Sandro Bucher accompagne Medea Sarbach et Jonas Feldmann au pré-synode de la jeunesse à Rome. Il est athée. | © Vera Rüttimann.
Suisse
Sandro Bucher accompagne Medea Sarbach et Jonas Feldmann au pré-synode de la jeunesse à Rome. Il est athée. | © Vera Rüttimann.

Deux penseurs libres au pré-synode sur les jeunes

15.03.2018 par Vera Rüttimann/kath.ch, traduction Maurice Page

Le pape François bâtit sur la jeunesse. Il invite au Vatican du 19 au 24 mars des jeunes du monde entier pour un pré-synode. L’objectif est de saisir leur vision du monde et leur attitude face à l’Eglise. Des voix critiques sont également invitées. Deux jeunes Suisses alémaniques Jonas Feldmann, catholique critique, et Sandro Bucher, athée, feront le déplacement de Rome.

Sandro Bucher, journaliste et ‘social média manager’ pour le magazine scientifique “Higgs” se définit comme athée. A seize ans, il est sorti de l’Eglise. Mais le fait qu’il participe au pré-synode à Rome n’est pas très étonnant. Sur la scène médiatique ecclésiale, le Lucernois n’est pas un novice. Très actif sur les réseaux sociaux, Sandro Bucher s’exprime de façon pointue sur les questions de l’athéisme et de l’humanisme.

Enfant, il s’intéressait beaucoup à la religion et au catholicisme. “Lors de chaque promenade, je voulais voir l’intérieur de toutes les chapelles”, se souvient Sandro. Dans sa jeunesse, il arrive cependant à un point où il constate que “l’Eglise catholique et la foi en Dieu n’étaient pas ce dont j’avais besoin”. Il ne rompt cependant jamais totalement le lien. Le Lucernois cherche aujourd’hui encore le dialogue avec les laïcs ou les clercs, dont le Père Martin Werlen, ancien Abbé d’Einsiedeln. Sur certaines questions socio-politiques, il se sent même proche de personnes comme le moine bénédictin.

Sandro Bucher est un libre penseur au sens propre du terme. Pour lui, il est important de ne pas s’enfermer dans une bulle dans laquelle tous sont du même avis. Il ne peut pas vraiment expliquer la foi en Dieu, c’est pourquoi il reste en quête de réponses. Il les cherche aussi dans des organisations humanistes et athées, telle que l’Association suisse des libres-penseurs.

Une Eglise ennemie du progrès

Le jeune journaliste observe l’Eglise catholique avec un regard extérieur. Il n’avale pas ses prises de position sur le célibat, la place de la femme ou l’avortement. Elle lui apparaît comme opposée au progrès et éloignée de la réalité. Son approche des athées le gêne aussi. “Les athées, dans la société et spécialement dans l’Eglise catholique, sont trop peu pris au sérieux. Nous sommes pourtant nombreux.”, souligne Sandro Bucher. Par exemple l’émission de la télévision alémanique “Sternstunde Religion” n’a jamais fait de place aux athées avec leurs critiques des Eglises, “bien que nous discutions aussi de questions philosophiques.”

De nouvelles impulsions pour sa réflexion

Sandro Bucher va à Rome avec beaucoup d’attentes. Il part de l’idée qu’il y rencontrera de nombreux visages du catholicisme. “Je suis très curieux de cela et j’espère aussi trouver de nouvelles pistes de réflexions sociales, religieuses et philosophiques.” Il n’attend cependant pas grand-chose du synode des évêques du mois d’octobre. A son avis, l’attitude de l’Eglise catholique face aux athées ne changera quasiment pas.

Sandro Bucher se réjouit néanmoins: “Je suis certes athée, mais l’Eglise ne me laisse pas indifférent. Positivement ou négativement, l’Eglise nous influence. Elle est un facteur de pouvoir social.” Il estime important de ne pas voir l’Eglise comme un monde parallèle, mais de l’observer et de l’accompagner de manière critique.

Jonas Feldmann accompagnera Medea Sarbach et Sandro Bucher au pré-synode des jeunes à Rome. Il s’est distancié de l’Eglise. | © Vera Rüttimann.

Enraciné dans l’Eglise

Pourquoi moi? Telle est la question de Jonas Feldmann, étudiant en médecine de Zoug a posé lorsqu’il a été sollicité pour être délégué au pré-synode sur les jeunes à Rome. “Ces dernières années, je n’ai pas été très actif en Eglise”, reconnaît-il. Pendant très longtemps, le jeune homme de 25 ans s’est senti à l’aise dans la paroisse St-Michel de Zoug où il a grandi. Il a reçu de ses parents de solides valeurs chrétiennes qui le portent encore dans sa vie actuelle.

Un catholique critique

Jonas se qualifie de catholique critique, parce que certains éléments de l’institution l’ont un peu éloigné au cours des dernières années. Dans les médias, il lit toujours des positions des évêques qu’il ne peut pas soutenir personnellement. “Quelquefois cela me dérange tellement que je me pose la question si je peux et si je veux rester membre d’une institution qui exprime publiquement de telles choses ?” Parmi ces choses, il entend notamment la discrimination systématique des femmes ou les positions contre l’assistance au suicide et l’avortement.

Le politicien local au sein de l’alternative des jeunes de Zoug se dit particulièrement troublé par l’attitude de l’Eglise face à l’homosexualité. “Je trouve absolument incompréhensible que le Vatican ne puisse pas envisager de reconnaître le mariage homosexuel comme de même valeur que le mariage classique. Des thèmes comme l’éducation sexuelle et la contraception le perturbent aussi. “J’ai parfois l’impression, lors de certaines déclarations, que l’Eglise n’est pas encore arrivée à l’époque contemporaine.

Pourquoi n’est-il pas sorti de l’Eglise? Pour Jonas cela n’entre pas en question jusqu’à présent. Car il y est encore profondément ancré. “On ne s’en va pas au premier désaccord.” Il a en outre le sentiment de faire partie de cette Eglise, même s’il la critique durement. Pour lui, il est important que cette partie de la jeunesse soit aussi représentée à Rome pour le pré-synode.

“On ne s’en va pas au premier désaccord.”

Jonas constate aussi avec un certain souci une polarisation croissante parmi les jeunes. D’un côté ceux qui sont pieux sans esprit critique et qui s’engagent souvent dans les Eglises évangéliques. De l’autre ceux qui ont clos le thème Eglise et qui ne sont plus visibles. “Ceux que je représente sont comme moi entre les deux. Ceux qui critiquent l’Eglise, mais qui la considèrent positivement et ne veulent pas la quitter.” Un milieu critique libéral qui fait la part des choses. Il est convaincu que ces gens existent mais qu’ils ne sont pas assez audibles.

Le pré-synode des jeunes se déroule à Rome du 19 au 24 mars 2018. Outre les jeunes croyants, le pape François a aussi voulu inviter des jeunes critiques et des non-croyants. La proposition de Sandro Bucher et de Jonas Feldmann a été faite par Martin Iten, membre de la commission des médias de la Conférence des évêques suisses et actif pour les Journées mondiales de la jeunesse. Les thèmes débattus par les quelque 300 jeunes invités seront transmis par la suite au synode des évêques sur les jeunes qui se tiendra en octobre. (cath.ch/vr/mp)


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