Le logo officiel du voyage du pape François au Chili en janvier 2018
International

Au Chili, le pape François vient donner un nouvel élan à une Eglise en crise

A l’occasion du voyage du pape François au Chili du 15 au 18 janvier 2018, Mariano Fernández Amunátegui, ambassadeur du Chili près le Saint-Siège, a reçu la presse le 4 janvier à Rome. Pour le diplomate, le pontife vient essentiellement pour apporter un nouvel élan à une Eglise locale en crise.

C’est plutôt une exception: à part les rencontres avec les autorités et avec la présidente en exercice Michelle Bachelet le 16 janvier à Santiago, la plupart des étapes du voyage du pape seront dédiées aux catholiques du pays. A Temuco, le 17 janvier, le pape se rendra ainsi dans la région des Mapuches, ethnie la plus religieuse du pays. A Iquique, dans le nord, le successeur de Pierre sera dans la région d’une des principales dévotions du pays: la Vierge de Tirana.

Une visite pastorale donc, d’autant plus nécessaire qu’au Chili le pourcentage de fidèles décroit rapidement. Alors qu’en 2000 neuf Chiliens sur dix étaient catholiques, ils ne sont plus que 67%. Cette décroissance se fait au profit des évangéliques (de 11% à 16%) mais surtout des agnostiques et des athées, passant de 12% de la population en 2006 à près d’un quart désormais.

Vers une nouvelle dynamique

Sous le régime militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990), a expliqué l’ambassadeur, l’Eglise a en effet joué un rôle de premier plan pour la défense des droits de l’homme. Elle était alors une référence très importante et les évêques très réputés. Avec la fin de la dictature, ce rôle et cette notoriété se sont estompés.

Dans les années 2000, l’Eglise locale a également été très affectée par le cas du Père Fernando Karadima, que l’ambassadeur a qualifié de «Marcial Maciel chilien», du nom du fondateur dépravé des Légionnaires du Christ. Le Père Karadima, très charismatique, a été reconnu coupable d’abus sexuels sur mineurs et suspendu à vie de tout ministère par le Vatican en 2011.

Trop souvent au Chili, a déploré Mariano Fernández Amunátegui, la hiérarchie catholique est assimilée et réduite à ces abus. En 2016, une nouvelle direction de la conférence des évêques du pays a été élue afin de donner un nouvel élan. Pour le diplomate, la visite du successeur de Pierre vient soutenir cette dynamique.

Tiédeur du gouvernement

Pour le représentant du Chili, son gouvernement a invité le pape car cette dynamique peut aussi être bénéfique pour tout le pays. De plus, des convergences existent entre le gouvernement démissionnaire de centre-gauche et le pontife, notamment sur la protection de l’environnement et l’accueil des migrants.

Néanmoins, dans un article du 3 janvier, le site Vatican insider a rapporté que le gouvernement de Michelle Bachelet n’avait pas toujours montré un grand enthousiasme à l’idée de recevoir le chef de l’Eglise catholique. Le gouvernement aurait même demandé aux évêques de retirer leur invitation. Finalement, ce n’est qu’en juin dernier que «l’invitation véritable, officielle et formelle» est parvenue au Vatican.

S’il existe des points d’accords entre le gouvernement de gauche et le pontife, les désaccords ne sont pas moins nombreux. Notamment sur la dépénalisation de l’avortement et la liberté d’enseignement. En effet, une réforme récente interdit aux écoles privées – notamment catholiques – de percevoir de l’argent public.

Par ailleurs, a précisé l’ambassadeur, Sebastián Piñera, président élu du Chili, sera présent le 16 janvier lors de la rencontre entre l’évêque de Rome et les autorités chiliennes. Toutefois, aucun tête-à-tête n’est prévu. Sebastián Piñera prendra ses nouvelles fonctions le 11 mars. (cath.ch/imedia/xln/mp)

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4 janvier 2018 | 14:59
par Maurice Page
Temps de lecture : env. 2  min.
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