège sur la libre circulation des personnels ecclésiastiques ? En raison de cette politique, la survie d’autres institutions chrétiennes en Terre Sainte est compromise.
Il est vital de maintenir une présence chrétienne en Terre Sainte
«C’est inacceptable au vu des accords que l’Etat d’Israël a signés avec le Saint-Siège, il y a bien plus d’une décennie. On espérait en toute bonne foi qu’Israël respecterait ses engagements. Mais ces accords signés en décembre 1993 n’ont jamais été ratifiés par la Knesset, et ni le nonce ni personne ne peuvent y changer quoi que ce soit!», déplore le dominicain fribourgeois. Les rapports entre Israël et le Saint-Siège étaient d’ailleurs meilleurs avant l’établissement des relations diplomatiques, notait d’ailleurs l’automne dernier l’ancien nonce en Israël Mgr Pietro Sambi, actuel ambassadeur du Saint-Siège à Washington.
«Il est extrêmement important que des institutions comme les nôtres ne quittent pas la Terre Sainte et continuent d’accueillir des étudiants. Pour cela, il faut maintenir notre patrimoine, car on ne peut pas héberger les étudiants dans des bâtiments en ruines. Nous ne pouvons le faire que grâce à la solidarité des diverses oeuvres d’entraide», ajoute le Père Poffet.
Qui nous conduit sur une terrasse, où l’on peut admirer la toute nouvelle couverture en zinc de l’église, réalisée durant l’été par une entreprise fribourgeoise, avec le concours d’ouvriers palestiniens venant de Bethléem (*). Le religieux – qui a enseigné à l’Université de Fribourg pendant une vingtaine d’années – a également donné des cours à son arrivée à Jérusalem. Mais il a dû se résoudre à cesser l’enseignement parce que l’ensemble des tâches de la direction de l’Ecole lui prenait désormais tout son temps. Il fallait trouver de nouveaux professeurs (**), effectuer pour cela des voyages, rédiger un courrier important, lever des fonds pour les rénovations des bâtiments, trouver des équipements informatiques, sans compter le lancement d’un nouveau projet scientifique international: une nouvelle traduction de la Bible avec un nouveau commentaire, la «Bible en ses Traditions», qui paraîtra dans quelques années. (***)
Pour cette nouvelle édition de la Bible, l’Ecole dispose d’une trentaine de collaborateurs dans divers pays, dont le Père carme Jean-Emmanuel de Ena, chargé de cours à l’Université de Fribourg. «Ce sera une sorte de Talmud chrétien, certainement plusieurs volumes bibliques, qui seront mis sur informatique».
Un projet utile pour l’Eglise
Elle sera publiée chez l’éditeur phare de l’Ecole, Le Cerf, à Paris. «Une école comme la nôtre a besoin d’un grand projet de recherche, un projet scientifique qui réunit l’équipe. Cela a été la Bible de Jérusalem dans les années 50, puis, après les découvertes de Qumrân, le déchiffrement et l’édition des manuscrits de la Mer Morte, relayée ensuite par une équipe internationale. C’est également ici que nous préparons l’édition de la Revue Biblique, les Cahiers de la Revue Biblique, les Etudes Bibliques (chez Gabalda, à Paris) mais il nous fallait quelque chose de nouveau d’une certaine façon».
Le Père Poffet se réjouit que de jeunes professeurs et chercheurs à travers le monde soient fascinés par ce projet et apportent leur concours. «C’est très mobilisateur pour une institution académique. Sinon ce sont les difficultés du moment, toute la violence du pays dans lequel nous nous trouvons, qui finissent par nous gagner. Il est important de porter un tel projet, qui est aussi en même temps utile pour l’Eglise».
Le plus grand danger aujourd’hui vient du fondamentalisme
Le dominicain estime que le plus grand danger aujourd’hui vient du fondamentalisme, d’une approche simpliste des Ecritures, qui prend tout au pied de la lettre, déformant l’intention première des textes. «C’est ce qui permet à certains de les utiliser pour des buts politiques: tout ce qui touche à la terre, au pays, tout est explosif ici. Il faut donc faire attention à la manière dont on parle. Dans un document de la Commission biblique pontificale de 1993, on traite le fondamentalisme d’une forme de «suicide de la pensée». C’est rare dans un texte pontifical d’utiliser de tels termes!»
Mais il faut souligner, poursuit-il, qu’un texte ancien doit être approché en étant conscient de l’époque dans laquelle il a été écrit, de ses premiers destinataires, «pour ne pas lui faire dire n’importe quoi». A l’époque des rédacteurs du Livre de Josué, on ne faisait pas de l’histoire comme on l’attend d’un historien aujourd’hui, qui repose le plus possible sur des bases objectives. «Mais là, on est dans des traditions très anciennes, souvent épiques, et qui racontent la lointaine histoire de nos ancêtres, puisant en partie dans un passé idéalisé, même s’il y a souvent des fondements historiques».
De gros investissements
Depuis que le Père Poffet est à la direction de l’Ecole, l’institution a investi plus d’un demi million de francs pour rénover les bâtiments installés sur une propriété de plus d’un hectare. En ont bénéficié l’église, la salle de conférence, la chapelle d’hiver qui peut désormais être chauffée. Tout ceci sans parler de la bibliothèque, qui a reçu un don de l’Union Européenne de plus d’un million de dollars.
«Grâce aux économies de notre communauté, à des donateurs privés, on est pas loin d’un demi million aussi pour installer le chauffage central, changer les fenêtres, car on mourait de froid».
Tous ces travaux ne sont possibles que grâce à la solidarité, relève le Père Poffet, qui en profite pour remercier tous ceux le soutiennent en France et en Suisse. L’Ecole est aidée par une association des amis en France, par l’Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), la collecte du Vendredi Saint et l’Association Suisse de Terre Sainte. Alors que s’approche la date de son départ, le directeur ne cache pas une certaine nostalgie à l’idée de quitter la tête du plus ancien centre de recherche biblique et archéologique de Terre sainte. «Mais j’ai déjà fait trois mandats, alors que les statuts n’en prévoient que deux!» JB
Encadré
Une bibliothèque unique au monde
La bibliothèque de l’Ecole – qui a rassemblé 140’000 ouvrages et 300 périodiques scientifiques depuis 1890 – dispose d’un budget annuel de près de 130’000 francs suisses, qu’il faut trouver! «C’est un joyau, une des meilleures bibliothèques au monde, où les étudiants (les internes) peuvent étudier jour et nuit. Ici, c’est ouvert 365 jours par an!». Les étudiants, dont la moitié sont au niveau du doctorat, doivent avoir un diplôme universitaire, avec également des connaissances de base en hébreu et en grec, ainsi qu’en exégèse.
Les étudiants paient une inscription de 1000 euros par année, sans compter le prix de pension. Mais l’Ecole ne peut pas couvrir les frais réels, parce que les diocèses français n’ont pas beaucoup d’argent, sans parler des étudiants venant d’Afrique ou d’Asie. «Heureusement, nous recevons de l’aide d’institutions, de paroisses de Suisse qui parfois consentent à une quête., ce qui nous permet de constituer un fonds de bourse. Si le dossier académique est bon, la question financière n’est pas prioritaire», souligne le Père Poffet. JB
Encadré
Des étudiants de 16 pays de tous les continents
Actuellement, l’Ecole biblique fait le plein, avec 25 internes et une dizaine d’étudiants externes, venant de 16 pays de tous les continents. «Un moment donné, l’avenir de l’école était menacé à cause de la restriction des visas. J’avais dû prendre les grands moyens, aller jusqu’à Rome, rencontrer l’ambassadeur israélien près le Saint-Siège.», souligne le Père Poffet. «Il faut rester très vigilants, et c’est le point numéro 1 de nos rapports avec Israël».
Le deuxième point concerne la question des taxes et impôts. Jusqu’à présent, ce sont les Accords de Mytilène (1901), passés à l’époque avec l’Empire ottoman, qui protégeaient les institutions chrétiennes. «Israël ne veut pas les endosser. Ces Accords nous exemptaient de tout impôt et de toutes taxes – on ne gagne rien, de toute façon! – parce que nous sommes au service des pèlerins et des lieux saints».
Depuis l’occupation des territoires palestiniens en 1967 – l’Ecole biblique était jusque là dans la zone sous administration jordanienne – Israël envoie la facture et veut faire payer des impôts à ces institutions catholiques. «D’entente avec le Saint-Siège, on sursoit pour le moment au paiement, en attendant que l’affaire soit réglée. On aurait pu effectivement penser qu’Israël allait respecter ses engagements, surtout qu’il avait signé l’Accord fondamental! Si ces quelques taxes des communautés chrétiennes ne sont pas nécessaires pour l’Etat d’Israël, elles sont par contre vitales pour la survie de nos institutions!
Je suis un peu choqué de voir que la bonne volonté montrée d’un côté n’est pas récompensée de l’autre». A cela s’ajoute la dimension des rapports entre juifs et chrétiens. Tous les efforts faits par les chrétiens pour se défaire de cet «enseignement du mépris» qui a finalement mené aux terribles crimes du siècle passé – l’anéantissement des juifs d’Europe par les nazis -, visent à guérir des rapports basés sur l’hostilité voire la méfiance.
Ces efforts ont été énormes depuis Jean XXIII et le document conciliaire «Nostra Aetate», la catéchèse, les livres liturgiques, le pèlerinage de Jean Paul II en Terre Sainte et bien d’autres démarches.
«Mais, précise le dominicain fribourgeois, ici le politique et le religieux ne sont pas séparés. C’est comme cela. Les Israéliens jouent peut-être sur notre timidité, et en raison de notre sentiment de culpabilité, et parce que nous ne voulons pas avoir des relations qui ressemblent à de la dureté vis-à-vis des juifs, nous nous faisons tout simplement avoir. Nous devrions savoir à la fois dire notre amitié et en même temps protester quand les devoirs minimaux ne sont pas respectés, en particulier le respect de la parole donnée». JB
(*) Ces travaux ont été financés par l’oeuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), et divers autres donateurs comme les Chevaliers du St-Sépulcre.
(**) L’équipe des professeurs est internationale: un petit groupe sont des professeurs français, le directeur est suisse, trois sont polonais, trois autres sont respectivement américain, portugais et belge.
(***) Encadré
La Bible en ses Traditions, un vaste projet de l’Ecole biblique française de Jérusalem
L’Ecole vient d’entreprendre un grand projet scientifique, l’élaboration de «La Bible en ses Traditions». Il s’agit d’une révision majeure de «La Bible de Jérusalem», dont l’Ecole a rédigé la première édition il y a quelque 60 ans. Cette traduction collective, assortie d’introductions et de notes, de repères chronologiques et d’index, a connu plusieurs éditions, revues et corrigées jusqu’en l’an 2000. La nouvelle version veut offrir un outil de travail pour le grand public.
Elle veut montrer que la Bible a toujours été élaborée au sein d’une tradition (hébraïque, araméenne, grecque, latine, syriaque) qui l’a portée et enracinée. «On voit là toute une vie des Eglises recevant la Parole de Dieu. On n’est pas dans le fondamentalisme ni dans une approche de type musulman comme dans le Coran où il n’y a qu’un texte, une lecture, une vérité, une obéissance, et on voit où cela mène. On est ici dans quelque chose de pluriel. Ainsi, aucun Concile n’a jamais défini la langue dans laquelle la révélation a été écrite. On ne peut pas dire: la Bible, c’est l’hébreu, parce les mêmes juifs à Alexandrie l’ont traduite en grec, et en la traduisant, ils l’ont interprétée, en l’adaptant en partie. Les chrétiens ont reçu par la «Septante» la Bible en langue grecque, et vont la traduire ensuite en latin. Là encore, saint Jérôme interprète aussi», note le Père Poffet.
Etant donné la diversité des interprétations, il n’y a pas un seul texte, rarement un seul sens possible. L’équipe de collaborateurs qui entreprend cette tâche de longue haleine prendra en compte les résultats des découvertes archéologiques récentes qui éclairent le texte d’un jour nouveau. Elle introduira en notes marginales plusieurs registres dans les domaines patristiques aussi bien que dogmatiques, sémantiques et littéraires ou narratifs. Chaque page se présentera à la manière d’un texte talmudique.
Pour l’Ancien Testament, bien que soulignant son accomplissement dans le Nouveau, cette Bible se voudra attentive aux traditions d’interprétations proprement juives. «La Bible en ses Traditions» qui choisit le canon de la Vulgate latine et dont la référence est l’Eglise encore indivise des Pères grecs et latins, se situera dans le mouvement oecuménique le plus actuel.
Les Editions du Cerf à Paris s’engagent avec l’Ecole biblique pour mener à bien ce projet ambitieux qui demandera au moins quinze années de travail pour être complètement achevé. Il est patronné par les plus hautes autorités de l’Ordre dominicain et un Comité d’honneur a été mis en place pour en appuyer la réalisation. JB
(****) Le Père Poffet a enseigné à l’Université de Fribourg pendant une vingtaine d’année, où il a d’abord été maître assistant pour l’introduction à l’Ancien et au Nouveau Testament et où il a enseigné le grec et l’hébreu. Les dernières années, il a enseigné l’introduction à Paul et le grec du Nouveau Testament, tout en donnant un séminaire d’homilétique (Théorie de la prédication, ndr).
Encadré
La France laïque a reconnu l’Ecole biblique bien avant le Saint-Siège
Le successeur du Père Poffet sera élu le 18 février prochain. Comme dans une Université, c’est le Conseil académique qui procède à l’élection du directeur. Il regroupe tous les professeurs. Une fois l’élection faite, elle doit être ratifiée par le Grand chancelier, à savoir le maître de l’Ordre des dominicains, comme pour la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Une ratification par le Saint-Siège – la Congrégation pour l’éducation catholique – est également nécessaire.
Ensuite, l’élection est communiquée à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres à Paris, puisque depuis 1920, l’Ecole biblique a été reconnue comme Ecole archéologique française. «La France laïque a reconnu l’Ecole biblique bien avant que le Saint-Siège ne le fasse, étant donné que l’on était pris dans la tourmente moderniste et que le Père Lagrange était alors soupçonné – et toute l’Ecole biblique avec lui», confie le Père Poffet.
Dès 1920, les Pères, en raison des découvertes extraordinaires qu’ils réalisaient, envoyaient à l’Académie à Paris les rapports sur leurs fouilles. Plusieurs étaient correspondants de l’Académie. Depuis ce temps-là, l’Ecole touche un subside du Ministère français des Affaires étrangères pour la coopération à l’étranger. Raison pour laquelle l’Ecole accueille deux étudiants boursiers français chaque année. JB
Encadré
Pour l’Ecole, l’archéologie n’a plus le même poids qu’à l’origine
Le volet archéologique de l’Ecole ne s’inscrit plus dans le même contexte qu’aux débuts de l’institution, qui accomplissait alors (dès la fin du XIXe siècle) un travail de pionnier. C’était l’Empire ottoman, puis le Mandat britannique. Depuis 1920, l’Ecole a été reconnue comme école archéologique française. En 1947-1948, la guerre et la création de l’Etat d’Israël, puis la Guerre des Six Jours en 1967, ont complètement changé la donne.
Aujourd’hui, Israël compte des équipes d’archéologues exceptionnelles. «Ils n’ont pas vraiment besoin de nous, qui n’avons plus qu’un archéologue. Ce n’est pas l’Ecole biblique qui peut financer de grands chantiers archéologiques. En revanche, je pense que nous devrons toujours avoir ici quelqu’un qui a de vraies compétences archéologiques, qui va sur le terrain, qui reste au courant de tout ce qui se découvre, et qui le met en relation avec la lecture des textes bibliques», explique le Père Poffet.
«L’archéologie, ce n’est pas la même chose, si on est juif, chrétien ou musulman, même si on dit que l’on fait de la science. La façon dont on va exploiter ce que l’on découvre peut être différente». Du côté musulman, les archéologues ont tendance à privilégier les découvertes de la période islamique et postérieure. «Ils ne sont pas très heureux quand ils tombent sur des églises byzantines, et on en trouve à Gaza; nous avons fouillé là-bas. Il est clair qu’Israël a aussi un art de présenter les fouilles – leurs musées sont exceptionnels – qui montre qu’ils ont un intérêt particulier pour toute la période royale», poursuit le dominicain fribourgeois. «Tout ce que l’on va pouvoir prouver de l’occupation juive de cette terre prend le pas sur tout le reste. En archéologie, fouiller veut dire détruire, puisque l’on va par couches. Plus vous allez profond, plus vous détruisez ce qu’il y a au-dessus!» JB
Des photos de l’Ecole et du Père Jean-Michel Poffet peuvent être obtenues à l’Apic: tél. 026 426 48 01 Courriel: jacques.berset@kipa-apic.ch (apic/be)
Biélorussie: Un évêque venu du froid
APIC – REPORTAGE
Notre Eglise était condamnée à mort
Jacques Berset, Agence APIC
La masse d’acier noire d’un char soviétique, placée sur un imposant socle
de béton, domine la place et surprend le voyageur occidental. C’est qu’à
Grodno, les symboles soviétiques n’ont pas (encore ?) été déboulonnés et la
faucille et le marteau, symboles d’infamie en Lituanie, à quelques dizaines
de kilomètres au nord, n’ont pas encore été, ici, arrachés des édifices publics. Quelque chose a pourtant changé dans cette ville biélorusse de
300’000 habitants située sur les rives du Niémen, non loin de la frontière
polono-lituanienne. Un séminaire catholique vient en effet d’ouvrir ses
portes, et 39 jeunes Soviétiques de cinq nationalités différentes se préparent au sacerdoce.
Il y a peu de temps encore, rappelle Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur apostolique de Minsk, notre Eglise subissait la persécution. «Elle
était condamnée à mort», lance même cet évêque de 44 ans, que le pape Jean
Paul II a mis en juillet 89 à la tête des quelque 2,5 millions de catholiques de rite latin vivant en république soviétique de Biélorussie (11 millions d’habitants). Sans évêque – Mgr Kondrusiewicz est le premier évêque
nommé en Biélorussie depuis 62 ans -, sans séminaire, l’ensemble des monastères fermés, les prêtres exilés ou déportés en Sibérie, l’enseignement religieux interdit, l’athéisme inculqué à la jeunesse… en effet, à vue humaine, on ne donnait pas cher de la survie des catholiques de Russie blanche. «Et pourtant, relève le jeune chef de l’Eglise biélorusse, le peuple
n’a pas perdu la foi!»
Avant l’arrivée au pouvoir des communistes, il y avait en Biélorussie un
demi-millier d’églises, qui furent transformées en dépôts, ateliers, instituts, salles de concert, de sport ou de cinéma, bâtiments administratifs,
etc. Il y a deux ans, seules 120 églises étaient ouvertes, près du double
aujourd’hui! Malgré la pression extérieure, la pratique religieuse n’a pas
disparu : si 65’000 personnes ont communié en 1987 dans l’église franciscaine de Grodno, elles étaient déjà plus de 100’000 en 1989. En juin 1988,
150 enfants y faisaient leur première communion, mais en juin de cette année, ils étaient déjà trois fois plus nombreux.
Les fidèles ne longent plus les murs pour se rendre à la messe, ils
n’ont plus peur qu’à l’usine ou au bureau leur supérieur hiérarchique ne
recoive un rapport de police circonstancié sur leurs activités religieuses,
gage de stagnation professionnelle ou de perte d’emploi pour eux et leur
famille. Et en cette journée froide et brumeuse d’arrière-automne, des passants commentent à l’entrée de l’église St-François Xavier la nouvelle législation sur la liberté religieuse votée par le Soviet Suprême à Moscou et
publiée in extenso dans le numéro de la «Pravda» que le curé a affiché au
mur.
Des catholiques «polonais»
Grodno, ville qui fut lituanienne puis polonaise (en 1793, la Diète polonaise y signa avec la Russie le traité du second partage de la Pologne),
compte une forte minorité polonaise. Les catholiques de Biélorussie sont
d’ailleurs en grande majorité d’origine polonaise, même si certains d’entre
eux ont été entretemps russifiés et ne connaissent plus leur langue d’origine. Les vrais Biélorusses de confession catholique sont plutôt des cas
isolés, et on en trouve notamment parmi l’intelligentsia. Aujourd’hui cependant, dans la jeunesse biélorusse, de plus en plus d’individus sont en
recherche et s’intéressent au catholicisme; l’on rencontre aussi des jeunes
convertis de l’orthodoxie.
Il est vrai, admet un prêtre de Grodno, que l’Eglise catholique, dans
cette république soviétique, est perçue comme «polonaise», ce qui n’est pas
sans danger à l’heure où les tensions interethniques en URSS sont de plus
en plus exacerbées.
Un séminaire surgit des ruines
Dans la cour de l’ancien couvent des Bernardins, sous un soleil pâle et
dans un froid piquant, une dizaine de jeunes séminaristes en complet-veston
jouent au football et se défoulent sans complexes. Tout à l’heure, ils vont
se rendre en ville pour manger. Pas si simple : il leur faudra trouver un
restaurant qui accepte de leur servir un repas. Ils se sont déjà fait refuser l’entrée dans certains endroits, car on ne s’est pas encore habitué, à
Grodno, à voir débarquer en groupe prêtres et séminaristes. Tout le monde
ne supporte pas d’entendre la prière avant les repas, ironise un professeur
du séminaire. Et pourtant, malgré l’hiver qui s’annonce rude, Mgr Kondrusiewicz a tenu à ouvrir son séminaire à Grodno. Il faut en effet de nombreux ouvriers pour la moisson.
L’URSS : un champ d’action quasi-illimité pour les oeuvres d’entraide
C’est d’ailleurs parce que le toit laisse passer la pluie, que le chauffage ne fonctionne pas encore, que les toilettes sont plus que vétustes,
qu’il manque de lits et qu’il n’y a pas de cuisine que Marko Tomashek est
arrivé avec ses plans et son double mètre. Ce jeune Australien d’origine
ukrainienne, chargé par la centrale de l’Aide à l’Eglise en détresse (AED)
à Königstein (Allemagne) d’apporter conseils techniques et aide financière
à cette Eglise en reconstruction, a répondu a l’appel de Mgr Kondrusiewicz.
Avec une liberté religieuse partiellement retrouvée grâce à la perestroïka,
l’URSS offre un champ d’action quasi-illimité aux oeuvres d’entraide qui
veulent aider à la reconstruction de l’Eglise au pays des Soviets. Une
oeuvre qui prendra des décennies et qui devra encore compter avec les obstacles sciemment mis en place par les bureaucrates de l’ancienne nomenklatura toujours puissante au niveau local.
L’AED, qui apportait déjà une aide clandestine non négligeable à l’époque de la persécution religieuse en URSS, a beaucoup développé son engagement ces derniers temps. Mais cette aide ne consiste pas seulement à installer des cuisines dans les séminaires nouvellement ouverts, comme à Grodno ou à Telsiai en Lituanie: c’est que la faim spirituelle est bien plus
grande encore que la faim matérielle. Ainsi, en 1990, 100’000 exemplaires
de la nouvelle Bible pour enfants ont été imprimés pour la Lettonie, et
tout autant à chaque fois pour la Lituanie, l’Ukraine et la Russie. L’an
prochain, un envoi de même grandeur est prévu pour l’Arménie et la Biélorussie.
Tout manque
En attendant, au séminaire de Grodno, en plus de l’état délabré des bâtiments, tout manque : lors de notre visite, l’Eglise polonaise n’avait pas
encore envoyé la littérature religieuse promise. «Nous avons besoin par
exemple de cours de philosophie, d’apologétique, etc, et ils nous envoient
des ouvrages de droit canon», déplore l’un des professeurs. Il n’y a pas
d’ouvrages disponibles en biélorusse, alors l’enseignement pour les 39 jeunes séminaristes – 24 de Biélorussie, 12 d’Ukraine, 2 de Lituanie et 1 de
Géorgie – se donne en polonais, avec des explications en russe pour ceux
qui ne maîtrisent pas cette langue. Mais l’usage du polonais n’est pas sans
danger pour une Eglise qui se veut incarnée dans le peuple, à l’heure où la
montée du nationalisme n’épargne pas la Biélorussie.
Jusqu’à récemment, il n’y avait même pas d’école biélorusse à Grodno et
dans d’autres villes de la République : ainsi, la maîtrise du biélorusse ne
concerne pas seulement l’Eglise, mais l’ensemble de l’intelligentsia russifiée. Le P. Tcharnjavski, un prêtre biélorusse qui travaille dans la région
de Minsk, a presque terminé la traduction en biélorusse du Nouveau Testament, mais on s’est aperçu qu’il ne l’avait pas traduit de l’original grec,
mais du polonais. Cette question de sources pourrait créer des difficultés
du côté du Vatican pour que l’évêque puisse donner la permission de l’utiliser. Mgr Kondrusiewicz souhaiterait cependant pouvoir donner une permission temporaire pour utiliser cette traduction déjà disponible. En effet,
il est difficile de trouver en Biélorussie des biblistes maîtrisant le grec
qui pourraient faire cette traduction de la façon prescrite habituellement.
Au niveau des professeurs, qui sont d’origine polonaise, on se rend bien
compte de cette question linguistique. Mais que faire : le recteur Stanislaw Kuczynski, qui se déplace difficilement avec une canne, est âgé de 75
ans; le directeur spirituel, le P. Michal Woroniecki, a quant à lui 83 ans.
Il n’y a que le préfet, Lucjan Radomski, qui a étudié au séminaire de Kaunas, en Lituanie, et qui soit jeune et en bonne forme physique. Pour les
seconder, l’évêque Kondrusiewicz donne également des cours de théologie,
ainsi que trois professeurs venant de Pologne avec la permission des autorités soviétiques, mais ils n’enseignent qu’à temps partiel. Malgré cette
description un peu pessimiste et les problèmes qui restent à résoudre au
plan matériel et spirituel, l’enthousiasme des jeunes séminaristes nous a
convaincus : une Eglise, que l’on disait anéantie, se relève de ses cendres
en Russie blanche. (apic/be)
Encadré
Les catholiques de rite latin sont quelque 2,5 millions (presque un quart
de la population) en Biélorussie. Sur les 63 prêtres au service de la pastorale, 13 ont déjà plus de 80 ans et plusieurs autres sont en mauvaise
santé. Une trentaine de prêtres de Pologne ont reçu cette année un permis
de séjour limité des autorités soviétiques afin de pouvoir seconder le
clergé biélorusse, mais chaque prêtre doit desservir trois à cinq paroisses.
217 églises sont ouvertes au culte, dont une bonne partie ont été restituées récemment par les autorités communistes et doivent être restaurées.
Un gigantesque chantier s’est ouvert maintenant en URSS, mais la
reconstruction ne pourra pas se concrétiser sans la solidarité de
l’Occident. (apic/be)
(Les photos illustrant ce reportage peuvent être commandées à l’Agence
CIRIC, Chemin des clochetons 8, CP 50, 1000 Lausanne 7 Tél. 021/25 28 29 ou
auprès de la rédaction de l’Agence APIC Tél. 037/24 28 80)
CANA ou la nouveauté de l’Evangile dans le couple et la famille (150189)
Apic-reportage
Fribourg, 15janvier(APIC) C’est à Grangeneuve, près de Fribourg, que se
déroulera du 15 au 21 juillet 1989 la première session CANA de Suisse. Elle
sera organisée par les fraternités CANA locales dirigées par plusieurs
couples dont Philipppe et Régine Magnin, Herman et Nicole de Vries et Michel et Jacqueline Coutellier. 75 couples y sont attendus pour vivre une
semaine de prière et de réflexion sur le sens du mariage et de la famille
dans la mouvance du Renouveau charismatique.
Ils sont 22 couples en Suisse à s’être lancés dans l’aventure CANA :
réunis en fraternités de 4 ils se retrouvent pour prier, dialoguer, partager et réfléchir sur leur vie de couple et de famille à la lumière de
l’Evangile; convaincus de la force de la Parole de Dieu et de la nouveauté
créatrice de l’Esprit et appelés à oeuvrer pour l’unité de la personne, de
la famille, de l’Eglise et du tissu social, ils témoignent, s’engagent dans
des groupes de prière et en paroisse. Ils expérimentent au quotidien le mariage comme lieu de conversion, de guérison, d’offrande et de vie fraternelle.
Qu’est-ce qu’une fraternité CANA ?
Les fraternités CANA sont nées à Paris en novembre 1985 : 120 couples
ayant vécu un temps fort de partage et de prière dans la mouvance du Renouveau charismatique décidaient alors, pour prolonger cette expérience et la
transmettre, de créer ces lieux de vie spirituelle et communautaire. Les
fraternités CANA sont issues de la communauté charismatique du Chemin Neuf,
fondée par deux Jésuites à Lyon en 1973 et qui exerce son activité dans des
domaines variés : l’accompagnement spirituel, la formation chrétienne et la
pastorale. Comme elle les fraternités plongent leurs racines spirituelles
dans deux courants qu’elles allient : la tradition ignatienne des «Exercices spirituels» et le Renouveau charismatique, attentif aux manifestations
de l’Esprit-Saint. Communautés catholiques, elles trouvent leur spécificité
dans leur vocation oecuménique.
Les exigences d’un engagement
Les fraternités CANA veulent être des lieux de communion qui préparent à
la mission dans un esprit de simplicité et de fraternité évangélique. Les
couples s’engagent à vivre des réunions de fraternités, temps de prière et
de partage, trois week-ends communautaires par an, temps de communion, de
vie fraternelle et d’enseignement et une semaine de formation.
CANA propose une formation progressive touchant les aspects essentiels
de la vie chrétienne : d’abord une retraite en couple, halte pour écouter
la Parole de Dieu et l’Esprit-Saint et réfléchir sur le sens de la vie en
couple et en famille; puis une semaine de vie fraternelle «Béthanie» pour
apprendre à vivre avec d’autres couples et découvrir que le mariage prend
sens en Eglise; enfin une formation biblique destinée à approfondir la richesse de la Parole de Dieu et sa force pour le quotidien.
Les sessions CANA
Qui sont-ils, ces couples qui acceptent de marcher ensemble, tentant de
vivre toutes les exigences d’un foyer authentiquement chrétien ? Tous ils
ont pris part à une session CANA : une semaine pour faire le point, se
retrouver, partager et approfondir l’unité du couple; un temps de réflexion
sur le sens du mariage et de la famille; un lieu d’ouverture à Dieu. Chaque
jour des thèmes fondamentaux de la vie du couple sont abordés dans des enseignements donnés par des prêtres et des laics. Un cheminement est proposé
aux enfants selon leur âge et leurs attentes.
Les fraternités CANA veulent mettre l’accent sur l’authenticité et la
profondeur de la vie en couple et en famille, faire des foyers des lieux où
se vit et se découvre l’Evangile, privilégier les relations véritables en
se découvrant tel que l’on est dans la simplicité et le partage fraternel
et permettre à chacun de confronter sa foi avec le quotidien et de vivre
les valeurs évangéliques du sacrement de mariage. (apic/cor)



