Vaud: Mgr Genoud a rencontré le 9 septembre les fidèles au buffet de la gare de Lausanne
APIC reportage
«Croire n’est pas le contraire de savoir»
Modeste Mukenge Muntu, de l’agence APIC
Lausanne, 10 septembre 2002 (APIC) Mgr Bernard Genoud a rencontré une trentaine de fidèles ce lundi 9 septembre au buffet de la gare de Lausanne. Dans un débat à bâtons rompus avec un auditoire oecuménique, le prélat a rappelé que le savoir est une adhésion de foi: «Croire n’est pas le contraire de savoir».
L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a tenu, dans une démarche de théologie de proximité, à apporter aux fidèles des réponses directes aux questions d’actualité dans l’Eglise. Après l’expérience du café du Belvédère à Fribourg, Mgr Genoud a porté son choix sur la ville de Lausanne, qui «révèle une dimension oecuménique très significative».
L’évêque a commenté le projet de constitution qui sera soumis aux électeurs vaudois le 22 septembre prochain. Mgr Genoud pense que c’est «très belle oeuvre qui prélude à construction d’un Etat moderne». Il apprécie l’esprit d’ouverture aux autres soutenu dans ce projet. Mais il se garde de ne pas influencer l’opinion avant le vote.
La question de «la reconnaissance d’une vie en commun hors mariage», évoquée dans le projet de constitution a été largement débattue. Mgr Genoud a souligné que cet article, loin de reconnaître officiellement le célibat, autorise un pacte d’alliance entre deux conjoints. Ces formes de vie commune ne peuvent en aucun cas être considérées comme un mariage, dont but est de perpétuer l’espèce humaine.
Une «civilisation où Dieu n’a pas de place
Mgr Genoud a également abordé la question de la laïcisation de la société avec ses effets pervers, dont la désertion des jeunes dans l’Eglise. L’évêque estime que trois principales raisons ont concouru à cette situation: la civilisation qui a promis le bonheur sur terre aux jeunes, la «fausse» croissance économique et le mythe d’une science toute puissante. Bref, on a offert à la jeunesse une «civilisation où Dieu n’a pas de place».
Mais le prélat n’est pas de ceux qui renoncent à leur mission. Il propose l’introduction d’un cours de sciences des religions dans le système d’éducation. Il a également invité les parents à dialoguer avec les jeunes. Il entend lui même organiser plusieurs rencontres avec les jeunes pour aborder «en toute simplicité» n’importe quelle question. Car seuls la communication et le dialogue peuvent aider les jeunes à comprendre et aborder le monde avec lucidité.
Les préoccupations de l’auditoire sur la montée de l’Opus Dei, le célibat des prêtres et l’ordination des femmes dans l’église catholique ont été encore débattues. L’Opus Dei n’est pas une secte car elle n’est pas coupée de la racine, a souligné l’évêque. Elle est une organisation impressionnante et élitaire dans l’Eglise et il faut l’accepter. Et de conclure: le Christ n’a-t-il pas dit que «dans la maison de mon père, il y a plusieurs demeures.».
Pas célibataire par fatalité
Abordant le célibat des prêtres et l’ordination de femmes dans l’Eglise, Bernard Genoud rappelle que le premier pape, Saint Pierre, était marié. Il a affirmé qu’»on n’est pas célibataire par manque d’occasion de ne pas l’être». Autant le mariage est un signe de générosité envers Dieu, autant Dieu mérite qu’on lui consacre toute une vie par le célibat dans la prêtrise.
Le non sacerdoce des femmes est purement mystique, selon Mgr Genoud. «A la croix, Jésus s’est penché du côté des être faibles donc des apôtres. Il n’a pas désigné Marie pour le sacerdoce. Pourtant elle est vénérée comme une reine.» En conclusion, il n’y a pas de débat possible sur cette question à Rome, a annoncé le prélat.
Une démarche qui «porte déjà ses fruits»
L’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg indique que l’évêque rencontrera les fidèles à Lausanne chaque 2eme lundi du mois de 19h à 21h. Nicolas Betticher, porte-parole de l’évêché, a affirmé à l’APIC que «la démarche de Mgr Genoud porte déjà ses fruits». Sa stratégie est d’aller rencontrer les fidèles dans leurs milieux habituels. Ce concept qui a déjà fait ses preuves à Neuchâtel et Fribourg vise à prêcher le Christ aux fidèles surtout «non pratiquants» dans un lieu public, facilement accessible, connu et fréquenté par un public diversifié. Cette démarche reste «complémentaire avec celle de l’eucharistie, qui manifeste la présence incontestable du Christ».
La démarche de Mgr Genoud est assez originale, estime Liselotte Sovec, présidente du Conseil pastoral de la paroisse Notre-Dame à Lausanne. «Ce n’est pas tous les jours qu’on partage ses préoccupations avec son évêque en toute simplicité. C’est la première fois qu’un évêque vient à la rencontre de la base. C’est très important pour une Eglise fortement hiérarchisée. Quand on voit la pression médiatique que certaines sectes font, on ne peut qu’encourager une telle démarche», a-t-elle affirmé à l’APIC au terme de la rencontre. (apic/mmm)
Ukraine: Krechiw, 80 novices basiliens à la campagne (210593)
APIC – Reportage
Les forces montantes de l’Eglise grecque-catholique
Maurice Page, Agence APIC
Krechiw/Ukraine, 21mai(APIC) Pour atteindre Krechiw, un petit village à
une vingtaine de kilomètres de Lviv, capitale de la Galicie, notre chauffeur doit demander plusieurs fois son chemin. La signalisation est sommaire
et la cirulation est rare sur les routes défoncées d’Ukraine occidentale. A
partir du village, c’est une route de terre poussiéreuse qui nous conduit
au monastère St-Nicolas, le but de notre visite.
Quelques vaches paissent librement dans les champs, gardées tantôt par
des enfants, tantôt par un vieillard. Des promeneurs assez nombreux profitent du soleil de ce dimanche après-midi. A gauche sur une pente, le cimetière du village aligne ses croix de pierre ou de bois peintes en bleu.
Au bout d’une longue allée se dessine bientôt le portail du monastère
flanqué d’échafaudages qui indiquent, comme partout en Ukraine, que l’on
s’affaire à la reconstruction. Tapi au fonds d’un vallon boisé, le monastère semble hors du temps, hors du monde. Rien de prime abord ne laisse deviner que ces murs abritent une communauté de quelque 80 jeunes religieux basiliens âgés de 17 à 25 ans. Comme ailleurs l’église a été le premier bâtiment restauré. Ses coupoles argentées brillent à nouveau au soleil de printemps. Sur un banc au pied d’une statue de la Vierge, deux femmes et un
jeune homme discutent.
Depuis sa restitution, le monastère est devenu le noviciat des basiliens, une des principales congrégation masculine de l’Eglise grecque-catholique. Les jeunes accomplissent ici deux ans de formation. Après un an
de postulat – au terme duquel ils prennent leur nom et leur habit religieux
– puis un an de noviciat, ils rejoignent la maison mère à Lviv pour se consacrer à l’apostolat notamment dans la presse et les médias, explique le
Père Josaphat Vorotniak, un des responsables de la maison. Ukrainien de
Serbie, né en Voïvodine, la cinquantaine épanouïe, le Père Josaphat nous
fait visiter le monastère. Il parle avec précision et nuance de la situation des Eglises du pays.
La renaissance d’un couvent séculaire
Si la restauration extérieure est terminée, l’intérieur de l’église est
encore en chantier. Les échafaudages cachent à nos yeux les précieuses
fresques du XVIIIe siècle de ce bel édifice surmonté d’une coupole. Les
murs sont couverts de nombreux graffitis. «L’oeuvre d’enfants handicapés
logés dans ces bâtiments après l’expulsion des religieux en 1948, deux ans
après la suppression de l’Eglise grecque-catholique par Staline en 1946»,
commente notre guide. Les travaux de restauration sont financés par le diocèse allemand de Mayence. Au moyen de tentures et de quelques bouts de tapis le lieu est aménagé pour y célébrer la messe, les Grecs-catholiques de
certains villages avoisinants qui n’ont pas récupéré leur église y viennent
le dimanche. Pour les offices de semaine les religieux ont une autre chapelle où sont conservées deux icônes miraculeuses vers lesquelles on venait
autrefois en pèlerinage.
Avant l’établissement du monastère au XVIIe siècle, des ermites vivaient
déjà dans les grottes des collines environnantes. C’est en 1700, un siècle
après le traité de Brest-Litovsk qui donna naissance à l’Eglise uniate que
le monastère de Krechiw rejoint l’Eglise grecque-catholique unie à Rome
dont il devint rapidement l’un des centres spirituels et culturels. Les bâtiments actuels datent du XVIIIe et du XIXe siècle.
En 1991, le gouvernement ukrainien les a restitués aux Basiliens, mais
n’a pas rendu par contre les autres propriétés et les terres du monastère.
«Nous sommes obligés de racheter des biens qui nous appartenaient autrefois», constate le Père Josaphat. «Nous avons des ateliers qui s’occupent
des rénovations, mais pas d’exploitation agricole en dehors du jardin et du
verger». Les trois tracteurs presque neufs et les machines parqués dans la
cour n’appartiennent pas aux religieux. Ils sont là uniquement pour les
protéger du vol. Evocation discrète d’une des plaies du pays où seule
l’économie parallèle basée le plus souvent sur le détournement des biens
d’Etat permet de subsister.
Un verger, un terrain de football et un jardin
En passant un portail on pénètre dans le verger en fleurs entièrement
clos par un haut mur en piteux état. «Les gens sont venus se servir des
pierres pour construire leur maison», commente notre interlocuteur. Au fond
on a aménagé un modeste terrain de football pour la détente des novices
dont un petit groupe assis sur les bancs du jardin nous fait un discret salut de la main sans interrompre ses conversations. Un carré de terrain labouré est apprêté pour recevoir les concombres et les tomates, légumes que
l’on retrouve pratiquement à tous les repas en Ukraine. Eléments importants
de la cuisine locale, qui suppléent largement aux pénuries d’autres aliments.
Dans la forêt de l’autre côté du mur, les religieux ont érigé un chemin
de croix qui monte jusqu’au sommet de la colline. «Nous aimerions bien le
sonoriser pour les pèlerinages, notamment la fête de St-Nicolas, patron du
monastère, qui attire des milliers de fidèles». Pour cette année, le Père
Josaphat annonce avec fierté la présence du Nonce apostolique. Il attend au
moins 5’000 personnes, bien conscient de lancer un sérieux appel du pied
aux éventuels donateurs occidentaux.
L’horizon du Père Josaphat et des basiliens est loin de se limiter aux
murs du couvent ou aux collines alentour. La Congrégation des basiliens
forme l’aile «romaine» de l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine. Elle cultive de nombreux contacts avec les catholiques romains d’Europe occidentale
notamment par l’édition à Lviv d’un bulletin d’information bimestriel en
allemand. Les basiliens, également établis dans plusieurs autres pays d’Europe de l’est, ont déjà largement intégré la pensée et l’enseignement du
Concile Vatican II. Le Père Josaphat sourit: «Et dire que ma soutane m’a
fait parfois passer pour un intégriste dans certains séminaires allemands…» «Une tendance plus orthodoxe et parfois anti-conciliaire existe
aussi dans l’Eglise grecque-catholique,» explique-t-il.
Le curé orthodoxe interdit l’entrée de l’église aux grecs-catholiques
Face au défi de la reconstruction, à l’opposition de l’Etat et de certains orthodoxes, les tensions internes passent au second plan. Comme partout en Ukraine, la question de la restitution des églises reste au premier
plan. «Avant 1946, l’Ukraine occidentale était presque exclusivement grecque-catholique, aujourd’hui les autorités, formées d’ex-communistes le plus
souvent athées, ont attribué quelques églises aux orthodoxes de Mgr Vladimir (rattachés au patriarcat de Moscou, ndlr) et aux autocéphales. Ceci
pour éviter de donner trop de pouvoir aux grecs-catholiques», remarque le
Basilien. Nous venions effectivement de croiser en venant au monastère un
groupe célébrant la liturgie en plein-air devant une église. «Le curé orthodoxe interdit l’entrée de l’Eglise aux grecs-catholiques».
Pourtant, doctrinalement et liturgiquement, grecs-catholiques et orthodoxes sont très proches. «Nous avons quelques différences dans la pratique
des sacrements en particulier de la réconciliation et de l’Eucharistie.»
Le Père Vorotniak s’éclipse quelques instants. Il revient les bras
chargés du dernier numéro de Forum, la revue des basiliens qu’il distribue
généreusement. La première phrase de l’éditorial dit: «Forum doit servir à
la recherche de la vérité à une meilleure compréhension de la problématique
oecuménique et doit aider nos lecteurs à se faire une image plus précise de
la situation de l’Eglise en Ukraine, en Biélorussie et en Russie.» Mission
accomplie en ce qui nous concerne. (apic/mp)
Des photos de ce reportage sont disponibles auprès de l’agence APIC



