Suisse

Berne: le lobby des multinationales contre-attaque

Le député Ruedi Noser (PLR/ZH) a obtenu un report de la discussion sur l’initiative «Multinationales responsables», prévue le 26 septembre 2019. La manœuvre, décrite comme issue du «lobby des multinationales», a provoqué l’indignation des initiants.

«C’est incroyable», a réagi dans un communiqué du 25 septembre l’œuvre d’entraide protestante Pain pour le prochain (PPP), face à la demande de report du conseiller aux Etats libéral-radical. PPP fait partie des 114 organisations de la société civile, dont l’œuvre d’entraide catholique Action de Carême (AdC), qui demandent que les grandes entreprises ayant leur siège en Suisse soient tenues responsables d’éventuelles violations des droits humains et des normes environnementales commises à l’étranger.

Une manœuvre «pilotée»?

PPP met en avant que le texte est débattu au parlement depuis déjà deux ans. «Le Conseil des États aurait dû enfin se résoudre à prendre une décision qui permette à l’initiative de passer en votation». Le processus était en effet proche de son aboutissement. Les chambres du Parlement se dirigeaient vers un contre-projet indirect, moins contraignant. Les initiants ont déjà dit qu’ils retireraient leur initiative si ce texte était accepté par le Parlement.

Mais en août 2019, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (PLR) est venue avec sa propre proposition de contre-projet, qui affaiblit encore davantage l’initiative de base. Ruedi Noser a expliqué que sa demande de report était liée à la volonté d’avoir plus de temps pour examiner cette proposition et pour en débattre ensuite en commission. Le politicien zurichois nie une manœuvre politicienne à l’approche des élections fédérales du 26 octobre.

Mais pour les initiants, il s’agit clairement d’une action pilotée par des milieux d’intérêts. «Et voilà qu’apparaît maintenant une nouvelle manœuvre du lobby des multinationales pour repousser la décision à une date inconnue», déplore PPP. Ruedi Noser est en effet proche des milieux économiques, faisant partie de nombreux conseils d’administration de sociétés ayant des intérêts dans le commerce international.

Les Eglises en faveur de l’initiative

Les initiants ont donc lancé le 25 septembre 2019 une pétition de protestation qui enregistrait, une trentaine d’heures plus tard, plus de 50’000 signatures. Une démarche qui n’a pas dissuadé les députés à surseoir aux discussions. Des politiciens ont également exprimé leur indignation, notamment l’ancien conseiller aux Etats Dick Marty. «La vérité, c’est que certaines personnes ont la frousse et ne veulent pas dévoiler leurs positions avant les élections», a estimé le libéral-radical tessinois dans le journal alémanique Blick. «Avec la décision d’aujourd’hui, il est clair que la majorité du Conseil des États ne veut pas d’un compromis et cherche toujours de nouvelles excuses. Cela nuit à la crédibilité de la politique», a-t-il encore commenté.

La Conférence des évêques suisses (CES) et la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) ont récemment apporté leur soutien à l’initiative Multinationales responsables. (cath.ch/ag/com/rz)

A Berne, le Parlement discute depuis 2016 de l'initiative Multinationales responsables | © Allan Watt/Flickr/CC-BY-NC 2.0
26 septembre 2019 | 12:35
par Raphaël Zbinden
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