La Tour-de-Trême: Les élèves confectionnent une grande Bible de A à Z
Apic Reportage
Comme un atelier de moines copistes au Moyen Age
Jacques Berset, agence Apic
La Tour-de-Trême, 11 mars 2007 (Apic) Des feuilles de papier blanchâtre, fabriquées à base de fibres de coton flottant dans un grand bac, récupérées à l’aide d’un tamis, sont devenues les grandes pages d’une Bible en devenir. Confectionnées «selon la règle d’or», soit environ 100cm x 44cm, décorées d’enluminures, elles sont suspendues dans le grand hall du Cycle d’Orientation (CO) de La Tour-de-Trême, aux portes de Bulle. C’est l’oeuvre des élèves, un travail de près de deux ans, lance fièrement André Zamofing, l’animateur de l’aumônerie du CO.
Professeur de religion et d’éthique au CO de la Tour, également au service des paroisses gruériennes comme animateur de l’aumônerie et coordinateur de Formule Jeunes pour le Sud du canton, André Zamofing nous guide dans cette exposition réalisée par des jeunes de 13 à 16 ans. Deux ans de travail. Remarquable!
En fait, rappelle André Zamofing, l’idée d’une grande Bible est née suite à la construction du CO de La Tour-de-Trême. Un lieu de recueillement avait été prévu: c’était un espace vide qu’il fallait remplir, avec sur la paroi du fond, une grande niche. «On a placé une longue table basse, avec des coussins autour, évoquant la Sainte Cène. Ensuite, dans le cadre de l’aumônerie du CO, nous avons sculpté avec des élèves une Vierge à l’enfant, dans un immense tronc. Il restait cette niche, qui était là pour recueillir un livre sacré. Comme on n’a pas trouvé un livre à la dimension de cet espace, alors est venue l’idée de le fabriquer nous-mêmes!»
Le travail a commencé il y a deux ans, grâce à l’aide de Viviane Fontaine. Co-fondatrice de la Triennale Internationale du Papier à Charmey, l’artiste d’origine genevoise s’est formée au Japon et tient son atelier à Cerniat. Reconnue au plan international, cette spécialiste du «washi», le papier japonais traditionnel, enseigne également le dessin au CO de La Tour. La collaboration était toute trouvée…
«On a mené l’atelier avec Myriam Stocker, qui travaille avec moi à l’aumônerie», précise André Zamofing. Tous deux ont assuré le suivi en ce qui concerne l’étude des textes, mais pour la technique du dessin, ils avaient besoin de professionnels. «On s’est fait aider par les professeurs de dessin, notamment Lucette Pauchard, pour la technique de l’enluminure».
Des élèves enthousiastes
Des élèves sont venus chaque semaine, pendant toute une année, entre 16h et 18h, mettre les mains dans l’eau, dans la pâte de coton, pour fabriquer les 100 pages qui constitueront cette Bible faite de «papier chiffon». Dans un petit moulin, les élèves broient des tissus blancs usagés, pour obtenir une pâte de fibres naturelles, qui est étalée régulièrement sur le tamis.
«Il faut être précis, car la moindre imperfection se traduit par une fragilité ou un trou qui apparaissent au séchage, et la feuille pourrait se déchirer», relève André Zamofing. La feuille est ensuite encollée, c’est-à-dire qu’un enduit est appliqué sur un des côtés, qui devient plus lisse. Le côté le plus rugueux – le plus beau ! – est celui qui va accueillir l’écriture et les enluminures.
«L’idée était de prendre les 73 livres de la Bible, d’en choisir le message central, le chapitre le plus représentatif du livre. C’est évidemment une petite sélection de morceaux choisis, des extraits, qui composent une Bible de 100 pages», poursuit l’aumônier. Il a choisi et imprimé des textes bibliques, que les élèves ont lus et médités. «Ils viennent deux heures par semaine depuis l’an dernier, c’est une démarche exigeante, car un élève s’engage à faire une page entière: il doit lire le texte, choisir le message central, imaginer comment il va l’illustrer. L’élève peut faire des recherches, aller sur internet, commencer à faire des décalques, des croquis, avant d’attaquer la page principale».
Des moines vietnamiens pour la reliure
Mais avant de s’attaquer à la phase finale, il doit créer une page en miniature, car les grandes pages fabriquées dans la cuve sont trop précieuses pour être utilisées sans précautions préalables. Quand le texte est choisi, l’élève va ligner la page et ensuite copier l’extrait de la Bible. «On lui demande de sortir son écriture du dimanche, mais cela reste son écriture, car on n’a pas imposé un style de calligraphie. Seules les grandeurs et les dimensions sont prescrites, l’or pour les titres. Après, c’est la pure créativité de l’élève qui intervient, c’est d’ailleurs ce qui fait la variété de cet ouvrage».
Certains élèves n’ont fait qu’une page – mais le contrat de départ est d’aller jusqu’au bout, de la lecture à la sélection en terminant par la réalisation – d’autres en font plusieurs. «Des élèves ont complètement croché, et ont continué une deuxième, une troisième. Une élève doit bien en être à sa dixième page!», déclare André Zamofing, admiratif. «On peut voir la progression dans ses pages, une maturité qui s’affirme».
Quand des collègues, qui se sont aussi lancés dans l’aventure, viennent voir le travail en train de se réaliser, témoigne l’aumônier, ils se disent impressionnés par l’atmosphère. «On se croirait presque dans un atelier de moines copistes du Moyen Age… Il y a un tel silence, une telle application!» Evidemment, travailler sur la Bible, ce n’est pas travailler sur un texte banal, convient-il, «et les élèves n’y sont pas insensibles».
Ce sont les moines cisterciens vietnamiens de la communauté d’Orsonnens (FR) qui seront chargés de la reliure de l’ouvrage. «C’est trop délicat pour qu’on le fasse soi-même, on ne peut pas se louper après deux ans de travail!», lance André Zamofing.
Fiers de leur réalisation
Au tout début, les concepteurs de la Bible auraient souhaité utiliser toutes les langues que parlent les élèves de l’école. «C’était trop compliqué, car il y en a certainement bien deux douzaines. Le plus intéressant, c’est que tous les participants ne sont pas catholiques ou chrétiens. Ainsi une musulmane a créé une page, un autre élève, qui réalise une page style «manga», se dit quant à lui complètement athée. Au départ, l’idée était de mettre aussi une page du Coran, par exemple, car les élèves musulmans – originaires des Balkans ou de Turquie – sont tout de même nombreux au CO, souligne André Zamofing.
Mais à la réflexion, les initiateurs du projet se sont dit qu’il s’agissait ici d’une création de l’ordre de la culture judéo-chrétienne. Pas question donc de faire du syncrétisme religieux. Dans le lieu de recueillement où sera présentée cette Bible réalisée par les élèves, l’aumônerie fera aussi en sorte que les livres sacrés des autres traditions – un Coran, un livre du bouddhisme tibétain, une torah juive – soient à disposition des élèves. Dans le couloir, des élèves s’arrêtent un instant devant l’exposition qui vient de s’ouvrir, respectueux de ce «challenge», admiratifs devant l’immense travail réalisé par leurs camarades. JB
André Zamofing (*), un bourlingueur qui a jeté l’ancre
Originaire de Praroman, André Zamofing est né en 1964 à Fribourg. Après son école secondaire à Marly, il fait un apprentissage d’électronicien et obtient un CFC. De 14 ans à 20 ans, il se dit «vraiment athée». Il part alors en voyage autour du monde pour découvrir un sens à sa vie. Durant ces quatre ans de pérégrinations, il redécouvre la foi. En Inde, en pleine quête, il découvre l’hindouisme. Rencontrant un saddhou, un moine errant qui vit d’aumône, il pense avoir trouvé son maître spirituel; ce dernier lui dit cependant: «Tu es un chrétien venant d’Europe, retourne chez toi et lis la Bible. J’ai trouvé très beau qu’un hindou me renvoie à mes propres racines». Il avait alors 22 ans, et la Bible ne lui disait toujours rien.
Alors il s’en va au Rwanda, pour vivre avec des missionnaires catholiques, des Soeurs hospitalières de Brünisberg, et des Pères Blancs. «J’ai vu là-bas combien des gens qui ont la foi peuvent changer le monde autour d’eux!». En rentrant d’Afrique, André Zamofing se dit qu’il est temps de lire la Bible, mais il veut aller sur place, en Israël, pour le faire. «C’est là que j’ai rencontré la Bible sur le terrain, avec le Père dominicain Jacques Fontaine. C’était une rencontre avec le peuple, le texte et la terre». A la fin de ces quatre ans de voyage, «pour digérer tout ça», André Zamofing rentre de Jérusalem. A pied.
Ce temps de réflexion le décide à devenir animateur pastoral et de faire de sa vie professionnelle un véritable engagement. Animateur de jeunes (avec une formation à l’Institut romand de Formation aux Ministères IFM, à Fribourg), il allait devenir travailleur social (10 ans comme éducateur au Tremplin), avant d’être invité par Mgr Bernard Genoud à faire un remplacement pour le cours de religion. «C’est comme cela que je suis devenu enseignant de religion et animateur en aumônerie». JB
Les horaires de visite pour le public: CO La Tour de Trême: jusqu’au 29 mars de 8h00 à 17h00. Au CO de Bulle: du 17 avril au 3 mai de 8h00 à 20h00. La Bible sera présentée le 10 juin à la messe télévisée à Echallens, et le 30 juin et 1er juillet à la Fête du Livre à Gruyères.
Des photos de cette entreprise, réalisées par André Zamofing, peuvent être commandées à l’agence Apic, 026 426 48 01 ou par courriel: jacques.berset@kipa-apic.ch (apic/be)
Suisse: Rencontre interreligieuse sur l’importance du temps dans les religions
APIC – Reportage
La notion du temps n’est pas la même pour tous
Pour l’agence APIC, Fabienne Mory
Fribourg, 13 octobre 2000 (APIC) Une rencontre interreligieuse, sur le thème «le temps à travers les religions», a rassemblé, le 13 octobre, les élèves du collège Ste-Croix à Fribourg, puis ceux du collège du Sud et du cycle d’orientation à Bulle. Des représentants de diverses traditions religieuses ont démontré que la notion du temps n’est pas la même pour tous. Les élèves de Ste-Croix ont répondu nombreux à l’invitation.
Les enseignants religieux qui ont organisé la rencontre ont marqué l’année jubilaire en réunissant des représentants de l’hindouisme, du bouddhisme, du judaïsme, du catholicisme, de l’orthodoxie, du protestantisme et de l’islam. La rencontre s’est inspirée de celle d’Assise, en 1986, où le pape avait prié avec les représentants des grandes traditions religieuses. Sur les 850 élèves que compte le collège Ste-Croix, près de 200 ont assisté volontairement à l’échange.
Selon André Zamofing, l’un des organisateurs, la rencontre est assez inhabituelle puisqu’elle se déroule à travers des textes sacrés et de la musique. «Cela crée un effet de surprise et l’émotion passe plus facilement qu’à travers des commentaires. Certains élèves viennent nous demander une cassette de la musique quelques temps après la rencontre», a-t-il ajouté.
Selon les organisateurs, il est «rare» que des personnes de religions différentes passent une journée entière ensemble. «Il y a 35 ans, cela aurait été inimaginable de vivre un tel moment», a précisé André Zamofing, pour qui la rencontre permet un côtoiement différent. «Les invités sont obligés de revoir leurs positions face aux autres religions, leur ’souci de l’autre’ s’affirme».
Les 45 minutes mises à disposition par la rectrice du collège Ste-Croix, Anne-Marie Schobinger, ont obligé les organisateurs à ne garder que l’essentiel: le symbole de la rencontre. La rectrice du collège a par ailleurs déclaré que trois quart d’heure suffisent: «Si c’est trop long, les élèves se désintéressent vite. Et la rencontre est plus intense ainsi puisque ce sont des flashs sans commentaires». André Zamofing est également d’avis que la rencontre doit laisser quelques «points d’interrogations», afin que les élèves réfléchissent plus longuement sur le thème.
«Le temps est d’une importance capitale»
Les invités ont tout d’abord expliqué leurs calendriers respectifs et l’importance du temps dans les différentes religions à travers la lecture de textes sacrés, démontrant ainsi que «la référence à la naissance du Christ n’est pas universelle». Le calendrier des bouddhistes, par exemple, commence à la naissance de Bouddha, il y a 2625 ans. Le musulman Hafid Ouardiri a déclaré que le temps est d’une importance capitale puisque «c’est la première chose sur laquelle nous serons jugés». En fin de rencontre, les participants ont prié en silence afin d’invoquer la paix dans le monde.
La rencontre interreligieuse est une tradition au collège du Sud et au cycle d’orientation de Bulle, où elle en est à sa troisième édition alors que c’est la première fois qu’elle se déroule au collège Ste-Croix, à Fribourg. Les représentants religieux ont su capter l’attention des élèves et des professeurs tout au long de la rencontre, qui s’est déroulée dans une atmosphère chaleureuse et détendue. (apic/fm)




