Congo RDC Réfugiés fuyant vers l'Ouganda | © UNHCR L. Beck
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Congo RDC Réfugiés fuyant vers l'Ouganda | © UNHCR L. Beck

Congo RDC: les Hema réfugiés à Bunia craignent d'être exterminés

08.02.2018 par Jacques Berset, cath.ch

Les affrontements interethniques séculaires entre Hema et Lendu, dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), se sont à nouveau déchaînés. A Bunia, chef-lieu de l’Ituri, les réfugiés Hema, qui fuient les massacres, craignent d’être exterminés, s’alarme une source religieuse congolaise en Belgique.

Samedi 3 février 2018, des membres de la communauté Lendu ont attaqué un village situé à quelques kilomètres de la ville de Bunia et fait de nombreuses victimes, confie à cath.ch cette source qui veut garder l’anonymat pour des raisons de sécurité.

“Les réfugiés ont l’impression que les pouvoirs publics, tant sur place et qu’au niveau national, n’agissent pas, mais restent passifs et indifférents face à leur situation dramatique. Ils rappellent les troubles sanglants qui avaient culminé par de terribles massacres autour de l’an 2000, provoquant des milliers de victimes”.

Cris d’alarme de Justice et Paix et de Caritas Congo

Selon Caritas Congo, organisation de la pastorale sociale au service de l’épiscopat de la RDC, c’est un vol de bétail perpétré le 1er février 2018 dans une localité des Hema par des Lendu, dans le territoire de Djugu, en Ituri, qui “a réveillé de dangereux relents identitaires et ethniques”.

En quatre jours d’attaques et de représailles, le bilan est très lourd: plus de 30 morts ainsi que  12 blessés graves. Plus de 600 maisons ont été incendiées, près de 10’000 personnes ont été déplacées, sans compter le vol à grande échelle du bétail et d’autres biens. Caritas-Développement Bunia et la Commission diocésaine de Justice et Paix lancent un SOS  pour la protection des personnes et de leurs biens, ainsi que pour une aide humanitaire d’urgence en faveur des victimes, dont la plupart sont sur les routes, cherchant protection dans des zones épargnées par les troubles.

Déjà 10’000 déplacés

Dans un rapport daté du 4 février 2018, ces deux organes du diocèse de Bunia signalent que plus de 1’000 personnes ont cherché refuge dans la ville de Bunia, plus de 2’000 dans la localité de Katoto et environs, près de 4’000 autres dans les localités de Drodro et Largu. Des milliers encore de personnes sont aussi en déplacement vers les localités de Bule, Fataki et Iga Barrière.

Selon ce document, tout serait parti du vol de bétail jeudi 1er février dans la localité de Ndjachulu. Dans la nuit, les habitants de l’ethnie Lendu, du Groupement de Ladedjo, ont incendié des maisons dans les localités de Ndjachulu, Su, Kau et Ndogbe, appartenant à la Chefferie des Bahema Nord. En représailles, les Hema ont incendié des maisons dans la localité d’Anjer, dans le Groupement Ladedjo, dans le secteur des Walendu Pitsi. C’est ainsi que le cycle de violences s’est déchaîné depuis samedi 3 février, avec des assassinats et des incendies de maisons.

Cohabitation pacifique remise en question

Ces troubles remettent en question la cohabitation pacifique et la dynamique de paix relancée depuis le 21 décembre 2007 avec la campagne de pacification menée par l’autorité provinciale, note Caritas Congo. La problématique “des identités meurtries et des identités meurtrières” refait surface dans ce coin de la RDC. Les troubles ont provoqué la fermeture d’écoles. Celles-ci ont occasionné le chômage et le déplacement des élèves et enseignants.

“En outre, ce déplacement interne de la population gangrène la vie sociale régulière.  Les pertes des vies humaines ainsi que des moyens de subsistance sont également déplorées”.

Les autorités accusées de passivité

Cette situation conflictuelle a provoqué une grave crise de confiance entre la population et les autorités, accusées de passivité. Le diocèse de Bunia demande une intervention humanitaire urgente en faveur des victimes de ces hostilités, le renforcement des forces de l’ordre afin de prévenir les conflits dans cette région. “Que l’Etat congolais joue convenablement son rôle régalien de protéger les civils et leurs biens; qu’il arrête dans le meilleur délai cette barbarie en recherchant et en punissant les coupables; qu’il réprime toute consommation de drogue et des boissons fortement alcoolisées”, demandent de concert Caritas-Développement Bunia et la Commission diocésaine de Justice et Paix. (cath.ch/com/jp-bunia/be)

 


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